CHAPITRE
CE QUE C'SST QDB L'ULTRAMOirUNIBKB. — BE L'dLTRAHOIT- TAN15HB AVANT LES JËSUITES.
Ixjrsqu'OD jette lesyeu:^ sur ce qui se passe autour de nous t l'on est tenté de se demander en quel temps nous TivooB, CD quelle année noua sommea. L'almanach répond en 1843, mais il se trompe; nous nous trompons tous , car nous avons tous rêvé que nous avions marché, vieilli et &it une révolution au mois de juillet I8a0> Il n'y pas eu de 1830. Nous sommes «n 1828, et les Bourbons régnent toujours ; la preuve , c'est qu'on n'entend parler que de jésuites, de miracles, de violences de sacristie et de violations des lois qui chassaient les disciples de saint Ignace. On les avait bannis; ils ont rompu leur ban { ils sont li , an milieu de la société, prêts à se venger d'elle ; insolents , impudents , l'œil en feu , la menace et l'anatlième à la bouche. Ils pn^chent à Paris, par l»ul<! la France; ils envahissent les salons, les cathédrales et jusqu'aux chapelles des collèges; ils sont propriétaires, grands propriétaires, à Lyon, & Faris, à Toolouse , Grenoble , Strasbourg, Avignon, en
Picardie, dans le Mans, au Nord, au Midi^ partout et encore aillears; ils s'appellent capucins, dominicains , pères de la Foi , bénédictins , jésuites même. Ils glissent, ils rampent, ils escaladent. Où la sédaction ne peut atteindre ils triomphent par l'audace. Ils jouent tous les rôles : ils se renient et ils se proclament; ils sèment avec succès le doute et la conviction , la terreur et la joie , la défiance et la sécurité ; toutes les intrigues sont à leur usage , toutes les classes sont par eux assiégées en même temps. Aux gens du monde, ils offrent des concerts dans les églises ; bientôt ils y donneront le bal. Aux ouvriers et aux paysans, de fausses reliques, des cantiques, des médailles miraculeuses; que vous dirai-je? Sauf la véritable piété , ils emploient tout, et tout leur réussit. Les confréries se multiplient, s'étendent comme un vaste fliet. Ils embauchent, ils enrôlent tout lemondo, sans négliger les enfants à la mamelle, pour qui M. Forhiû-JLiiisoii, de tempétueuse mémoire, a inventé l'association de la Sainte-Enfance. Encouragés par ces abondantes recrues, lis engagent la lutte- non plus avec les particuliers, fi donc! avec le gouvernement. Prenez garde , ô Charles X ! l'année 1830 ne se passera pas sans que vous ayez été mordu au cœur par la vipère réchauffée dans votre sein I
Eh bien, parlons des jésuites et parlons-en & notre aise, pendant qu'ils ne sont pas tout & finit assez puissants pour nous bâillonner. Reprenons les choses et les cunaidérons d'un peu haut. J'entends retentir les mots
d'ultramontanisme, de liberté de l'Église gallicane, et il est à crnindre que tout le monde ne saclie pas assez positivement ce que c'est que l'Église gallicane et l'ultramontanistne. L'ullramontanisme-est la doctrine qui attribne au pape l'omnipotence spirituelle et la temporelle. Cette doctrine est fort antérieure aux jésuites, et avait partagé l'Église catholique en romaine et gallicane longtempsavanlqu'ilfùtquestion d'eux. Lejesuitiaineadopte d'abord les doctrines ultramontaines, et travaille ensuite à leur triomphe par un système de moyens tortueux particuliers aux moines de cet ordre, t'ultramontanisme est personniflédans Grégoire Vif, ce pape canonisé par Rome comme im saint, et pour qui la religion n'était qu'un moyen depolitique, rien déplus. On pourrait à larigueur être ultramontain sans être jteaite; mais on n'est pas jésuite sans être ultramontain, c'est-à-dire sans être l'adversaire de tous les souverains, hormis un seul, l'évèque de Home. C'est aux pieds de celui-là qu'il faut prosterner tous les autres, et tous moyens sont louables pour procurer ce résultat. La ligue des évéques veut introduire en France le bréviaire romain ; le Journal des Débals s'en indigne et soupire ; ii n'ose pas au-dplù ; et la QuoUdienns, avec un air raillciii-, dit au Journal des Débats : Vous ne savez seulement pas ce que c'est que le bréviaire romain et en quoi il difiére des bréviaires français ou gallicans (1). Le Journal des DihaU le sait
