‹ Les jésuites et leurs rapports avec la RussieChapitre 1 sur 13 · BUE DE SEINE · texte numérisé non relu

BUE DE SEINE

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Extrait d'un article de fond du journal le jour (1804, u© 12).

«... Dernièrement arriva à Pétersbourg un certain abbé français pour instruire, par ses sermons, pendant le carême, le troupeau des catholiques romains de Pétersbourg. L'Église romaine attache toujours une importance particulière à ces missions et choisit de préférence, pour les accomplir, des Français, parce que la langue française est la langue usuelle et quotidienne de la haute classe en Russie. Arrive un prédicateur, et la fréquentation des églises catholiques romaines devient à la mode pour lê high life de Pétersbourg, comme le patinage au quai Anglais avant le. carême, ou d'autres intérêts de la même importance. Mais le patinage est innocent par lui-même, et, s'il est quelquefois dangereux, c'est seulement pour les patineurs. La même chose peut avoir lieu en visitant les églises romaines; il peut arriver et il est arrivé en effet que quelques individus de la haute société- se sont laissé séduire par la parole entraînante du prédicateur romain, et se sont enfoncés dans le romanisme ; c'est bien dommage ; mais que le bon Dieu leur pardonne ! Un tel phé-

nomène peut s* expliquer par cette raison : que beaucoup de ces individus sont entièrement étrangers à leur pays nataly à Torlhodoxie, à toute religion. On comprend facilement que, sur un tel sol, le prédicateur romain n'ait pas de peine à faire germer sa graine à Taide de Téloquence française. Ce n'est pas là le baragouin ecclésiastico-slave ! Nous ne voudrions pourtant nullement entraver la liberté de conscience, la liberté de foi, et, dans ce cas, nous nous en tenons au dicton russe : c La liberté aux gens libres, le paradis aux élus. »

«En thèse générale, on peut dire que le passage des Russes au Latinisme s'effectue rarement par suite d'une conviction libre, mais, le plus souvent, par suite d'une ignorance complète de la doctrine de l'Église orthodoxe, et aussi parce que le prédicateur romain ne convertit pas, mais séduit au romanisme. Nous le répétons : ce n'est pas cette considération qui attire maintenant notre attention. Le bruit court que l'abbé français, nouvellement arrivé, s'occupe d'établir, auprès de l'Église catholique romaine, un collège de Jésuites, d'obtenir l'autorisation pour les Jésuites de s'établir de nouveau en Russie, ou du moins à Pétersbourg, et que ses efforts trouvent de la sympathie dans une certaine partie de la société de cette capitale. Nous ne savons pas si ces personnes sont guidées par l'intérêt que les Jésuites leur inspirent, par le principe d une haute tolérance et d'un libéralisme exagéré, ou par la prétendue nécessité pour nous de gagner la bienveillance de la cour romaine.

f A vrai dire, l'idée de permettre aux Jésuites de revenir en Russie, après en avoir été expulsés en 1821 par Alexandre I*' (que l'on ne peut guère accuser d'intolé-

rance), une pareille idée paraît tellement irréalisable, inepte et monstrueuse, qu'en apparence elle ne mérite pas une réfutation. Mais comme le faux libéralisme, ainsi que la fausse philanthropie, sont en grande faveur dans notre société contemporaine, il ne parait pas inutile d'arrêter maintenant l'attention sur cette question. Ce serait une grande erreur de croire que l'autorisation que sollicitent les Jésuites est une question religieuse ou de tolérance. Laisser l'ordre des Jésuites s'établir en Russie, serait la même chose que d'y laisser s'introduire sciemment et avec connaissance de cause une bande de tricheurs, de voleurs et d'autres industriels du même genre. Ce ne serait même pas la même chose, mais cent fois pis. Un voleur se sert de moyens grossiers, matériels, pour arriver à ses fins ; un voleur craint la police qui le guette, et il est plus ou moins retenu par la crainte d'être découvert. Le Jésuite, au contraire, n'a rien à craindre ; ses actions sont presque insaisissables, sous le couvert de la piété ; et le mensonge est à tel point mêlé à la vérité dans le jésuitisme, qu'il est extrêmement difficile, à travers ces combinaisons, de le saisir. Reconnaissant comme bons tous les moyens qui le mènent à son but, le Jésuite ne commet pas tant lui-même les crimes qu'il ne les inspire aux autres ; il les rend moralement possibles à la conscience humaine, mais il peut être rarement convaincu lui-même. En sorte que, selon la doctrine des Jésuites, le but sanctifie les moyens les plus immoraux dont on se sert pour l'atteindre : et ce but est la propagation constante du romanisme ; mais cette propagande n'est pas seulement la prédication d'une certaine doctrine, c'est le recrutement de sujets spirituels pour un souverain spirituel, le Pape; ce n'est pas une prédication

