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PREMIÈRE LEÇON

De la HbcrlO de discussion c:î matière rclisjicusc.

(10 Mai 1843.)

Jusqu'ici nous n'avons rien vu qui put faire croire que M. Quinet soit bien supérieur en logique à M. Michelet. Des tartines, si j'ose me servir du mot, des tartines gluantes et pâteuses, ne sont ni du style , ni des pensées, ni de la raison. S'il était permis de blâmer le public, je m'élonnerais du semblant d'importance qu'il a bien voulu attacher à de pareilles choses. Vraim.ent , les habitués du collège de France n'avaient pas assez compris pour applaudir ou même siffler ; les lecteurs, à moins d'avoir lu et relu et fait une pénible étude du sens qui souvent n'existe pas, ont du nécessairement juger mal ou s'abstenir de juger. Quelqu'un disait au sujet de ce livre que, si une personne inconnue s'était présentée devant lui en débitant mot à mot les Leçons qu'il renferme , il aurait cru cette personne atteinte d'aliénation mentale. La réflexion qui d'abord me parut exagérée, n'est qu'infiniment juste pourtant. J'ai vu autrefois une comédie charmante, dont le

nom m'écliappo : le principal pcrsonnaj^o, AI. PatouillarJ, si je ne me trompe , se piquait de raisonner fort, et voici un échantillon de sa manière : « J'en veux à la fille à « iNFartin : ce Martin est un homme hion laid: au fait, il y t a (les {]ens comme ça; et il y en a de mieux ; j'ai un am* e beau comme un Narcisse: diable ! mais c'est le nom que c< ma voisine a donné à son petit dernier : sept enfants ! « c'est bien des bouchées de pain par jour : ah ça ! dites- « moi donc, mais le pain de la boulan(jère ne vaut rien. — « Et la iille à Martin ? crie IM. Chopart. — Eh oui , c'est vrai, (( j'en veux à la fille à Martin. » D'un bout à l'autre , je suis forcé d'en convenir 5 MM. Michelet et Quinet m'ont rappelé M. Patouillard, si ce n'est qu'en ses propos interrompus, celui-ci du moins pouvait dire vrai, tandis que les graves professeurs n'ont pas prononcé cinq paroles de suite qui ne fussent ou détournées de leur signification naturelle, ou ridicules et fausses sur d'autres points.

Toutefois, M. Quinet prétend que personne ne lui contestera d'être resté un et conséquent avec lui-même (page 154). On peut tout dire. Le fou de Walter Scott, Wamba, comme son maître l'appelait têlc à l'envers, fit une cabriole ; et, tête en bas, pieds en haut : « Est-ce que, demanda-t-il, je ne suis pas têlc à [endroit, maintenant? (i)»

(1) Ivanhou.

Eu commençant sa première leçon, M. Qiiinet, sur le modèle de M. Miclielet, fait l'historique des ouvrages qu'il

a publiés et sa profession de foi. j

Ses ouvragées ne sont point sans quelque mérite, mais ils manquent d'ordre et de clarté; on sait rarement, après les -avoir lus, ce qu'il a voulu dire : Ahasvérus le résume tout entier.

Sa profession de foi , telle qu'il la donne, n'a rien qui m'offusque; tous les calholiques-uîtramontains- Jésuites, ' pensent comme lui qu'il y a de l'esprit vivant de Dieu dans toutes les communions sincères de ce paijs ou d'un autre, pourvu qu'esprit vivant veuille dire quelque chose de vrai.

M. Quinet pense que le terme hors de l'Église point de salut, n'est pas absolu et sans aucune restriction possible; les Jésuites pensent de même; et ils soutiennent que la sincérité, l'erreur de bonne foi, le simple désir sauvent, en ce sens que ce sont là comme autant de baptêmes virtuels , pour ainsi dire , qui suppléent au baptême de fait et ouvrent la porte de l'Église.

M. Quinet se demande si c'est à cause de ces croyances qu'il a essuyé les sifflets de ses auditeurs ; et il a raison de se répondre à lui-même négativement.

« Esl-(*(3 le nom des Jésuites qui a f<i'it lonl le mal? » M. Qniiiel se ré()ond de nouveau : « Oui, même avant (|ue € j'aie ouvert la bouche > (page 135). Effectivement, c'était bien prématuré.

Autre question :

€ Pourquoi parler de la société de Jésus dans un cours t de littérature méridionale ? > Ceux qui ont fait celte question à M. Quinet ne parlaient pas sérieusement ; rien de plus naturel que de suivre les relations indissolubles du sujet que l'on traite ; M. Quinet a cru voir que Tinfluence des Jésuites s'était fait immensément sentir dans l'Europe, a la fin du seizième siècle, et il a voulu parler de ce grand 'pliénomc'ne{[)a{^e 15G); libre à lui.

Quelle est donc cette influence des Jésuites sur l'Europe du seizième siècle ?

Pour le savoir, il faut se faire une idée de l'état des choses à cette époque :

« L'esprit public commence à s'affaisser. Les écriic vains, les poètes, les artistes disparaissent les uns après K les autres; des hommes nouveaux s'assoupissent sous € une atmosphère de mort. Ce ne sont plus les héroïques « innovations des Campanella et des Bruno, c'est une

« poésie niiellcuse , une prose insipide qui répand comme « une fade odeur de sépulcre » (page 156).

Autant que personne, j'admire le seizième siècle et ses magnifiques énergies , et ses découvertes inappréciables; mais, en dépit des phrases ronflantes que débile depuis quinze ans M. Michelct , je confesse humblement mon peu d'aptitude à saisir cet affaissement d'esprit public dont M. Qu'net nous fait aussi la grâce de nous entretenir.

