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être fatalement violente. Nous devons même dire qu'on usa envers les individus de rigueurs que nous ne comprenons pas, mais qui furent probablement jugées nécessaires.
A Rome, les Jésuites avaient beaucoup perdu de ieur crédit. Benoît XIV, au commencement de son pontificat, avait accepté la dédicace d’un ouvrage que le père Norbert, religieux capucin, avait composé contre les révérends pères. Ge pape crut pouvoir permettre à Norbert de rester à Rome; mais la protection pontificale fut inefficace, impuissante; le malheureux capucin fut chassé non-seulement des États Romains, mais de tous les États catholiques.
Benoit XIV se montra fort irrité contre la Compagnie de Jésus, et il ne perdit aucune occasion de la contrarier. ER
Son successeur, Clément XIII, se prononca en faveur des révérends pères : consulté par le roi de France, il répondit qu'il fallait « laisser les Jésuites tels qu’ils étaient. »
Louis XV n’en rendit pas moins un édit de proscription de la Société de Jésus en novembre 1764; dans cet édit il déclarait :
« L'institut des Jésuites inadmissible par sa nature, « dans tout État policé, comme contraire au droit na- « turel, attentatoire à toute autorité spirituelle et tem- « porelle, et tendant à établir dans les Églises et dans « les États, sous le voile spécieux d’un institut reli- « gieux, un corps politique dont l'essence consiste dans « une activité continuelle, pour parvenir par {outes « sortes de voies, directes ou indirectes, sourdes ou « politiques, d’abord à une indépendance absolue, et
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« successivement à l’usurpation de toute autorité. »
Getie appréciation du jésuitisme est juste et tellement vraie, qu'on peut encore l'appliquer aux hommes noirs de 1869.
Le procès qui se termina par la suppression de la Compagnie révéla des scandales tellement odieux qu’on demanda au pape de sanctionner l'arrêt du Parlement de Paris, approuvé par Louis XV. Benoît XIV fit des réponses evasives; mais son successeur Clément XIV, proclamé pape en 1769, se montra moins favorable à la Compagnie de Jésus. Après quatre années d’hésitations et de pourparlers avec les embassadeurs de France, il se décida à sanctionner le jugement solennel porté en France contre l'institut de Loyola : cette sanction est très-nette, très-catégorique. Clément XIV fit preuve, dans cette grave affaire, d’une grande droiture et même d’un grand courage.
Le 21 juillet 1773, fut publié le bref de suppression des Jésuites (Ad perpetuam rei memoriam).
Ce document, écrit en latin, contient trente-trois pages in-4. Nous nous bornerons à en donner les dispositions principales.
Clément XIV jette d’abord un coup d'œil sur le monde catholique en proie à une agitation extraordinaire, dont il recherche les causes. Une des principales lui apparaît dans l'existence de certains ordres religieux, dont lapprobation avait été extorquée au Saint-Siége apostolique, par des supplications et des obsessions.
Parmi ces ordres, il signale surtout les Jésuites. Voici comment il s'exprime sur leur compte, après avoir protesté solennellement :
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«Qw’il est embrasé du désir ardent de procéder avec confiance et certitude à ladétermination qu'il va prendre :
€ Nous v’avons épargné, dit-il, ni soins, ni recher- € ches, pour découvrir et examiner tout ce qui a l'ap- « port à l’origine, aux progrès et à l’état actuel de « l’ordre régulier, vulgairement appelé Société de Jé- € SUS. »
I énumère ensuite toutes les concessions faites aux Jésuites, par les papes ses prédécesseurs. 11 decouvre dans la teneur même et dans les expressions des constitutions apostoliques, la pensée du mal auquel il se propose de remédier. C’est là que Clément XIV voit:
« Les semenees de discordes et de jalousie, nonseulement entre les propres membres de la Compagnie de Jésus, mais encore avec les autres ordres réguliers, avec le clergé séculier, avec les académies, les universités, les écoles publiques de belles-lettres, et même avec les princes dans les États desquels les Jésuites avaient été reçus. »
Clément XIV détermine ensuite la nature et l’objet de ces contestations qu’il faut attribuer, «à l'ambition « et aux intrigues des membres de ladite Société, et « aussi à divers articles des constitutions de Loyola. » \
Il énumère les plaintes portées contre les Jésuites et déférées à Paul IV, à Pie V et Sixte V par Philippe I et plusieurs autres princes.