(1) Ce brévb^re consiGre le calte de Grégoire VII et 1» doctrine
à merveille sans doute , mais il n'est pas mal d'expliquer la question à ceux qui ne l'entendent pas si bien et ne laissent pas que de s'y intéresser- Tâchons toujours de substituer des idées nettes aux formules de convention. NoDS allons donc &ire one coarle excoralon dans rbistoire ecclésiastique. Voyons comment s'est accrue la puissance des papes; démêlons dans cette puissance ce qui est de constitution divine et ce qui est de constitution humaine, c'est-à-dire la portion légitime et la portion ill^time ; ensuite noiu verrons comment les jésuites ont été créés et mis au monde exprès pour soutenir les prétentions de la papauté en ce qu'elles ont d'exorbitant el d'illégal ; comment ils se sont acquittés si bien de leur rôle qu'ils se sont fait expulser trente-neuf fois des principaux royaumes d'Europe; trente-n&uf fois en moins de trois siècles ! Le principe une foie connu, bien connu, les faits que l'histoire nous
deu pape loiiohini \b pouvoir lumporul du souverain poaure dans l'ofllce de la fSte de uint Pierre. On^ lit ces paroles que Jéiiuadreue au [)rlnee dei apAtres : ■ Dteu t'a livré tous les royaumes in monde > (a tUn mdidU Dm» onada régna mundi}. — Dans l'offloe de Gr^ {[Oire VII, on étiuilg Oat Leçont où l'on gloriQa le laint pour u ferme lé ft confbndre lei eflorU de l'Impie Heori lY en l'ezcDmmQniaDtj en raeltant »on royaume en inlerdit, et en déliant ses aujelt du serment de ndélilé.
Ces Leçons Turent ajoulfes bu dii-builième slèclo par ordre àe Benoit XIII. I.a Frnncfl rcpousea le noUTeau saint. Non seiilcoient Ica parlementa et les principaux JurlSConEUlles, mais le» évlqaef mêmet ottaquèrait oarerleraenl las doctrine! de Grégoire VII. Que Isa tempa aontohiiiBéal
présente, ceux qui s'accomplisseut sous nos yeax, ceux que l'avenir nous résene nous apparaîtront comme des conséqueaces toutes simples et rigoureusement liées à ce principe.
Au temps de la primitive Église , les papes n'avaient ancane prétention à Pautorité temporelle. Leur autorité spirituelle même était beaucoup plua restreinte que nous ne la voyons aujourd'lmi. L'évôque de Rome était Iq premier parmi ses égaux ; il avait hérité de saint Pierre la primauté, mais non pas la- supériorité. Audessus du pape, il y avait l'Église. L'expression de l'Église la plus haute et la plus complète, c'était le concile. La pape étaltsuumis uu cunclle : cela é^oit sans conteste et dura ainsi plusieurs siècles.
Gep^dant l'ignorance et la iKirbarie se répandaient sur le monde et s'épaississaient de plus en plus. A la faveur de ras ténèbres, l'on forgeait une multitude de pièces fausses. I/impudcuce les produisait, la crédulité les acceptait sans examen. D'ailleurs , cet examen , qui l'eût pu Ëiire t qui aurait pu {if re briller la vérité 1 tout au plus ceux-là mêmes qui avaient intérêt à mentir. Ainsi furent fabriquées les prétendues donations de Constantin, de Théodose, de Pépin , de Charlemagne, par lesquelles ces empereurs se dépouillaient de la puissance temporelle en faveur du chef de la chrétienté. Ces impostures ne soutiennent pas le regard de la critique : Rome est elle-même forcée d'en convenir : mais ces actes ont été longtemps invoqués comme véri-
tables (1). Saint Bernard, entre autres, y croyait.