Je vois bien des écrivains de génie, qui s'en vont avec le siècle mourant; mais j'en vois d'autres, fort grands à mon avis, qui naissent avec le siècle nouveau ou s'y engagent pour continuer leur brillante vie.

Ce que c'est que les hommes nouveaux qui s'assoupissent dans une atmosphère de mort, il ne le dit pas; il nomme Campanella et Bruno comme d'héroïques novateurs, et comme les types du seizième siècle, parce qu'ils ont embrassé et renié tour à tour toutes les vocations et tous les principes, tristes hommes, dit Grotius, que l'histoire eût négligés s'ils n'avaient eu l'avantage de périr sur les bûchers de l'inquisition ; mais, au lieu de placer en regard les noms de ceux qui leur succède/it pour s'assoupir, etc., il leur oppose « une poésie mielleuse , et une prose insi- (i pide cjui répand comme une fade odeur de sépul- « cre, etc., etc. » (p. 150). Je ne comprends pas du tout.

Il est vrai que M. Quinet met en scène l'Italie et l'Espagne

soiilemenl, cl qu'à cette condition , ses ju^^oments ne sont pas absolument inexacts; mais au moins fallait-il les fornuilcrsanscnconibro, préciser davantage, et laisser là cette f(ule odeur de sépulcre qui est purement et simplement du galimailiias ; ici comme toujours, sa thèse, en se rétrécissant, devient fausse.

Ainsi donc, le seizième siècle emporte dans le néant le secret de ses merveilles; il a été marqué de Dieu pour être, vers sa lin, l'une de ces époques de décrépitude qui, à des intervalles presque déterminés et faciles à prédire, voient les nations tomber et se renouveller comme par miracle ; toutefois ce renouvellement n'eut pas lieu , selon M. Quinet , en Italie et en Espagne.

C'est qu'apparemment M. Quinet, pour son usage, avait besoin de ces deux contrées méridionales, et non des autres.

Je demande au lecteur beaucoup d'attention.

« Pendant que tout meurt , dit M. Quinet , dans le gé- « nie national; voici une petite société, celle des Jésuites, <; qui grandit à vue d'œil, qui s'insinue partout dans les

« étais (li'faillanls, se nourrît de ce qui reste de vie dans « le cœur de l'Italie , qui s'accroît et s'alimente de la

« substance de ce grand corps partagé )>

« Et lorsque je rencontre immédiatement dans mon « sujet, une institution si puissante qu'elle réagit sur cha- <( que esprit, qui résume tout le système du midi , il fau- « drait passer et détourner les yeux 1 » (page 150).

Ne détournez pas les yeux ; et montrez si vous voulez C effet et Ut cause, les lettres et la politique avec l'eS' prit qui les domine, l'Italie avec le Jésuitisme, le Mort avec le Vivajit, etc., etc. CP^G^ 157.)

Oui , puisqu'il faut vous l'accorder , l'Europe du midi s'est consumée dans le développement el la formation de la compagnie de Jésus; oui, votre pays est convié à une alliance que d'autres ont chèrement payée ; omy les peuples les plus malades en Europe sont ceux oit la compa-

c/nie a son foyer (même page) Les sept ou huit siffleiu's

ont bien tort de trépigner; vous avez raison.

Parlez à loisir, développez un si large thème; je vous écoute, et vous en conjure; prouvez enfin quelque chose; vous êtes libre comme un vrai Schelling ; dussent les Jésuites en souffrir et ma réponse tomber à plat , je ne réclame aucun privilège.

Montrez-nous comment les Jésuites se sont nourris de

ce qui rcslail de vie dans le cœur de l'Italie, et se sont (ucrus de la substance de ce grand corps par tai^é ; coni' iDcnl ils l'nrcnt expulsés des étals de l'Europe et condamnés par un pape; quelles sont les lois qui les tiennent pour morts; montrez-nous ce que vous avez promis de nous montrer.

Je n'avoue pas que tous les autres ordres ont été accommodés dans leur esprit à une époque particulière, après laquelle ils ont dà céder à d'autres (page 155), mais ceci ne vous empêchera pas de montrer que les Jésuites ont subi ces vicissitudes.

Hélas! M. Quinet s'en tient là ; son parti est pris : il afiirmera tout jusqu'à la lin, sans rien prouver; et, sur la l'oi de sa conscience et de sa bonne ligure, les pauvres auditeurs devront accueillir, comme des oracles, chacune des paroles qu'il prononce ; ils ne devront pas siffler, surtout.

Je résume bien vite et à grands traits les cinq ou six pages qui viennent à la suite.

L'esprit de M. Quinet tourne au goguenard. Il prétend mieux servir les Jésuites par ses Leçons que ne font tous leurs apologistes, par les violences dont ils l'accablent (page 159).

Ceux-ci vouclraieni le forcer au silence; il veut , lui , faire connaître l'organisation de la compagnie si ingénieuse et si vivacc , (quoi qu'en ait dit M. Miclielet, et quoi qu'il en ait dit lui-même), son influence si longue et si universelle sur la poésie, l'art, la morale, la polilicfuc, les institutions, etc., etc. (môme page).

Et en effet, celte compagnie «écrasée de toutes manières, « se relever à demi , provoquer , menacer , cela n'est pas « d'un petit génie et d'un mince courage ! > (page UO). Provoquer et menacer s'adressent aux sept ou huit siffleurs ; c'est la marotée de I\î. Quinet.

