DE LA SECONDE ÉDITION
A peine ce livre était-il publié qu'il était déjà annoncé par la trompette malhonnête de VUnivers. V Univers ce jour-là se mit en frais d'esprit extraordinaires : le livre, disait-il, a cinq cents pages; &est un moyen d'avoir du poids. Après avoir traité l'auteur de bel esprit universitaire et de rapiéceur d'opéras, le bel esprit religieux ajoute : « Nous examinerons le « livre de M. Génin. Ce professeur passe pour plai- « saat; nous ne nions pas qu'il le soit quelquefois. Il « nous fera rire ! nous ne pouvons tirer de lui que ce « parti-là! » {L'Univers du f 5 févi'ier iMi.)
Il paraît qu'on n"a pas même \m en tirer ce parti-là, car l'examen annoncé n'a pas eu lieu; niri7mt!crs, ni les autres feuilles du parti n'ont jugé à propos de faire connaître ce que le moniteur des jésuites appelle galamment ma voltige voHaîrienne. Il faut savoir que
vollairicn est ''éiiitiKMii I;ï di'^iaijîneiise (Iii.vocaliiilain; île res siens (jiii ni' peinent regarder s;ins ]i!ltir et suer d'eiïroi la lignre de Voltaire mort, de leur élève Voltaire.
Cela est voltairien ! c'est un voltairien ! en d'autres termrs, c'est un sot livre! c'est iiii pauvre homme! c'est (in imbécile! Qui juge ainsi, «'il vous plaît? Un certain parti littéraire renforçant un certain parti religieux, mais d'une certaise religion. Ils sont dignes en vérité de s'estimer et de s'entendre. C'est de part et d'autre le même bon goût, la même délicatesse d'esprit, la môme portée de vues philosophi(iiies , la môme sincérité dans leur néo-catholicisme. Toute la religion de ceux-6î se concentre dans l'architecture gotliique; toute la religion de ceux-là se compose de fanx miracles et de fausses reliques; les injures et les mensonges sont leurs Oremus. Mais ils conviennent ensemble que Voltaire est un singe, singe pourtant de quelque génie,
Chei l'homme en mUïion par le diable envo^A,
tandis fjue les missionnaires jésuites sont les envoyés de Dieu, comme il appert de leurs actions et de leurs livres. 11 faut bien se garder de comparer l'Essai sur les mœurs, à VHistoire de France du l'ère Loriquet ou du Père Gahourd, ou du Père Lefranc, ou dn Père Delandine; le Dictionnaire ijlnlnsopkique n'approche pas des Tnslitulions philosophiques de M. Bouvier;
qu'est-ce que Ctaidide et Zadig à ci'-té des commentaires sui" le sixième commandement Vœuvre de chair,
.par MM. Bouvier, Saettler, Moiillet, nei>reyne, rte. La l'orrespondance de Voltairi' ])Oiit-el!e iio inomeiit entrer en iutte avec celles de nosseigneurs les évêques de Chartres, de Chàlons, de Langres, de Périgueux? Autant vaudrait comparer Mérope et Zaïre & Buy Bios et au Rois'amii.te, ou i Histoire de Charles XII à YSisloire de sainte Êlisaheth de Hongrie. Jetons dans le même bûcher le Siècle de Louis XIV et les Frovincialet, et ne lisons pins désormais que le Précis de la médaille miracutemet ou le' Jlfanuel de Varchiconfrérie du curé Desgenettes, ou le Petit traité des petitesvertus, par un petit Père jèsuite.ou bien encore J^arie conversant avecses enfants pendant lemoîsde mai. Voilà les bons livres, la bonne littérature, lesvraih hommes de génie et les véritables gloires de la France ! Ce n'est pas voltairien, cela! On y respire à chaque page cette quintessence d'esprit religieux et subtil qui porta l'Académie française, à demander, au lieu de y Éloge de Voltaire, un Discours sur Voltaire. Ceux qui ont trouvé cela iront loin, oui ! Voltaire a illuminé l'Europe entière; ils se chargent de la plonger toute entière dans les ténèbres les plus épaisses. Voltaire a soulevé et porté sur ses puissantes épaules tout le dixhuitième siiVIe ; ne voyez-vous pas comment ils soulèvent \v liix-iit'uvitMUe ?... l'om-vn iju'il ne finisse pas par leur tomlier sur la téte!... C'est qu'il ne serait pas
légei', cliurg(i (xniiiin! il Test iVr>(imi}}c.s sérieux et i!'œi(«res d'art!