à ciel ouvert contre laquelle on puisse réagir au moyen d'une prédication analogue ; ici, il n'y a pas de lutte loyale entre les opinions : la lutte avec les Jésuites est toujours et partout inégale, car ils se servent d'armes dont l'usage est interdit par la conscience aux membres des autres sociétés chrétiennes. Toute la force du jésuitisme, de cet ordre chrétien j tous ses succès et ses prérogatives sont dus au principe : que le Jésuite peut se permettre tous les moyens non chrétiens; que leur conscience est libre pour tout acte non chrétien, pour tout ce qui constitue la négation du christianisme. Il est impossible de lutter avec le jésuitisme comme avec un enseignement chrétien, car le jésuitisme, sous le couvert du christianisme, et préchant, en apparence, le christianisme dans toute son austérité et sa pureté, détruit toutes les conditions de la vie chrétienne, l'essence même de la morale évangélique. Cette terrible arme d'une conscience indépendante, libre et approuvant implicitement tout acte coupable, n'est au pouvoir d'aucun criminel, d'aucun païen ; car même ce dernier, en accomplissant ses actes mauvais, est en opposition avec sa conscience ou avec ceite loi qui, selon l'expression de saint Paul, est inscrite dam nos cœurs. Les Jésuites ont été maintes fois expulsés de plusieurs pays de l'Europe, en vertu du droit que possède chaque peuple d'éloigner les hommes qui nient les fondements sur lesquels la société est basée. Et ces hommes, c'est-à-dire les Jésuites, sont tels, que, d'un côté, les moyens administratifs extérieurs employés contre les criminels sont insuffisants, et que, d'un autre côté, la prédication de la vérité devient impuissante, car ils admettent et sanctifient sciemment le mensonge — comme mensonge, comme principe.

> Ils ont été aussi, comme nous Tavons dit, expulsés de Russie; ils ne pourraient donc y revenir que sous la protection du pouvoir. Toute autorisation de ce genre, qui leur serait donnée parle gouvernement, aurait donc le caractère Aq protection et non desimpie tolérance.-

« Le principe du haut libéralisme, la liberté de toute prédication et de toute religion ne peut s'appliquer, selon nous, au jésuitisme, car il n'est pas une doctrine de foi déterminée; il cherche à atteindre un but matériel et non spirituel; il a en vue, non le domaine de l'esprit, mais, exclusivement, le domaine d'une activité pratique extérieure; par lui-même, il est déjà positivement un acte coupable, et, comme tel, il est soumis à des conditions différentes, analogues à celles qui régissent tous les actes coupables extérieurs dans un Etat... Supposons d'ailleurs que nous ayons tort. Mais ceux qui voudraient laisser s'introduire dans notre pays les ennemis de l'Eglise orthodoxe russe, ont-ils pensé que nos armes russes sont en bon état? Nous avons eu l'occasion d'indiquer dans quelles conditions plus avantageuses se trouvent, dans les provinces occidentales, les prêtres polonais, comparativement aux prêtres orthodoxes : tandis que le prêtre polonais prêche dans son église avec une entière liberté, sans le moindre contrôle, le prêtre orthodoxe, dans une église russe, à côté de l'église romaine, et souvent dans le même village, ne peut lui opposer immédiatement sa parole, mais doit envoyer son sermon à la distance de quelques dizaines de verstes, et demander l'autorisation de ses chefs ecclésiastiques pour chacun de ses actes. Ceux qui appellent les Jésuites en Russie ont-ils pesé toutes les circonstances dans lesquelles l'Église orthodoxe aurait à se défendre ? Personne

n'amènera un homme garrotté à son ennemi en lui disant : Lutte avec lui; mais on déliera préalablement le garrotté; en effet, par suite de diverses formalités, les serviteurs de l'Église orthodoxe peuvent se dire garrottés, en comparaison de la liberté dont jouissent les prêtres romains dans Toccident de la Russie (et dont jouiraient les Jésuites s'ils y revenaient).

« Et quel service rendu à la Russie mériterait un tel bienfait au romanisme, au clergé romain et au pape ? Est-ce par leur conduite en Pologne, en Lithuanie et en Ukraine, à la fin du seizième et du dix-septième siècle? Est-ce rUnion, dont nous ne pouvons pas encore effacer les funestes conséquences? Est-ce la polonisation et la romanisation de huit provinces, c'est-à-dire la spoliation du peuple russe dans tout ce qu'il avait de meilleur, de plus civilisé et de plus juste? Est-ce la canonisation de Josaphat Kuncewicz, féroce persécuteur des orthodoxes? Mais tout cela, c'est du passé : il y a sans doute des mérites plus récents? En effet, comment n'être pas reconnaissant au pape de Rome de l'insurrection polonaise créée et entretenue par le clergé romain ; des prières ordonnées par le Pape dans toutes les églises romaines en faveur de la révolte des Polonais dans le royaume de Pologne et dans la Russie occidentale 7 du fanatisme des insurgés inspiré par les prêtres? de la bonne morale préchée en Pologne par les Jésuites? de la conversion des temples de Dieu en repaires révolutionnaires ? de la bénédiction accordée à des cruautés inouïes dans les annales humaines? des gendarmes pendeurs qui prêtaient serment entre les mains de prêtres romains ? de l'activité du prêtre Maskewicz et de sa bande? de la composition du célèbre catéchisme social polonais?