Pour rester fidèle à la logique de M. Palouillard, il était juste de laisser là le fil de son discours et de gloser sur les sifilels.

M. Quinet se réjouit d'avoir été sifflé, ali ! aliî.. 11 s'en réjouit au nom et pour l'avantage de la vérité , car « il i< est bon que la vérité soit de temps en temps dispuicc à « l'homme , » par sept ou huit sif fleurs , <( cela le pousse « h en acquérir de nouvelles » (page 140).

Jem'étonnede voir que la véritcsoit susceptible de vérités nouvelles, puisqu'on avait cru jusqu'à l'heure présente que la vérité est iine^ qu'elle comprend par elle-même

toiucs les vérités possibles, et que s'il y avait des vérités en dehors d'elle, la vérité ne serait plus la vérité; mais j'ai lort, et c'est trahir mon ignorance on matière de philosophie de l'iiistoire.

(< Nousdormions, » dit M. QuincI — Les sifflets nous ont réveillés: que Dieu les bénisse!

« JXoiis dormions, reprend-il, et pourquoi dormirionst nous encore ?

c Dar.s les étals despotisques d'AIIcmo{jne, Ilégel a « ravive toutes les questions qui se rapportent au dof>me; « Schelling a développé l'idée de ce chrislianisme non- « veau qui transforme à la fois le passé el l'avenir » (p. 141) ; et ÎM. Quinel dormirait ! et M. Quinel nes'cmprcsscscrait pas de frire, envers et contre tout, des Leçons sur les Jésuites !

Nouvelle énigme !

Qu'est-ce qu'un christianisme nouveau? Qu'est ce que transformer le passa et l'avenir? Dieu ! comme c'est scvcre et larcje ! — lïégel , j'en suis bien sûr, ne se flatta jamais d'avoir ra^^ivé les questions fjuï se rapportent an dogme : Hegel avait le sens commun ; les catholiques et lui différaient certainement, et sur plusieurs points, d'opinions et de croyance; mais Ilégel discutait nettement et avec une sincérité profonde pour tenir ictc à leurs discussions; il ne

voulait pas, c'est précisément son expression , bdiïr et rcconsiituer le dogme, il voulait en retrancher ce qu'il appelait des alliages parasites; ses adversaires n'eurent que très rarement Toccasion de lui répondre : vous bavardez et ne dites rien ; de mcme Schelling (page I4i).

Imitez-les, Monsieur, s'il est possible; nul ne vous empêche de marcher en avant ; ce qu'on ne supporte pas, je l'ai dit : c'est que vous imposiez , comme principes rigoureux et inéluctables, de fades et pédantesques boursoufflures; c'est que, pour châtier des sottises de votre invention et de prétendues insolences, vous descendiez vous-même à des invectives non moins ineptes qu'inouïes

et grossières.

Qui l'aurait deviné? Sans M. Quinet et les sifflets qui le ré] oui s seul, c l'alliance de la croyance et de la science « n'eût pas été^consommée » (page H2).

« Voici un saint combat » d:t-il; et il l'accepte sincèrement , comme étant l'Abeilard et le Ramus de l'époque , ayant avec lui l'esprit de ces hommes, et se défendant contre les mêmes o/;jc'c/20«s (page 144). — Dois-je faire observer au lecteur que Ramus et Abeilard n'ont ressemblé d'aucune manière à M. Quii.et , ni pour le fond dos doctrines ,|ni pour les persécutions vraiment exécrables qu'ils essuyèrent, ni poirlcs objcciions qu'ils eu-

rcnl à repousser ou qui les soumirent à la fin, ni pour quelque chose que ce soit ?

M. Qui net reste persuadé qu'à la suite de ce saint combat, € ceux qui se disputent violemment l'avenir, s'uniront f etse reposeront ensemble > (pageiiS) ; tant mieux :^e?mpctii lumen. — Il est vrai qu'à la page I4G , M. Quinet va s'oublier et dire : « La science ne vit pas dans le tumulte « des controverses , mais dans une région plus sereine. >j Rien qu'une petite contradiction déplus, et puis d'autres.

Eh bien ! je partage son avis de la page 140. Les combats réels et entre champions sincères, ont ordinairement ce résultat ; Dieu lui-même a voulu qu'il y eut toujours des disputes en ce monde , et c'était indubitablement pour de bonnes fins. J'aime autant que M. Quinet la liberté de la parole , mais à la condition que nul ne s'en serve pour l'arracher aux autres, les Jésuites à M. Quinet, M. Quinet aux Jésuites.

Il y a encore une autre condition , c'est que celte liberté ne s'étende pas jusqu'à certains excès, et, par exemple, jusqu'à ce point que telle ou telle personne, à mon insu, sans que je puisse réclamer, présente publiquement ses discours comme l'expression officielle de ma pensée : j'impute à M. Quinet d'avoir ainsi traité l'opinion publique,

A plus forte raison , s'il s'agit de l'emploi, fait par un

gouvernement, d'un professeur à ses {ja[jes. En dehors de sa char{;e , le professeur jouit de la liberté commune à tous; comme fonctionnaire, il a échangé contre une somme d'argent l'usage de son droit ; cette renonciation temporaire n'est pas de l'esclavage , c'est en quelque sorte une domesticité ; le maîlre a pro4:)osé ses arrangements et des gages : M. Quir.e! toucliera les uns s'il exécute fidèlement les autres qu'il accepte ; il peut , du reste , se retirer, de même qu'on peut le congédier, k toute heure.