Vers la fin du hnitième siècle, un Espagnol appelé de son nom Isidore et de son surnom Mercntor , ou Marchand, ûl paraître un recueil de décrétales émanées des papes des trois premiers siècles (2). Ce recueil jouit immédiatement d'une autorité immense. Pendant quatre ccnls ans, l'école n'éludia point d'autre code ; et comme toute la science de ce temps-là roulait sur la théologie et sur le droit canon, l'on peut afîirmer qu'à aucune époque aucun livre n'eut des conséquences aussi étendues ni aussi pernicieuses. Pendant quatre siècles au moins, ces décrétales furent la source publique oÈi tous les esprits allaient puiser et s'abreuver. Or, cette source âtait empoisonnée: ces décrétâtes étaient toutes fausses. Qui était le faussaire? C'est ce que l'on a jamais su et qu'on ne découvrira probablement jamais (3)- Chose étrange que l'homme qui a fondé le pouvoir extraordinaire des papes n'ait pas même obtenu pour récompense d'être connq ! Si ç'a été un calcul de sa part , c'est le plus bel e.'iemple de dévouement que l'histoire doqb
(i) Voltaire (Buai nvr let Mœurs, cIi.fi)diiqneronii'aJamaispa monlrerle texte de )a donatioii de ConilanUn. (?e«t une erreur: ea Ivxie apocrjpho a ë[â recaellU par Théodore BaUamoD, qui prétend fonder dessus les priviJéges de l'Eglise grecque.
(!) On appelle Uécrétale une leUre d'un pape réglant un point de Jurisprudence ecclésiaelique.
(3) On tes allribuo à un certain llgéram, chanoine od éiSque de Mets ; eela eat loin d'Être prouvé. 11 net certain uulemeiit qu'elles ne «ont pua de wint Isidore, évfique de Sévllle.
présente. !l est au-dessus de celui de Curtius , car Curtius s'élançant dans le gouffre sous les yeux des Roinaias étaîtassuré d'immortaliser son nom ; mais ayant consommé une œuvre comme celle dns fausses décrétales, se précipiter froidement dans le gonllre ilr l'oubli, celademandaitpius de courage ei un plus ferme héroïsme.
I.j»fiiusses décrétâtes eurent pour effet la ruine totale de l'ancienne discipline, sur les débris de laquelle s'éleva le pouvoir papal , trois ou quatre fois plus large et plus fort qu'auparavant. Sans entrer là-dessus dans un délai! qui serait infini, il sufSra d'indiquer quelques points.
IjCs busses décrétales mettent le pape an-dessas des conciles ; on ne peut tenir ancan concile sans l'ordre ou du moins sans la permission du pape.
Cette proposition, quant aux conciles généraux ou oecuméniques, est fausse, l'histoire des premiers siècles le dément. Quant aux conciles provinciaux , loin que la permission du pape y soit nécessaire, le grand concile de Nicée ordonne de les assembler régulièrement deux fois par an. — Voilà donc le pape sabstitué à l'Église, identifié avec elle.
11 était l'égal des évêques; il devient leur maître. Autrefois, si un évôque était accusé, il était jugé par les autres évfiques dans le concile provincial .11 y en a cent exemples, car il était de doctrine que tous les évêques tenaient leur mission de Jésus-Christ immédiatement et sans acception de siège. En vertu des fausses décrétales, le pape juge tous les évêques , et les jnge sans
appel. Au contraire, c'est à lui qu'on en appelle de toutes les parties du monde chrétien. Le coneiie provin- . ciul ou n'exisle plus, ou n'existe qu'à la couditioii d'être présidé par un légat du papA. Vous voyez comment l'Église, constituée par Jésua-^^hrist dans la fimne républicaine, paçse tout à coup à la monarchie absolue , au despotisme. Le pape est infaillible; le pape est le Saint- Ksprit visible.
L'appel au pape n'est pas seulement à l'usage dea ecdésia^ti(|ues, mais aussi à l'usage de tonte personne laïque qui voudra en user. On en usa, clercs ou laïques, si largement, que saint Bernard nous représente la conr de Rome encombrée de procès, de juges, de solliciteurs, d'avocats chercbant sans cesse à se surprendre les uns les autres-, et le pape n'ayant pas le loisir de respirer. Le saint ménage le bl&me et le laisse percer plutôt qu'il nel'exprime. Qu'eùt-il dit s'il eût su que ces abus énormes n'avaient d'autre base et d'autre appui qu'un mensonge effronté, que l'œuvre d'un faussaire?
Haie ce n'est rien fflicore. Voici bien pis I Cette extension illimitée de l'autorité spirituelle entraîne comme conséquence forcée la suprématie temporelle. En effet, si le pape peut juger les rois, les excommunier, délier leurs sujets du serment de fidélité, il est évident que le pape est mattre de tontes les couronnes et le monarque absolu de Tunivers. C'est ainsi que le vicaire de Jésus- Gbrist arrive à heurter directement la parole de son m^tre : Mon royaupie n'est pas de ce monde.
