‹ Les Jésuites de la Russie-BlancheChapitre 43 sur 58 · DC O · texte numérisé non relu

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DOCUMENT AN (Voy. liv. V, ch. V, p. 180).

Malgré cela, les Pères avaient le dessein de parvenir aux autres tribus des montagnes, établies jusqu'au fond du Caucase, tribus qui conservaient encore des restes de la foi catholique, qu'elles avaient reçue au xm'' siècle. Mais ce dessein ne put se réaliser à cause du mauvais vouloir du gouvernement.

A douze milles environ de Mozdok gisent les ruines de la viUe de Madziar, qui doit avoir été le lieu originaire des Madgyars de Hongrie. Les restes de cette race appelaient souvent le P. Henry pour leur donner les secours de son ministère. Les montagnards de la Géorgie en faisaient autant. Toutes ces races parlent tartare. En 1809, le gouvernement russe envoya le savant archéologue Klaproth, catholique de nom, qui prit avec lui le P. Henry ; mais ne pouvant supporter son zèle apostolique, il l'abandonna tout malade dans le Caucase. Klaproth a publié en 1823 son Voyage au Caucase et en Géorgie. Il y parle de notre missionnaire : = « Le P. Gilles « Henry, dit-il, né dans les Pays-Bas et qui a étudié en < Angleterre (1), a fait en peu de temps de très grands pro-

« grès dans la langue arménienne Ce jésuite, homme

( adroit, conçut, il y a quelques années, le projet d'employer « les membres de son ordre à civiliser les habitants du Cau- « case, qui ne sont pas encore soumis entièrement à la domi- « nation russe, et à les amener au même point où étaient « arrivés les sauvages du Paraguay. Le gouvernement aurait « dû laisser toute la latitude possible à ces religieux, il se « serait ainsi débarrassé d'un soin pénible et dispendieux. « Ce projet, qui avait été approuvé et appuyé par les agents 1 russes employés sur les lignes, a été envoyé à Pétersbourg « par le P. Henry ; il paraît qu'il n'y a pas été goûté et qu'il « est totalement oublié. » —

( Voyage au mont Caucase et en Géorgie, torn. I, p. 330).

(1) Il avait été paccanariste.

DOCUMKNT AO

DOCUMENT AO (Voy. liv. V, ch. V, p. 180).

Citons d'après le P. Horiry quelques coutumes religieuses qui entrent comme dans les mœurs de ces peuples :

= « Leurs prêtres, d'une ignorance extrême, ont corrompu « tout ce qu'ils retiennent encore de nos sacrements et de nos « cérémonies ; dans la confession, le pénitent ne s'occupe « d'aucun péché en particulier, mais le confesseur parcourt « la liste des péchés qui peuvent se commettre et à chacun « d'eux le pénitent frappe sa poitrine en disant : Peccavi I coram Domino, mais sans déclarer s'il a commis la faute « ou non.

tt Le Jeudi-Saint, on fait entrer dans l'église un bœuf cou- « vert de la chape et d'autres ornements sacerdotaux. Le prêtre « récite sur lui des évangiles et des oraisons qui conviennent « à Notre-Seigneur. Puis on tue l'animal et le prêtre ajoute : « Animahus defunctorum doua, Domine, requiem, et nobis « peccatoribus concède remissionem peccatoriim. Alors on dis- '( tribue à chacun des assistants une partie de la victime. On « appelle cette cérémonie le Matagh, le sacrifice. Or il y a « soixante ans environ, il arriva à Constantinople que le bœuf « ainsi équipé prit la fuite et fut poursuivi par les Turcs, qui « criaient : 0 Dieu ! ô Dieu ! le Dieu des infidèles s'enfuit ; « saisissez-le, saisissez-le ! Cette mésaventure fut cause qu'au j bœuf on substitua un agneau, dont le caractère est plus « tranquille et qui se laisse plus facilement lier et égorger... « Croiriez-vous que j'ai failli être traité d'hérétique et de blas- « phémateur pour avoir osé dire, dans un sermon, que la « Sainte Vierge s'était rendue à Bethléem montée sur une » ânesse ? C'est que dans ce pays, on a la coutume d'attacher « les courtisanes sur ces animaux et de les conduire ainsi à « travers la ville.

