‹ Les Jésuites du Canada au XIXe siècle, tome 1; 1842-1872Chapitre 52 sur 67 · DES MISSIONNAIRES JÉSUITES A QUÉBEC · texte numérisé non relu

DES MISSIONNAIRES JÉSUITES A QUÉBEC

On trouvait sur un troisième côté les noms de quelques-uns des martyrs jésuites: Jogues, de Brébeuf, Lalemant, Garnier, Daniel, Buteux et de Noué.

Québec, déjà riche en institutions religieuses de tous genres, n’avait pas encore néanmoins, en 1891, une maison où prêtres et laïques pussent se retirer pour faire privément les exercices de la retraite. Cette année-là, s’ouvrit à cette fin la Villa Manrèse, paisible, solitaire, ombragée de grands ormes, de bouleaux et de chênes, sur le Chemin Sainte-Foy, non loin du monument élevé à^Lévis et à ses braves. Propriété et maison toute faite avaient été achetées par un riche avocat de la ville, M. Louis-de-Gonzague Bailla rgé, et cédées en pur don à la Compagnie de Jésus.

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Le grand salon était devenu une gracieuse chapelle à l'usage des retraitants. Les pieux voisins et voisines en connurent bientôt le chemin. Et comme on se sentait loin, bien loin, et depuis l’ouverture du petit sanctuaire, plus loin que jamais de l’église paroissiale de Saint-Jean- Baptiste, l’idée vint à plusieurs chefs de famille de signer une requête à l’autorité religieuse pour l’érection d’une chapelle publique. Ce fut vite fait et vite accordé. Restait à trouver les fonds. Le Supérieur de la résidence de Québec était alors le P. Édouard Désy. C’est lui qui avait incliné doucement vers Manrèse le cœur compatissant du donateur. Devant cette œuvre nouvelle, il ne crut pas excessif de frapper à la même porte. Dès 1882, M. Baillargé avait conçu le projet peu banal — et il s’y employait activement comme à tout ce qu’il entreprenait — de faire ériger une église ou chapelle dans chacune des cinq parties du monde. Le P. Désy pensa que la partie du monde où se trouvait Québec ne devait pas échapper à cette ingénieuse distribution. La demande fut accueillie avec la même générosité que la première, et dix mille dollars vinrent s’ajouter aux huit mille de l’année précédente. Le nom de M. Baillargé s’inscrivait derechef à côté de ceux que nous avons déjà signalés, au livre d’or des bienfaiteurs de la Compagnie de Jésus.

La pierre angulaire fut bénite le 3 mai 1894 et le nom de Notre-Dame du Chemin donné à la chapelle. Nom cher aux fils de saint Ignace, à cause de l’extraordinaire dévotion du fondateur pour l’image miraculeuse de ce nom à Rome. L’élégante chapelle éleva bientôt sa flèche au-dessus des grands arbres qui l’environnent et par la perfection classique de ses lignes et le goût

qui présida aux décorations intérieures devint en peu de temps le pur joyau que tous admirent aujourd’hui.

L’installation d’une église dans une localité est toujours le signal d’un regain de vie. Les offices divins, le zèle des desservants, la beauté et l’élévation du site à la limite extrême de la ville dans l’air embaumé de la campagne, ne tardèrent pas à grouper autour du nouveau sanctuaire de nombreuses familles. En 1899, le P. Désy prenait en main l’œuvre dont il avait été l’âme jusqu’à ce jour; il la garda jusqu’au mois d’août 1914. Dans l’intervalle, il obtint, en 1909, l’érection de sa chapelle en église paroissiale, et en 1912 agrandit la Villa Manrèse de manière à en faire définitivement une maison de retraites fermées.

A la résidence de la rue Dauphine on ne chômait point non plus. Les congrégations marchaient de succès en succès. Depuis le retour des Pères à Québec, en 1849, les deux congrégations de Notre-Dame et de Saint-Roch avaient été dirigées par eux. La paroisse de Saint-Roch, qui possédait dans ses limites la chapelle de la congrégation, avait vu tellement croître le nombre de ses fidèles, qu’il parut nécessaire en 1901 de la diviser. La chapelle de la congrégation, si providentiellement située, devint l’église paroissiale de Notre-Dame de Jacques- Cartier. Le Supérieur de la Mission pria en même temps l’archevêque de Québec de vouloir bien transférer au titulaire de la nouvelle paroisse le gouvernement de la congrégation.

L’affection des Pères se concentra dès lors sur la congrégation de la Haute-Ville. Elle le leur rendit bien. L’occasion ne devait pas tarder de la manifester avec

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éclat. Les états de service de la congrégation dataient de loin: fondée par le P. Poncet en 1657, peut-être était-elle la plus ancienne de l’Amérique du Nord. L’année 1907 ramenait le deux cent cinquantième anniversaire de sa fondation. Les fêtes du 3 et du 4 février furent splendides. La congrégation des jeunes gens, fondée en 1873 et se réunissant dans la même chapelle, s’était jointe à son aînée pour la célébration. Un gage précieux fut laissé entre les mains des Pères pour commémorer à la fois cette date et l’inaltérable attachement que leur gardaient leurs fils spirituels. La chapelle attenante à la résidence était restée jurque-là la propriété de la Congrégation. Ce qui avait été décidé en principe, en 1905, reçut, deux mois après les fêtes du centenaire, sa pleine exécution: la chapelle, l’immeuble sur lequel elle est érigée et tous les biens meubles qui en relèvent, étaient cédés aux Pères de la résidence, « dans le but, ajoute l’acte de donation, de resserrer davantage les liens de reconnaissance qui attachent la Congrégation aux successeurs des missionnaires Jésuites, qui l’établirent à Québec en l’année 1657 ».

Nous avons conduit le récit des œuvres de Québec jusqu’à une date fort avancée, afin d’en garder mieux une vue d’ensemble, et aussi pour ne pas revenir trop souvent à la vieille métropole, une fois dans l’engrenage de Montréal. La suite de cette histoire toutefois nous y ramènera forcément encore, à l’occasion de certains événements de première importance dont Québec sera le théâtre.

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