‹ Les Jésuites du Canada au XIXe siècle, tome 1; 1842-1872Chapitre 38 sur 67 · Dom Benoit, Vie de Mgr Taché, t. I, p · texte numérisé non relu

Dom Benoit, Vie de Mgr Taché, t. I, p

LES MISSIONS SAUVAGES (PREMIÈRES ANNÉES

sauteux, dont le plus important est sa grammaire. Le jugement qu’on en porte est que Belcourt a saisi d’emblée le génie de la langue sauteuse; il l’a saisi avec une rare perspicacité, et l’a exprimé avec autant de concision que de méthode et de clarté. Son dictionnaire qui est malheureusement resté en manuscrit, passe pour une œuvre non moins remarquable.

Les missionnaires français, de tout temps et sur toutes les plages, se sont distingués par leurs nombreuses lettres édifiantes, lettres toujours pleines d’intérêt et souvent d’une grande beauté littéraire. Le P. du Ranquet fit exception. A un Supérieur majeur qui lui en manifestait sa surprise, il répondit avec une bonhomie charmante: « Hélas! mon révérend Père, je suis pour les lettres comme le rocher dont parle saint Ignace dans sa lettre sur l'obéissance, rocher qui n’eût pu être ébranlé par les efforts réunis d’un grand nombre d’hommes. »

Sa plume toutefois ne restait pas oisive. Il l’appliquait de préférence aux travaux de linguistique. Ses ouvrages sont encore manuscrits, sauf une Histoire Sainte, parue par séries dans la petite revue sauvage Anishinabe Enamiad, et qui n’est qu’une traduction, d’ailleurs très belle, de l’Histoire Sainte du chanoine Schmidt. Il a d’innombrables notes sur la langue odjibwée, sur les croyances des sauvages payens au sujet de l’origine du monde, le déluge, etc. A ces notes s’ajoutent des contes indiens, puis une traduction de quelques hymnes de l’Église. « Telles de ces traductions, dit l’auteur que nous suivons dans ces aperçus, le Lauda Sion par exemple, ou le Stabat Mater, sont des tours de force où l’élégance rivalise avec la concision et l’absolue exactitude. Il n’est rien de comparable à ces chefs-d’œuvre dans toute

la littérature algonquine. » Et un autre de ses frères en religion a pu l’appeler le « Tacite odjibwé ».

Mais le plus complet et le plus justement célèbre des trois initiateurs est sans contredit Mgr Baraga. Chez lui, les dons de l’esprit et du cœur le disputaient à la noblesse de la naissance. Sa famille, de la branche cadette des Habsbourgs, était la plus distinguée de l’Illyrie. Il prit ses degrés en droit à Vienne, puis cédant à l’appel de Dieu, il se prépara au sacerdoce. Son premier ministère s’exerça en Carniole, province d’Autriche, sa patrie. Il mit à profit ses loisirs pour composer des ouvrages religieux. Il écrivait en Slovène, sa langue maternelle et celle de la Carniole. On reconnait que si cet idiome est devenu une langue littéraire, il le doit surtout aux travaux de ce grand homme. Son zèle des âmes le fit passer en Amérique. Et tout de suite, sur les bords de l’Ohio, il se mit à l’étude de l’ottawa, sans livres, avec le seul secours d’un interprète. L’année suivante (1832), il publia dans cette langue un livre de prières avec catéchisme et cantiques, « le premier, dit Pilling, d’une série remarquable d’ouvrages dans les dialectes sauvages, dont les philologues ont reconnu la très grande utilité ». 1 - — Après l’ottawa, l’odjibwé. «Si ce saint et savant homme a élevé sa langue maternelle à la dignité de langue littéraire, il a fait plus encore pour l’ottawa et l’odjibwé: il est le créateur de la langue de la religion dans ces deux dialectes. A une sainteté éminente, à une haute intelligence, à un savoir vaste et sûr il joignait un esprit analytique remarquable, et une limpidité d’exposition qui fait penser, si l’on ose dire, à saint

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