Ioan., iv
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il fut l’un des trois Pères élus pour cette œuvre. Nous avons vu que le Canada fut substitué à Madagascar en 1842. Le P. Point cependant ne vint pas avec le premier contingent. Ce n’est que l’année suivante qu’il fut choisi avec le P. Choné pour la résidence de Sandwich.
Parmi les nombreux écueils du Morbihan, à quatre lieues des côtes de Bretagne, se trouve une île qu’on appelle Belle-Ile-en-mer. Elle était habitée en 1843 par quelques-uns des descendants de ces héroïques Acadiens que l’Angleterre avait proscrits en 1755 et dispersés sur toutes les plages du monde. Le roi de France leur avait donné cet asile. Palais en était le chef-lieu. On avait demandé un Jésuite pour y prêcher le carême. Le P. Point se présenta, et par un coup de la Providence, dès les premiers jours, au milieu de la neuvaine de saint François-Xavier, il reçut de son Provincial la lettre qui le destinait à la nouvelle Mission du Canada. Ce fut une joie extrême non seulement pour le Père, mais aussi pour ce bon peuple, lorsqu’il apprit ce départ pour le pays aimé dont il gardait fidèlement le souvenir. La mission en reçut un regain de ferveur. On se pressait au confessionnal; les plus invétérés pécheurs n’y tenaient pas. Ma plus grande consolation, aimait à raconter le Père, me vint d’un vieux capitaine octogénaire. Le jour de Pâques au soir, veille de mon départ, le capitaine Leblanc, vénérable vieillard, qui n’avait pu à cause de ses infirmités profiter du bienfait de la station, me fit dire qu’il voulait se confesser à moi seul. J’y allai le lendemain et le confessai. Quand il eut fini, il me
raconta, les larmes aux yeux, cet épisode de sa vie de marin: « Un jour, sur un vaisseau où je commandais en qualité de second, nous fûmes assaillis par une violente tempête qui en moins de rien nous mit sur les dents et nous laissa sans espoir.’ J’allai trouver le capitaine consterné, et lui dis: Capitaine, nous sommes à bout, nous allons périr. Si nous mettions le cap sur le ciel... Faisons un vœu à la sainte Vierge. — Le capitaine y consentit. A peine avais-je fini mon vœu, que j’aperçus la sainte Vierge au milieu des voiles et des cordages y remettant tout en ordre, pendant que le vent s’apaisait, les vagues tombaient, et le vaisseau reprenait tranquillement sa route... Mon Père, cette fois-là la sainte Vierge sauva mon corps, aujourd’hui elle sauve mon âme. Il est temps d’accomplir mon vœu. J’avais promis une belle statue pour l’autel de Marie. Faites-en faire une s’il vous plaît à Paris: quelle soit belle, belle, peu importe le prix. » Le P. Point regarda toujours cette station comme les prémices très aimables de son nouvel apostolat.
A Paris, le P. Point et le P. Choné reçurent de Mgr de Forbin-J anson et du vénérable abbé Desgenettes, la commission de promouvoir en Canada leurs deux œuvres de prédilection, de celui-là son Association de la Sainte- Enfance, de celui-ci l’Archiconfrérie du Saint-Cœur de Marie. Et le 3 juin, veille de la Pentecôte, ils montaient à bord du paquebot américain Ioiva en partance pour l’Amérique. Plus avisé que son vieux capitaine acadien, le P. Point n’attendit pas la tempête pour se rendre propice la Vierge Étoile des mers. « Dès le commencement de notre navigation, disait-il, nous primes possession de la mer au nom de Marie, en jetant dans ses
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flots une médaille de Notre-Dame des Victoires. » Le 3 juillet, il y eut à bord un baptême; la famille avait choisi pour parrain le capitaine qui n’était seulement pas baptisé. Et le bon capitaine tout heureux de cette attention avait proposé de donner à l’enfant le nom de son navire « Iowa ». Ce fut une délicate opération pour le P. Point de faire revenir sur le nom et plus encore sur le parrain. Enfin, le 12 juillet, après une traversée de six semaines, ils débarquèrent à New-York; puis remontèrent l’Hudson, s’engagèrent dans le long canal Erié qui relie l’Hudson à Buffalo, et le 24 au soir, ils étaient à Toronto aux pieds de l’évêque pour recevoir sa bénédiction, et dans les bras du P. Chazelle qui les attendait dans cette ville depuis plusieurs jours.
