INTRODUCTION
Siluation générale.
M. Quincl se persuade ou semble se persuader d'abord, comme Ta faii M. Miclielet, que les sept ou huit sifflets qui l'ont accueilli représentent nécessairement une opposition vaste, et qu'en sa personne ce n'est pas même lUnivcrsiic, mais la pensée qu'on veut anéantir (pa{],e M 9).
Cependant « il nauraii jamais songé y pour sa part, à « troubler la paix de ses adversaires , s'ils n'eussent les € premiers cn^jagé îc combat » (page 119). Ainsi ce n'est pas précisément une question de devoir, c'est bien plus «ne affaire de représailles.
Ce qui démontre à M. Quinet qu'une telle situation n'avait rien de personnel, le voici :
« Depuis longtemps, on voyait un fanatisme artificiel « exploiter des croyances sincères » (page 120). Étrange proposition qu'un liomme sérieux aurait justifiée en alléguant des faits; M. Quinet ne s'explique pas.
« Depuis longtemps la liberté rcli(;ieuse était dénoncée (( comme un dogme impie > (page I2i) : elle était dénoncée comme telle depuis dix-huit siècles, et depuis la création du monde, par l'Église, les docteurs, les simples moralistes, presque tous les philosophes, et la raison. J'observe seulement qu'au lieu de dire liberté , c'est licence (ju'il fallait dire.
« Depuis longtemps le protestantisme était poussé à <( bout par des outrages sans nom, etc., etc. > Car, depuis sept ou huit mois , « les pasteurs d'Alsace étaient < obiKjés de calmer, par une déclaration collective, leurs « communes étonnées de tant de sauvages provocations (l) ; « un incroyable arrêté, obtenu -par surprise, enlevait <i plus de la moitié des églises de campagne aux légiii- « mes possesseurs (2) : — un prêtre , assisté de ses pa- « roissiens, jelait au vent les os des Réformés , et cette « impiété restait insolemment impunie ; le buste de Luther « était /<orta'Msc»ie»/ arraché d'une ville luthérienne.» (p.
D'abord, M. Quinet aurait dù lire dans plusieurs journaux les rectifications ci-dessus indiquées et en tenir compte:
(1) Un curé, pour des raisons qu'il a déclinées lui-même publiquement, •. cnait d'exhumer tout à la fois des restes de protestants et do caliioliques, Blin de les transporter dans un cimetière plus convenabk'. Voyez la repense à M. Michclct , et la suite de la tirade citée ici.
(2) Plus de la moiiic est faux.
La division des pari is engendie l'animosité, cclle-ri l'cxa- {j('i'alii)ii; (cl osi \v. cours ordinaire des clioscs riiez les prolcslants comme cljez les catholiques; un philosoplie, cl M. Qninct a la prclcnlion de l être, sait fort Lien cela; il ne prononce pas entre deux témoignajjes sans les avoir comparés.
Quant à ïu^ïrrclc : francliement, je ne crois pas qu'il ait élc o! Iciiif par siirpi isc. M. Martin (du Nord), quelque minisire qu'on le suppose, n'est pas un enfant ou un niais; il a l'âjje et les moyens surtout de savoir ce qu'il fait. L'erreur, s'il y avait erreur, fut pleinement volontaire. Je dis : s^il y avait erreur, car cette légitime possession des églises de campagne ne paraît pas tellement claire , qu'il suffise de l'invoquer pour l'établir ; ceux qui l'ont attaquée , déclinaient leurs motifs; ils attendent les vôtres, c'est leur droit.
Mais la question se généralise : Convient-il d'enlever aux protestants les églises qu'ils possèdent à juste titre, pour les mettre au pouvoir des catholiques , arbitrairement, brutalement? Sous un gouvernement absolu, la réponse offrirait des difficultés de plus d'une sorte; dans un pays gouverné par la Charte, non. La liberté des cultes n'est pas ou ne doit pas être un vain mot ; les bons catholiques, plus intéressés que personne à son exisience, l'ont assez souvent défendue comme un dépôt sacré; lare-
fuser à autrui, serait de leur part une illégalité criminelle et un véritable suicide. Si donc M. Qainet m'avait contraint, par des arguments sans réplique, à ne point douter des faits qu'il rapporte , je l'engagerais, pour plus de vérité, à reconnaître lui-méaie que l'Eglise, que le clergé de France, c[u'une province^ n'est pas responsable in des fautes commises par quelques individus agissant de leur propre chef, qii un préiro qui jcilc au vcnl des osde réformés est un prêtre , et Tév^'aue qui ne le punit pas , tin évoque ; qu'ainsi dénoncer des excès de personnes isolées comme les infaillibles symptômes d'une guerre /«tente, organisée (même page), c'est une pitoyable façon de procéder. Moyennant ces réserves , mon avis serait de tous points conforme à celui de M. Quinet : Je n'aime pas plus que lui la tyrannie politique et les auto-da-fé.