€ Lorsque en 1809 le P. Vojszwiilo introduisit la dévotion

LKS JÉSUITES 1)K LA RUSSIE-BLANCHIi

c au Sacré-Cœur de Jésus et voulut placer sur l'autel un beau « tableau de ce divin Cœur, le peuple ne voulut permettre en « aucune façon que l'on enlevât de l'autel un vieux tableau « qui s'y trouvait. Enfin le gouverneur M. Del Pozzo étant « entré à l'église, parvint à calmer la population. » =

(Lettre du P. Henry au R. P. Brzozowski. — P. Carayon Missions des Jésuites en Russie, p. 49-107, passim).

Il est facile de comprendre quelles difficultés rencontraient les missionnaires au milieu d'un peuple aussi superstitieux.

DOCUMENT AP (Voy. TJv. V, Ghnp. VI, p. 1'.»'!)

Woronicz, ayant connu plus à fond la colonie de Romanow par le récit du commandant Oskierko, écrivit de Varsovie, le '■ni avril 1815, au P. Raciborski, supérieur de la résidence :

a Comme ancien membre de cet institut et convaincu « depuis de l'utilité de cette Compagnie par l'âge et par les <t réflexions que j'ai faites sur l'ébranlement actuel du monde « moral, je ne puis assez me réjouir de voir ce rejeton gran- «f dir et grandir sur le sol de ma patrie. Ce sentiment a été « pour moi le premier motif de cette lettre que je vous ï envoie par notre ami commun (Oskierko). »

Pour donner une première preuve de respect et de confiance à la nouvelle colonie de Romanow, Févêque retient une place dans le collège pour son neveu, âgé de neuf ans.

Dans une autre lettre du 6 octobre 1818, il écrit: « Nousn'a- « vons qu'une pensée, qu'un même but, et certainement per- « sonne au monde n'est plus ami que moi de votre Compagnie. « J'ai eu l'occasion d'exposer au Saint-Père combien il im- « porte à toute la chrétienté que cette Compagnie se répande. « Oh ! s'il m'était donné d'être assez heureux pour voir chez « moi quelque jour le R. P. Général, se rendant à Rome ! »

Cieciszowski, à la nouvelle de l'arrivée de deux Pères à

Document ap

Komaiiow, écrivit de Liick, le 10 février 4812, à ce même P. Kaciborsld: « OIi ! que je serais heureux si je pouvais, avant « de mourir, voir dans ce diocèse définitivement établie et ^> pleine de la vie catholique, votre illustre Compagnie ! A ce « spectacle si désiré par moi, mon esprit tressaillerait « d'allégresse ! »

Dans une autre lettre du 15 janvier 1814, il écrit: « Cora- « bien je suis heureux de voir se rétablir dans mon diocèse « votre illustre Compagnie, que je vénère, que j'estime au « plus haut degré, et pour laquelle je professe le plus profond « attachement! Mes diocésains gagnent beaucoup en ayant « sous leurs yeux les véritables modèles de vertu et de zèle « ardent pour la gloire de Dieu, dont votre Compagnie offre « à tous le spectacle. L'année la plus fortunée sera celle qui « verra le rétablissement de votre Compagnie, si utile à la « sainte Église. J'appelle cette année de tous les vœux de « mon cœur. »

C'est d'après le jugement de ces deux évèques, l'ornement et la gloire de l'épiscopat polonais, qu'il faudrait apprécier l'ordre des Jésuites, au heu de répéter à l'aveugle les reproches des libres-penseurs, jaloux ou prévenus.

» Dans les étabhssemenls que nous possédons ici, écrit « Denis Korzeniowski de Bochonniki, on apprend à ceux que « le sort a fait riches, à dépenser leur fortune. Je voudrais a que mon fils apprît à devenir capable d'acquérir une « fortune que le sort lui a refusée, sous la direction d'hom- « mes qui se consacrent librement à l'éducation. 11 n'y a « pour cela que deux moyens : la vertu et le travail, »

Dans les lettres des parents qui envoient leurs fils au pensionnat de îlotnanow, j'ai été frappé de les voir presque tous déplorer la corruption des écoles publiques.