Eh bien ! quelles sont les vues du Gouvernement sur M. Quinet? Dire qu'il s'abandonne, pour l'expression de sa pensée, à la fantaisie d'un professeur (i), serait le supposer bien absurde, et d'ailleurs lui attribuer un droit qu'il n'a pas. Le gouvernement n'est qu'un mandataire, un régisseur que le peuple prépose à l'administration de ses biens : l'argent qu'il donne ne lui appartient pas; il le donne au nom et pour les intérêts du vrai propriétaire ; c'est l'intention de celui-ci qui en motive l'emploi.

Pour montrer ce que le peuple exige de M. Quinet, il suffit de savoir quelle est f intention de la majorité des Français , en payant ses employés du collège de France : point d'autre , j'imagine , que celle de faire représenter sa pensée le plus exactement possible.

(1) M . Quinet occupe sa chaire par faveur et non en vertu d'un litre. Il n'est pas professeur légalement.

Or, \i\ ponsde reliîîionse de la majorité on du peuple, c'est apparemment le cailiolicisme.

Je eonrois donc bien difficilement la question de M. Qninet : « Je demanderai que l'on ose me dire quelle est « la communion qui doitelre.5-rtC77'/?6'c a l'autre? » (p. 145).

Je ne sacrifie rien ; je ne dépouille pas le plus petit nombre comme s'il n existait pas , attendu d'abord qu'il fiuU qu'une chose cx/s/c pour qu'on puisse h dépouiller (l). Je laisse les autres cultes parfaitement libres de se créer des professeurs spéciaux ; j'inviterais même le Gouvernement à les prolé{jer, par bienveillance et non par obligation , en raison du de{jré d'importance qu'ils auraient acquis et du nombre des adhérents (2); il n'en est pas moins vrai que les professeurs actuels de l'État , sans que peutêtre l'ordonnance de leur nomination le porte bien expressément, reçoivent la mission unique, absolue, d'enseigner la religion du peuple , le catholicisme.

Vainement prétendez-vous qu'il n'y a plus de religion

d'état. Quand même la révolution de 1850 l'aurait com-

plèLemcnt rejetée de la Charte , cette religio/i d'état se

; trouverait écrite dans la nature ; elle est plus encore de

raison que de politique ; elle a pour principe et pour sau-

(1) Voyez pa55iw, pages 145, etc., etc.

(2) Comme il l'a fait pour le budget ecclésiastique. Voyez ci dessus. — Question grave et compliquée ce n'est point ici le lieu de lui donner

tous SCS développements.

vo^jarde , la liberté sainte , inviolable, éternelle, que vous essayez de lancer sur elle pour la dévorer.

IVous sommes toujours bien loin des Jésuites; avant de revenir à eux, M. Quinet fait mille et mille tours à travers les quinze ans de la Restauration.

En ce temps- là, il y avait un protestantisme savximincnt combiné et un catholicisme hardiment novateur qui se confondirent dans nnemcme communauté de pensées, GRACE A LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT. Cela selit à la page U5, li^Mic 7).

Est-ce i\L Guizot qui combinait savamment le prêteslanlismc? tout protestant qu'il est , M. Guizot smblait éviter soigneusement, ou il ne traitait qu'avec une extrême modération les questions àQ dissidence religieuse , si bien qu'on s'étonna souvent d'une si exacte neutralité.

Quel fut l'auteur du Catholicisme hardiment novateur ? J'ai consulté mes souvenirs, et crois pouvoir affirmer que M. Quinet ne répondra pas : il n'en sait rien.

Et que devient alors cette fusion de croijances opposées daustincmême commiuiautê de pensées ? (pa^e 146) (1).

(1) « La croyance et la science, dit M. Quinet (page 45/j)» ont toujours « clé regardées comme dislincles....» Tsl ce à dire d'ailleurs qu'on peut croire à ce qu'on ne sait pas et savoir ce qu'on ne croit pas?

Je suis désireux de voir coninicni M. Guizot lui-même s'y prendrait pour fondre en î<»éî pensée commune des croyances opposées, sans détruire celles-ci à l'avantage de celle-là.

L'éditeur du livre des Jcsuiies a couvert la pajje 146 d' applaudissements ; s'il n'est que l'écho fidèle des auditeurs de M. Quinct , M. Miclielet ne se trompait pas : on ne saurait prendi-e ceci pour une marchandise de bon aloi ; bien certainement , applaudir en celte manière , c'était de la part des applaudisseurs un moyen nouveau éternellement machiavélique de siffler.

De la question de discussion libre , M. Quinet revient à la question de reli{;ion mixte-universelle.

L' /tomme divise, donc le catholicisme, dit-il (même page) lorsqu'il refuse de fraterniser avec l'hérésie elle schisme, fait quelque chose d'humain, c'est-à-dire d'imparfait et de méprisable ; Dieu réunit, donc ceux-là sont les organes de la pensée divine qui appellent de tous leurs vœux une telle fraternité.

Ainsi, parce que Dieu réunit, l'erreur et la vérité, le bien et le mal , le jour et la nuit, tout ce qui se divise doit

se réunir et se confondre , tout est l>ien et mal , erreur et vérité, jaune et rouge à la fois; oui et non sijjnifient la même chose.... Où allons-nous? Je me perds, et le lecteur m'excusera , dans les sentiers de traverse où m'emportent mes adversaires. Je ne puis faire moins et davantage.

