‹ Les Jésuites hors la loiChapitre 18 sur 34 · SUPÉRIEURS DE LADITE SOCIÉTÉ, TANT AU SPIRITUEL QU'AU TEMPOREL · texte numérisé non relu

SUPÉRIEURS DE LADITE SOCIÉTÉ, TANT AU SPIRITUEL QU'AU TEMPOREL

« Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, sous anneau du Pêcheur, le 2 juillet 1773, et la cinquième année de notre pontificat.

« Signé À. cardinal NicRonus. »

Ce br ef contient un acte d'accusation motivé, irréfutable contre les Jésuites ; il met parfaitement en lumière les motifs qui déterminèrent Clément XIV à abolir la Compagnie formée par Loyola. Pour compléter ses démonstrations, le pontife adressa, le 9 mars 1774, au cardinal de Bernis, alors ambassadeur de France à Rome, un autre bref dans lequel il parle des trèsgrandes et très-fortes raisons qui le déterminèrent à l'abolition des Jésuites, acte qui demandait une trèsgrande fermeté de caractère, nous dirons même un grand courage.

A ce sujet, le cardival de Bernis envoya au duc d’Aiguillon, une dépêche officielle dont nous devons citer le paragraphe suivant :

« Clément XIV avait feuilleté les archives de la Propagande où sont consignés des documents qui n’ont pas vu le jour par des ménagements de charité, de crainte et de politique.

« Sayant théologien, il avait examiné les ouvrages répréhensibles, soit en morale, soit en théologie, sortis de l’école des Jésuites ; il n’ignorait pas l’opiniâtreté aveclaquelle ces religieux les avaient toujours défendus, même après les censures canoniques.

« Comme homme d'esprit et comme religieux, il avait apérçu Îles ressorts du gouvernement jésuitique. En un mot, il s’était mis au fait des intrigues tant anciennes que récentes des Jésuites. Mais surtout il n’ignorait pas combien il était dangereux de leur déplaire, ou même de ne leur être pas dévoué ; car ils n’ont jamais fait de différence entre des amis prudents et des ennemis déclarés. »

Malheureusement Clément XIV ne voulut pas publier toutes les pièces de ce grand procès, instruit d’abord par le Parlement de Paris, et jugé en dernier ressort par le chef de la catholicité. Il eut le tort impardonnable de tergiverser, de ménager les Jésuites tout en les frappant. Les hommes noirs ont répondu à cette indulgence du pontife, en insultant sa mémoire, en disant et faisant dire par leurs partisans :

« Clément XIV abolit les Jésuites par complaisance pour les cours, principalement pour celle de France, et non par conviction sincère et déterminée. »

Ceci est une calomnie ajoutée aux odieux mensonges dont le jésuitisme s’est toujours servi pour combattre ses adversaires. £

Du reste, moins d’un an après, Clément XIV mourut

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empoisonné, dit-on, pour avoir abrogé, dans sa bulle In Cœnû Domini, la Compagnie de Jésus. Les hommes noirs connaissaient, par tradition, les poisons dont s'étaient servis les Borgia. Clément XIV devait être leur victime; ils ne l’épargnèrent pas. Nous verrons un drame pareil s’accomplir à Rome en plein dix-neuvième siècle.

Bannis par le Parlement de Paris, supprimés par ordonnance de Louis XV, abrogés par le bref de Clément XIV, les disciples d'Escobard ne se tinrent pas Encore pour battus. Ils eurent l'audace de mrotester contre la décision du Saint-Siége, eux, dont le chef Loyola avait proclamé si hautement l'infaillibilité du pontife romain.

En France, ils cédèrent d’abord à la tempête qui les avait si rudement atteints; plusieurs des leurs trouvèrent toutefois moyen de se maintenir à la cour, sous des noms d'emprunt. Mis au ban du catholicisme, ils demandèrent asile à Frédéric de Prusse, dit le Grand, prince protestant et ami de Voltaire ; il leur accorda la permission de s'établir en Silésie, ce qui lui valut les plus basses adulations des hommes noirs. Ün .de leurs pères, nommé Demelmayer, raconta dans un sermon prononcé à Straubing, en Bavière, que les chevaux du roi Frédéric étaient tombés à genoux devant le saint Viatique.

Qui dut bien rire de cette platitude ? ce fut le roi Frédéric.

Catherine de Russie, impératrice et papesse, dont les croyances religieuses et surtout les mœurs dissolues avaient scandalisé l’Europe libertine du dix-huitième siècle, leur donna asile. Les Jésuites vécurent pendant

quelque temps en très-bon accord avec la ezarine, que les encyclopédistes avaient surnommée la Sémiramis du Nord. Les hommes noirs s'étaient déjà travestis en Chinois,en Indiens, en Tartares, et ils se firent Cosaques pour préserver l'institut de Loyola.

En réalité, leur ordre ne fut jamais réellement détruit, même-en France. Plusieurs pères, les moins compromis, restèrent à Paris et dans les provinces comme citoyens ou prêtres, et ne furent point molestés. On les tolérait parce qu'ils n’intriguaient plus ouvertement et se tenaient prudemment à l'écart.

Cependant, la cour de Rome, par ménagement pour la France et pour l'Espagne, résista aux sollicitations de la Prusse et de la Russie qui voulaient conserver les Jésuites tels qu’ils avaient toujours existé; ils ne purent par conséquent se maintenir à Berlin et à Saint-Pétersbourg que sous un nom simulé et dans un costume un peu différent de celui qu’ils avaient porté avant la dissolution de leur Compagnie.

Sous le règne de Louis XVI, ils profitèrent des faveurs de Marie-Antoinette, qui en sa qualité d’Autrichienne témoignait aux hommes noirs une sorte d’estime et d'affection. Toutefois, les fins renards gardèrent leur masque et agirent par les congrégations et affiliations religieuses. Vers 1789, le lieutenant général de police fut averti que les anciens pères de la Compagnie de Jésus faisaient une propagande très-dangereuse pour la sécurité de l'État. Avis en fut donné au roi, On prit quelques mesures de précaution et les repards du jésuitisme rentrèrent dans leurs tanières, lorsque éclata la grande Révolution de 1789, ils disparurent complétement.

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