Que n'a-t-on pas invoqué en faveur de l'autonlé universelie et absolae des papes I La rhétorique ditfuse^etté- DÉbreuae du moyen &ge be s'y est pas épargnée. Tantôt c'était l'allégorie des ilnux luminaires ; !e sncRrdoce était le soleii, l'empire était la lune qui ne brillait ijuc d'un éclat emprunté et à qui le soleil avait le droit de retirer sa lumière. Tantôt o'élalt l'allégorie des deux glaives réunis dans la main des apAtres. Jean de Sarisbery prétend que le prince ayant reçu le glaive de la main de ri^çlise, riiglise est maltresse de le lui ôter ; plus loin , il enseigne qu'il est non seulement permis, mais louable, de tuer les tyrans (1). Détournons nos regards de ces sottises et de ces horreurs.
Établissons clairement et d'une manière irréfutable quelle était , avant (ircgoire VJI , la doctrine de l'Église sur la réunion des àeu\ puissances spirituelle et temporelle. £l!e les déelare incompatibles.
Le pape Gélase, qui vivait au cinquième siôcte, dit dans son Traité de i'Ana&ème :
« Je veux croire qu'ayant la venue de Jésus-Christ, quelques-uns aient été rois et prêtres en môme temps comme MelGhisédQcli;ceque le démon a imité, en aorte que les empereurs païens prenaient aossi le ti(re de souverains pontifes. Hais quand on est venu & eelui qui rat vérlta-
(1) Houi relrou?arooB celle doctrine do Jeu de Sariaber; fidèlement enniervée dans Marlana, d'oïl elle a pnsië dans la Ptiilosophie de M. Bouvier, ëTâqae du Mans, à l'uuge des sémlniUres cl des collèges «mlédaitiquGB.
élément roi el ponlife tout ensemble, IVinpercur n'a plus pris le titre de pontife, ni le ponlife le titre de roi. Car encore que tous le» membres de Jésus-Christ soienl; nommés une race royale et sacerdotale , toutefois Dieu , connaissant la faiblesse humaine , a séparé les fonctions de Tune et de l'autre puissance , en sorte que les empereurs chrétiens eussent besoin des pontifes pour la vie éternelle, et que les pontifes suivissent les ordimnances des empereurs pour les choses temporelles.
« Que celui qui sert Dieu ne s'embarrasse pas des choses temporelles, et que celui qui y est engagé negouverne pas les choses divines. »
Observons que le pape Gélase regarde la prétention de réunir les deux puissances comme une idée du démon. Il convient que le double caractère était réuni dans Jêsu»- Christ, mais c'était Jésus-Christ, et encore Jésus-Christ a-t-il déclaré positivement que son royaume n'était pas de ce monde. Le pape Gélase prenait modestement le titre de vicaire desatnfjPierr«,- iln'enajamaîs voulu d'autre, h ladifférence de ses snecesseurs qui s^intitulent vicaires de Jétus-Chmt.
Avant Gélase, Synésius, évéque de Cyrône, avait été aussi explicite.
» J'ai voulu, dit-il , dans la cent vingt-unième de ses lettres , j'ai voulu vous faire voir par expérience que joindre la puissance politique au sacerdoce, c'est allier ensemble àtnx matières incompatibles. L'antiquité a eu des prêtres qui étaient juges. Les Égyptiens et les Hé-
breuxODtété longtemps gouvernés par des prûlres ; mais depuis Dieu a séparé ces deux genres de vie : il a déelaré TuD sacré et l'autre politique ; il a attaché les iias*& la matière , les autres à Iwi-métne. Ils doivent vaquer aun afTaires, et nous devons nous appHqunr à la prière, ïoan^uoi voulex-vous joindre ce que Dieu a séparé? Le vrai sacerdoce a pour bat la contemplation qui ne s'accorde pas avec l'action et le mouvement des affeires; »
Hais les idées des papes s'étaient singulièrement mo~ diflées depuis Gélase et Synésius. L'idée d'être monarques absolus de l'univers ne leur paraissait plus une invention du diable. Ils s'étaient si bien aguerris, que, loin de craindre le pouvoir tempoii^j'conime un fardeau qui gênerait l'accomplissement de leurs devoirs spirituels, ils réclamaient commevleur propriété tous les trônes el toutes les couronnes.