de Tapplication, dans le sens le plus large, du principe jésuitique qui approuve tous les actes immoraux en considération du but? Tous ces bienfaits appellent certainement la plus grande reconnaissance ; et comme la sphère d'action des Jésuites est trop étroite, il est indispensable de lui donner plus d'extension! Cela est d'autant plus à propos qu'actuellement le gouvernement fait tous ses efforts pour refréner le clergé romain en Pologne, et mettre fin, par là. à l'insurrection; il est probable que les membres de la société de Saint-Pétersbourg, dont nous avons parlé, ont pensé que le succès de l'intrigue polonaise, c'est-à-dire la réinstallation des Jésuites à Pétersbourg, contribuerait à diminuer leur influence en Pologne???

c Espérons que tous les bruits arrivés jusqu'à nous n'ont aucun fondement; néanmoins, ces bruits existent.. • i

Extrait du Journal le jour (1S65, ii«« 45-46).

c II est possible que le lecteur ait oublié (dans tous les cas, nous le prions de s'en souvenir) notre article du nM2 de l'année passée 1864, à l'occasion des bruits sur l'autorisation accordée aux Jésuites pour s'établir de nouveau en Russie. Nous nous sommes prononcés positivement et ouvertement contre une telle autorisation, et nous avons

trouvé un appui énergique dans l'opinion de tous les hommes éclairés de la Russie. Il est bien évident que nous avons eu en vue le public russe, la société orthodoxe russe, pour lesquels nous n'avions pas besoin de nous étendre beaucoup sur les démonstrations des mensonges jésuitiques, et pour lesquels ces mensonges deviennent clairs et évidents à l'allusion la plus superficielle; les rumeurs sur le retour de l'ordre des Jésuites avaient tellement ému le public que le Gouvernement s'est empressé de le rassurer en déclarant ces rumeurs erronées. De celte façon, l'impression produite par l'article du Jour a montré aux jésuites aussi bien le degré de la sympathie de la société russe pour eux, que la vanité des espérances dont ils se berçaient sans doute. Il se sont décidés à recourir à un autre moyen, et ils ont tenté de se justifier aux yeux du public russe, mettant à profit la concision inévitable de notre article d'essai, ou, pour parler plus exactement, d'une parole vive adressée exclusivement à la société russe et non aux Pères jésuites, sans aucune prétention d'épuiser la question du jésuitisme, ou d'amener à l'orthodoxie quelqu'un des dignes Pères. Un d'entre eux, ayant le bonheur (T appartenir à cette société, un Russe, le P. Jean Marti noff, nous a adressé une réponse polémique sous forme de lettre, nous priant de l'insérer dans notre journal. Nous aurions déjà satisfait à son désir et inséré sa réponse (Somme de raison accompagnée de nos observations) si cela eût été possible, avec le règlement de^ censure en vigueur à cette époque. Bientôt après Martinoff publia sa lettre en brochure à Paris, sous la forme d'une publication de la société de Cyrille et Méthode, fondée par des je-

suites principalement russes, dans le but de propager le

latinisme en Russie. Quand enfin nous fûmes délivré des entraves de la censure, nous n'avons pas tardé une minute & accepter son défi ; mais nous nous sommes décidé à répondre, non-seulement à cette lettre, dont le vague est trop évident, mais encore à toutes les objections qui se cachaient derrière le nom du P. MartinoA", et à toute argumentation possible. C'est M. Samarine qui s'est chargé de ce travail et nous commençons, dès le numéro d'aujourd'hui, à publier ses lettres, qui seront au nombre de cinq, et par lesquelles nous mettrons fin à notre polémique avec les Jésuites. Avant tout, nous ferons connaître la lettre du P. jésuite Martinoff dans laquelle, soit dit en passant, il s'est servi des caractères ecclésiastico-slaves, des chiffres slaves pour les nombres, et a ajouté à la date du jour, le nom des saints honorés par l'église orthodoxe. Cette circonstance, dans la lettre d'un Père romain, ne manque pas d'intérêt et donne un coloris particulier à cette entreprise jésuitique. Voici sa lettre.

c Monsieur,

• Dans le n* 12 de votre estimable journal le Jour^ se trouve inséré à la première place un article sur les Jésuites. J'ai le bonheur d'appartenir à leur société, et, en celte qualité, ainsi que comme Russe, et surtout comme prêtre.