Mais supposons toujours :
Donc, je le suppose, d'un bout à l'autre, M. Quinet voit juste et dit bien. Son récit n'est point exagéré; il y a positivement ici je ne sais quelle immense croisade d'un genre nouveau, qui s'organise et s'etcconipdt sous terre.
Les Jésuites, du moins, ne sont plus en cause ; M. Quinet a pris soin de les disculper en désignant les vrais
coupables, qui n'appartiennent pas à la compagnie de saint I{jnaec.
Loin de là, répond M. Quinct ; indépcndanunentde leur influence directe r/wi se fait sentir en tout ceci , les Jésuites conspirent aussi de leur côté; et c'est pour lui un moyen d'entrer dans le cœur de son sujet : le reste servait d'acheminement.
« Les Jésuites reparaissent , et avec eux d'indicibles in- « famies que Pascal n'aurait osé montrer pour les combat- < tr€ j (même page). Exemple de discussion calme et loyale! afin quelle soit loyale du moins, j'espère que M. Quinet, mieux inspiré que son confrère, nous mettra sous les yeux ces infamies , bien et dûment articulées.
Mon Dieu non; la scène change à l'instant même.
Assez pour les Jésuites. M. Quinet déplore diverses trahisons cpiscopales et la servitude absolue du bas clergé. Il lui semble qu'au lieu d'employer leur temps à siffler ;^L Quinet au collège de France , les simples prêtres (ce ne sont plus les Jésuites) feraient bien de s'affranchir et les évcques de se corriger (même page). J'y songeais.
Et voilà... ^ , }
Et M. Quinct revient aux Jésuites; et il décrit du point de vue où il se place alors , la société actuelle.
(( Le Jésuitisme, dit-il gravement, n'a pu manquer de e se mêler au Carlisme^ celle écume de noblesse à ce < levain; la bourgeoisie, pour contrefaire l'aristocratie^ « a subi comme elle le Jésuitisme ou la caducité reli- <r gieuse, littéraire, sociale » (page 122). Le peuple..^ M. Quinet n'en parle pas; la preuve, non plus.
Donc, en deux tours de baguette, voilà une société définie, voici la France jésuitifiée: partout la ruse, et la décrépi lude , et le reste (page 122) ! C'est une belle chose que la philosophie de l'histoire , et c'est un homme bien prodigieux que M. Quinet !
Je me trompe. Il y a là des préparatifs, un moyen d'atleindre plus avant, une ébauche combinée par les Jésuites; c'était la moitié seulement, moins que la moitié de ce qu'ils voulaient; ainsi travaillée en tous sens, la France eût encore pu leur échapper, ayant une citadelle où fuir et se défendre. — La citadelle se nomme le collcc/c de France,
Donc, « l'affaire décisive , c'était... d'écraser l'ensei- «( gnement et la parole au collège de France » (même t page). De là, les sifflets que chacun sait.
IIsava'uMil l)i(Mi (Icviiu'- , les renards! Le public, en voyant sept on huit sifllcurs à la piste de MAI. ^ïicliolct etQninot, prendrait naturellement « ce coup demain c pour le résultat de roi)inion soulevée » (mcmepa{>e).
Point du tout ; les Jésuites supplient le pu])lic , mainlciianl , de croire qu'ils sont étranjjers au coup de main, tout aussi bien que l'opinion , et , par un singulier retour des choses d'ici -bas, ceux qui soutiennent le contraire s'appellent j«s/e;»c«/ MM. Michelet et Quinet. Comment arran{jer cela ?
D'accord, s'écrie M. Quinet; mais il est facile d'expliquer le mystère : les Jésuites avaient pensé que les sept ou huit sifflets en imposeraient à la foule, l'épouvanteraient, l'entrameraient éperdue dans leurs pic{jes; au contraire, « tout ce que leur frénésie (pajje 125) a pu « faire, a été de donner au sentiment public roccasion « d'éclater en notre faveur > (page 125).
