QUATRIÈME LEÇON
Liberté, fécondité. Stérilité des Jésuites.
(27 mai 1843.;
La leçon quatrième s'ouvre par un éloge assez correctemcnl écrit de la liberté.
« Vertu merveilleuse de laliberlé! s'écrie M. Michelet, € le plus libre des siècles, le nôtre, s'est trouvé aussi le « plus harmonique. >
Harmonique doit vouloir dire quelque chose :
Comme de juste, harmonique veut dire que noire
siècle s'est développé non par écoles serviles, mais par cycles.
Cycles doit vouloir dire quelque chose :
Donc » les cycles sont de grandes familles d'hommes e indépendants qui, sans relever l'un de l'autre, vont « pourtant en se donnant la main : en Allemagne, le cycle t des philosophes, des grands musiciens; en France, ce- € lui des historiens et des poètes, etc., etc. > (page 78.)
Où sont les philosophes et grands musiciens d'Allemagne, les historiens et poètes de France , qui, sans relever l'un de l'autre, se donnent la main? Je demande si les cycles
nVxislèivnl jamais en d'aiUrcs siècles que le dix-neilvirmo. Je (.livajjue... Mais je suis M. Miclielet.
i\I. Michelet dit encore : < c est justement lorsqu'il n'y avaii |)his d'ordre religieux et plus d'école, que, pour la première fois , ont commencé les cycles ^ c'est-à-dire ce « grand concert où chaque nation en soi et toutes les << nations entre elles se sont accordées» (page 79). En quoi, accordées ? Pourquoi justement ? Comprenez- vous ?
N'importe.
« Le moyen-âge, moins libre, n'eut pas cette noble « harmonie. Il en eut du mo'ns l'espoir et comme l'ombre « prophétiquedans les grandes associa/ions. » Lesquelles?
Ces grandes associations devaient, ce me semble, lui présager le contraire, si M. Michelet n'a pas faii une bévue en disant deux lignes plus haut (page 7G) ; cesijustcnicut lors(/u'il ny avait plus d'association que la liberté a dû. produire l'harmonie ou les cycles des nations en soi et de toutes les nations entre elles. Comment les associilions sont-elles et l'espoir et la négation de l'humanilé?
Pour exemple de ces grandes associations i qui, bien que dépendantes^ furent des libertés par rapport anv temps antérieurs (page 79), M. Michelet nous cite deux fondateurs d'ordre.
« Saint Dominique et saint François, dit-il , tirant le
€ moine de sa réclusion , l'envoyèrent par le monde comme prêcheur et pèlerin. » (même page.) C'est précisément ce qu'a fait saint Ignace.
Mais M. Michelet n*en pouvait convenir, puisqu'il voulait ajouter que « cette liberté nouvelle du moine versa la € vie par torrents » (même page), et que de leur côté les Jésuites versent la mort.
Il nomme donc saint Dominique et saint François ; puis laissant le dernier, il prouve les torrents de vie en question par fi la foule de théologiens profonds, d'orateurs, de poètes, de peintres, de hardis penseurs, que donne saint Dominique, jusqu'à ce qu'il se brûle lui-même^ pour ne point renaître, sur le bûcher de Bruno (l).
Certes, je ne conteste pas aux Dominicains l'honneur d'avoir produit beaucoup de grandsHiommes : le P. Touron, dans ses six gros volumes in-4, n'en a point épuisé la nomenclature ni exagéré l'importance; et M. Lacordaire pourrait bien trouver étrange qu'on le bride si lestement, lui aussi, sur le bûcher de Bruno, lorsqu'il essaie.
(1) Bi uno le dominicain, qui, aprî-s avoir apostasie et passé par tous i es excès d'une vie crapuleuse et infûme, fut condamné à mort par 'Inquisition, (février 1600.)
non sans quelque succès, de ressusciter l'ordre en France (i).
Mais je conteste qu'il suffise , après un tel étalage, de citer saint Thomas, Rogner Bacon, et l'auteur du Dies irœ, d'envoyer se reposer le moifen-àge,qui l'a bien (jcujné, Le bon ouvrier (page 79), et de dire, au nom du siècle présent qui n'y consent pas du tout : Nous (2) montrerons à noire juge nos grands ouvriers LEIBNiïZ et Kant, Ampère et Lavoisier^ Beethoven et Mozart ; je nie même qu'il suffise de ces fanfaronnades pour convaincre les Jésuites d'être c restés les mains vides entre ces deux imposantes réu- « nions des génies du moyen -âge et des génies mo- '( dernes. « (page 80.)