je ne puis laisser cet article sans réponse. Les jugements exposés dans cet article sont tellement invraisemblables, les accusations portées contre nous tellement terribles, que notre silence serait une justification des uns et des autres, et un scandale pour tous Les catholiques romains habitant la Russie. En outre, TÉcriture sainte nous recommande de prendre soin de notre renommée (Sirach, 45, 15). Je ne doute, ni de vos bonnes intentions, ni de la pureté de vos convictions personnelles; votre droiture, dans l'expression de vos pensées, est connue. Je connais aussi votre empressement à publier les objections contre les articles de votre journal. C'est pourquoi je n'ai pas hésité un instant à vous communiquer quelques modestes observations sur l'article dont il s'agit. Je les exposerai sans entraînement, sans fiel, dans l'unique but de dissiper les ténèbres des préjugés déplorables et si incompatibles avec le nom de votre journal, et les exigences d'une civilisation réelle.

f Vous comparez notre société, qui porte le nom de Jésus, à une bande de tricheurs^ de voleurs et autres indns^ triels de ce genre; plus que cela, vous nous rangez cent fois plus bas, et vous nous comptez pour moins que le dernier des payens. Je suis abonné à votre journal depuis son apparition, et je le lis avec une attention particulière; il faut vous rendre cette justice que vous ne nous ménagez pas. Qu'est-ce qui vous rend si impitoyable? Est-ce le zèle pour la maison de Dieu? Est-ce un excès de charité chrétienne, ou la conscience de l'incompatibilité de notre société avec votre théorie de slavinisme, ou simplement votre goût pour les luttes littéraires? — Je ne sais. Je sais seulement qu'il s'y trouve, en moins d*un an, deux ou trois numéros où il n'est question explicitement ou indirecte-

ment que de ce que vous appelez le jésuitisme. Dans tous les cas, jamais vous ne vous êtes comporté à notre égard avec aussi peu de façon que dans Tarticle précité.

« Sans entrer dans de longues discussions, je me bornerai à vous faire une très-simple question. Si nous sommes réellement pires que des voleurs ou des coquins, expliquez» s'il vous plaît, de quelle façon il est permis à des industriels de ce genre, non-seulement d'exister et de se multiplier, mais encore d'enseigner, de prêcher, de conférer les sacrements, et le reste ; et cela, dans les pays les plus civilisés, pomme la France, la Belgique, l'Angleterre, l'Allemagne? Comment la police aux cent yeux n'a-t-elle jamais découvert jusqu'Ji présent la moindre trace d'un crime que nous aurions commis? Comment les ennemis les plus acharnés de notre société n'ont-ils pu nous convaincre d'aucun méfait? et n'est-il pas étonnant que cette tentative ait été essayée par vous? et où? dans un pays où, depuis un demi-siècle, il n'y a plus un seul des nôtres, par conséquent, où on ne nous connaît que par ouïdire, sur la foi de quelques romans ; tandis que, dans les pays occidentaux, où nous agissons au grand jour, où l'on nous compte par centaines et milliers, où la publicité est, je pense, un peu plus développée qu'en Russie, de telles tentatives sont devenues absurdes et servent à peine & amuser une multitude peu éclairée.

c Vos arguments sont encore plus extraordinaires. Ainsi, selon vous, nous sommes plus dangereux que tous les scélérats, parce que notre conscience est pervertie et que notre activité est presque insaisissable et impalpable. De grâce! nous ne sommes pas des esprits sans corps, nous sommes des hommes comme tous les autres, et notre acti-

vite ne se distingue en rien de celle du reste du clergé romain. Constituons-nous, par hasard, une société secrète ? est-ce que nous ne prêchons pas dans Tunivers entier? Ainsi, par exemple, ici, à Paris, depuis quinze ans, dans régh'se cathédrale, chaque dimanche du carême, prêche un de nos prêtres, devant un immense concours d'auditeurs choisis, sans parler des autres prédicateurs ; et c'est ainsi, ouvertement, que nous prêchons partout. Dans nos écoles ont passé plusieurs générations d'élèves que vous retrouverez sur tous les degrés de Técheile sociale. Quelle masse de témoins I Le règlement de notre société se vend chez tous les libraires, et a eu plusieurs éditions ; sans cesse nous publions de nouvelles œuvres sur toutes les branches de la science ; en un mot, notre enseignement, notre genre de vie, toute notre activité de professeurs, de prêtres et de missionnaires, sont tellement patents et évidents qu'ils portent ombrage à beaucoup de monde ; et vous dites qu'ils sont insaisissables! Ne dites-vous pas, dans un autre endroit, vous-même, que nous avons en vue, non le domaine de l'esprit, mais exclusivement le domaine d'une activité pratique et extérieure? Comment concilier cela avec l'impalpabilité? Si noire activité est, en effet, insaisissable, sur quoi sont fondés vos jugements, et comment pouvez vous prononcer sur elle votre arrêt avec une assurance si triomphante? Vous proclamez : « On sait que, selon la c doctrine des Jésuites, le but sanctifie les moyens les • plus immoraux. » • On sait ! » mais, permettez-moi de demander : comment sait-on cela? à quel endroit de notre règlement avez-vous trouvé ce précepte édifiant? et pourquoi n'avez-vous pas daigné indiquer l'édition, la page? Probablement, pour les moscovites civilisés, de telles indi-