On sait comment cette prétention de réunir les deux puissances a été élevée et soutenue par Grégoire VII. Grégoire VII fut un monstre d'orgueil et de violence ; mais il fîiut reconnatire qu'il ^tait de bonne foi. Ixpape croyait aux décrétales que, pauvre moine, il avait étudiées dans son couvent; il s'imaginait soutenir ses droits contre Henri IV, et il n'iiésila pas, comme infaillible, à léguer cent cinquante ans de gmrve ù ses successeurs plutôt que de laisser entamer un prétend u privilège dont saint Léon et saint Grégoire le Grand n'avaient jamais entendu parler. Rome mit aussi Gré-
goire VU au rang dea saints :ponr peu qu'elle eût de
reconnaissiiuce, elle ne ijoiivait pas moins aire ; mais la rrancc n'a pas iiccii[)li; cette canonisation, et nons verrons qu'elle en avait le droit.
Certes/ Je pape avait honnêtement go^é depuis le temps de saint Pierre. Cependant, quelqu'un trouva que ce n'était pas assez. Ce fut Cratien, bonwlicfin (îe Bologne, au douzième siècle, qui, dans sa compilation de droit canonique, intitulée Le ^écrei, jugea convenable d'enchérir même sur les fausses décrétales. H établit de son chef, et sans prendre la peine de rapporter aucune autorité : 1° que le pape est au-dessus des canons; 2° que les clercs ne peuvent, en aucun cas, être jugés par des laïques. Si un prêtre, par exemple, égorge un roi, il sera jugé par des prêtres. Que diraitH)n d'une loi qui, lorsqu'un homme en frappe un autre, dérobe le«onpable à la juridiction des tribunaux ordinaires, et réserve le juiîL'ini'nl lie, |■;^^sasrti^ ;ui\ innrnbre.s dosa famille? (Jralieu éUie cette proposition sur la fausse donation de Théodose et sur un fragment d'une ifovetle de Justinien qui, rétablie dans son entier, dit précisément le contraire. Les maximes toucliant l'immunité des clercs furent vivement défendues par Innocent II! et ciuisn-ont le martyre de Tliomas Becket. C'est sur elles qu'il s'appuyait pour résister opiniàlrément à son roi, qui était de plus son bienfaiteur. La maxime, dit Fleury, était fausse ; mais elle passait pour vraie chez les plus habiles canonistes. En effet, les plus savants hommes du
moyen Age, comme Hincmaret saint Bernard, n'avaient pas su se retrouver dans ce labyritiliie de mensonges. L'arclievêque du CaiilorbiTy paya son erreur de sa vie. On aurait pu dire que Dieu l'avait puni par là de sou ingratitude, on préféi^ le canoniser. Il fut saint, comme Grégoire VII et au même titre : pour avoir soutenu les prétentions illégales et abusives de Rome.
Il est digne de remarque que les fausses décrélales, abandonnées partout aujourd'hui, étaient déjà signalées par Dante comme funestes à la vraie piété et favorisant les mauvaises passions des prêtres au détriment de l'Évangile. Il repré&eale l'ambition et l'avarice sous l'emblème d'une fleur maudite.
« La cité, dit Béatrice au poète, produit et répand une fleur maudite qui a égaré les brebis et les agneaux, car elle a Ml du ioup un pasteur.
« C'est pour elle que l'Ëvangïle et les grands docteurs sont délaissés et qu'on éludie seulement les décrétâtes comme il y paraît un peu trop à leurs marges.
« C'est l'occupation du pape et des cardinaux,, et leurs pensées ne vont plus à Nazareth, où Gabriel ouvrit ses ailes. » (Paradis, ch. IX.)
Le poète favori de Léon X, l'Ariosle, se moque ouvertement de la fausse donation de Constantin. Astolpiie retrouve cette donation dans la lune, où est rassemblé tout ce qui ee perd sur la terre.
< 11 passe devant une montagne de ileurs qui Jadis embaumaient l'air et aujourd'hui l'empuantissent.
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C'est, si vous youlez bien le permettre, la donation de Constantin au bon pape Sylvestre. » (OrL Fur., c. 34, st. 80.)
