‹ Les Jésuites du Canada au XIXe siècleChapitre 37 sur 62 · TurcOTTE, Le Canada sous l'Union, t. I, p · texte numérisé non relu

TurcOTTE, Le Canada sous l'Union, t. I, p

Tout ce que le Supérieur de New-York put accorder, ce fut la présence pendant un an du P. Tellier. Directeur des élèves et professeur de théologie de quelques jeunes gens qui s'acheminaient au sacerdoce tout en enseignant, le P. Tellier imprima aux études et à la piété un élan que le collège n'avait pas encore connu. L'évêque et le Supérieur en titre le constataient à la fin de l'année, avec la plus entière satisfaction

Un événement, — ce mot ne dépasse-t-il pas la chose ? Mais dans la petite famille collégiale tout prend de si étonnantes proportions — un événement donc vint grandir la joie spirituelle dans le cœur des élèves et des maîtres. Le lundi de Pâques, ler avril, deux jeunes protestants, les deux frères Knowlson, James et George, faisaient leur abjuration dans la chapelle du collège, entre les mains de Mgr Phelan, et recevaient de lui le baptême, la sainte communion et la confirmation. Le prologue et peut-être bien le premier pas de leur conversion, avait été leur agrégation à l'œuvre de la Propagation de la Foi que le directeur avait établie parmi les élèves, et qui fut le premier noyau de cette admirable institution dans le diocèse. L'épilogue fut, pour le cadet, son entrée dans la Compagnie de Jésus, cette année-là même à Montréal, et sa mort deux ans après, mort qui par l'âge et par l'extraordinaire ferveur du novice depuis sa venue, rappelait à ses frères ce qu'ils avaient lu de la vie et de la mort de leur patron, saint Stanislas Kostka.

La fin de l'année approchait. L'évêque réitéra ses instances auprès des Supérieurs, sinon pour l'acceptation du coliège, du moins pour retenir celui qui l'avait rénové. Cela même ne put lui être consenti, et le P. Tellier dut redescendre à Montréal.

Le premier évêque de Toronto, Mgr Power, portait une très vive affection à la Compagnie de Jésus, nous l'avons constaté. Il aurait voulu l'établir solidement dans sa ville épiscopale. Mais les mille et un soucis d'un nouveau diocèse à organiser lui firent retarder ce projet; et voici que la mort, son héroïque mort en 1847, venait faucher cette vie si brève et déjà si admirablement pleine.

Toronto, la future rivale de Montréal, était encore en ce temps-là dans les langes de l'enfance. Voici ce que le P. Frémiot écrivait en 1848, un an après la mort de l'évêque. Il venait de passer par cette ville, en route pour ses missions: ( Toronto, capitale du Haut-Canada avant la réunion des deux Canadas sous un même gouvernement, n'est, à l'exception d'une rue, qu'un village silencieux et désert. L'évêché est bien bâti, et l'on venait de reprendre les travaux de la cathédrale interrompus depuis la mort de Mgr Power. L'ancienne cathédrale, jusqu'ici la seule église catholique de la ville, est une pauvre chapelle en bois, grande à peu près comme celle de nos Pères de la rue des Postes. Depuis peu, quelques Sœurs irlandaises sont venues s'y fixer pour instruire les jeunes filles. Il n'y a point encore d'école catholique pour les garçons. Outre l'administrateur presque toujours malade, il n'y avait pour le ministère dans toute la ville de Toronto que deux prêtres; depuis quelques semaines, il y en a un de Buffalo... Et puis voici bientôt un an que cette église est sans évêque, et l'on ne prévoit pas encore le terme de son veuvage. » !

Ce triste veuvage devait se prolonger encore l'espace

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