Cependant, marchons toujours; et lisons : Celte Qvande fraierni le c'est « l'évangile renouvelé; et « l'aurore religieuse qui point dans le monde en est Tin- « faillible pronostic. M. Qiiinet l'attend si bien qu'il lui « est impossible de détacher de l'influence religieuse au- « cune partie des choses humaines » ( page 147). Il est plus que jamais permis de ne pas comprendre; mais j'admets qu'il y ait là-dessous une profonde vérité.

Cela admis , M. Quinet demande quels ont été les prc- « miers missionnaires de ï évangile renouvelé? » et il répond: « les penseurs, » car « en France et en Allemagne « ils ont commencé les premiers a rappeller ce grand fonds « de spiritualilé qui est comme la substance de toute foi « réelle •» (page 147).

Pour accepter cette raison, il faudrait encore la comprendre ; qu'est-ce que rappeler un grand fonds de spiritualité ? qu'est-ce que ce fonds ? où est-il? qu'est-ce que

la spirUunlilt', selon ^I.Qiiincl?qu'cst-ccqiruncspii'ilualit6 qui est comme la substance d'une foi réelle? comment la spiritualilé est-elle cela? qu'est-ce que la substance d'une foi réelle ? qu'est-ce qu'une foi réelle? Je n'y mets point (rcsi)rit (rerf^oùsmc; mais, mon cher Monsieur , je n'entends pas non plus qu'on s'amuse à ce point de ma bonhomie. Si vous appelez spiritualité l'art d'inventer la fusion que nous venons de voir , et de retrouver Dieu (pa{je 147) ; si la spiritualité est la substance, etc. , etc. , en ce sens qu elle résumerait et constituerait la seule véritable foi, j'ai réussi, non sans efforts, à deviner l'hiéro- {jlyphe , mais n'ai-je pas assez fait pour mettre à nu l'absurdité de vos rêves et ne point insister? et jugez-vous sincèrement l'univers assez abêti (page 47), pour user sur vous ses anathémes (même page) et non sa pitié !

Allez ! je vous laisse le Christ que vous dites avoir agrandi et ressuscité une seconde fois (page 148), persuadé comme je le suis qu'après avoir réfléchi sur des métaphores de pareil goût , nul ne me reprochera de les avoir dédaignées par impuissance d'en faire justice.

Quand M. Quinet s'ingénie de toutes ses capacités ironiques pour disputer aux Jésuites l'invention de son

évangile renouvelé y ou, ce qu'il juge synonyme, de la grande vie religieuse , il imite un peu trop cette espèce d'êtres maussades qui rongent anxieusement des restes abandonnés , et prennent ombrage de ceux-là môme qui les leur jettent.

Les Jésuites , si peu qu'ils aient de philosophie et de science, ne sont pas sans observer le mouvement religieux; et ils le proclament , ils l'ont secondé , provoqué ; ils en ont et en peuvent donner le sens, et pour le donner ils s'expriment d'une manière sérieuse, naturelle, et non folliclionne.

Dieu, dans leur pensée, ne renaît point (page 147) , puisquen vérité, Dieu ne sait point mourir; c'est la raison de l'homme^ imparfaite et fragile, qui trop souvent s'insurge, s'éloigne de Dieu, le perd de vue , s'égare à travers la froide nuit de l'orgueil et du doute ^ et descendrait ainsi jusqu'à la mort , s'il ne restait des i/i/luences , qu'ils nomment la providence et la grâce. Une lumière douce vient éclairer soudainement ou peu à peu sur ses ruines , cette pauvre raison défaillante et perdue ; elle frémit à la vue du néant qui l'environne , et bientôt ses yeux se reposent avec amour sur le miraculeux sentier qui s'ouvre devant elle pour la ramener à la vie ; elle sent renaîire ses forces , elle s'élance , et au sortir de l'abîme , elle s'ensevelit si vous voulez , dans ce Dieu (page 147) , mais

sans <^lre désormais pitoyable, au point de croire qu'elfe ait leirouvé iCclle-mcme ce Dieu , et qu'en reconnaissant ce Dieu comme l'auteur de sa délivrance, elle s'abdi([ucrait totalement elle-même.

Voilà, j'en suis bien sûr , la nouvelle aurore que les Jésuites ont observée ; qu'on la compare avec l'aurore (!l» M. Quinet , avec ce mouvement , qu'il voit , dit-il , < plus (( profond, plus universel qu'on ne veut le laisser paratlrc^ «et que chacun prétend murer dans une enceinte parii- < culière > (page 147).

Je n'ai pas la prétention de faire une réfatal ion complète; c'est impossible. Autant de mois, autant d'erreurs de jugement et de langa{je. C'est, du reste, il faui en convenir, un talent bien remarquable que celui d'entassir ainsi des lignes sur des lignes, des lettres sur des leures, sans discernement , sans suite, à touthazard; puis, par des moyens vraiment merveilleux, de façonner tellemei t son salmis qu'on lui donne l'apparence et quasi le goui d'un mets de bonne maison.

Où en sommes-nous? comment s'appelle l'ouvrage de

MM. Michelet et Quinel ? Des Jésuites. Est-ce des Jésuites ou d'autre chose queM.Quinetnous a parié? A la question posée, que font toutes ces évolutions ? Sans doute, les professeurs demandent l'indifférence religieuse, pour obtenir la liberté d'ensei{jnement, et je crois avoir prouvé qu'ils déraisonnent en ceci; mais les Jésuites sontils les sculshommes qui combattent l'indifférence reli(jieiîse? s'il n'y avait pas de Jésuites , l'Ejjlise calholique tout entière s'inclinerait-elle donc devant les enseigncnients de M. Quinet et de M. Michelet? mais » encore une fois,sontce les Jésuites qui repoussent la liberté d'enseignement ? les Jésuites, et le clergé supérieur et inférieur, et les sept ou huit siffleurs du collège de France , la demandent avec prière, avec instance, opportune, importune,., et ceux qui la leur refusent, ce sont MM. Michelet, Quinet, et consorts !

