‹ Les Jésuites du Canada au XIXe siècle, tome 1; 1842-1872Chapitre 14 sur 67 · P. Pierre Point S. J., Histoire de Sandwich, p · texte numérisé non relu

P. Pierre Point S. J., Histoire de Sandwich, p

SANDWICH

marches et contre-marches nécessaires la mort qu’il convoite, la mort dans l’exercice même de la charité. Voyez, disait l’évêque, voyez cette immense étendue de pays qui est devenue mon diocèse et que je viens de parcourir, du lac Ontario à l’extrémité occidentale du lac Supérieur, de la rivière du Détroit aux rivages de la baie d'Hudson. Là vivent épars au bord des rivières et des lacs, ou dans les bois sans chemins, des groupes détachés de diverses nations, Français, Anglais, Irlandais, Allemands, immigrants catholiques perdus au milieu des protestants et des infidèles, puis voisinant avec eux, de pauvres Indiens plongés dans la nuit du paganisme, nuit plus sombre que l’obscurité des forêts qu'ils habitent. Je voudrais faire de mon diocèse une vaste mission. Et pour cela il me faut des Jésuites, car que puis-je avec mes dix-neuf prêtres ? — Il est aux" confins de mon diocèse vers le sud-ouest, une ancienne mission de la Compagnie de Jésus, mission indienne qui n’a laissé derrière elle que des tombeaux entourant celui de leur dernier missionnaire jésuite, c’est Sandwich. Il n’y a plus d’indiens, mais deux à trois mille Français du Canada attendant un prêtre de leur langue; c’est le centre de plusieurs missions françaises et irlandaises; c'est le point de départ pour descendre à l’est par terre et par eau jusqu’à Montréal et New-York, et pour monter à l’ouest vers les missions indiennes anciennes et nouvelles, depuis l'île Walpole du lac Sainte-Claire, jusqu’aux dernières îles et aux plus lointaines plages du lac Supérieur. Toutes ces missions étaient jadis l’apanage de la Compagnie de Jésus. Elle y rentrera de plein droit. Elle peut dire avec saint Paul: Ostium

mihi apertum est magnum et evidens. 1 Et le Maître de la moisson réitère son appel: Levate oculos vestros et videte regiones, quia albae sunt iam ad messem. 2

L’âme ardente du P. Chazelle s’embrasait aux flammes qui jaillissaient du cœur du pieux évêque. Il promit son concours le plus effectif et, de retour à Montréal, écrivit à son Provincial en France et au Général de la Compagnie des lettres qui se ressentaient du feu qui les avait provoquées. Les traits portèrent juste. Général et Provincial entrèrent pleinement dans les vues du Supérieur, et dès le 3 juin 1843, le P. Pierre Point et le P. Jean-Pierre Choné montaient sur le navire qui devait les amener en Amérique.

Le P. Point sera l’âme de la nouvelle fondation. Il y montrera les plus belles qualités de l’homme et du religieux: d’un jugement si droit, si pondéré, prudent, observateur, d’une exquise bonté de cœur, zélé, plein d’initiative, mais parvenant à ses fins sans heurt, et ce qui, dans les circonstances où il se trouvera, devait lui être d'un secours que rien ne pourrait suppléer, le don de l’intelligence et de l’assimilation des caractères: il deviendra vite le plus Canadien des Français. — Il était né à Rocroy, le 7 avril 1802. Appelé de bonne heure à l’état ecclésiastique, il fit, en joignant le travail à la piété, d’excellentes études à Saint-Acheul, fut ordonné prêtre en 1826, l’année même où Nicolas, son frère aîné, entrait dans la Compagnie de Jésus. Il était chanoine honoraire de Reims, lorsque, en 1839, il quitta tout pour se faire lui aussi enfant de saint Ignace. Il aspirait aux missions. Celle de Madagascar ayant été projetée,

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