‹ Les Jésuites du Canada au XIXe siècle, tome 1; 1842-1872Chapitre 55 sur 67 · Act., X · texte numérisé non relu

Act., X

LE COLLÈGE SAINTE-MARIE ET LE GESÙ

toutes ces erreurs, gallicanisme et libéralisme. « Qu’estce donc, s’écrie-t-il, que le gallicanisme ? Qu’est-ce que le libéralisme ? )) Le lutteur venait de saisir à la gorge les deux adversaires de son évêque. Il les exécute l’un après l’autre, en revenant sur leurs méfaits et (en montrant l’évêque de Montréal attentif à revendiquer les droits de l'Eglise, son indépendance vis-à-vis de l’Etat et toutes les conséquences qui en découlent. Il a des auxiliaires pour ce grand œuvre, le clergé d’abord au moins dans son ensemble, et des laïques éclairés, ardents, unis à leur évêque, suivant la prière très expresse du Souverain Pontife Pie IX. ' ’Pertransiit benefaciendo, il a sûrement passé en faisant le bien. — Avant de finir, le prédicateur résume tout son sujet dans un magnifique tableau. Mgr Bourget en ce jour, devant son peuple, rappelle Moïse arrivé au terme de sa carrière, et disant au peuple d’Israël: « Testes invoco hodie caelum et terram, quod proposuerim vobis hodie vitam et mortem, benedictionem et maledictionem; Je prends à témoin le ciel et la terre que j’ai mis à votre choix la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. » Puis scandant de son poing sur le bord de la chaire (c’était son geste favori) chaque sentence, chaque mot, qui tombaient sur l’auditoire comme des grêlons sur un toit:

« La suprématie et l' infaillibilité du Pape, poursuivitil, l’indépendance et la liberté de l’Église, la subordination et la soumission de l’État à l’Église, et par cette subordination et cette soumission, mais pas à une autre condition, l’union de l’Église et de l’État; le droit qu a l’Église de posséder et d’administrer des biens temporels, d’ériger des paroisses, les saintes immunités de l’Église, le droit qu’à l’Église de régler, de surveiller et

de diriger les écoles, indépendamment de l’État: voilà la vie, la bénédiction.

« Le gallicanisme, le libéralisme, l’asservissement de l’Église à l’État, la dépendance de l’Église de l’État dans le droit de posséder des biens temporels, de les administrer, d’ériger des paroisses, la prééminence de l’État sur l’Église dans la direction et la surveillance des écoles, la subordination de l’Église à l’État devant les tribunaux séculiers dans les causes ecclésiastiques: voilà la mort, la malédiction.

« Elige ergo vitam ut et tu vivas et semerx tuum; choisissez donc la vie, afin que vous viviez1 vous et votre postérité. )) 1

Les contemporains de cette époque se rappellent l’impression énorme produite dans la partie instruite de l’auditoire et surtout parmi le clergé. Tandis que gallicans et libéraux geignaient sous les lanières, les ultramontains goûtaient au fond du cœur une joie qui tenait du ravissement. Nous comprenons assez malaisément de nos jours ce violent antagonisme doctrinal dans les hautes sphères civiles et religieuses, aujourd’hui que la plus pure doctrine romaine circule partout dans l'Université et les séminaires et de ses ondes bienfaisantes vivifie les âmes des évêques et des prêtres pour de là se répandre dans toutes les classes de la société. Il n’en était pas ainsi autour de 1872. Plusieurs membres de la Législature de Québec, des hommes de professions, médecins, avocats, juges, s’étaient peu à peu imprégnés des erreurs du gallicanisme et du libéralisme. Quelques-unes des questions abordées par l’orateur étaient brûlantes en

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