Ainsi, Philippe If, le protecteur des inquisiteurs, se trouvait lui-même contrarié par les intrigues des hommes noirs.
Les papes dont nous venons de parler tentèrent vainement de réformer l'institut jésuitique; les disciples
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de Loyola parlèrent en maïtres insolents, et la cour romaine n’o$a leur résister.
« Bien loin que tout cela suffit, ajoute Clément XIV, pour apaiser les plaintes et les cris contre la Compagnie, il arriva aù contraire que presque tout l’univers fut troublé par des disputes et querelles, tant religieuses que politiques, à l’occasion de la doctrine que plusieurs dénoncèrent comme opposée à la foi orthodoxe et aux bonnes mœurs. Les dissensions étrangères et domestiques s’animèrent davantage, et les ac- Cusations se multiplièrent contre la Société à qui l’on impute particulièrement d’être trop avide des biens de la terre. »
En vain Urbain VHL Clément IX, X, XI et XII, Alexandre VIT, Innocent X, XI, XII et XIE, et Benoît XIV s’efforcèrent-ils de rétablir la paix si désirée dans l’Église ; leurs efforts furent constamment paralysés par les Jésuites qui suscitèrent toutes sortes de tracasseries et d’humiliations à ces pontifes.
« Après tant d’orages et de tempêtes, dit Clément XIV, tous les gens de bien espéraient voir bientôt luire les jours qui devaient ramener une paix et une tranquillité parfaite ; mais pendant que Clément XHIL, notre prédécesseur, était assis sur la chaire de Saint- Pierre, il survint des temps encore plus difficiles ; les cris et les plaintes contre les Jésuites redoublèrent. I s’éleva dans quelques endroits des séditions, des divisions et des scandales très-dangereux, qui, relàchant et coupant le lien de la charité chrétienne, suscitèrent parmi les fidèles les haïnes et l'esprit de parti.
« Le péril devint si pressant, que ceux mêmes dont on célèbre partout, comme un droit héréditaire, l'an:
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tique piété et la libéralité envers la Société, savoir nos très-chers fils en Jésus-Christ, les rois de France, d'Espagne, de Portugal et des Deux-Siciles, ont été contraints de renvoyer et d’expulser de leurs États les membres de la Compagnie, jugeant que ce remède extrême était absolument nécessaire pour empêcher les peuples chrétiens de se provoquer, de se déchirer dans le sein de l’Église, notre sainte mère.
« Mais ces très-chers fils en Jésus-Christ, persuadés que ce remède ne pouvait être durable et propre à réconcilier l'univers chrétien, à moins que là Société ne fût éteinte et supprimée... . Ont exposé au pape Clément XIIL, notre prédécesseur, leurs désirs et leur volonté; réunissant leur autorité, leurs prières et leurs vœux, ils l'ont requis d'employer ce moyen efficace, de pourvoir à la sécurité de leurs sujets et au bien de l'Église universelle de Jésus-Christ,
« Mais la mort de ce pontife, arrivée contre l'attente de tout le monde... empêcha le cours et la conclusion de cette affaire. La clémence divine nous ayant placé sur la même chaire de Saint-Pierre, les mêmes vœux, demandes et prières nous ont été adressés : plusieurs évêques et autres personnages distingués par leurs dignités, leur doctrine et leur religion, nous ont aussi fait connaître leurs désirs et leurs sentiments.
« Cépendant, pour prendre le parti le plus sûr dans une affaire d’une aussi grande importance, nous avons jugé que nous avions besoin d’un long espace de temps, non-seulement pour délibérer avec la plus grande prudence, mais aussi pour demander au Père de [a lumière une assistance particulière.
« Nous avons voulu examiner sur quel fondement