A la page 148 , M. Quinet , sans que je puisse en dire lu cause , sîous apprend que c ce serait une histoire singuliè- * remeni philosophique que celle des ordres religieux < depuis l'origine du christianisme. > 11 en existe plusieurs qui remontent jusqu'à l'origine du monde : c'est bien mieux ; je suis surpris qu'un si savant homme n'en sache

rien , cl surtout qu'il nous donne cette idcîe comme une découV(Mie prodi{;ieusc.

J'analyse seulement les pages 449 et 150; elles se qualifient dcllcs-mèmes.

c La religion, dit M. Quinet, est relevée de siècle en « siècle par de nouveaux Ordres qui la possèdeiu par exe celleiice, et finalement se déifieut po\ir mourir» (page -149). Je ne comprends pas.

€ Chacun de ces ordres a une institution écrite ; » —

c'est faux.

« Dans ces Chartes du désert perce à chaque ligne un

c instinct profond du législateur » (même page). M. Quinet parle à peu près.

« Il y en a de laconiennes , comme celles de Lijcurgue : « ce sont celles des anacliorètes » (même page), M. Quinet n'en citerait pas un exemple; il parle toujours à /^e^t près, il dit la vérité par hasard; j'en appelle de son charlatanisme à sa bonne foi.

c 11 y en a qui rappellent, par un dialogue fleuri j les € habitudes de Platon : ce sont celles de saint Basile » {iO). M. Quinet du moins n'a pas méconnu le génie et l élo-

qucnce de saiiU Basile ; rien de plus rigoureux ordinairement el de plus absolu que les principes du Saint, rien de plus positif et de plus concis que son style; mais il est très vrai que ses règlements, par leur forme élégante et fleurie, rappellent la manière de Platon.

Conçoit-on que le maître, — et quel maître^ car, avec Pierre Lombard, le maître des sentences , il y en eut tant ! — conçoit-on que le maître, quel qu'il soit, ait pris souci de lutter dans ces institutions avec les élévations les plus poétiques de... Dante (p. 149), et que Bigot dcPréameneu se fut posé le rival de Jean-Baptiste Rousseau dans la discussion des motifs et dans la rédaction même des ai'ti- €les du Code civil?

M. Quinet voulait arriver à la règle des Jésuites ; il a toiil'hé son but ; il ajoute :

« Il y a enKn des règles qui, par la connaissance pro- « fonde des hommes et des affaires, rappellenl l'esprit « de Machiavel > (même page) .

Le bon sens exigeait une autre épithète que profonde, car premièrement, les instituteurs d'ordres nommés ci-dessus ne manquaient pas, selon M. Quinet luimême, de cette sorte de connaissance des hommes et des affaires f et cependant M. Quinet veut évidemment les

opposer ici à rinslilulcur do l'ordro des Jésuites; il veuf, (''(jaleinent dire que les Constilulions des Jésuites sont empreintes de macliiavclisme, et à cet é{jard, V esprit de Machiavel n'est pas précisément la profondeur, c'est la rouerie.

Les pa,2;es 150 et 151 coniiennent une physiologie des ordres religieux, depuis I'ordrk de saint Antoine \nsquix celui des Jésuites. J'y trouve des pensées un peu ténébreuses, mais, autant qu'il est possible de les comprendre, naturelles et supportables. Toutefois je n'avais jamais deviné que saint Antoine et son Ordre, fussent encore imbus du génie du paganisme (page 150), ni que l'Ordre des Jésuites prétendit résumer tous ceux qui l'ont précédé (page loi), ni que les Jésuites n'eussent pas î/n^M«,MnAa^fl particulier, ni que les religieux de tous les autres Ordres, les Dominicains par exemple, conservassent plus que les Jésuites le caractère des pajs oh il sont nés (page 151)... il y aurait d'ailleurs quelque nécessité de savoir quel est le caractère en question, sans quoi M. Quinet a parlé comme ne parlant pas.

Mais il fallait aussi définir le caractère du jésuitisme, et, pour ne le point définir ex abrupto, M. Quinet découvrit encore un de ces rares moyens qu'il exploite supé-

rieurement : ce fut de faire jaillir, bon gré malgré, de son écritoire, l'expression caractère. Arislole n'eut pas assez de génie pour noter dans sa rhétorique ce genre de transition.

En fait, nous revenons aux Jésuites.

Donc, « le caractère du jésuitisaie sera le cosmopo- « lisme, » parce que « le jésuitisme est né en Espagne, a « été préparé en France et fixé a Pvome, capitale de « l'Italie, qui portait le cosmopolisme dans ses œuvres » (même page).

Ce qui se] traduit : comme Loyola est né et s'est con* verti en Espagne, qu'il est venu à Paris pour y étudier, et s'est associé là saint François-Xavier , Jacques Laynez , Rodriguez d'Azevedo et Alphonse Salmeron, dans F intention de former une société religieuse ; comme il s'est rendu à Rome pour prier le souverain pontife d'approuver son idée, chose nécessaire d'ailleurs et que tous les instituteurs et réformateurs d'ordres, jusqu'aux PP. Guéranger et Lacordaire, ont faite aussi bien que lui ; comme surtout il a FIXÉ à Rome le siège du général, afin de pouvoir entretenir plus facilement ses relations avec toutes les parties du monde, et afmque, dans sa personne,

lous les relij;ûîux fussent toujours sous les yeux du chef (le l'Ê^jlisc; comme il en est ainsi, le caractère du jésuitisme est cl doit être le cosmopolismc (pages 151 et suivantes).