Ah !, Voltaire est un singe 1 Voltaire vient du diable ! 0 mes chers niyrmidoiis tant religieux que littémres, bâtards des croisés ou de Pierre Gringoire, si Voltaire vivait, il n'aurait, pour ciilbutor vns fourmilières dévotes, qu'à les toucher du hout de sa pliinii',, Aujourd'liiii vous venez en capuchons et en scapulaire?, en froc noir DU en Trac vert, gambader bravement sur sa tombe. Prenez donc garde à vousl Si son ombre se retournait dans son cercueil, il n'en faudrait pas davantage pour vous jeter à bas et vous envoyer tous là . d'où vous le prétendez venu.
Hais que fais-je? je crois que je me laisse entraîner à défendre Voltaire et la révolution française contre les jésuites et l'esprit féodal? La défense est aussi superllue cpie l'attaque est vaine et ridicule. Voltaire et hi révolution franc-aise sauront bien se garder tous seuls.
Je disais donc que pas un démenti ne s'est élevé contre les faits dont ce volume est rempli, et qu'ils ont désormais pour eux la sanction du silence des parties iuléressées. Quc]c[ue soin que j'eusse apporté à être exact, je n'espérais pas, je l'avoue, un tel sucete. Je ne croyais pas que l'effet dût manquer aussi complètement à des menaces aussi bruyantes. Ces hommes, si habiles à dénaturer la pensée, A nier l'évidence, i\ revêtir les mots et les idées d'une cnuliiur fausse à l'aide d'un dislingito, comment ces sophistes ha-
tailleurs ne sont-ils pas entrés dans la discussion? S'armer en public, faire le moulinet de sa ilamberge, s'affermir sur ses étriers en invoquant sa dame et criant d'avance victoire! puis, s'arrêter tout à coup aux portes de la lice, qu'est-ce que cela signifie? A quoi bon ces fanfaronnades, toute cette piaffe, comme on disait autrefois? est-ce mépris, est-ce prudence?
Leur réponse n'est pas douteuse. Eh bien, non; quelque modestie que j'y mette, je ne puis les croire : on n'injurie pas avec autant de colère l'objet d'un si profond dédain. Mais on ne pouvait me combattre sans faire connaître ce que j'attaque, ces multitudes de textes qui glorifient la trahison, le parjure, le r^icide, le vol, l'impureté, en un mot les sept péchés capitaux transformés en vertus au service des jésuites ; textes si positifs que les jésuites eux-mêmes ont dù renoncer i y adapter une interprétation innocente, àéquivoquer sur les termes. Voilà pourquoi à cette clameur imprudemment jetée et qu'on ne pouvait pas retirer, a succédé par ordre un profond et unanime silence.
Cela prouve qu'au jugement des jésuites la France n'en est pas encore à pouvoir supporter l'apologie publique de ces belles doctrines. Ce sont des plantes cultivées dans l'ombre des séminaires et des sacristies ; c'est do là qu'elles plongent sous notre sol de' longue», d'immenses racines ; c^st là qu'elles s'engraissent à nos dépens et déploient un luxe de végétation bien
— JllI —
consolant pour les fidèles ultramoctains. Hds quelle que soit leur vigueur apparente, il n'est pas temps encore de les sortir ; le premier 'coup de soleil de la publicité pourrait les tuer, car cesoleil est brutal, particulièrement en Juillet, et ce cathoUcon d'Ësp^e a la feuille tendre (l) ; il est vrai que la racine en est singulièrement vÏTace et repousse infailliblement sous l'arrosoir de Loyola ; mais toujours des feuilles, cela ne Eait pas le compte des pères jardiniers; ils veulent récolter des fruits. Après quatorze ans de culture assidue, le catholicon est aujourd'hui en aussi bon point que du temps d'Henri III; il est en pleine fleur, comme on peut s'en convaincre en regardant à la boutonnière de messieurs de Montalembert, Beugnot et de Gabriac; son parfum exhalé de la ïioutane du père Ravignan, enivre, entête toutes les jolies femmes et tous les beaux fils du faubourg Saint-Germain ! De grâce, ne compromettez pas ce précieux végétal, dont on assure que l'industrie des bons pères est parvenue à enraciner une boutureaux Toileries. Cettebouture grandit, prospère, et d'un de ses boui^eons, nous verrons au premier jour tomber Henri V, comme dans les féeries du' vieil opéra, l'amour éclôt au sein d'une rose. — Mais revenons à notre sujet.