Comme ainsi est-il que les Jésuites sont vaincus, les bravos l'ayant emporté de deux ou trois bouches sur les sifflets, et que l'opinion publique a décidément adopté MM. Michelet et Quinet , celui-ci déclare que c la ques- « lion, à certains égards, ne les regarde plus > (page 125.)
Je n'ai pas le sens des mois : à certains égards. Par (juesiion , j'avais entendu la question des moyens utiles pour prévenir désormais les sifflets cl les luttes indécentes; ou, peut-être, celle de savoir qui, des deux professeurs ou des Jésuites, sympathisait le mîcux avec l'opinion publique.
Il faut entendre la question des deux manières, pourvu que la conclusion soit : chassez les Jésuites !
A ces fins, M. Quinet s'adresse au pouvoir politique, et lui fait, dans la personne des députés, une sévère réprimande.
& Pourquoi leur silence en ces périlleuses conjonctures? « Je commence à croire, dit-il avec une adorable ingénui- « té, que ces quatre cents hommes d'état se cachent les uns « aux autres le pays qu'ils habitent — 11 serait commode <c d'attaquer V uUramontanisme d'une main(i), car ce n'est « pas moi qui nierai la force du jésiiitiswey et de le flatter « de l'autre ; mais, comme il pourrait arriver à la fin que, « pour prix de trop d'habileté, on tournât contre soi les
(1) Je l'ai dit eu commençant : MM. Michelet et Quinet ne se doutent pas de la signification des mots ullramonlamsmc et gallicanisme. Le premier mot, suivant eux, implique nécessairement l'idée de souveraineté universelle et absolue du pape dans Tordre politique, le second Pidée de libre examen et d'Église nationale.
< ultramonlains ot ceux qui les conibaUent, il faut se pro- « nonocr. » On le voit, UUrainoniains ou Jésuites, c'est tout un clans l'esprit de M. Quinct.
El s'il n'y avait pas de Jésuites? ]M. Quinel s'adresse à lui-mcme cette objection.
11 y a des Jésuites, répond î\î. Quinct, car « la réaction < religieuse que ion voudrait faire tourner au profit d'une « secte [secte ou compagnie de Jésus) n'est pas sans raît son dans la société » {x^^z^ 125). Rien de mieux démontré ; M. Quinet peut, après un tel effort de logique, sautiller à l'aise de côtés et d'autres, jouer au pot-pourri, et se donner, comme on dit, du bon temps. Provisoirement donc, il envoie encore les Jésuites aux Calendes, et nous parle de la réaction religieuse.
En principe, la tendance religieuse est une bonne chose; elle a pour cause le profond désespoir où nous jettent des mécomptes politiques; M. Quinet Ta dit : « voyant la cor- « rupiion changée en routine chez les chefs de partis, nous « avons reporté notre esprit chez celui-là seul qui ne ruse * pas. > (page 125). Quoique restreinte jusqu'à la mesqui-
iierie, robservation n'est pascomplèlenienl dénuée de justesse, et je pense avec M. Quinet que cette disposition sera féconde et salutaire. Dieu a des moyens de ce {jenre; ce n'est pas la première fois qu'il en use.
« TOUT LE MONDE, reprend alors M. Quinot, « s'empresse déjà de spéculer sur un pareil retour; il eu « est même qui avouent que ce Dieu reslciuré pourrait « étrenn excellent instrument pour le pouvoir aclue!. » (Même pa(je).
TOUT LE MONDE ne remerciera pas M. Quinet de son compliment.
Les ambitieux , qui véritablement spéculent, font une grossière méprise, s'ils prétendent que ce Dieu restauré consentirait à devenir le complice du despotisme et de l'iniquilé , lui qui a dit : JYoliie fieri servi hominum (l) ; s'ils s'imaginent que réciter son chapelet, comme le faisait Grégoire au temps de la Convention, ce soit consentir à se traîner £/a«s la poussière; et si l'Espagne catholique , au milieu de ses éternelles et sanglantes agitalions , leur paraît moins ficre, moins guerrière et moins rcvoluUonnaire que la France wiiversilairc de 1B45 (page 125). .^^.^^
(1) Cor. 7. 25.