Le repos ne fut pas long. Deux jours après, ils se remettaient en route, cette fois avec le P. Chazelle. Le bateau qu’ils prirent à Buffalo pour traverser le lac Erié, les déposa le samedi soir, 29, à Détroit. Le lendemain matin ils étaient à l’évêché où, en l’absence de l’évêque administrateur du diocèse, Mgr Lefebvre, le vicaire général les accueillit avec la plus grande cordialité et leur confia, à l’un la grand’messe, à l'autre le sermon. Le prélat, qui revenait ce jour-là même du concile de Baltimore, leur donna à son tour toutes les marques de la plus vive affection. « Il voulut aussi, dit le P. Point, que les premières vêpres de saint Ignace fussent chantées dans sa cathédrale française, par les premiers Jésuites français qui revenaient prendre possession de leurs anciennes missions. »
A cinq heures du soir ils quittaient l’évêché, conduits par le grand vicaire, traversaient la rivière et abordaient au village de Windsor. De là, ils prirent le chemin qui
menait à Sandwich: c’était la Grande Côte, bordée d’un côté d’une rangée de maisons très propres, de l’autre des eaux de la rivière. Après une demi-heure de marche, ils arrivèrent à une pointe de terre où la rivière fait un coude. C'était précisément l’emplacement de l’ancien village des Hurons. On se rappelle sa singulière nomenclature: Paroisse de i Assomption de la Pointe de Montréal du Détroit. Il n’y avait plus que l’église et le presbytère, tous deux branlants de vétusté. Le village était à cinq minutes plus loin. On voyait ça et là des vestiges de la première chapelle des Jésuites, ainsi que du camp des sauvages. Au vieux presbytère, ils furent reçus par le curé, M. Angus McDonnell. En entrant au salon, le premier tableau qui s’offrit à leurs yeux représentait la sainte Vierge montrant l’Enfant-Jésus à saint Ignace. Dans l'église où l'on s’empressa d’aller rendre ses hommages au premier Roi de ces contrées, d'autres souvenirs de la Compagnie frappèrent leurs regards: deux grands tableaux de saint Ignace et de saint François-Xavier, et deux plus petits aux côtés de la sainte Vierge, ceux de saint Louis de Gonzague et de saint Stanislas. Outre ces peintures, reliques de l’ancienne mission, il y avait le tombeau du P. Potier. Il semblait être là pour garder la mission et la transmettre aux nouveaux venus comme un héritage de famille. Le lendemain, 3 1 juillet, ils célébrèrent la fête de saint Ignace et, au saint sacrifice, s’unirent avec bonheur à leurs frères du monde entier.
Le dimanche suivant eut lieu l’installation des Pères à 1 église. On avait eu le temps pendant la semaine d'apprendre leur arrivée. L’église était comble. Le P. Chazelle étant indisposé, le P. Point chanta la messe et prêcha sur les qualités d’un bon pasteur. « On trouva,
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écrivit-il plus tard, on trouva mes paroles trop modérées et trop douces, et à la fin de la messe on y mit un bon correctif. » Cette intervention maladroite de l’ancien curé, n’eut pour effet, comme bien l’on pense, que d’aviver l’affection et la confiance des paroissiens envers leurs nouveaux pasteurs.