cations sont superflues ; ne gardent-ils pas les traditions àxxJuif-Errant ? ne savent-ils pas par cœur les Instructions secrètes [Monita sécréta) et d'autres documents officiels analogues? Il paraîtrait que vous connaissez notre règlement authentique beaucoup mieux que nous-mêmes. Il est certain que les mouvements les plus cachés de Thomme n'ont pas de secrets pour vous. Vous en percevez toutes les aspirations, vous en pénétrez tous les replis. Autrement, auriez-vous pu affirmer que notre conscience est pervertie, cquetoute la force du jésuitisme, de cet ordre chrétien, « tous ses succès et toutes ses prérogatives sont dus au c principe : que le Jésuite peut se permettre tous les t moyens non chrétiens; que leur conscience est libre pour « tout acte non chrétien; que nous admettons le men- • songe — comme mensonge, comme principe. »

f Voici bientôt vingt ans que, d'étudiant de TUniversité de Pétersbourg, je suis devenu Jésuite. J'ai visité les maisons de notre société en Gallicie, en Allemagne, en Bel* gique, en France, en Italie et en Sicile ; d'autres de mes compatriotes, des noms desquels s'enorgueillit la noblesse russe, ont parcouru l'Orient. Par quel prodige, nulle part et jamais, n'avons-nous entendu d'aucun d'eux rien de pareil à ce que vous attribuez, avec une solennité si naïve, à toute la société qui, remarquez-le, se compose, à moitié, de prêtres qui offrent quotidiennement à l'autel le sacrifice non sanglant? Jusqu'à présent, je supposais que notre conscience était la même que celle que nous avions avant d'entrer dans la Compagnie, et qu'elle avait les mêmes qualités que celle de tous les autres hommes; j'ai toujours entendu et cru que le mensonge, seulement comme mensonge, est reconnu unanimement comme l'ennemi immé-

morial de rhuraanité, comme Celui que T Écriture appelle le père du mensonge; mais que l'homme admettant le mensonge comme principe, comme règle de ses actions, est un mythe moral et de pure invention. Vous en jugez autrement : Selon vous, non-seulement un pareil phénomène est possible, mais, de plus, vous assurez que de tels monstres moraux peuvent volontairement renoncer à tous les délices du monde, à leurs amis, à leur famille, à leur patrie, constituer toute une compagnie, agir ouvertement, appartenir à toutes les nationalités, à tous les degrés de la société civile, sans en excepter les meilleures familles; qu'ils peuvent exister ainsi des siècles entiers et même diriger la conscience des rois et des peuples. J'avoue qu'une telle puissance de logique surpasse les forces de mon esprit, et, malgré toute ma bonne volonté, je ne suis pas en état de partager votre manière de voir. Mais, chez vous-mêmes, il me paraît qu'elle n'a pas encore atteint à une conviction entière et intelligente. Ainsi, vous faites observer, dans un endroit, que chez aucun criminel, chez aucun païen, ne s'efface entièrement la loi intérieure qui, selon l'expression de l'Apôtre, est inscrite dans nos cœurs. Comment a-t-elle pu s'effacer chez nous autres chrétiens, chez nous prêtres? Dans un autre endroit, vous convenez que nous ne commettons pas tous les crimes, que nous les inspirons aux autres, et que, rarement, nous pouvons en être judiciairement convaincus. Nouvelle concession et nouvelle contradiction.

c Ce qu'il y a de plus regrettable, c'est que vous ne citef aucun fait à l'appui ; vos accusations sont terribles. — Mais les preuves manquent. Pardonnez-moi, il y en a une dans l'article intitulé : Retour des Jésuites en Pologne^

inséré immédiatement après le vôtre, comme dans le but de justifier vos craintes sur notre retour, et d'effrayer par là davantage la Russie. Voici, selon M. Rostchin, auteur de cet article : • un échantillon des moyens auxquels nous avions recours (en Pologne) pour attirer à nous la multitude inculte et superstitieuse.