En copiant le jésuite Cérulti, M. Michelet pensait lui jouer un mauvais tour, à lui et a ses confrères. Le lecteur appréciera.
Cérutii, comme ou sait, fit preuve, à l'époque de la
(i) Du reste, les Dominicains n'ont jamais cessé d'exister; el INI.Micbelel qui confond toujours les accidents particuliers et les faits généraux, ne veut sans doute parler ici que de rexislence de l'ordre sur le sol français; en tous cas, je ne vois pas bien ce que vient faire ici la mpr de Tapostut Bruno.
(2) M. Michelet et les sienS|
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première révolution, d'une assez grande liberté de penser : il abjura tout, et si bien, qu'ayant demandé aux comités s'il y avait encore quelque chose à abjurer, le président
répondit : t Je ne vois plus guère que leCorcui >
Le président se trompait ; car il y avait do plus l'yJpo/ogie des Jésuites, que Cérulti n'a jamais reniée.
Eh bien donc, Cérulti, rencontrant sur son passage l'objociion que renouvelle M. Miclielet, la réfute de point en point par des faits.
Vous parlez d'orateurs? Il nomme Lingendes , Texier, La Colombicre, Bourdaloue, Cheminais, La Rue, Scarga, Yicira, Segneri, Giroust, Bretonneau, Lombard, Dufay, Le Chapelain, Fallu, Segaud, Pérusseau, Neuville, Grilïet, etc. etc. La liste n'est pas close jusqu'au P. Maccarthy, au P. de Ravignan.
De savants? Peiau, Sirmond, Bollandi s, Heschcnius, Papebro(;, Fronton du Duc, Lacerda, Delrio, Lacrarhy, Pedruzzi, Piovene, A1try, Hardouin , Souciet, Laljbe, Briet, Germon, Garnier, Grelzer, Abram, Baltus, Ménétrier, ïournemine, Colonia, Oudin, Fradich, Kéri, Nicoiai, Zaccaria, Panel, Burriel, Lazzari, Cordara, Dcchkor, Gubil, Parennin, Sicard, Berihier,Brothier, etc., etc.
De mathématiciens? Clavius, Guldin, Tacquet, Deschales, Fournier, Grégoire de Sainl-Yincent, Schall, Yier-
biost, Kœjjlor, Goi-billoii, Grandami, Grimaldi , Rircîoli, La Lor.bèrc, lllosic, billy, Maire, lîosroviiz, Ximenès, îlicraii, IIclI, Iluberii, Pezcnas, Beraiid, clc, etc. La lisîe n'est pas close jusqu'au P. Moi^^no.
Voiis parlez d'iiisloricns? Mariana, le premier historien lie rE^pa{];nc, r)Oii{^eant, Sirada, iMaffei, Tiirsellin, Daniel, Diilialde , Lo Comlc, Barloli , d'Orléans, Maimbonr{j , Verjus , Cliarlevoix , Balbinus , IMariini , d'Avri«)ny, Dncliesne, les auteurs de V Histoire de l'Eglise (jallicaur.^ Berruyer, elc., eic.
De ihéolo'}iens et decontroversisles? Maldonal, Bellarniin, IVîasius, Cornélius à Lapide, Ribéra, Bonfrerius, Menochius, Viguier, Sanclius, Molina, Suarez, Lessius, Yasquez, Becan, Tirin, Tolet, Théophile Raynaud, Simonet, Benedetii , Seheffmacher , Seedorf , Edmond Auger , Cagliardi, Canisius, etc., etc. La hslc n'est pas close jusqu'au P. Péronnc et au P. Rosaven.
De littérateurs et de poètes? Perpinien, Cossart, Bouhours, Yavasseur, Rapin, La Rue dont Corneille admirait les poésies, Jouvenci, Commire, Frison, Tanière, Lefèvre, Folard, Porée, Brumoy, Giannetazi, Carpani, Lagomarzini, Masenius, Yallius, Sidronius, Sarbievius, Bencius, Nocctii, Ferrari, Sanadon, Baudory, Buffier,La Santé, André, Desbillons, Ducerceau.
Enfin vous parlez d'artistes, de hardis penseurs et de
philosophes, et je rencontre Arriaga , Fonseca, Ferez, Scheiner , Kircher , Fabri, Cabrai, Gasati, Lana , Liciuaud, Pardies, Gouyc , Renaud, Castcl , Paulian, Cahier, etc., etc.