Située dans le comté d’Essex, la paroisse avait pour limites à l’ouest la rivière du Détroit, au nord le lac Sainte-Claire, à l’est la mission irlandaise de Maidstone, et au sud la paroisse d’Amherstburg: ce qui lui donnait le long de la rivière, du nord au sud, une étendue de vingt milles, et de l’ouest à l’est dans la profondeur des terres, environ six milles.
Le village principal, composé d’une centaine de familles, était celui de Sandwich, chef-lieu du comté; on y voyait un tribunal, une prison, une imprimerie, etc. Une seule rue principale, très propre et très large, bordée de jolies maisons françaises et anglaises, le traversait dans sa longueur. En aval de Sandwich, la Petite Côte, longeant la rivière, reliait entre elles les fermes, dont les quadrilatères bien cultivés s’alignaient les uns à la suite des autres jusqu'au village d’Amherstburg. Deux petites rivières, qui se jetaient dans la grande rivière du Détroit, donnaient à ce paysage une beauté que ne laisseraient pas soupçonner leurs noms: l’une la rivière aux Canards, l’autre la rivière aux Dindes, avec, en face, l’île aux Dindes, la Grosse Ile, l’île Bois- Blanc, etc. « Tout de même, disait le P. Point, ces noms attestent que les Français ont les premiers habité ces lieux. » — En ce temps-là, Windsor n’était qu’un petit village de trente familles. D’autres hameaux encore composaient la paroisse: ainsi la côte des Ottawas,
Grand-Marais, la Pointe à la Pêche, etc. Ces localités réunies donnaient une population catholique et française de 2 à 3,000 âmes. « Voilà la paroisse », concluait le P. Point. Puis il ajoutait avec une complaisance point du tout faite pour déplaire aux intéressés: « Et nous pouvons dire que c’est la partie la plus ancienne, la mieux cultivée, la plus sociale, et surtout la plus catholique du Haut-Canada, à tel point que Mgr Power eut à opter pour son siège entre Toronto et Sandwich. »
Malgré son éloignement de la province-mère, Sandwich avait gardé sa population française. Elle formait comme un îlot à part, là-bas, dans cette mer ontarienne, qui s’élargissait sans cesse, mais qui, avant longtemps, verrait sa bordure orientale reculer sous les alluvions sans cesse envahissantes de la province de Québec. Canadienne-française certes elle l’était et du meilleur cru. Le P. Point va nous en dire quelque chose. 1 Ces traits de mœurs sont d'un intérêt plus qu’ordinaire, à cause du point de comparaison qu’ils nous fournissent avec les us et coutumes du Bas-Canada. Ce qui nous permettra de tirer une conclusion importante au sujet des mœurs et de la langue françaises.
« Voyez-vous, écrivait le Père, sur les bords glacés de la rivière de Détroit, sur une étendue de six lieues, cette longue suite de carrioles et de traîneaux glissant légèrement à qui mieux mieux pour arriver plus tôt ? Si c’est l’été, voyez cette procession de charrettes, de calè-