Le sage et jadicieux Fleury, qui a écrit un des livres les ptas savants, les pins curieux et les moins' lus qu'il y ait au monde, après avoir développé les faits don t vous venez de lire un abrégé, ajoute cette remarque : « Peuton, dans la lumière de notre siècle, soutenir la donation de Constantin et les décrétâtes d'Isidore? et, si ces pièces sont fausses, peut-oa en approuver les conséquences ? » Ainsi s'exprime le confesseur de Louis XV, en bon gallican. Aussi, les jésuites ont-ils fait mettre son Histoire ecclésiastique à l'index, à Rome. Fleury a été martyr de la vérité comme Grégoire VII et Thomas Becket avaient été martyrs de l'erreur. Il est bon de noter en passant que l'Ëglise gallicane ne reconnaît pas la congr^tion de l'index, non plus que le tribunal de l'inquisition ni le droit d'asile des églises ou monastères.
La Providence, dont il fout adorer les décrets, semble avoir établi en règle générale que toute puissance individuelle ne pourrait s'établir qu'en vertu d'une usurpation et par de mauvais moyens. Toute légitimité n'est qu'une question de temps, et il n'a. pas été fait d'exception pour la puissance papale. En sorte que la nature du principe renferme la condamnation implicite des conséquences. C'est à l'usage qu'on en foit & les justlQer.
N'oublions pas de noter un &it très essentiel et aaqnel bous devronsnous rattacher quand nous exposerons les liberté de l'Église gallicane : c'est que les conciles de Pise et de Constance ont modéré l'usage de l'autorité pontificale par des décrets formels. Saint Bernard écrit dans le même sens au pape Eugiine lil : « Que bî l'Église romaine est la mère de toutes les Eglises, elle n'en est pas la maîtresse impérieuse. Vous êtes, non pas le Seiyneur des évèques, mais Vun d'eux. » — Et saint Bernard écrivait cela tout en croyant à l'authenticité des fitusaes décrélales; tant les lumières de lu justice et de la raison prévalaient en lui sur l'autorité d'une lettre trompeuse I
Vous avez vu comment la puissance du pape avait Te<;n une extension illimitée, et comment l'esprit de critique qui se réveilla vers le milieu du quinzième siècle, menaçait de la refouler, de la restreindre dans les bornes de l'ancienne discipline. D'ailleurs, il s'élevait du côté de la France un sujet de crainte vive et permanente : l'Église gallicane, seule entre toutes, s'était préservée constamment de l'invasion des fbusses décrétâtes. L'Université de Pari» avait si bien entretenu le feu sacré de la doctrine, qu'il n'avait pas cessé un instant de luire et de repousser les ténèbres loin de notre foyer. N'avoir point adopté tons ces mensonges, ni leurs conséquences ; avoir préservé, & force de vigilance, le dépôt de l'ancienne discipline, c'est là ce qu'on appelle les libertés de l'Église gallicane. Vous voyeZ' donc quelle est Terreur de
ceax qui« mat instruits de la quo-^iion ri trompiîs par UQ mot peut-être mal choisi, regardent ces libertés comme un privilége accordé par Rome, ou comme une tendance au schisme, tandis que c'est en réalité la pure doctrine de l'Église primitive, c'est le droit commun, dont les églises d'Espagne et d'Italie ont fait le sacrifice pour ce qui les regarde. Mais ce sacrifice nous ne l'avons pas voulu faire, nous ne l'avons pas dû.
Nous tenons le pape soumis aux canons et inférieur aux conciles ; et, comme nous ne lui accordons pas l'in- IHtlltbillté absolue, la puissance spirituelle indéfinie, nous ne lui accordons pas non plus la puissance temporelle, c'est-à-dire l'autorité sur les rois. Les ullramontaîns, au contraire, font le pape monarque des nlonarques de ranivers.
Nous voici parvenus au seizième siècle; la lutte est ouverte entre l'esprit de mensonge et l'esprit de vérité, entre les ténèbres et la lumière. La lumière se lève, elle pénètre, et quoiqu'elle n'îûtpa& besoin d'auxiliaire, elle a la France pour la seconder et la propager, s'il en est l)esoin. Que fera l'esprit de mensonge à cette heure critique? Après avoir inspiré et fait prévaloir les fausses décrétales, par quelle ressource va-t-il maintenir ses avantages et disputer la victoire? Il fait naître les jésuites.