Prudence, vous dis-je, et non mépris. S'ils étadent si dédaigneux, eût-on vu t'Z^niven s'emporter, s'attadier
(l) Sur ceUe plante imporlée du temps de la ligae,TD;eE la satire Minippie, de la vertu du calbolicoit d'Espagne.
avec tant d'empressement à l'apparence d'unv. inexactitude, consacrer un long article A 1^ grossir, à Ui mettre en relief et en exprimer comme il peut la condamnation de TouTrage entier, selon sa louable habitude de conclure du particulier au généra! ? Voici l'affaire.
En parlant de l'œuvre pour la propagation de la foi, j'ai écrit: — «Sachez donc que pour cette seule œuvre, le mois de mars 1 842 a versé dans les caisses de l'association 3,753,215 fVanos, » — et le chapitre se termine par ces mots : « Où va tout cet argent ? &, Rome.»
L'Univers trouve cette phrase ambiguë, et il a parfaitement raison -, et il m'accuse de mensonge et d'escobarderie, et il a tort.
Ma première rédaction étut beaucoup plus nette. J'avais mis : Sachez donc que pour cette seule œuvre,
le seul mois de mars 1842 a versé, etc C'est ainsi
qu'à une première lecture j'avais compris le prospectus. En corrigeant l'épreuve, un doute me vint ; il fïiut toujours se défier du style des jésuites. Je repris donc leur prospectus et je vis que, par un artifice peu surprenant de leur part, la phrase était ajustée de manière à faire entendre ce que j'avais entendu et à leur ménager la ressource d'une dénégation au cas où il leur conviendrait de nier.
«En 1843, au mots de mars, 2,753,315 fr. re- « cueillis dans lotis les diocèses de France et dans les « pays étranijers, uni. été, dédin:tiyn i'aile des frais dont « plus de cinq sixièmes sont consacrés à la publication
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« des animiez, réparties (sic) , seluii les Ijesoiiis des dif- « férentes contrées, entre les missions catholiques « dont les noms suivent. » (Page 4 du prospectus).
Ah! Pères de l'Univers, vous voulez épiloguer? Hé bien, je rétablis à présent ma première rédaction et lu soutiens conforme à ce vous avez dit et voulu dire. A qui croyez-vous en donner à garder avec votre inversiott ? Voila vraiment une belle Onesse ! Nous prenezvous pour le bourgeois gentilhomme que l'on déroute en renversant l'ordre des mots ? D'amour vos beaux yeux mourir, belle marquise, me font, pour tout autre que M. Jourdain, cela revient exactement i Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour; et tout de même : En 1842, au mois de mars, deux
millions et demi recueillis c'est deux millioHS #(
demi recueillis au mois de mars 1842.
Vous me criez de sauter par-dessus le mot recueillis , d'aller chercher derrière une longue phrase incidente répartis, et de joindre répartis au mois de mars. Et qu'importe qu'on Its ait répartis au mois de oiars ou au mois de mai? Mais il importe fort qu'on les ait recueillis dans le mois de mars , dans le seul mois de mars. Pour attirer un essaim dans une ruche neuve, ou commence par la garnir de miel.
Si TOUS vouliez dire r^rtis au mots d» mars, que ne le disiez-vous, et non au mots de mars recueilli* ?