Antoine Zagôrski de Druszkopol, envoyant son fils à Uomanow en 1815, écrit : « J'ai été forcé jusqu'ici de donner à « mon fils une éducation privée, à la maison, bien qu'il y ait

« toujours à cela des difficultés. C'est que je ne voulais point « l'exposer au danger de perdre ses mœurs. »

La lettre du comte Tyszkiewicz de Zakutyrîce, en date du 22 février 1818, est à fendre le cœur : « J'ai perdu deux fils, « le second quelques jours après le premier ; alors enfin j'ai « compris combien avait été trompée la confiance que j'avais « mise dans la direction et l'éducation des écoles de Lubar «t (Volhynie) . Ces deux jeunes gens, pendant leur séjour de « quelques années dans ce lieu, non seulement ont oublié ï les langues que leurs gouverneurs leur avaient apprises à « la maison, main on a négligé complètement de développer « en eux les principes de la bonne conduite et de la morale... « Gomme mes ancêtres ont recueilli dans la joie, pour eux « et pour leurs enfants, la douceur des fruits que procure « l'éducation de cette illustre Compagnie (de Jésus), moi « aussi je confie à cette Compagnie l'éducation de mes trois a plus jeunes fils, qui sont désormais mon unique espérance, e J'espère retrouver en eux la consolation que le désordre et « l'incurie des écoles de Lubar m'ont ravie en perdant les K deux ainés. Je craindrais, en y plaçant mes trois plus jeu- «c nés enfants, de perdre cette dernière espérance et ma der- « nière consolation. »

L'académie de Varsovie, ouverte en 1818, était dans un état aussi déplorable : « On y recevait des professeurs aux « idées libérales et des religieux défroqués », écrit Mgr Skarzewski au P. Raciborski, le 2 mars 1820.

Cette corruption des mœurs dans les écoles publiques, nous permet de conclure logiquement que les études ne devaient pas y être florissantes, car c'est une vérité indiscutable et appuyée sur l'expérience et la connaissance du cœur de l'homme, que l'esprit d'un jeune homme adonné à la vanité et aux plaisirs, est incapable de s'occuper au travail constant que demandent les études, travail sans lequel il est impossible d'acquérir une instruction solide.

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DOCUMENT AQ (Voy. Liv. V, Chap. VI. p. -201).

La bulle se divise en deux parties :

« Le soin de toutes les églises, confiées à Notre humilité « par la volonté divine, malgré l'infériorité de Nos mérites et « de Nos forces. Nous fait un devoir d'user de tous les se- « cours qui sont en Notre puissance et qui Nous sont fournis ot par la miséricorde de la divine Providence, afin que Nous « puissions, autant que le comportent les nombreuses vicis- « situdes des temps et des lieux, subvenir aux besoins spi- « rituels du monde catholique, sans distinction aucune entre « les peuples et les nations. »

Ici le Pape rapporte comment, désirant satisfaire à ce devoir de son ministère apostolique, il a rétabli les Jésuites comme congrégation en 1801 pour la Russie, et trois ans plus tard pour le royaume de Naples.

Là se termine la première partie de la bulle.

Dans la seconde partie, le Souverain Pontife énumère les motifs pour lesquels il a résolu de rétablir les Jésuites dans le monde entier et les rétablit en effet comme ordre religieux avec les mêmes privilèges que leur accorda Paul III.

Nous citons cette partie :

« Le monde catholique demande d'une voix unanime le « rétablissement de la Compagnie de Jésus. Nous recevons « journellement à cet efïet les pétitions les plus pressantes « de Nos vénérables Frères les archevêques et évêques, et « des personnes les plus distinguées, surtout depuis que l'on « connaît généralement les fruits abondants que cette Com- « pagnie a produits dans les contrées ci-dessus mentionnées « (la Russie et le royaume de Naples).

« La dispersion même des pierres du sanctuaire (allusion « à la captivité du Souverain Pontife, à l'exil des cardinaux « et d'un grand nombre d'évêques et de prêtres) dans les

dernières calamités, qu'il vaut mieux aujourd'hui déplorer que rappeler à la mémoire ; l'anéantissement de la discipline des ordres réguliers, gloire et soutien de la religion et de l'Église catholique, au rétablissement desquels toutes nos pensées et tous nos soins sont maintenant dirigés, exigent que Nous Nous rendions à un vœu si général et si juste. Nous Nous croirions coupables devant Dieu d'un grave délit si, dans ces grands dangers de la République chrétienne. Nous négligions des secours que Nous accorde la spéciale Providence de Dieu; et si, placé dans la barque de Pierre, agitée et assaillie par de continuelles tempêtes, Nous refusions d'employer des rameurs vigoureux et expérimentés qui s'offrent d'eux-mêmes pour rompre les flots d'une mer qui Nous menace à chaque instant du naufrage et de la mort.