Au reste, il est indubitable que l'un des caraclères de l'ordre, l'une des raisons de son existence, est le cosmopolismô, puisque ce caractère consiste à servir l'Église universelle en quelque lieu que ce soit, et particulièrement dans les régions lointaines.

Qu'en résultera t-il, d'après M. Quinet?

Piien, sinon que le jésuitisme, en vertu de son caractère, devra tout oser pour s'emparer de tout; et voici le raisonnement : qui dit cosmopolismc dit une disposition naturelle à vivre partout ; or, nul ne peut vivre partout, qu'en s'efforçant de se faire à tout et en s'emparant de tout; tirez la conséquence. Et voyez plutôt : le moyen-àge gênait son cosmopolismc : le jésuitisme se dépouille du moyen-âge; comment il s'en dépouille, — vous êtes bien mal appris de le demander : il s'en dépouille, en rejetant volontiers l'ascétisme et la macération (page 152). Est-ce que jamais le Jt^s«//isme a rejeié ces choses-là? — taisezvous, jésuite que vous êtCF,

Autres indices de cosmopolismc : (( En Espagne, IL ne

« rêvait d'abord que la possession du Saint-Sépulcre : ar- « rivé en Italie, IL ne s'arrête pas à convoiter un TOM- « BEAU , c'est le VIVANT qu'il veut pour en faire un < cadavre » (même page). Mais saint Ignace, comme individu isolé, et le jésuitisme, c'est bien deux; mais saint Ignace, instituteur d'ordre, n'a pas dit dans ses Règles qu'il destinât les Jésuites uniquement à la conquête du ^aint-Sépuîcre ; mais qu'entendez-vous par ce mot le vi- 7'ant , s'ï ingénieusement opposé au mot tombeau? mais quels rapports y a-t-il entre le cosmopolismeet tout cela? Aux premières questions , M. Quinet répond, comme de juste, que, si nous avons l'intelligence bornée, ce n'est pas sa faute; à la dernière , que le vivant c'est la société ou le monde entier des idées, ou la pensée, autant que le jésuitisme pourra la saisir pour en faire un cadavre. Voilà le cosmopolisjne du jésuitisme, voilà le principe et les résultats de ce cosmopolisme.

A^oici un autre résultat :

C'est que « en se mêlant par le cosmopolisme à la so- « ciété temporelle, le jésuitisme s'est confondu avec elle » \page 15-2). Inutile, pense M. Quinet, d'apporter des faits à l'appui.

C'est (\\xen se confondant avec la société temporelle ^ * le jésuitisme est devenu incapable de s'en séparer, c'est^

{( à -dire de lui rien apprendre de particulier > (p. 158). D'où suit qu'à moins de se séparer de la société, on ne peut rien lui apprendie de particulier ; car tout ce qui est au milieu d'elle, apparemment la société lésait; il faut sortir d'elle pour faire ailleurs des provisions... mais il faudrait aussi revenir h elle pour les lui rapporter. Où ira donc le jcsuiiisvie? je suis trop curieux.

J'entends M. Quinet : il veut prouver ainsi que les Jésuites se sont beaucoup trop répandus dans le monde, par suite de leur esprit de cosmopo/isme , et qu'ils en ont pris les habitudes; c'est pourquoi il ajoute que « dans les insli-

< tutions des anacliorètes, l'homme est si exclusivement « occupé de Dieu, que les choses n'existent pas pour lui ,

< tandis qu'au contraire dans la société de Jésus , on est c si fort absorbé par les choses, que c'est Dieu qui dis- « parait dans le bruit des affaires > [p'ài^Q 152). Mais que dirait M. Quinet à qui viendrait lui affirmer que les Jésuites , au milieu de la société temporelle , ont constamment observé l'esprit de recueillement et de solitude; que si, par exception, et pour des raisons au moins dignes d'examen, quelques-uns d'entre eux se mêlèrent au bruit des affaires, ce fut le plus ordinairement pour le bien public et pour empêcher Dieu de disparaître dans ce bruil ; qu'en attaquant les Jésuites sur ce point, il attaque tous les ordres

de religieux non reclus, et qu'enfin il n'a pas droit de contredire ces assertions , s'il n'appuie les siennes sur des preuves de fait.

En lisant pour la première fois le livre des Jésidies , j'omis celte réflexion, parce qu'il me semblait impossible que ces preuves ne vinssent pas tôt ou tard. La suite m'a fait voir que mon jugement n'eût pas été prém.aturé.

Est-ce assez de motifs de réprobation contre le jésuitisme? M. Quinet en connaît d'autres, et particulièrement celui-ci :

« Toujours les révolutions de la science et de la société « ont provoqué en face d'elles, pour les contredire ou € les épurer, des ordres nouveaux > (page 152). Ce qui est exact à la rigueur , et démontre providentiellement l'utilité, la nécessité même des ordres religieux.

Or , la révolution française , qui est une révolution de société, a eu lieu, dit M. Quinet.

Donc il faut un ordre nouveau et même des ordres nouveaux^ pour la contredire et'l'épurer.