1. Lettres des Nouvelles Missions du Canada, t. I, pp. 346-348.
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ches, de chevaux, tantôt roulant, galopant gaiement dans la poussière; tantôt aussi marchant lentement, se tirant avec peine de la boue des chemins ? Ce sont les gens qui viennent à la messe; ils vont rarement à pied. Quand ils n’ont pas de cheval ils disent qu’ils ne sont pas gréiês. Quand les hommes n’ont pas une belle capote d’étoffe, les femmes une belle robe, un beau chapeau de paille, ou de velours ou de soie, orné d’une belle rose, un beau voile de crêpe vert, et un petit parasol, ils disent qu’ils n’ont pas d’habit propre, et qu’ils aiment mieux prier le bon Dieu chez eux, que de venir à l’église scandaliser le monde et faire rire les autres. ))
Parlant de l'intérieur de la nouvelle église qu’il était parvenu à terminer, il dit: « Vous ne voyez rien de riche, mais tout est propre; car nos Canadiens ont hérité des Anglais l'amour de la propreté et la décence. — Presque tous ont la voix douce et harmonieuse. Mais chose étonnante, ils ne s’en doutent pas; ils n’osent essayer; et quand je veux les presser, ils répondent simplement: Pas capable. Cependant ils aiment à entendre chanter et à voir les belles cérémonies. En dépit des réglements des athées anglicans, j’ai introduit dans toutes les écoles la prière et le chant. J’espère que nous y formerons de bien bonnes voix. »
« Les hommes sont généralement de belle taille et de bonne mine; on voit rarement un bossu, un bancal, un nain, un vieillard en enfance. Il en est qui parviennent à l’âge de 80 ans; le petit nombre que l’on rencontre semble avoir échappé à la loi portée contre les autres : labor et dolor; ils sont droits et marchent sans bâton, ils sont gais et de belle humeur; ils meurent en paix, sans regret et sans décrépitude. J’ai rencontré dernièrement
un vieux voyageur plus que septuagénaire; il a le visage aussi frais qu'un homme de 50 ans; il m’a dit qu’il avait un frère de plus de cent ans, et que son père est mort à 110 ans. Nous avons plusieurs familles vraiment patriarcales de 12 et 15 enfants. J’ai vu avant-hier un père de 74 ans, qui a des enfants de 7 à 8 ans.
« Vous me demanderez peut-être, quels sont les jeux et les amusements des Canadiens ? Forcés de subir les lois de la dévotion protestante, il leur est défendu, les saints jours du dimanche, de lancer la boule, de pousser la bille, de faire voler la balle ou le volant comme en France, voire même de se promener, de se grouper dans les rues; il y aurait amende; un coup de fusil tiré serait presque un péché mortel. Chacun reste dans sa maison, tout est tranquille. Comme on n’a pas le temps de jouer pendant la semaine, ces jeux sont tombés en désuétude. Le grand et solennel plaisir consiste en courses à cheval ou en carrioles. Autrefois il arrivait souvent que ces fêtes étaient accompagnées d’ivrogneries et d’autres désordres; grâce à Dieu, ces excès sont tombés. Il en est de même des coups de mains et des bals; ce n’était pas chose facile de faire cesser ces abus si chers au cœur du Canadien. La mort nous aide un peu à introduire ces réformes. Cette année, dans un de nos hameaux, les jeunes gens voulurent faire une partie malgré mes avis, il leur arriva malheur. Un jeune homme mourut la même semaine, deux jours après une jeune fille qui avait gagné un mal de gorge à danser, mourut sans confession, quelques jours plus tard mourut le maître du bal, la maîtresse en fut quitte pour une maladie, d'autres furent aussi très malades. Alors chacun se mit à dire: Une autre fois on écoutera le Père. »
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Ces quelques détails et d’autres qui trouveront bientôt leur place naturelle dans le cours du récit, permettront au P. Point, après plusieurs années de séjour, de résumer ainsi sa pensée sur les Canadiens français. L’on remarquera combien parfaitement elle coïncide avec le témoignage que leur rendaient dans le même temps les Pères de Montréal. « Le Canadien, dit-il, est encore français dans l'âme comme dans le sang, dans sa vie de famille comme dans sa vie religieuse. Plus heureux que son frère d’Europe, ses mœurs primitives n'ont pas été gâtées par l’esprit révolutionnaire du dernier siècle. Franchise, droiture, simplicité, docilité, gaieté, générosité, esprit religieux et chevaleresque: ces mots définissent assez bien le caractère canadien. » — N’allons pas croire cependant que l’extrême bienveillance du pasteur l’aveuglât sur les défauts de ses ouailles. Il avait l’œil très ouvert. Ses gens disaient: « Les Pères nous donnent quelquefois des compliments, quelquefois aussi ils nous ravagent. »
