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Lettres des Nouvelles Missions du Canada, t. I, p

de deux ans. Une première nomination échoua. On se souvient que le P. Larkin avait quitté la Société de Saint-Sulpice à Montréal, en 1840, pour entrer dans la Compagnie de Jésus. A l'époque où nous sommes parvenus, il était recteur à New-York, en quête de fonds pour rebâtir le collège qu'un incendie venait de raser. Or voici qu'il reçoit de l'archevêque de Québec une lettre qui lui annonce son élévation au siège de Toronto, par le choix unanime de l'épiscopat canadien, ratifié par le Saint-Siège, et que les bulles sont en route. A l'instant, l'humble religieux, sans ouvrir le bref qui accompagne la lettre, va se jeter aux genoux de son supérieur et lui demande la permission de traverser en Europe pour obtenir du Pape la révocation du décret. Il part, voit en passant à Paris le nonce du Pape, lequel admirant dans l’évêque élu la noblesse du port unie à la hauteur de l'esprit et du caractère, lui dit, pour toute consolation: «Mon Père, montrez-vous seulement à Rome et votre élection sera sûrement confirmée! » Heureusement que le Provincial de France prit sa cause en main, l'exposa au Général de la Compagnie, et dans l'intervalle permit au P. Larkin de commencer à Laon sa troisième année de probation. A son tour, le T. KR. P. Roothaan, obéissant aux prescriptions de l'Institut en pareils cas, se jeta aux pieds de Pie IX, et le supplia d'écarter de l’un de ses fils le redoutable honneur de l'épiscopat. Le saint Pontife, si bien placé pour saisir la beauté du geste, le récompensa sur l'heure par le retrait des bulles. Et Toronto attendit encore la venue de son Pasteur.

Enfin, trois ans après la mort du premier évêque, le deuxième était choisi parmi les Sulpiciens de Montréal,

et sacré le 20 mai 1850; on l'appelait Armand de Charbonnel. Mis au courant du projet si cher au cœur de son prédécesseur, il s'empressa de solliciter l'envoi du P, Tellier pour préparer les voies à une résidence; la résidence amènerait ensuite le collège. Le Père n'était pas plutôt arrivé qu'un excellent catholique, M. John Elmsley, vint lui offrir une très belle propriété, en bordure de la rue Yonge, à une petite distance de l'Université alors naissante. Le site était, au dire du P. Tellier, vraiment splendide et des plus avantageux pour l'œuvre projetée. Hélas! on se heurta derechef à l'obstacle qui avait barré la route à Kingston, au manque de sujets anglais. New-York ne pouvait en détacher un seul de ses collèges. Le P. Tellier voulut encore espérer: la capitale ontarienne promettait un si magnifique champ d'apostolat; la Compagnie n'y aurait-elle point sa part ? Mais. après deux longues années d'expectative vaine, bien remplies d'ailleurs par les ministères les plus variés et les plus appréciés, sur un ordre de son supérieur, le Jésuite dut replier de nouveau sa tente et se diriger, cette fois, sur New-York, où l’attendaient les plus hautes charges.

En 1860, Mgr de Charbonnel remit à son coadjuteur, Mer Lynch, la direction du diocèse de Toronto et se retira en France, où bientôt il alla s'ensevelir chez les Capucins. Le nouvel évêque reprit en sous-œuvre le projet d'avoir des Jésuites dans la ville épiscopale. Il ne pouvait plus être question d'un collège: la place avait été prise, dès 1851, par les Pères de Saint-Basile, à la demande de Mgr de Charbonnel. Le prélat offrit au P. Tellier, qui était justement devenu Supérieur à New- York, la paroisse Saint-Patrice et l'ancienne mission de

la Compagnie à Penetanguishene avec les vastes terrains qu'elle possédait. Deux Pères dans l'un et l'autre poste suffiraient à leur desserte. L'offre était vraiment généreuse, le Père Tellier avait en outre à sa disposition les quatre hommes nécessaires; que fallait-il de plus ? Il fallait le consentement du KR. P. Sopranis, alors Visiteur de la DEP New-York-Canada. A la surprise du Supérieur et à l'étonnement plus grand encore de l'évêque, le consentement ne fut pas donné. Une deuxième fois, Toronto se fermait devant la Compagnie de Jésus et par elle.