El voilà.... cl M. Quinol se njclle crun saut sur lo jJ-
suilismc:
t On nous dit : Vous attaquez le jésuitisme par mesure « de prudence > (même pa{je). On vous dit seulement que vous l'attaquez par son côté le plus inexpu^inable, et que vous le battez maladroitement sur les épaules de ceux, qui n'ont pas avec lui le moindre rapport.
« On nous dit : Pourquoi le séparez-vous du reste du « clergé? » (même page.) On vous dit le contraire; et on vous dit encore : Vous le séparez quand il faudrait le réunir ; vous le réunissez quand il faudrait le séparer.
Il est a désirer certainement que, t dans vos commence taires des maximes de l'Ordre, plusieurs s'attribuent i< aisément la part qui leur revient » (page 126) ; commentaires futiles en général et mensongers au point de vue de leur application originelle , mais qui deviennent vrais et salutaires par hazard, dès qu'on n'y voit qu'une pensée détachée, née d'elle-même, applicable à tous. En vous dirigeant d'après ce système, vous auriez précisément exposé vos commentaires des maximes de l'Ordre sans parler d'autre chose que du jésniiisme , sans vous abandonner à d'incroyables confusions, et de manière à laisser
chacun lïhrc de s'atlribuer cÇ^aciiyemeïil ce rjui lui revient.
Sur cette observation, M. Quinet vient démontrer que le catholicisme et !e jésuitisme ne font qu'un, ou du moins qu'ils ont tout fait pour se mélan(>er.
« Le catholicisme, si M. Quinet ne déraisonne pas, < s'était déjà perdu pour avoir suivi la bannière du jésui- « tisme » (page 12G).
Il s'agit ici, très probablement, des échecs épronvés par les catholiques français durant les révolutions de 17SÎ) et <8o0, échecs déplorables mais partiels, etqui^bien loin d'avoir causé la mort ou la perte du catholicisme, Tonî ravivé en définitive parmi nous.
r' La révolution de J789 et années suivantes, n'a pas articulé contre les Jésuites nommément le moindre grief, elle qui s'est expliquée si fort au long sur toutes les combinaisons du régime antérieur, et sur les ordres religieux en général; 2° la révolution de 1850 , sauf quelques bambins échauffés, ne songeait pas h eux. On a écrit, je le sais, que ces deux révolutions avaient commencé de longue date , mûri, éclaté sous l'incubation clandestine du jésuitisme; mais on a soutenu ropinion contraire, et c'est assez pour douter. Du reste cette incubation comporte lin double sens : A'eut-on dire que les Jésuites, en secondant le despotisme, préparaient malgré eux l'insurrectio»
du peuple? c'élait une qiioslion à vider ; veut-on dire au coiilraire ([ne, par de sourdes et hypocrites menées, ils s'en allaient élarjjissant l'abinic où s'en/jlontirent les rois et passa{'èr(înient la royauté fpii leur était odieuse? nouvelle question qui ne saurait se résoudre sans débals.
Nos révolutions furent d'ailleurs , je le répète , moins odieuses et moins fatales au catholicisme que ne l'insinue M. Quinet ; le catholicisme , au besoin, se fait fort d'en accepter, d'en provoquer de nouvelles, sans recourir aux Jésuites, ensuivant ses destinées populaires.
Coïiséqiieiices de la suppression de la religion d'État.
Ceci posé, M. Quinet conseille au catlmlicisme de conformer sa profession de foi h celle de l'Élat, s'il ne veut pas périr (paije 12G).
Il ne s'occupe toujours, bien entendu, que de la France ; et nous sommes très obligés de croire que s'il arrivait à la Franco de cesser d'être catholique, le catholicisme par là même cesserait d'être.
Ainsi les rjuaire cents dépulé s qui représentent les intérêts nationaux jusqu'à se cacher les uns aux autres le pays (fuiU habitcni (pa{je 124), sont parfaitement en droit de tailler à merci le symbole , de nous en imposer cha-
que jour un nouveau, de manier et remanier le catholicisme, (Je faire les (lieux. Tel est le gallicanisme de M. Qiiinet, telle est sa religion nationale. On ne m'accusera pas d'exagérer.
Et dès- lors, quelle est donc la profession [de foi de l'État?