« Déterminé par des motifs si nombreux et si puissants, Nous avons résolu de faire aujourd'hui ce que Nous avions désiré faire dès le commencement de notre Pontificat. Après avoir, par de ferventes prières, imploré l'assistance divine, après avoir pris l'avis et les conseils d'un grand nombre de Nos Vénérables Frères les cardinaux de la sainte Église Romaine : Nous avons décrété, de science certaine, en vertu de la puissance apostolique et pour valoir à perpétuité, que toutes les concessions et facultés accordées par Nous uniquement à l'empire de Russie et au royaume des Deux-Siciles, s'étendront désormais à tout Notre État ecclésiastique et également à tous les autres états. C'est pourquoi Nous concédons et accordons à notre bien aimé fils Thaddée Brzozowski, en ce moment général de la Compagnie de Jésus, et aux aiitres membres de cette Compagnie légitimement délégués par lui, tous les pouvoirs convenables et nécessaires pour que lesdits états puissent librement et licitement recevoir et accueillir tous ceux qui désireraient être admis dans l'Ordre régulier de

DOCUMENT AP

« la Compagnie de Jésus ; lesquels, sous l'autorité du géné- « ral existant alors (1), seront recueillis et distribués suivant a le besoin dans une ou plusieurs maisons, dans un ou plu- « sieurs collèges, dans une ou plusieurs provinces, où ils <( conformeront leur manière de vivre à la règle prescrite « par saint Ignace de Loyola, approuvée et confirmée par « les constitutions de Paul IH. Nous déclarons en outre (et i Nous leur en accordons le pouvoir) qu'ils peuvent librement « et licitement s'appliquera élever la jeunesse dans les prin- «t cipes de la religion catholique, à la former aux bonnes « mœurs, à diriger les collèges et les séminaires ; Nous les « autorisons à entendre les confessions, à prêcher la parole t de Dieu, à administrer les sacrements dans les lieux de ce leur résidence, avec le consentement et l'approbation de « l'Ordinaire. Nous prenons sous Notre tutelle, sous Notre <■•■ obéissance immédiate et sous celle du Siège apostolique, « tous les collèges, toutes les maisons, toutes les provinces, « tous les membres de cet Ordre, et tous ceux qui s'y réuni- « ront, nous réservant toutefois, ainsi qu'aux Pontifes romains « Nos successeurs, de statuer et de prescrire tout ce que « Nous croirons devoir statuer et prescrire pour consolider « de plus en plus ladite Compagnie, pour la rendre plus « forte et la purger des abus, si jamais (ce qu'à Dieu ne « plaise !) il pouvait s'y en introduire. »

A la fin, le Souverain Pontife exhorte les supérieurs et les membres de la Compagnie à se montrer en tout lieu et en tout temps fidèles à la règle de leur saint fondateur; il recommande à tous les princes régnants et aux évêques d'entourer cette Compagnie de leur protection et de ne pas souf-

(1) Le texte latin poi te : Sitb Prsepositi Generalis pro tempore existentis obedientia. MM. Crétiueau-Joly et de Saiut-Priest traduisent : sous l'autorité du général par intérim. On regrette de trouver une pareille bévue dans un auteur sérieux comme M. Crétineau-Joly. Quant à M. de Saint- Priest, ce lapsus n'enlève pas beaucoup au mérite de son ouvrage, il porte seulement à conclure que la science du comte est à la hauteur de sa bonne foi. (N. T.

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frir que ces religieux soient molestés en aucune manière. Il termine en affirmant encore une fois la validité de cette bulle, nonobstant les constitutions et ordonnances apostoliques qui y seraient contraires, et notamment le bref de Clément XIV, Dominus ac Bedemptor. {Sanctissimi in Christo Patris et Domini Nostri Domini Piidivhia Providentia PapsB septimi Constitutio, qua Societas Jesu in statum pristinum in universo orbe catholico restUuitur. Romie, 1814, in- 12°).