Ne vous débattez pas tant sur ce pauvre petit détail et avalez cela comme le reste. En effet, c'est ^nd'chose
pniir vous nuedeux millions et demi rt^coU^isen un mois, etencor»! après nue vosi|iiêteursont battu toute la France et l'étranger 1 Gomme si l'on ne savait pas que vous rénniriez au besoin cette somme en vingt-quatre heures ! Vous Faites aujourd'hui les modestes, les pauvres innocents ; mais cela vous réussit aussi mal que d'avoir voulu faire les malins et tendre un piège dans votre prospectus. !1 était grossier à faire pitié, votre piège I si grossier que je n'avais pas daigné le démasquer, et m'étais contenté, en l'évitant, de reproduire l'incertitude par vous ménagée. Pour cela, je n'ai eu qu'à effacer un monosyllabe : le (setit) mois de mars 1842 a versé dans leur caisse, etc.
C'est là-dessus que l'Univers prend feu. Il faut entendre les éclats de son indignation : 6 Escobar universitaire, s'écrie-t-it , vous n'avez pas osé écrire le
seul mois de mars — Non, Univers, je n'ai pas
voulu. — Parce que le flagrant délit d'un faux matériel vous a feit peur- — J'avoue, Univers, que je reculerais et très loin devant un faux quelconque, matériel ou immatériel. Vous n'êtes pas si timide, vous, et en voici la preuve. Le prospectus dont je viens de citer le texte littéral, vous le citez aussi pour me convaincre de déloyauté ; mais comment le citez-vous? — « Dans le prospectus qu'il a sous les yeux , H. Génin lit que, dans le mois de mars, la somme de 2,7.12,215 francs, recueillie pendant le courant du Vaitnvi'., a ('fé répartie entre diverses missions dont les noms suivent.»
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BeciteiUie pendant te cottrant de l'année, je n'y ai pas lu cela. Univers, et je défie qui que ce soit de l'y trouver, même en se servant de vos lunettes. L'interpolation de ces mots, qui change du blanc au noir le sens de la phrase, c'est là ce que j'appelle un faux matériel. Allez ! vous devriez rougir d'abuser par de semblables tours l'innocence de vos pauvres leeteors. C'est un tort considérable que vous faites à votre prochain. Je ne parle pas de moi.
Vous comprenez que les jésuites avaient rédigé leur phraseàdeuxfins, en vue de leurs amis et de leurs ennemis. A leurs amis ils disaient le seul mois de mars i 842 nous a rendu près de trois millions! Mais si les autres le prenaient ainsi : — Comment le seul mois de marsL. . avons-nous dit cela? c'est l'année entière. «Hélas I deux millioas et demi ! plût à Dieu que uous les eussions, les deux millions et demi ! ce serait une bonne affaire pour nous!... Nous en aurions bon besoin!... Cela nous accommoderait fort ! Et nous ne nous plaindrions pas comme &it H. ASSpq, que les temps sont misëra-' blesl...» Puis survientrf/mwers très religieux : Comment, deux millions et demi! il n'y a rien de plus faux! ceux qui l'ont dit en ont menti, et ce sont des coquins qui font courir tous ces bruits-là, des Calons d'opéra-cnmique, des Escobars universitaires, eto.... Voyez pour le surplus VUnivers du 25 février 1844.
Quand je dévoile leui's escobarderies, ils m'appellent ËsGobar. Pourquoi non? ils ont bien appelé Ho-
lièreTarture(l)! A présent ils l'appellent jésuite; c'est la même chose; mais Tintention est autre, car ils revendiquent aujourd'hui Molière comme leur élève, leur ami tendreet leur aOîlié. C'est à eux enfin que le monde doitMoIière. Et Tartufe?ilsyont songé : Tartufe est un janséniste : Molière, dans cette peinture, avait en vue M. de Harlay, l'ennemi des jésuites. Ils prouvent leur dire par cette impertinente anecdote, M. le président ne veut pas qu'on le joue. Il est superflu de rappeler au lecteur instruit que ce mot est attribué dans les vieux Anas espagnols à l'auteur d'une comédie intitulée ie Juge (S) . Ces inventjôDS transcendantes se lisent dans une Fie de saint Ignace , roman ridicule qu'ils offrent à quarante sous au public, et que les beurrières auront demain à sa juste videur, c'est-àdire pour rien.