Cériitti pouvait nommer de plus les élèves des Jésuites : Condé, Luxembour.jj, Richelieu, Fléchier, Larochefoucauld, Bossuet, Fénelon, Iluet, Fleury, Bcîznncc, Lamoignon, Les Talon, Polhier, Montesquieu, Maupeou, Jusle- Lipse, Descartes, Corneille, Rousseau, Molière, Fontenelle, Btiffon, Voltaire, La Condamine, etc., etc.
Arrêtons -nous. Pour un homme qui jette à la face de ses adversaires deux ou trois noms incontestés et tout-à-fait en dehors de la question, pour des assertions puériles et vagues, surannées et sans nul sens possible, c'est assez, c'est trop.
Voltaire, aussi indépendant peut-être et aussi avisé que M. Michelet, a dit : « Il y eut parmi eux des savants, des hommes éloquents, des génies ! j (i).
Entendez -vous? des génies; et vous écrivez, vous: beaucoup d'Iiotnines de mérite et de science^ ce qui est déjà une contradiction, mais /^as un homme de génie (page 80); vous aviez dit en toutes lettres tas un homme!!!
(1) Dictionnaire philosophique, art. Jésuite.
Et le monde n'avait pas besoin de Voltaire pour le savoir.
jM. Micholet répond qu'il ne s'agit pas ici démontrer un bon prédicateur, Bourdaloue, et un philosophe ingé-^ nicuxy Biiffier.
D'abord , nous en montrons cent, nous pourrions en montrer mille.
Et puis, vous êtes bien difficile, mon cher Monsieur; Bourdaloue n'est qu'un bon prédicateur ! et non un grand orateur, n'est-ce pas? Qu'est-ce donc alors que l'éloquence? Où sont les grands orateurs, les orateurs de génie, selon vous? Madame de Sévigné est bien béte^ e| aussi les gens de l'époque, et tous ceux qui vinrent après eux, et l'abbé Maury, et La Harpe, et M. de Chateaubriand, etM.Villemain, qui, à ce titre, placent quelquefois Bourdaloue au-dessus de Bossuet lui-même. Ainsi, la vi-^ gueur des pensées, l'irrésistible puissance de la logique, la savante combinaison des parties, une marche rapide et calme, impérieuse et tempérée tout à- la-fois, la simple et magnifique économie du style, une rectitude inouïe de jugement, une riche et prudente imagination , une érudition vaste et sage, tous ces avantages réunis ne sont pas de l'éloquence, et ne caractérisent au plus que le bon prédicateur! Visitez donc, mon cher Monsieur, vos assodarion*
ou cycles quelconques , et vos universités , et moiiirczmoi l'égal de Bourdalouc.
Jjiîflier, par conséquent, n'est aux yeux de M. Michèle! , qa'un philosophe ingénieux. Buflier n'est pas, que je sache, la personnilicaiion de la philosophie chez les Jésuites, malgré les réels progrès qu'il a fait faire à celle sciciicc, sa belle méthode et la délicieuse netteté de ses idées. Au reste, je veux qu'il ne soit qu'un p Ai /o,so;;/ic iiKjénïeux , et , dans cette supposition , je demande quel philosophe a été autre chose, parmi les hommes de M. Michelet?En étudiant, moi aussi, les penseurs allemands, j'ai toujours été frappé de l'analogie qui existe entre leurs productions et les Niebelungen, l'Edda, toutes !es nuageuses théogonies du Nord: mémo caractère logique, môme physionomie littéraire. Ils rêvent plus en efiet qu'ils ne combinent; ils ont moins des principes que clos vues ou plutôt des visions; ils ne marchent pas, ils s'enveloppent du premier système indécis qui les flatte, se laissent aller aux onduleux et bizarres capricesde leurimafjination, s'y bercent voluptueusement, sans nul souci des enthymèmes et des syllogismes, et se trouvent en définitive avoir fait de la poésie philosophique ou, si l'on veut, de la philosophie ingénieuse. II n'y a que des exceptions infiniment rares, encore ne regardent-elles que des érudils
lor,
connue le dorlcur Slraiiss si bica n'ihilv par M. l\''vé([ue (le Maroc.
Les pliilosoplics cliréiiens el calliorKpies en {>énéral n'ont pas cviié celle (jnaliié d'iinjc/iicnoc, persuadés qu'ils élaienl d'ailleurs que . loin d'exclure le {jénie el l'ulililé, Yivfféuicux en était la condilion la plus essentielle. La pliilosoplue n'est en ce sens qu'une chose ingénieuse.
Au resle, les Jésuites remercieront M. Miclielet de leur fournil" une excuse : « ce qu'ils ont à dire, oljserve-l ii, « c'est qu'éiant venus aux temps du combat , ils ont plus « a[>i que créé. > (page 80.)