DOCUMENT AR (Voy. liv. VI, ch. I, p. 208).

Dans la loge des Polonais-Unis, Orient de Varsovie, on chanta, le 24 mars de l'an 5815 de la vraie lumière (24 mars 1815) une élégie ayant pour titre : « Alarme de la civilisation, « à l'occasion du rétablissement de la Compagnie de Jésus dans « le monde entier. » La sottise le dispute à la haine dans cet amphigouri de dix-neuf mortels couplets.

C'est une provocation à combattre la religion catholique. Dans les neuf premiers couplets, l'auteur excite à la douleur les francs-maçons, parce que le fruit de leurs travaux va périr et surtout parce qu'on envoie contre eux les Jésuites, condamnés par Clément XIV. Du dixième au dix-septième couplet, il pousse à la réaction. Comme moyen, il dit qu'il faut déchirer l'honneur des Jésuites pour les empêcher de gagner du terrain (1) et il s'afflige de voir les rois favorables à la Compagnie. Dans les deux derniers couplets, l'auteur adresse une invocation à « l'architecte éternel, père de la nature et auteur du « soleil, le priant de venir en aide aux Maçons, qui déposent « dans ses mains leurs marteaux et leurs truelles. »

(1) Comme ce couplet est intelligible, en voici la traduction : « Frappez, écrasez, chassez les monstres de Jésuites, « Prenez en main la massue de l'hercule de Ferney ; « Afin d'empêcher ces monstres de débiter leurs marchandises, « Déchirez leur honneur, mettez en pièces leur réputation. »

DOCUMENT AS

DOCUMENT AS(Voy. liv. VI, ch. I, p. 209).

Le protestantisme, qui en avait assez de ses propres affaires et qui de plus ne reconnaissait point de sacerdoce proprement dit, ne s'inquiétait point de faire des missions. La vue seule des progrès de l'Église catholique en Asie, le mouvement des Piétistes et les intérêts commerciaux de l'Angleterre, firent naitre en lui à la fin la jalousie et la pensée d'une propagande, dont l'œuvre principale serait la diffusion de la Bible en toutes langues dans l'univers entier. Cette pensée, mise en avant d'abord au xvn'^ siècle, par Spener et Frank, porta le baron Hildebrand Von Ganstein à fonder dans la ville de Hall une institution biblique, originairement destinée à servir uniquement le luthéranisme. Une institution semblable fut fondée pour les Anglais en Angleterre, mais ici on conçut bientôt l'idée d'étendre cette institution jusque chez les peuples païens. En 1804, la société biblique de la Grande-Bretagne et des pays étrangers commença ses travaux, après s'être unie avec la société des missions qui existait depuis 1795 ; et elle reçut pour fonction principale de répandre la Bible sans aucun commentaire. Les agents font des voyages aux frais de la société et en même temps s'occupent de leurs propres affaires.

Dans ce même temps, se multipliaient en Angleterre, en Allemagne, à Paris, en Amérique, des sociétés pour aider les sectes protestantes les plus variées. Elles s'efforcent d'avoir partout leurs succursales et leur envoient chaque année une certaine quantité d'exemplaires, soit de la Bible en entier, soit du Nouveau Testament.

Les revenus annuels de la société atteignent le chiffre de 4.000.000 de thalers. Pour avoir une idée de Pactivité de la société biblique, il suffit de dire qu'en 1872 il s'est distribué, partie par les colporteurs, partie dans les librairies :

En France 80.000 exemp. Bible.

En Hollande 12.000

En Autriche 152.250

En Danemark 27.000

En Norwège 25.000

En Suède 48.000

En Russie 231.000

En Espagne 58.690

En Portugal 6.430

En Italie 35.240

En Turquie]

En Grèce 27.840

En Egypte )

Dans les Indes 171.000

En Chine..., 93.000

Total : 967 . 450 exemplaires.

De cette statistique, il ressort que cette société est surtout répandue en Russie, puisqu'on y a envoyé 231.000 exemplaires en soixante langues.

DOCUMENT AT (Voy. liv. VI, ch. Il, p. 223).