« La France enseigne l'unité du clirislianisme sous la « diversité des églises particulières, voilà sa confession « telle qu'elle est écrite dans la Charte. » (page 26).
M. Quinet va plus loin ; t Tous les Français apparc tiennent à une même église sous des noms différents > ( même page).
J'ai lu la Charte comme a pu le faire M. Quinet , et je n'ai pas vu que la France de 1850 fût assez oublieuse d'ellemême pour s'arroger un enseignemc/it quelconque en matière de religion. L'article j porte que < chacun « professe SA RELIGION avec une égale libcrié , « d'où résulte péremptoirement qu'elle n enseigne ricn^ qu'elle laisse enseigner et pratiquer de mixmève ou d'autre, qu'elle est indifférente et athée dans le sens éminemment vrai
que donnait à celle expression M. Otiilon Barrot, qu'elle reconnaît l'existence de plusieurs relijjions, et que, par conséquent, elle n'a pas même ima{jin6 ni pu ima^jincr iniiilc (lu christianisme dans la diversité des églises particulicrcs, c'est-à-dire des reli{jions opposées qui se combinent en une seule. Ici encore, je constate le l^it,. sans m'occuper de ce qui devrait être.
Le grand malheur de MM. Miclielel et Quinet, c'est qu'ils négli{jent presque toujours ce qu'on appelle les termes précis. Rien n'est plus essentiel pourtant au bon maintien de la discussion.
Certes, j'estime assez la Charte pom^ la croire incapable d'une folie non-pareille : enseigner que des Eglises ou plutôt des sectes, violemment détachées du catholicisme parce qu'elles étaient subversives de sa constitution, puissent ne former avec lui qu'un seul et même corps ! néanmoins je veux qu'il en soit ainsi; et je m'incline derechef en présence d'une absurdité.
Donc, l'article 5 regarde /o/is /csFnmçrt /s, ainsi que l'observe M. Quinet ; or, parmi les Français, il y a autre chose que des sectes chrétiennes : il y a les Juifs^ les Sainl-Simo-
niens, les Fourriéristes, les Mappistes, les Mahomotans, les Déistes, les Panthéistes, les Matérialistes, etc., de. : si la France enseigne d'une part r unité du ckristicmisme sous la diversiié des Eglises particulières^ et d'autre part que TOUS les français appartiennent à une même Eglise, nous des noms différents, donc elle ensei^^ne qu'à ses yeux non seulement les hérétiques et schismatiques, mais encore les Juifs, les Saint -Simoniens, les Matérialistes, les aihées, en supposant qu'il y ait des aihées , etc., etc., appartiennent à une même Église, ou sont également chrétiens, catholiques, saint-simoniens, alliées, etc., etc. 0 monsieur, quelle découverte ! -^
M. Quinet se plaindra-t-il de mes arguties? dira-t-il que cet enseignement de la France est négatif, et qu'il prétend parler seulement de la tolérance politique et de la protection également accordée h tous les cultes?
Eu ce dernier cas , je l'accuserais à mon tour d'avoir bien maladroitement exagéré, alambiqué la question. I aurait dit le contraire de ce qu'il voulait dire, car il arrivait à cette conclusion naturelle :
Les Catholiques, en imposant à l'État Tobligation de ne pas protéger les autres cultes comme il protège le leur, ou en usant de violence pour arracher aux autres cidtes
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le bénélk'o de la protection {jcnérale , foulent aux pieds la loi fondamentale de l'Etal.
Telle n'est pas la conclusion de M. Quinet.
Quels sont les vrais hCrétiqucs?
Mais M. Quinet conclut que, la loi étant ainsi faite, < il n'y a désormais d'hérétiques et de schismatiques que « ceux fini nïcnl loule aiUre cfjlisc (juc la leur et osent * dire : Hors de mon église point de salut, lorsque « CElal dit précisément le contraire (pages 126 et 127).
Si ce n'est pas défini i- qu'il n'y a de reli(;ion que celle qu'il plaît h l'État d'autoriser et de faire; si M. Quinet, lorsqu'il substitue au principe-exclusif du catholicisme le principe exclusif d'une église nationale, défend et n'attaque point dans sa plus iulime essence la liberté des cultes; si ce n'est pas là une ridicule pétition de principe ; si M. Quinet comprend les articles 5 et G de la Charte du 14 août 1350; s'il y eut jamais pareille débauche d'esprit, je méprise la raison.