c En 1586, les jésuites organisèrent une procession le jour de la Fête-Dieu avec une magnificence qu'on n'avait c pas vue encore à Yilno. » Ensuite vient la description des personnes composant la procession, leurs costumes; et c tout cela, continue l'auteur, était accompagné d'une c musique magnifique, de chants harmonieux et du carilc Ion des cloches des nombreuses églises de Vilno. Le « succès de la procession fut incroyable; entre autres, f trois cents protestants adultes embrassèrent immédiate- « ment le Romanisme et, parmi eux, était Léon Sapiéha tf qui s'illustra plus tard et qui était à cette époque vicec chancelier de Lithuanie. » (P. ti.) Ainsi, la magnificence extérieure d'une fêle religieuse (une des plus solennelles dans l'Église romaine), une musique magnifique, un chant harmonieux, le carillon des cloches, voilà les moyens non chrétiens par lesquels nous atteignons un but également non chrétien^ c'est-à-dire, la conversion des protestants au catholicisme : moyens d'autant plus perfides qu'ils attiraient la multitude superstitieuse ; quoique l'exemple du prince Léon Sapiéha prouve que la conversion ne se bornait pas aux superstitieux.

c D'autres moyens par lesquels les jésuites atteignaient c leur but consistaient ordinairement en ceci : qu'arrivés « au lieu destiné pour leur activité, ils élevaient avant tout t la voix dans les Églises et attiraient immédiatement l'at-

c tention par une éloquence vraiment extraordinaire tf (c'est réellement impardonnable). Après cela, pendant < que rimpression du sermon n'était pas encore dissipée, c ils se liaient avec les personnages les plus influents, de-

• venaient leurs confesseurs, fondaient, dans la ville, des c confréries pieuses, et en mettaient ainsi les membres

• dans leur complète dépendance (certainement spiric tuelle). Il est clair que, maîtres de la conscience des c hommes, et disposant de. moyens pécuniaires conc sidérables (pour le but pieux des confréries, comme il c est dit plus haut], les Jésuites ne rencontraient pas « d'obstacles sérieux pour arriver à leurs fins, i Ce sont les propres expressions de votre Journal, à l'exception de celles qui sont mises entre parenthèses. Chacun peut voir comment elles prouvent victorieusement l'axiome : que notre conscience nous permet tout acte non chrétien ; et, après des démonstrations si irrécusables, chacun ne doutera pas ou cessera de douter de la réalité des accusations que vous portez contre nous.

Enfin : • Nous avons établi partout des écoles et y avons t attiré, d'une manière incompréhensible (de quelle mat nière? M. Rostchin ne le dit pas), les enfants des genc tilshommes campagnards, des plus influents et des plus t riches des contrées environnantes. Ainsi, on envoyait c à l'école de Brunsberg des enfants de Prusse, de Danet mark, de Pologne et de Lithuanie. f Voici tous les faits qui appuient l'immoralité de notre propagande ancienne en Pologne; du moins, je n'en ai pas trouvé d'autres.

c On ne peut que vous remercier de ces aveux naïfs ; ils valent un panégyrique ; et il me paraît que tout lecteur impartial, après avoir comparé les moyens par lesquels

nous convertissons les dissidents, avec ceux qu'emploie actuellement l'Église gréco-russe : t En vérité, je ne vois c pas quelle différence essentielle il existe entre la propai gande jésuitique et la propagande orthodoxe : Tune et i l'autre emploient les mêmes moyens; Tune et l'autre « établissent des écoles, font des confréries, prêchent leur t doctrine en l'accompagnant de rits solennels, mettent t en usage la confession, répandent des catéchismes, des f manuels, etc. i Je vous laisse à vous-même le soin de dissiper l'incertitude du lecteur; et, de mon côté, je vous demanderai : Est-il juste de nous accuser de nous servir des mêmes armes de propagande spirituelle qu'emploie votre Église, sous vos yeux, avec un zèle si extraordinaire?' a-t-elle donc aussi la conscience libre pour les œuvres non chrétiennes?

f Mais la différence peut exister dans le but. Examinons* Le but des Jésuites, écrivez-vous, est la propagande constante du latinisme ; mais, sous le nom de Latinisme, vous comprenez, non-seulement la prédication d'une doctrine déterminée, mais un recrutement de sujets spirituels, pour un souverain spirituel, le pape. Ici, il y a beaucoup d'inexactitudes.

Premièrement, il est inexact que nous propagions le latinisme (avec lequel est indivisible l'idée du culte latin) ; nous prêchons, non le latinisme, mais la religion catholique. Je sais que vous nous attribuez le projet d'établir le rit latin ; mais c'est une assertion gratuite que vous ne pourrez guère prouver, et contre laquelle j'ai déjà déclaré, plus d'une fois, mon opinion publiquement. Lisez mon introduction à l'Apologie de Smotritsky ; rappelez-vous la bro • chure du P. Gagarin, qui vous est connue et que j'ai aussi

publiée en russe ; ouvrez les bulles des papes, partout vous trouverez ce précepte remarquable : que T Église romaine désire voir tous les dissidents se faire non latins» mais catholiques : ut omnes caiholici sint^ non ut omnes latini fiant (bulle de Benoit XIV, Allâtes funt,% 18). Si maintenant les Russes, embrassant le catholicisme, adoptent le rit latin, la raison en est très-naturelle : en Russie, il n'y a ni Église-unie, ni liberté de professer la religion catholique en conservant le rit slave. Aussitôt que cette liberté sera accordée, les passages au rit latin cesseront d^eux-mêmes. D'ailleurs ce n*est pas le rit qui sauve rhomme, mais la foi ; ce que vous oubliez souvent, confondant la foi avec le rit, Tessentiel avec le secondaire.