L'explioatiou donnée ol-dessus et eorroborée de la métamorphose de Tartufe en janséniste démontre clairement qu'Escobar, quoi que en dise le Moniteur des jésuites, n'a point changé de parti et n'a pas déserté du camp de saint Ignace dans le parti de l'Université.
Vous m'accusez de mensoi^e et de déloyauté, mes
(1) Dons les ObKrva&m tur b Fèitiit de Pierre. — Certes, il hnt uoner que Uollère est loi^^nSins nnTartab achevé et un vérlUble hjpoeiile... [HiiL delavieetda ottvraget de MaUirt, parlf. Taacbereau.p.llS, 3' éii%.)
(2) \o3es ih-Amm le ttéiiagiana.
révérends Pères? Boileau disait à son jardinier :
Approche donc e( viens, qu'un paresseux t'apprenne, Antoine, ce que e'oiit que fallgnc et que peine.
Approcliez-voua aussi, mes Pères, et venez, qu'un homme véridique vous apprenne ce que c'est que le mensonge, car je vois bien que vous le pratiquez d'instinct et par routine. C'est chez vous que je prendrai mes exemples, où pourrait-on mieux?
Mentir, c'est £0 que faisaient tout à. l'heure la Quotidienne, la France et i'Êcho françaii lorsqu'on reproduisant un rapport secret sur les collèges de Paris, adressé par jièu/" aumôniers M. do Qu6len, ilyaquator2e ans, rapport calomnieux , dont lus signataires fnrent comme tels destitués sous le ministère de M. de Broglie, lors, dis^je, qu'en reproduisant cette pièce ces trois feuilles dévotes y joignent la note suivante :
«Messieurs les aumôniers des collèges royaux de Louis-ic-Grand, Henri IV et Saint-Louis viennent d'adresser à Mgr l'Archevêque de Paris les [renseignements suivants, que ce prélat leur av^t demandés sur l'état religieux ét moral des élèves. »
Les trois aum'ônicrs désignés démentirent l'impostnre; c'était leur devoir. Alors VUnivers, qui le premier avait exhumé des ruines de l'archevêché la pièce en question, qais, il e§t vrai, sans l'encadrer . dans un mensonge, sq dédommc^ea en injurifuit les trois aumôniers, qui n'avaient pas voulu partager la complicité de cette fraude^pieuse.
C'est encore mentir que do dire la vérité comme fait L'Ami de la Religion. H. Libri publie les observations infiniment curieuses des six prélats, sur une circulaire -de M. Martia du Nord, en date du 5 avril 18il3 Aussitôt L'Jmi de la Religion dément M. Libri, prend Dieu à téùioin, et prouve par un rapprochement de dates que ta réunion indiquée n'a pas eu, n'a pas pa avoir lieu ; c'est-à-dire que la réunion est véritable et la pièce authentique; seulement le fait n'est pas du 5 avril 1844, mais du V> avril 1843. M. Libri ou son imprimeur a mis un chiffre pour un autre. Sur cette pitoyable équivoque se fonde le triomphe de la religion et de son ami.
Monsieurou monseigneurAfFre.archevêquedeParis, vient d'imprimer une brochure contre la philosophie, non telle qu'on l'enseigne dans les séminaires, fondée sur le probabilisme qui autorise tous les crimes, et s'appuyant sur la casuistique qui recherche tous les raffinements de la lubricité, même ceux qui révoltent la nature, mémo ceux qui sont physiqiKJiiieut impossibles (1), mais contre la piiilosophie de l'Université, où il n'est pas question de ces belles choses, et qui se borne à former d'honnêtes gens et de bons citoyens. Le clergé trouve cclle-lA impie, athée et matérialiste. II prouve son opinion. Comment'.' par des extraits d'ouvrages composés par des universitaires.
(1) Par exemple la cohaliltsllan charnelle arec le dlaMe.
Et comment sont faits ces extraits? vous l'aUez voir.