Du reste, en tout ceci, M. Quinet s'est fort peu mis en peine de la religion nommée catholicisme; le caiholidsme, pour lui, ce n'est pas une religion proprement dite, c'est tout simplement l'action de les écraser ou de les exclure toutes au profit d'une seule.
Partant de celte idée, M. Quinet liazardc la réflexion suivante :
« La Fxesiauration en faisant du catholicisme la reH{>ion « de TÉiat, niait le dogme social et la communauté relie oieuse » (page 127).
Elle niait le dogme social, c esi-h-d'yre national ou fi ançaisy puisque le catholicisme est l'ultramonlanisme , et t[i\e Tullramontanisme tient uniquement pour vrai en religion ce qu'enseigne le Saint-Siège ; admirez l'explication î
Elle niait la communauté religieuse , puisqu'ainsi elle n'admettait pas d'unité d'Eglise sous des diversités d'églises particulières , n'ayant pas la finesse de sentir que tom les Français, depuis les saints jusqu'aux athées, appartiennent sous des noms différents à une même église.'
On pourrait dire à M. Quinet que la restauration, eu égard aux croyances manifestes de la majorité des citoyens (qui politiquement implique la totalité) , faisait une chose infiniment sociale et populaire , lorsqu'elle consacrait par une loi suprême l'existence et l'inviolabilité de ces mêmes croyances, et la définissait in gloOo RELIGION DE L'ETAT; mais j'aime beaucoup mieux reconnaître que la révolulion de 1850 avait raison d'agir autrement. Bien plus, les dispositions de la nouvelle Charte me semblent trop restreintes , car elle protège tous les cultes, et n'accorde des traitements qu'aux ministres de la religion catholique et à ceux des autres cultes chrétiens: étrange inconséquence! Eu effet, si, pour la religion catholique, la loi nous
donne oxprcssémcnt lo mol if de celle préférence :;?ro/c.ssce par la majoriic, elle ne juslifie d'aucune manière le clioix qu'elle a fail des iuitres cultes clircticns parmi tous les cul les pratiqués en France, et mémo parmi les façons de penser qui ne sont pas des cultes proprement dits.
Qu'il arrive une révolution nouvelle; que tous les cultes, sans aucune exceplion, soient é{ifalement protégea ou né.;}li{;és par la loi souveraine ; que chacun de ces cultes renonce au projet stupide de s'établir seul et par la force brutale sur le> ruines des autres; M. Quinet se persuade -t-il qu'alors nul d'entre eux ne pourra dire sans bouleverser le droit commun : Hors de monécjliscy point de salui"^. Mais mou Dieu! ils le diront tous; ils l'ont toujours (Ht, par le fait seul de leur existence; toute conviction, toute doctrine, toute vérité, tout système en est la; vous-même, vous le dites, monsieur, vous affirmez, et vous affirmez excessivement, que , hors de vos leçons, point de salut î... Je lis à la page 155 du Livre des Jésuites : « Se fijjure-t-on un enseijjnement qui consisterait € à flatter chacun dans son idée dominante, sans jamais < heurter une passion ni un préjugé? >
Eh quoi! La liberté religieuse consisterait, en l'espèce,
à bâillonner une religion ! elle exî{jerait du caiholicisme qu'il s'abjurai lui-même, cl qu'il promît de ne point contredire ce qu'il juge faux et mauvais, de s'ébréclier, en quelque sorte ;, pour donner place dans sa constitution puissante à des éléments antipathiques, nuisibles, nécessairement mortels ! il ne deviendrait iinlveisel qu'en se couchant, selon nos fantaisies politiques, sur des milliers de lits de Procuste ! II s'anéantirait pour avoir le droit d'exister! Allons donc, vous n'y pensez pas.
L'Etat plus cïirOticn que l'Uriramonlanismc.