« Une seconde inexactitude consiste en ce que vous distinguez le recrutement de sujets spirituels pour le pape, de la prédication de la doctrine catholique ; dans le fait, cette distinction n'existe pas. Nous prêchons partout le dogme de la suprématie de Tévêque de Rome et de ce devoir qui en découle : se soumettre à lui comme au représentant suprême de Tunique roi spirituel, le Christ. C'est à cela que se borne tout notre recrutement de sujets spirituels pour le pape. Vraiment, je ne vois pas ce qu'il y a là d'extraordinaire ou de coupable; le même dogme est prêché par chaque prêtre catholique, et tout catholique y croit. Cela a été également prêché par les saints Cyrille et Méthode, que vous honorez et que l'Église romaine acanonisés ; ils ont aussi recruté les Slaves pour en faire des sujets spirituels du pape; ils ont aussi considéré ce recrutement comme une des parties essentielles de la doctrine chrétienne ; pourtant, vous ne songez pas à le leur reprocher.

c Ainsi) dans le but de notre propagande, comme dans

les moyens que nous employons pour l'atteindre, il n'y a rien de coupable. Pourquoi donc, à la seule pensée de notre retour en Russie, appelez- vous sur nous toutes les foudres de la puissance civile, celle même que vous priez si souvent de ne pas se mêler des afiaires de conscience, des choses purement spirituelles ? Que signifient les assurances que vous donnez de votre amour pour la liberté de tout enseignement et de toute religion? La doctrine catholique, ei par conséquent la nôtre (car nous n'en avons pas d'autre) est-elle pire que celle des juifs, des mahométans, des bouddhistes ?

c Évidemment, vous avez peur; et la crainte grandit tout. C'est là une vérité que vous avez encore récemment développée dans votre journal au sujet de quelques bruits touchant un mouvement ukhrainophile, et qui se confirme pleinement par notre exemple. Oui, c'est seulement par l'influence d'une forte crainte que l'on peut expliquer, permettez-moi de vous le dire, vos sorties parfois plaisantes contre le fantôme jésuitique qui se présente partout à votre imagination enflammée. Jamais pourtant cette crainte n'a eu des proportions au>si gigantesques que dans l'article dont nous parlons ici. Il vous parait simplement que l'Eglise russe est menacée d'ennemis iiyiombrables et implacables; et vous vous empressez de vous assurer si son arsenal est en bon état, et si elle est prête à la lutte. Vous avouez naïvement qu'elle n'est pas en état de se défendre, qu'elle ne jouit pas de la liberté de la parole, qu'elle est garrottée. Pour justifier pleinement vos appréhensions, vous citez avec effroi sa déplorable image tracée par la main habile et expérimentée de M. Bellustin, et insérée par vous dans le même numéro du Jour. Il appert de cet article intitulé :

Slavisme et orthodoxie^ que l'Eglise dominante en Russie souffre d'impuissance; que son orthodoxie est un drapeau de discorde ; qu'elle n'a pas de force unifiante ; que ses plaies sont profondes et incurables. Triste aveu ! pour compléter le tableau, il y manque seulement la figure menaçante et incessamment croissante des dissidences qui» comme chacun le sait, sont une preuve frappante de l'impuissance de l'Eglise dominante, et qui, si elles avaient une hiérarchie autorisée, au dire de plusieurs de leurs défenseurs, auraient détourné de l'orthodoxie, en dix ans, toute la classe des paysans, tous les bourgeois et même une partie des marchands [Messager de Moscou^ n*" 65, art. B. K.), -—ce qui est parfaitement vrai. Du bilan de tous ces aveux, accusations et réticences, résultent : d'un côté, — la force invincible de la parole, l'immensité des succès, une incroyable influence sur toutes les classes de la société, et, en même temps, une propagande de mensonge, une culpabilité dans le but, l'immoralité des moyens; — d'autre part, au contraire : l'orthodoxie vraie, la sainteté du but, les moyens chrétiens de propagande, et, malgré cela, une impuissance profonde, une absence d'enseignement libre, la nullité des résultats, l'effroi. Là : une bande de monstres moraux, — et des œuvres vraiment apostoliques. Ici : une Église qui s'appelle une^ sainte^ catholique et apostolique^ — et qui ne porte aucun fruîl de vie spirituelle. Là : la puissance de Beelzebuth, et des prodiges de grâce vivante ; ici : la force de Dieu, — et seulement un formalisme mort. Quelle interversion des lois morales et spirituelles ! la saine raison se refuse à admettre la réalité d'une pareille fantasmagorie.