Toutefois l'excuse ne signilie rien : en admettant que les mots agi (juc crée se puissent traduire par ceuxci : (uji (juc pensé, et que l'un est possible sans l'autre, on a vu et on verra que les Jésuites ont fait surabondamment l'un et l'autre.
ce Peu pour la littérature, ajoute M. IMithelet, rien « pour l'art, » et voici la preuve : c'est que, î à partir de € Mignard, il y a une peinture fardée, vieille coquette qui « s'en va toujours palissant (p. 81);» c'est que «Le Poussin, lorsqu'on lui reprochait de représenter Jésus-Christ sous une figure austère, disait sèchement : IVoirc-Sei- (juçur na pas été un pcrc Dont l (cl. » Or, Mignard était
Jésuite apparemment, et le père Douillet aussi ; donc les Jésuites n'ont rien fait pour l'art.
Et même, M.^Micbelet va plus loin. Les Jésuites ne sont pas les auteurs de leurs ouvra{jcs « non , s'écrie-t-il , ce « ne sont pas là vos œuvres. » (pagfe 8i.)
M. Miclielet veut dire qu'ils en ont fait d'antres quil faut montrer (même page) : leurs histoires.
Wlais vous les aviez rangées parmi leurs productions qui ne sont pas leurs œuvres? — Tant pis.
« Leurs histoires sont toujours suspectes. Les Daniel et les Mariana auraient voulu être véridiques, qu'ils ne l'auraient pu. » (Même page.)
J'accepterais cette dernière observation comme générale. Rousseau appelait l'histoire une faùle convenue, et il avait ses raisons. Il est rare que les intérêts de parti, les intérêts personnels, la crainte, le défaut d'études, de pénétration, de patience, d'informations exactes, ne se fassent pas sentir plus ou moins chez l'écrivain. Depuis l'invention de l'imprimerie surtout, la pensée a tellement multiplié ses moyens de manifestation, ils sont si faciles et si complaisants, qu'à la même heure, sur le même fait actuel, on peut le plus impunément du monde offrir mille versions opposées et contradictoires. M. Thiers et M. Cabet se
tourneiuledoscn racontani une révolution conlcmporalnc; et de deux journaux que la mode me pousse à lire, l'un m'aflirniera demain qu'aujourd'hui M. Michelel a donné des symptômes de bon sens, l'autre qu'il a réédité son livre des Jésuites, La paresse, l'ennui, la distraction, l'insouciance, le dé{50iit, que sais-je? l'habitude fait que ceux-là même qui sont en position de réclamer ne réclament pas, et tout cela s'accrédite, et je souhaite à nos descendants une furieuse dose de discernement pour démêler quelque chose dans celle Babel.
Si Daniel et Mariana ont subi l'influence et les nécessités communes, on a droit de l'examiner; mais comme il se peut faire que plusieurs aient le bonheur de s'en affranchir, et que rien n'exclut à priori de l'exception Daniel et Mariana , au moins suis-je fondé à me plaindre du silence de M. Michelct sur une si grave matière.
Alléguer qu'il leur manque un cœur de lion pour dire toujours vrai (p. 81), c'est badiner effroyablement, et reculer la difficulté sans la résoudre.
Conclure aussilot ; « vous n'avez qu'une œuvre à vous, > c'est encore une espièglerie inqualifiable.
Mais enfin quelle est cette œuvre que les Jésuites ont à eux.
« Vœiivre est un code. » Richelieu (lisait qu'avec ce code II gouvernerait l'univers; les Jésuites, n'eussent-ils que celle œuvre, se trouveraient donc avoir produit ce qu'il y a, comme œuvre, de plus diflicile et de plus inouï : nous voyons journellement et avec une douleur profonde, que touiesles lumières réunies de tous les jurisconsulies présents et passés n'ont pas réussi à faire un code civil qui répondit à tous les besoins du seul pouple français, y compris le monstrueux arsenal du Bulleiin des lois.
Je sens bien qu'il y a ici une ruse de M. Miclieîet : c'est un sentier qu'il cherchait pour revenir à la discussion des Règles de la Compagnie.
« En parcourant le grand-livre des Constiinitom des « Jésuites, on est effrayé, dit-il, de l'immensité des détails, (c de la prévoyance infiniment minutieuse doni il témoi^^ne. « Édifice toutefois plus grand que grandiose : petit es- « prit, subtil et minutieux, esprit scribe, manie réglemen- « iaiie infinie, curiosité gouvernemenlale qui ne s'arrête î jaîî)ais, (pli voudrait voir, atteindre le fond par delà le « fond, mélange bâtard de bureaucratie et de scolasti- (c que... plus de police que de politique... tout bâti sur « un principe: surveillance miduclle... police et contre-
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♦< police : le confesseur même espionné par sa pénitente, « qu'on lui envoie parl\)is pour lui faire des questions insi- « (lieuses; une femme servant tour à tour d'espion à deux.