Oukase adressé au Sénat dirigeant :

« Revenu, après une heureuse conclusion des affaires exté- « rieures, dans l'Empire que Dieu Nous a confié, Nous avons « été informé par beaucoup de notions, de plaintes et de « rapports, des circonstances suivantes :

« L'ordre religieux des Jésuites, de l'Église catholique « romaine, avait été aboli par une bulle du Pape. En consé- « quence de cette mesure, les Jésuites furent expulsés, non- « seulement des États de l'Église, mais aussi de tous les « autres pays. Ils ne purent demeurer nulle part. La Russie « seule, constamment guidée par des sentiments d'huma-

DOCUMENT AT

nité et de tolérance, les conserva chez elle, leur accorda un asile et assura leur tranquillité sous sa puissante protection. Elle ne mit aucun obstacle au libre ex(3rcico de leur culte ; elle ne les en détourna, ni pardes persécutions, ni par des séductions, mais en retour elle crut pouvoir attendre de leur part de la fidélité, du dévouement et de l'utilité. Dans cet espoir, on leur permit de se vouer a l'éducation et à l'instruction de la jeunesse ; les pères et les mères leur confièrent sans crainte leurs enfants pour que ces religieux leur enseignassent les sciences et formassent leurs mœurs. Maintenant il vient d'être constaté qu'ils n'ont point rempli les devoirs que leur imposaient la reconnaissance et cette humilité que commande la religion chrétienne ; et qu'au heu de demeurer habitants paisibles dans un pays étranger, ils ont entrepris de troubler la religion grecque, qui, depuis les temps les plus reculés, est la refigion dominante dans notre Empire, et sur laquelle, comme sur un roc inébranlable, reposent la tranquillité et le bonheur des peuples soumis à notre sceptre. Ils ont commencé d'abord par abuser de la confiance qu'ils avaient obtenue, en détournant de notre culte des jeunes gens qui leur avaient été confiés et quelques femmes d'un esprit faible et inconséquent, et en les attirant à leur Éghse. Porter un homme à abjurer la foi de ses aïeux, chercher à éteindre en lui l'amour pour ceux qui professent le même culte et pour ses compatriotes, à rendre son esprit étranger à l'esprit de sa patrie, à semer la zizanie et l animosité dans les familles, à détacher le frère du frère, le fils du père, la fille de la mère, à faire naître des divisions parmi les enfants de la même Éghse ; est-ce là l'enseignement et la volonté du Dieu qui aime la paix, et de son Fils unique Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui a versé pour nous son sang très précieux, afin que nous menions une vie paisible et tranquille ?

0 Après de pareilles actions, nous ne sommes plus surpris que l'ordre de ces religieux ait été éloigné de tous les pays et n'ait été toléré nulle part. Quel est en effet l'état qui pourra souffrir dans son sein ceux qui y répandent la haine et le trouble? Constamment occupé à veiller au bien-être de nos fidèles sujets, et considérant comme un devoir sacré d'arrêter le mal dans son origine, afin qu'il ne puisse mûrir et produire des fruits amers, Nous avons en conséquence résolu d'ordonner :

« 1° Que l'église catholique (de Sainte-Catherine) qui se trouve ici, soit rétablie dans l'état oii elle était durant le règne de notre aïeule de glorieuse mémoire, l'impératrice Catherine II, et jusqu'à l'année 1800 ; « 2° De faire sortir immédiatement de Pétersbourg tous les rehgieux de l'ordre des Jésuites ; « 3" De leur défendre l'entrée dans nos deux capitales, ff Nous avons donné des ordres particuliers à nos ministres de la police et de l'instruction publique pour la prompte exécution de cette détermination et pour tout ce qui concerne la maison occupée jusqu'ici par les Jésuites, ainsi que les écoles. En même temps et afin qu'il n'y ait point d'interruption dans le service divin, nous avons prescrit au métropolitain de l'Église cathohque romaine de faire remplacer les Jésuites par des prêtres du même rite qui se trouvent ici, jusqu'à l'arrivée des religieux d'un autre ordre catholique, que nous ferons venir à cet effet. » L'authentique a été signé de la propre main de l'Empereur :

Alexandre.

Pélorsboui'g, 20 décembre 1815.

(SzANTYR, Histoire de l'Église, tom. I, p. 315.)

DOCUMENT AU

DOCUMENT AU (Voy. liv. VI, ch. III, p. 248).

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