‹ Les Jésuites du Canada au XIXe siècleChapitre 51 sur 62 · TT · texte numérisé non relu

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Le P. Perron était devenu, à la mort du P. Tellier, Supérieur de la Mission de New-York-Canada. Il crut de bonne foi ce que tous croyaient à New-York, que le français au Canada n'avait aucune chance de survie, que l'inondation anglaise aurait bientôt fait de le submerger, et que par conséquent il était de bonne tactique, fût-ce au détriment du français, de se mettre résolument dans le courant, au lieu de vouloir le remonter en risquant de s'y perdre.

Plein de ces appréhensions, il fit imprimer au collège Sainte-Marie une orientation plutôt anglaise: on soigna partout l'anglais, on le mit sur le même pied que le

français en KRhétorique et en Belles-Lettres, on transforma l'académie française en debating society, etc.! On conçoit le tollé que souleva dans tous les rangs de la société montréalaise une pareille innovation. L'écho s'en prolongea jusqu à New-York. L'essai ne fut pas long. On comprit vite que l'inondation anglaise n'était pas si redoutable, et que le français était une arche assez sûre pour flotter gaiement sur les eaux du déluge. Dès l'année suivante, le collège reprenait sa marche ordinaire. Le retour était d'autant plus facile que le P. Perron, dans l'entrefaite, avait été remplacé par un fils de la libre Helvétie, le P. Jean Bapst.

C'était en 1869. On allait entrer bientôt dans l'année terrible, terrible pour l'Église et pour la France. Le ciel de 1870 eut son éclaircie dans les dernières solennités du concile du Vatican, suivies brusquement de la double catastrophe de la Porta Pia et de Sedan. Un deuil immense emplissait tous les cœurs. La séance de fin d'année, juin 1871, se fit sans éclat, sans réjouissance, sans aucun chant, par la simple mention des succès obtenus: les élèves du collège Sainte-Marie comme ceux des autres collèges, à la demande de l'évêque, avaient généreusement fait le sacrifice de leurs prix, et l'argent qui leur était destiné partait pour aller secourir l'’auguste Pontife que la maison sacrilège de Savoie venait de dépouiller de ses États et tenait captif au Vatican.

Dans le même temps, une autre inquiétude torturait le cœur des Supérieurs du collège et de la Mission. La dette du Gesù et du collège croissait toujours. Le P. Bapst, venu de New-York, constata que l'extrême li-

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