Eh non , le calholicisme , pour comprendre les sociétés, avait besoin des leçons de M. Quinet (page 1^7) ; le pauvre catholicisme se contente de maudire ce qu'il ne comprend pas (même page) ; il se comporte comme un niais en rejetant toutes discussions : ses docteurs , sans doute, nous ont laissé des montagnes do volumes de con- m Irovcrses, qu'importe? il s'y prit toujours gauche- " ment pour pénétrer dans les institutions nationales et se pénétrer d'elles ; il est au ban des nations. Il a toujours été en guerre avec la révolution française, et nécessairement vaincu, parce que, dansson principe, la révolution française est plus véritablement chréiienne que lui y parce que le senti ment c/c la religion universelle csl désormais plutôt en France qu'à Rome, parce qu'enfm la révolution a fait des
frères de ceux dont il faisait dos sectaires, qu'elle a relevé ce qu'il condamne, mis Y alliance de L' Évangile là où il ne •vcnl que l'anailième do rancienne loi, effacé les noms de IIii{]ucnots et de Papistes pour ne laisser subsister que
celui de chrétien, etc. , etc et maintes gasconnades
encore (page 129). M. Michclct ne fait pas mieux.
Pour moi, je pense toujours que la révolution, loin de iYu"«crc le cailiollrisme, Ta exalté par ses résultats, et qu'elle n'a été chrétienne que par lui; que la religion universelle de M. Quinct ne sijjnifie rien ; qu'ainsi qu'il a été dit plus haut;, la révolution n'a pas fait et n'a pu faire que des sectaires fussent frères , sinon comme Tentond le ca Iholicisme qui ne veul pas la mort du pécheur, mais quil vive, et qu'il y a toujours eu jusqu'à présent différence de qualilication et scission réelle entre des cailioliques et des hujjuenols, entre ceux-ci et des papistes,... etc.
Nous allons voir une chose énorme :
M. Qui net dit : « Ceux qui entrevoient les choses de «plus loin, sont de bonnes dupes et des enfants, lors- <( qu'ils s'ima.fjinent qu'il y a une tendance générale de « l'é^jlise anglicane cl grecque et du prolcsianlisme aile-
« mand vers le catholicisme ; ces agitations bien réelles ont o un autre sens : ce n'est pas que le catholicisme s'ac- (( croisse de ces sectes, ce sont elles qui s'accroissent de < toute la place qu'elles prennent chez lui (pa^je 128).
Pourquoi et comment ?
Pourquoi ? « c'est que, il est impossible que quatre-vingt- (( dix millions d'hommes quittent le schisme comme une (( fantaisie, par une nouvelle fantaisie d'orthodoxie. » (page 128).
M. Quinet plaisante, (même page), c ceux qui préten- « dent posséder seuls la confidence de la Providence dan s e le gouvernement de l'histoire » ( les Jésuites à coup sur), et qui croient à de pareils contes ou les débitent !
Gens simples, ridicules et sots î en effet , selon eux et selon moi, ces quatre-vingt-dix millions d'hommes suivent, non pas un seul et même schisme, mais à peu près quatre-vingt-dix millions de schismes, ce qui facilite la fantaisie de quiltcr ; peu importe le nombre, il suffit pour l'amendement que l'erreur soit constante; selon nous , si le nombre doit empêcher le schisme de cesser , il aurait du par la même raison l'empêcher d e naître; les multitudes sont peccables comme les individus qui les composent, et affirmer que les multitudes ne reviennent pas, c'est éterniser l'erreur, l'ignorance, le
n'imo, toutes los passions mauvaises; Nous soiTinus
bieu peu philosophes vraiment!... Nous osons mrmc demander pourquoi le catholicisme, représenté, lui aussi, par plusieurs viufjtaines de millions d'hommes, pounait avoir une fantaisie de schisme jusqu'à se donner complaisamment à ronger aux. sectes...
iXous demandons plus.
Le moyen de concilier ces invasions catholiques des sectes, etc., avec le dommage qu'en éprouve le calholicisuic?
La réponse de M. Quinet ne marche pas toute seule:
'{ Si le protestantisme, dit-il^ s'accommode on certains
« points de la^doctrine catholique » — Jeiii'arrcte :
quatre-vingt-dix millions d'hommes auraient donc, pariiellement du moins, une fantaisie d'orthodoxie.
a Si le 'protestantisme s'accommode C7i certains po'mis 1 de la doctrine catholique, se persuadc-t-on qr.c ce soil <( pour se renier et se livrer sans conditions réciproques?» On l'ignore et on l'espère, M. Quinet n'en sait rien non plus. Toujours est-il qu'il y a tendance, et qn'r. no tendance vers un objet, donne lieu de présmr.er qi e l'objet
est le but; M. Quinet soutient le contraire , j'écoule paliemnient ses raisons.