• Il reste à admettre que cette force invisible, incom-

préhensible, inconnue de vous, de notre activité spirituelle n*est autre chose que la force de la grâce divine. Admettez cela, — et à Tinstant toutes les contradictions disparaissent; le bon sens est satisfait; l'Evangile cesse d'être un simple mot; tout s'explique très*simplement. Admettez que nous sommes les organes, il est vrai indignes, de la vraie Église du Christ, et vous, comprendrez la force con-< vertissante de notre prédication, de la fécondité de nos œuvres pieuses, notre influence sur la société, notre zèle toujours vigilant pour amener des âmes au Christ, et notre constance inébranlable & nous diriger vers le but. Alors, vous toucherez du doigt les plaies dont souffre Torthodoxie russe ; vous comprendrez pourquoi elle manque de force unifiante et pourquoi nous en avons tant ; en un mot, pourquoi il y a une si grande différence entre votre propagande et la nôtre. Alors, vous pourrez vous expliquer la haine aveugle que nous portent les ennemis du catholicisme, et les persécutions que notre compagnie a subies et subira tant qu'elle restera fidèle à sa haute mission. Ce n'est pas pour rien qu'elle porte le nom très-saint de Jésus.

i Enfin, vous apprécierez toute l'étrangeté des paroles suivantes, que vous dites pour prouver que nous sommes des hommes dangereux pour le bonheur social : « Les • Jésuites, écrivez- vous, ont été expulsés de plusieurs « contrées de TEurope. • Argument surtout étrange sous la plume d'un orthodoxe. Comme si la persécution n'était pas le pain quotidien de la vraie Église et le gage de sa puissance ! Comme si elle ne s'était pas élevée au milieu des persécutions sanglantes et ne mettait pas toute sa gloire, tout son bonheur dans la Croix, dans les souffrances et le martyre I Le monde n'a-t-il pas persécuté les apô •

très comme le rebut du genre humain ? et les disciples peuvent-ils être plus grands que leur divin Maître? Que prouve le seul fait d'expulsion, quand vous ne dites pas : par qui, ni par quel genre d'hommes nous avons été expulsés ; ni dans quel temps, ni dans quelles circonstances; que lorsque notre Compagnie était abolie dans tout le reste de l'Europe, elle a continué à exister en Russie, sous la protection de Catherine II, surnommée la Sagel Nous avons été aussi, il est vrai, expulsés de Russie, mais rappelei&-vous pourquoi, et & la suite de quelles intrigues. Relisez Tukase de notre expulsion et vous verrez qu'on ne nous a pas .reproché autre chose que la conversion d'orthodoxes à la religion catholique.

• Voilà quelques observations que m'a inspirées l'article du numéro 12 de votre Journal. J'espère que vous n'y trouverez rien de blessant ni pour votre personne, que j'estime, ni pour notre patrie commune que je n'aime pas moins que vous. Connaissant par expérience la ténacité des préjugés nationaux et surtout religieux, je n'ai pu être guidé que par un sentiment de sincère compassion ; d'autant plus que les jugements que vous portez sur nous dénotent une complète ignorance et montrent, en même temps, de quelles monstrueuses préventions doivent être imbus les esprits moins éclairés, puisque, il est pénible de le dire, elles ont des proportions aussi désespérantes chez les hommes considérés comme avancés, chez les guides de l'opinion publique I Je suis convaincu que vous ne tarderez pas à publier ma réponse dans les colonnes de votre Journal. La droiture de toute votre vie littéraire me le garantit. D'ailleurs, vous avez vous-même justement fait remarquer que personne n'amènera à un homme garrotté son

ennemi\ en disant au premier. Lutte avec lw\ mais qu'on déliera préalablement le garrotté. Dans le cas présent, le garrotté c'est bien certainement nous et non pas vous. Déliez donc d*abord les garrottés, ou bien cessez de lutter.

c Je terminerai par ces paroles de saint Basile le Grand écrivant aux moines pour sa défense (Epit. 226, vol. III, édit. Paris, 1730) : • L'erreur est proclamée sans crainte, c et la vérité se cache. Lies accusés sont condamnés sans t jugement, et l'accusation est acceptée avec foi. Je sup- « plie votre charité en Jésus-Christ de ne pas accepter les « calomnies, inventées par la partie adverse, pour des i preuves tout à fait certaines; car, ainsi qu'il est écrit, « la loi ne condamne personne avant d'avoir entendu l'ac- « cusé et d'avoir examiné ses actions. »

t En môme temps je vous prie de recevoir l'assurance du respect sincère avec lequel j'ai l'honneur d'être,

c Monsieur,

i Votre très-humble serviteur,

t Jean Martynov,

« Prêtre de la Compagnie de Jésus.

«Paris^2inaii864^

« Jour de Saint-Athanase le Grand et de la translation des reliques des sainte martyrs Boris et Gleb. »

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