M. Adolphe Garnier, professeur de la Faculté des lettres de Paris, expose que l'homme, en suivant la ^pi de son développement, traverse tous les degrés de la création et parcourt toute récielle des lîtres. — ■ « Du rang de simple minéral, il arrive à la dignité « ri'Otre moral et religieux.,.. Ce qui est l'homme au- « joiird'hui n'a d'abord èlk en partie qu'une certaine « quantité d'éléments minéraux. »
Telle est la citation faîte par monseignear Âffre, de laquelle il n'a pas de peine à faire sortir le matériar^ lisme. Hais Monseigneur a éventré le passage qu'il rapporte ; il en a retranché six ligues qui mentionnent ^'addition d'une âme tmtt à fait distincte du corps, et chassaient bien loin tout soupçon de matérialisme. H a mis également de côté le début du passage qu'il cite, où l'auteur montrait l'homme arrivant « à con- « cevoir l'infini, l'être immuable et éternel, tout- « puissant, tout sage et tout bon. » C'est là un étrange athéisme sans doute ; l'Université n'en a Jamais exprimé ni enseigné d'autre. Quelle honte de voir des prêtres de Jésus-Christ s'abaisser à ces indignes falsifications 1 Et qui donne l'exemple de scandales si déplorables? qui encourage ces atroces calomnies? Si ce n'étaient ^ue de misérables petits abbés, desre-' buts de séminaires, quelque prêcheur fanatique, ou quelque chanoine égaré par l'ignorance et l'envie de paraître, passe encore ; mais voir se déshonorer par
ces excès, les uhtjl's du troupeau, leti piélutij! liey évëques, un archeréque, un cardinal!....
Vous osez parler de mensonge, de mauvaise foi, de déloyauté; gardez, gardez ces termes pour tous. C'est pour vous qu'il faudrait les inventer, s'ils n'existaient pas,
H6 quoi! la gloire de servir les jésuites l'emporte donc à leurs yeux sur la gloire de servir Jésus- Christ?
Ils mettent saint Ignace au-dessus-de Dieu, et les Constitutions au-dessus de rÉvangile.
Car ce n'est pas l'Évangile ni le Catéchisme qui leur fournira l'excuse de leur conduite ; mais ils la trouveront dans les traités de théologie morale des Pères jésuites. Voici, dans Cararauel et dans plus de vingt docteurs graves, la justification non seulement de tout ce qu'ils ont fait, mais de tout tfe qu'ils pourront Mre en ce genre :
<i La calomnie est un péché mortel en soi. Nous « disons en soi; car &est une opinion probable gt^iL
« n'y a point de PËCUÉ HORTEL a CALOSHIBR FAUSSEMENT « POUR CONSERVER SON HONNEUR.
a Cette opinion est soutenue par plus de vingt « docteurs graves, par Gaspard Hurtado, Dicastil- « lus, etc., etc.;... en sorte que, si cette doctrine « n'était prohable, à peine y m aurait-il aucune qui u. le fût dans toute la théologie. » ( Garamuel , n" 1151.)
Après cela, quelque langage qu'ils tiennent, il ne doit plus surprendre : ils calomnient pour leur honneur, cutn îicenciâ superioris. Auront-ils ce beau privilège d'dller ail ciel par le chemin qui conduit les autres en enfer? je ne s;us, et non plus ipio moi ils ne s'en erabarriissent. Mais ce qui est trop sûr et trop visible, c'est qu'ils arriveront à s'élever dans ce monde sur les corps de leurs adversaires et sur les raines fumantes de l'État, si Dieu n'y met ordre. Espérons qu'il t'y mettra.
Beaucoup de prêtres et peu de prêtres : beaucoup par le noni, peu par les œuvres. Prenez doue garde , ministres du Seigneur, comment vous siégez sur votre chaire, car la chaire ne fait pas le prêtre» mais le prêtre la chaire; l'Église ne sanctifie pas le ministre, mais le ministre sanctifie l'Église. Celui qui aura occupé son siège vertueusement, son siège lui sera un titre d'honneur ; celui au contraire qui l'ocoupe mal, le déshonore. Si quelqu'un me bl&me , voilà mon excuse.