(( Le protestantisme, dit-il encore, s'assimile diverses « parties de la tradition universelle. » — En indiquant quelques-unes de ces diverses parties, et ce qu'il entend par tradilion universelle^ M. Quinet m'aurait mis à même d'apprécier rassimiialion .
(S. Le protestantisme s'assimile diverses parties, etc., « mais, par ce travail de conciliation, il fait absolument « l'opposé des catholiques qui ne son^jent qu à exclure, fi interdire, anatliémaiiser» (page 128). — Le sophisme n'est pas sans mérile; traduisons pourtant : le caiholicisme est là qui exclul [ouïes religions, toutes sectes, toules doctrines hors de lui ; le protestaniisme vicnt^ et lui joue un tour pendable : « Ah ! vous ne voulez pas céder ! eh bien je céderai, moi, et j'aurai cela de plus que vous : d'avoir celle; et comme il n'y a rien de si opposé à celui qui n(; cède pas que celui qui cède, tout en m'assimilant à Vous, par cela même , je ferai X opposé de vous; ainsi ma tendance vers îe bal me lancera positivement à cent pieds du but. » Quelle gentillesse !
M. Quinet comprend bien que, pour faire droit à ses doctrines, il faudrait enlever aux catholiques]^ la hberlé
qui , copondant , est le domaine insaisissable ei incessible de tous, mais il a ses molifs d'insisiance :
De la Politique calholique.
Les callioliqncs , dit-il, demandent la liberté pour Hier la liberté î « (page 28 i. Il le prouvera plus tard.
t Accordez-leur cette arme , dit-il encore, je ne m'y « oppose pas, c'est le moyen de mieux trancher la quesc lion, et ce moyen ne me déplaît pas. "■•
€ Qu'ils soient partout, qu'ils envahissent tout; aprcs € quoi, dix aus ue se passeront pas sans qu'ils soient chas- « ses avec le gouvernement qui aura été ou qui seulement f aura semblé être leur complice j (page 1^8). — Le sentiment ne se discute pas.
Afin d'appuyer sa menace, M. Qulnet cite des exemples formidables , mais qu'il choisit singulièrement.
«En Europe, en Orient, dans les deux Amériques, il < suffit de lever cette bannière pour que la décadence e politique et morale s'en suive tout aussitôt > (pnges 150 et loi).
El puis, l'Orient et les deux Amériques , il n'y songe plus, qu'a propos du Paraguay ; il se promène en Europe.
Ainsi donc, la France : u Est-ce au nom de Tulira*
« montanisme qu'elle a domine le monde? Est-ce du moins « lui qui l'a vaincue? > (même page) . Je ne comprends pas.
Ainsi rAulriche : f qui ne déchaîne son église que loin « d'elle, pour achever les villes conquises > (même page), il faui bien dire encore que je ne comprends pas.
Ainsi l'Italie : bien qu elle soit le clicf-lieu même du jésuitisme, et que M. Quinet lui reproche d'être l'humble servante de Loyola.
M. Quinet poursuit sa route. Parmi les peuples que le catholicisme a dégradés, il nomme l'Espagne, si pure, si belle et si sublime en ses élans, et le Portugal qui vient ici Dieu sait pourquoi, et le Paraguay où fut le modèle le plus accompli du gouvernement démocratique, et la Pologne, et l'Irlande... ô mon Dieu 1 ô Daniel OConnell , 6 Kosciusko, Mickiewitz, bonnes personnes ! A quoi reviezvous? C'est pour avoir levé la bannière du cçilholicisme que vous êtes tombés, vous et les vôtres, dans la décrc- [ûlude politique et morale... Misérables plutôt et infâmes, qui poussiez à leur perte des peuples trop confiants ! Que n'aviez-vous arboré la bannière du protestantisme ou de la religion multiple-universelle? on boirait librement aujourd'hui le lait pur des brebis et des chèvres sur les pelouses de la verte Erin; Nicolas s'agenouillerait en demandant grâce devant la statue de Sobieski ! Courez, courez.
ils
s'il (Ml psi temps encore, à l'aulel du catholicisme; lisez l'iusnipiion de M. Quinet : VOILA ASSEZ d'holocauste
SIR r\ AUTKL QUI NK SAUVE PLUS PERSONNE (pa{}e '^l),
et signez franchcmcnl.
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