Mais voici la réflexion capitale que faisait le P. Point en concluant: « A vrai dire, je puis ajouter que le Canadien est plus français que les Français eux-mêmes, puisque formé des trois principaux éléments, bretons, picard et normand, il participe à ce qu’il y a de spécial dans chacun, pour s’en faire un caractère homogène: ainsi mêmes inclinations, mêmes usages, mêmes expressions, mêmes manières de parler. » Quiconque a un peu voyagé et a rencontré des Canadiens français en différentes parties du Canada et des Etats-Unis, admettra que cette pensée est d’une justesse saisissante. Il n’y a pas, comme en France, de provincialismes au Canada. Les traditions, les mœurs, les manières, le
parler, sont les mêmes partout. Chose remarquable ! dans cette fusion lente des diverses colonies de France, on mit justement de côté, comme des scories, le patois des provinces d’où l’on venait, pour ne garder que l’or le plus pur du verbe français. Et ce que M. J. -J. Ampère disait d'un patois particulier, « Il (l'habitant canadien) ne parle pas le patois qu’on parle aujourd’hui dans les villages de Normandie )), c’est vérifié à la lettre de tous les autres patois. — « Nulle part ailleurs, écrivait le P. de Charlevoix en 1722, on ne parle plus purement notre langue. On ne remarque même, ici, aucun accent ». 1 Ce témoignage est corroboré par l’abbé d'Olivet, membre de l’Académie française: « On peut envoyer un opéra en Canada, et il sera chanté à Québec note pour note et sur le même ton qu’à Paris; mais on ne saurait envoyer une phrase de conversation à Bordeaux et à Montpellier et faire qu’elle y soit prononcée syllabe par syllabe comme à Paris. » Un autre académicien, Xavier Marmier, écrivait en 1866: « Ici l’on garde dans l’usage de notre langue, cette élégance, cette sorte d’atticisme du grand siècle. Le peuple lui-même le parle assez correctement et n’a point de patois. )) M. Rameau de Saint-Père, judicieux autant que sincère ami des Canadiens, disait: « Sur les bords du Saint-Laurent notre langue n’a pas plus dégénéré que notre caractère. » Plus récemment, en 1894, M. Gailly de Taurines résumait de la sorte ses impressions: (( D’une façon générale, on peut dire que la langue populaire des Canadiens est infiniment meilleure et plus correcte que la langue
1. Cette citation et celles qui suivent (sauf la dernière) sont tirées de la brochure de M. J -P. Tardivel: La langue française au Canada, parue en 1901.
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populaire en France. » Enfin, en 1914, Mtre Fernand Labori apporta lui aussi son témoignage. « Le dédain, écrivait-il, qu'ont beaucoup d'Anglais et d'Américains pour le parler français de nos frères Canadiens est très plaisant. La langue française du Canada se distingue par un accent du terroir assez marqué, qui n’est celui ni du Normand, ni du Picard, ni du Champenois, ni du Poitevin, qui tient à la fois des uns et des autres. Mais rien n'est plus authentiquement français que cette langue savoureuse, pieusement conservée par les fils des premiers colons. Sans doute quelques expressions modernes traduites de l’anglais, quelques particularités de prononciation la déparent un peu pour nous, mais l’effet d'ensemble est charmant et plein de séduction pour un Français. » 1
Maintenant d’où vient que nos premiers colons héritèrent du meilleur parler français ? C’est qu’ils provenaient à peu près tous de ces provinces du Nord de la France où le beau et pur français se parlait depuis plus longtemps que dans le Midi. De là aussi venaient les gouverneurs, les fonctionnaires, les officiers, les nobles, et surtout le clergé et les religieuses qui, par leur contact incessant avec toutes les classes du peuple, y semaient et conservaient le plus choisi des idiomes. Récollets, Jésuites, Sulpiciens, membres des Missions étrangères, religieuses Ursulines et de la Congrégation, furent les artisans de cette oeuvre qui ne devait jamais périr. — Le français d’autrefois ainsi conservé parmi le peuple, fournissait aux esprits cultivés de nos provinces des éléments qui, travaillés, affinés, actualisés par l’étude