€ hommes jaloux l'un de l'autre Enfer sous l'enfer ! >
(Pa(îes82et85.)
El M. Michelet pousse un cri : t où est le Dante' qui aurait trouvé cela?
J'avais résolu d'opposer aux assertions gratuites des négations simples. Cependant résumons.
Petit esprit ne s'accorde guère avec le mot de Richelieu, l'opinion de Napoléon, V immensité des détails et des résultats, et surtout avec l'épithète admirable que donnait précédemment (t^age 44) M. Michelet aux Constitutions,
Esprit scribe fournirait tout au plus à M. Odry la matière d'un bon mot.
Mais depuis quand les législateurs sont-ils condamnés , sous peine de décomposer la bouc (page 82) et de tomber dans une finasserie slupide , à ne faire usage ni de subti^ tité ni d'attention minutieuse'! quel crime que celui d'un homme qui gouverne, et dont la curiosité gouveruemen" talc ne s'arrête jamais et voudrait voir? (même page).
Le professeur ajoute, il est vrai, que cette curiosité devient une manie réglementaire infinie, et t'eut atteindre le foml par delà le fond; mais je réponds, moi, qu'il n'y a
point la de manie ; que le fondateur, après des observations lon{jues et multipliées et une étude approfondie du cœur humain, s'est posé des principes de gouvernement et en a tiré strictement les conséquences ; qu'il n'a pas poussé jusqu'à l'infini ses exigeances, comme le témoignent tous les adoucissements et toutes les reserves qui modifient certaines règles; qu' à la rigueur la manie réglementaire ne saurait être, chez un régulateur, trop infinie , dùtelle atteindre le fond par delà le fond (je comprends peu), pourvu qu elle soit utile: et M, Michelet n'a pas démontré qu'elle fut nuisible; il n'a pas gagné le droit de nous crier h tue-téle : e7ifer sur enfer! d'apostropher burlesquoment h ce propos le grand Danle qui a bien autre chose à faire, de nous ingurgiter comme de bonnes et constantes vérités les plus dégoûtantes impostures, celle-ci, par exemple: Le confesseur espionné par sa pénitente r/uon envoie pour lui faire des questions insidieuses ! une femme servant tour à tour d'espion à deux hommes jaloux l'un de Vautre !
Eavain dira-t-il que ce genre d' espionnage nest pas dans la règle, mais dans la pratique ; apportez des faits, ou je vous jette à la face et pour jamais le mot de Pascal : mentiris , menliris impudenlissiml' . Vous amusez des imaginations dépravées et perdues; vous consolez des appétits impuissants et forcenés par le spectacle des rafine-
ments de drbauclic que vous inventez et que vous étalez clandestinement; c'est là un infâme métier, et l'argent qu'il vous produit, par la main du budjet ou d'autre sorte, une de ces acquisitions dont le peuple dit avec son énergique bon sens, qu'il ne profile pas.
Ici je bénis l'inconséquence de M. Michelet. En le poussant h l'improviste d'un sujet à un autre, elle a du moins pour moi l'avantage d'éloigner de mes yeux ces hideuses
choses.
Qu'il radote à loisir; qu'il répète que les Jésuites portent dans l'enseignement leur caractère automatique, et n'ont aucun esprit de vie ; qu'après les avoir représentés comme atteignant le fond par de là le fond, il les accuse de régler uniquement l'extérieur; qu'il les juge ridicules de diviser les moments et les sujets d'application pour ne point fatiguer inutilement l'esprit de leurs élèves; qu'il signale comme des leçons de ruse et de duplicité les articles de ïlnsiitiii qui règlent le maintien du corps, en supposant qu'ils disent affectez de porter décemment la tête, et non portez décemment, etc.; qu'il déclare que tous les services que les Jésuites ont pu rendre (chose à remarquer) ne peu-
vent laver ceci ; (i) je ne m'en offenserai pas, j'en rirai ; à l'exemple de ses amis , et pour me conformer à l'avis du chancelier de l'Hopilal , vieillard d'autrefois, homme à /« harbe blanche, comme il dit lui-même excellemment (paj^e 85), je lui maintiens la parole; j'écouterai même, sans trop de réflexions, la suite de sa biographie.
(1) Voir les pages 83, 34 et 85.