Archives du collège Sainte-Marie
ravant, 6 octobre 1850, par M. Bilaudèle, supérieur de Saint-Sulpice, spécialement délégué par l'évêque de Montréal: les travaux ont été activement poussés pendant l'hiver; les murs se sont élevés, le dôme, auquel on donnera irrespectueusement le nom de calotte du Père Martin, solidement posé; et voici qu'à la fin d'avril, les élèves viennent au grand collège inaugurer joyeusement le mois de Marie: c'était pour eux, cette année-là, à plus d'un titre, « le mois le plus beau ». Le providentiel abri des professeurs à Saint-Patrice put aussi être échangé pour le collège. Ils furent bientôt suivis des Pères de la résidence, les Sulpiciens ayant reçu du renfort pour leur ministère de langue anglaise.
Enfin c'était au tour du noviciat, en septembre, à venir prendre gîte sous le toit du collège. Le maître des novices n'était plus le P. Luiset. Sa vue faiblissante l'acheminait vers une complète cécité. On lui avait donné pour successeur, en 1848, le P. Georges Schneider, l'homme de la confiance sans bornes en saint Joseph. ! La petite famille religieuse s'était accrue en 1850 du contingent de New-York. L'heure était venue, ai-je dit, de quitter l'hospitalière demeure de M. Rodier. I1 fallait pour cela rompre des liens très doux et très délicats. Le départ n'eut pas lieu sans émotion. Le dernier jour, on célébra la messe aux intentions de la famille bienfaitrice. Le P. Martin offrit à M. Rodier un petit album, « hommage, disait-il, de reconnaissance et de dévouement perpétuels pour une généreuse et
1. Georges Schneider, né à Ribeauvillé (Alsace), le 3 avril 1807, entra au noviciat le ler octobre 1826. Après de fortes études théologiques, il exerça le saint ministère à Paris, vint au Canada en 1848, et prit aussitôt le poste laissé vacant par le P. Luiset.
aimable hospitalité de huit années ». Sur les pages du livret étaient inscrits les noms des hospitalisés. A la page de 1843, on lisait ces paroles de l'Évangile: Hospes eram, et collegistis me, j étais étranger et vous m'avez recueilli. !
La fleur de la reconnaissance des Pères pour M. Rodier ne se fana jamais. Une affectueuse lettre du T. KR. P. Général le rangea parmi les bienfaiteurs de la Compagnie de Jésus, participant à toutes ses faveurs spirituelles. Dans la chapelle du collège le premier banc lui était réservé ainsi qu à toute sa famille. Le même privilège les suivit naturellement au Gesü, quelques années plus tard. En. 1863, le 31: juillets"c’était en"“présencerde Mgr Bourget, des Pères du collège et des novices, la présentation d'une médaille envoyée par Pie IX: le Saint-Père voulait par là reconnaître le zèle pour la religion montré par M. Rodier en plus d’une circonstance, et notamment sa charité envers les Pères de la Compagnie de Jésus. Une dernière fête réunit l'aimable vieillard et ceux qu'il appelait ses enfants. Les novices étaient au Sault-au-Récollet depuis plusieurs années lorsque, le 13 novembre 1874, fête de saint Stanislas leur patron, ils reçurent la visite de M. Rodier. Il assista à la conférence spirituelle, partagea le repas de famille. Au milieu des épanchements de la récréation, il remit sa photographie au P. Perron: « Je ne veux pas, dit-il, que mon souvenir périsse avec moi, mais qu'il vive en mes petits enfants. De toutes les œuvres auxquelles j'ai mis la main, c'est celle dont je suis le plus fier. »
Le P. Perron lui présenta à son tour une photographie