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Le fondateur de la paroisse de Chatham, comté de Kent, est le Père Jean Jaffré, dont nous avons déjà dit un mot dans un chapitre précédent. Né à Sainte-Anne d'Auray, le 25 septembre 1800, entré dans la Compagnie au noviciat de Montrouge, le 28 septembre 1819, il manifesta après quelques années de ministère en France, son désir d'être consacré aux missions d'Amérique. Pour l'y préparer, on lui ménagea un séjour de deux ans en Angleterre, au collège de Stonyhurst. Et voici qu à la fin d'octobre 1844, il arriva, sans être annoncé, au presbytère de Sandwich où le P. Chazelle et le P. Point, gémissant sous le poids de la tâche, l'accueillirent dans le plus complet et le plus légitime ravissement. Comme ses deux anciens, le nouveau venu était un rude travailleur. Sa part fut la visite des petites missions environnantes et la cueillette au passage de quelques brebis égarées du protestantisme. Sa connaissance de l'anglais lui en aplanissait les voies. De nombreuses abjurations vinrent couronner ses efforts.

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De tous les endroits qu'il visitait, Chatham, à quelque cinquante milles à l’est de Sandwich, devint bientôt le plus important et qui réclama à juste titre ses soins les plus assidus. Il y donna une mission dont l'un des heureux effets fut dé déterminer les catholiques à bâtir une église. Il écrivait, peu de temps après, 19 mars 1847: « Avant la mission, cette ville, deux fois plus populeuse que Sandwich, n'avait pas même une chapelle où l'on pût célébrer. On y voyait quatre temples pour le culte protestant, et notre sainte religion n'avait point le plus petit sanctuaire, de sorte que, lorsque j y entrai, je ne savais où loger ni où commencer les exercices de la mission. Jusque-là, Îles catholiques étaient comme cachés et inconnus les uns aux autres: mais une fois la mission commencée, ils se montrèrent, se reconnurent, s'encouragèrent mutuellement. » — Dans les derniers jours, le missionnaire leur proposa la construction d'une église. C'était, dirent-ils, leur rêve à tous. Mais où prendre les fonds? Les catholiques étaient si pauvres. Eh bien, on s'adressera aussi aux protestants. Démarche hasardeuse: le ministre épiscopalien, qui avait eu vent de l'affaire, ne venait-il pas, du haut de la chaire, de dénoncer comme un crime le fait de participer en quoi que ce fût à l'érection d'une église catholique? «La preuve en est évidente, avait-il ajouté, le Papisme est fondé sur le meurtre: dès le commencement, il s'est glorifié de faire des martyrs, et aüjourd'hui encore ses prêtres ne vivent que de l'argent qu'ils extorquent du peuple pour l'administration des sacrements. » Nos catholiques terrorisés, n'osaient bouger. Le P. Jaffré fit tant et si bien qu'il en détermina trois ou quatre des plus notables à faire un essai. Succès inespéré,

réception bienveillante, aumônes généreuses, tellement qu'on n'aurait plus voulu laisser une seule demeure protestante sans la visiter. Le missionnaire constata que la souscription en peu de temps s'élevait à dix mille francs et que les protestants y figuraient pour les deux tiers.

En 1852, il desservait encore nombre de postes environnants, mais avait fait de Chatham sa résidence principale. «(Le protestantisme, écrivait-il, y serait aujourd'hui maître de tout, si on n'y avait bâti une église en 1847... Outre l'église, nous avons construit une maison d'école et forcé le conseil municipal de la reconnaître comme légale, pour avoir les subsides du gouvernement. » Ses succès de bâtisseur avaient haussé ses aspirations. Il ajoute, au sujet de l'église: « Cette année, nous avons bâti une tour de quatre-vingt-cinq pieds de haut, dont la base sera la sacristie.. La cloche que nous y avons placée est regardée comme la merveille de l'endroit, et le conseil municipal me donne cent vingt-cinq piastres par an pour la faire sonner trois fois par jour, le matin, le midi et le soir, dans le but, selon eux, d'avertir les ouvriers, mais selon nous, d'inviter les catholiques à réciter l'Angelus. »

Ce n'est qu'en 1857 qu'il put résider en permanence à Chatham, avec un Père pour la desserte des stations voisines. Il. y fut supérieur jusqu'en 1860, où New- York lui fut assigné pour prendre quelque repos. Le seul repos qu'il sollicita fut de se vouer aux soins des malades au grand hôpital de Blackwell's Island. Victime de sa charité, il y contracta une fièvre maligne qui l'emporta le 10 mai 1861.