D'autre part , le jésuitisme n'est pas un ordre nouveau , donc le jésuitisme n'est pas fait pour épurer ou contredire la révolution française, donc il est inutile et

abominable: « à moînr, , dil toujours M. Qnîuet , qu'il ne prenne wi nom nouvcnu (pî'go 155, Ii{;ne 20).

J'ai fort envie (Je croire et d'affirmer qu'il s'ensuit de là, non pas que le jésuitisme ne doive plus exister, mais que seulement il n'a pas de mission spéciale pour faire face à la révolution française, s'il ne prend un nom nouveau.

Je dirais bien que le jésuitisme a justement pris ce nom nouveau, puisque M. Quinet et ses illustres amis lui rc- Y>rochcni justement d'avoir pris celui de Pères de la Foi , ôePacanaristes, etc., etc.

J'appellerais fort convenablement l'histoire en témoignage, pour établir qu'un ordre nouveau peut s'élever avec une mission spéciale, sans que tous les ordres préexistants doivent s'anéantir par le fait même. Je prierais M. Quinet de m'expliq-ier pourquoi dans une société, quelque absolument renouvelée qu'elle soit par une révolution, nulle place ne resterait pour plusieurs activités de natures diverses (t).... Mais ma tache n'est pas de montrer qu'il fait jour à midi.

(1) M. Quinet a dit : «Le Jésuitisme a trouvé le Protestantisme pour • coniradicteur. » (Page 1G2.) Le Protc«lan!isme existe encore; la mission du Jésuitisme n'est donc pas finie, même en ceci.

Hélas î M. Quinel me chagrine beaucoup lorsqu'il ajoute: ♦ La révolution française ne mérile-t-elle pas que ion (' fasse pour elle ce qui se faisait au moyen-û[;e pour la € moindre commotion politique? > (pajje 155). Comme si on pouvait faire jouer la Providence à l'éjjal d'une marionnelle ! comme si on faisait des Ordres religieux par commande et a l'heure, ainsi que des dupes ou di^ Leçons au Collège de France î

.ïe veux rester calme, et j'ai besoin de me presser.

< Quoi qu'il rn soit, reprend M. Quinet, j'enaiditassez € pour montrer , > etc., etc. Et il résume, en l'obscurcissant de plus en plus , sa première leçon.

Pour achever cette analyse et dérider mon lecteur , je copie la comparaison d'Ignace de Loyola et de Christophe Colomb.

M. Quinet nous assure que « la croyance et la science, <t ces(leu\ siiuations de l'esprit humain, ont toujours été € regardées comme distinctes » (page 154;. M. Quinet disait tout à l'heure que la vraie religion et l'avenir se

forment de l'union de la ooyancc el de la science; il n'y

eut donc jamais de vraie relijjion et d'idée de Yavcnh' avant que MM. Michelet et Qiiinet vinssent nous instruire de celte union.... Le lecteur et moi, nous no comprenons pas.

e La croyance, dit-il, est représentée par Ignace de « Loyola, la science par Christophe Colomb. >

Bah! M. Quinet s'amuse.... mais enfin pourquoi la croyance est-elle représentée, etc., etc.? car enfin je cherche toujours le pourquoi ^ et le trouve bien peu.

C'est que a Loyola , par un attachement absolu à lu « lettre de r autorité, conserva le passé, et le ressaisit, « en quelques endroits , jusque dans le sépulcre > (même page). Nous ne comprenons pas le sépulcre^ lepassé conservé et ressaisi^ ni la signification des mots en quelques endroits y et nous osons penser que M. Quinet ne se comprend pas lui-même.

Quant à Christophe Colomb.., si, comme Fabricius, ii revenait à la vie, il s'entendrait dire,... et jugez de l'ébahissement :

€ Christophe Colomb montre comment l'avenir se forme

4 par l'union de la croyance et de la liberté dans l'es- « prit de l'homme » ( même pag? ). Comment diable Christophe Colomb, qui possédait hscience fort distincte de la croyance, et que M. Quinet nous donne ici comme le représentant et le type exciusf de la première, en face de Loyola représentant exclusif de la seconde, comment Christophe Colomb va-t-il s'aviser maintenant de sortir de son rôle, de forcer son talent y et de nous donner des leçons de croyance?

c II possède , dit encore M. Quinet, la tradition duchris- (( tianisme , mais il l'interprète , il le développe; il écoule € toutes les voix, tous les presseiilimenls religieux du € reste de l'humanité ; il croit qu'il peut y avoir quelque <c chose de divin, même dans les cultes les plus dissidents. « De ce sentiment de la reli{>ion, de TÉ/jlise véritablement <c universelle, il s'élève à une vue claire des destinées du « globe; il recueille, il épie les paroles mystérieuses de «c l'Ancien et du Nouveau Testament; il ose en tirer un « esprit qui scandalise , pour un moment , l'infaillibilité ; c il la dément un jour ; il Toblige le lendemain de se soute mettre à son avis; il répand un souffle de liberté sur la (c tradition. De cette liberté jaillit le verbe qui enfante un « nouveau monde. » (page 155.)

En écoutant , s'il avait assez de patience, toutes ces su-

pcrbcs choses , le bon Chrisloplic Colomb presserait bien certainement dans ses deux mains son grand front dépouillt) : « Après trois cents ans , se dirait-il, la mémoire s'affaiblit ; je n'ai pas souvenance d'avoir si métaphysiquement trouvé mon pauvre monde. N'importe, j'accepte. Quel dommage que M. Quinet ne m'ait pas fait la leçon, j'en aurais trouvé deux. »

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