Le P. Férard succéda au P. Jaffré en 1860, pendant

que les Ursulines, parties du Sault-Sainte-Marie, venaient doter la ville de Chatham d'une de leurs belles maisons d'éducation. Après le P. Férard ce fut le P. Conilleau, puis le P. Baudin, et en 1874 les Supérieurs crurent devoir laisser entre les mains de l'évêque de London cette paroisse déjà si florissante.

Le 27 juin 1847, les Pères Caveng et Fritsch et un Frère coadjuteur, tous trois de la province de Suisse (Germania Superior) quittaient New-York pour venir s'établir dans le diocèse de Toronto où les appelait Mgr Power ! La région qu'il voulait leur confier était sitéue dans le comté de Waterloo, dont Sainte-Agathe de Wilmot était le centre, région peuplée d'immigrants venus d'Allemagne et en partie catholiques. Arrivés autour de 1827, ces Allemands catholiques furent longtemps sans prêtres et sans écoles, au grand détriment de la foi et des mœurs. Depuis quelques années un prêtre apparaissait de temps à autre pour les cas les plus urgents. Mais qu'était-ce pour la multitude dispersée au loin, sinon quelques miettes jetées à des faméliques. Aussi la joie fut-elle grande à Wilmot lorsque, le dimanche qui suivit l'arrivée des Pères, il y eut une messe solennelle et sermon. Après l'office, réunion des notables. On voulait savoir si les missionnaires n'étaient que de passage ou restaient. Quand on apprit qu'ils fixaient leur résidence à Wilmot, l'enthousiasme fut au comble. Tout de suite on aménagea une partie de l'école pour en faire des chambres, et, trois jours après, vingt hommes se mirent à l'œuvre pour construire une belle

1. V. Litterae annuae Provinciae Franciae S. J. (ab Oct. 1861 ad Oct. 1862), p. 108 et suiv. Arch. du coll: Sainte-Marie.

allonge; on acheta un fourneau en fonte avec sa batterie de cuisine; les femmes, conseillées par le maître d'école, montèrent trois lits: les unes fournissant les matelas, d'autres le linge et les couvertures.

On était au beau milieu de ces soins empressés et de ces joies, lorsqu'une voiture, partie de la Nouvelle- Allemagne (New-Germany), colonie distante de 15 milles de Wilmot, vint réclamer l’un des deux Pères. Ces bons Allemands durent retourner avec la promesse qu'ils seraient souvent visités. Mais voilà que le surlendemain, ils reparaissent, en jetant pour de bon l'alarme dans le cœur des habitants de Wilmot. Nouvelle déception pour New-Germany et nouvelle fête pour Wilmot. Aussi, le dimanche suivant, comme pour ajouter à leurs prisonniers une chaîne de plus — et combien délicate — les jeunes filles du village, profitant d'un moment que les Pères étaient sortis, jonchent toute la maison de roses, pendant qu'à l'église les murs et les autels disparaissent sous le feuillage et les fleurs.

Le P. Caveng, qui nous donne ces gracieux détails, ajoute que l'hospitalité est grande partout, que les immigrants nouveaux venus sont l'objet d'attentions suivies, qu'on les aide à se construire au plus vite des habitations. « Aussi arrive-t-il souvent que les branches d'arbres sur lesquelles les oiseaux chantaient encore le matin, forment le soir une chaumière qui servira d'abri à toute une famille !. »

Les deux missionnaires se mirent à parcourir les villages de leur juridiction et à donner dans chacun d'eux les exercices de la retraite. Huit à dix mille Allemands

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