RE RE TT
PR
Mais ils sortirent bientôt de leurs sombres retraites; le cabinet de Saint-Pétersbourg revint à la charge pour imposer au pape le rétablissement des Jésuites et il obtint une nouvelle autorisation, mais sous la condition expresse que la Compagnie ne pourrait exister qu'en Russie. Ceci se passait sous.le pontificat de Pie VE.
À cette même époque, un Tyrolien, nommé Paccanari, tour à tour tailleur de pierres, soldat et bandit, se mit à la tête d’un certain nombre d’ecclésiastiques, et forma le projet de faire revivre le jésuitisme, principalement en ce qui concernait l’enseignement et les missions. Bientôt les Paccanaristes eurent une maison à Romeet firent un appelaux Jésuites réfugiés en Russie.
Pendant la période connue dans l'histoire sous le nom de la Terreur, plusieurs Jésuites vinrent à Paris avec des passe-ports russes, sous de faux noms, et avec des attributions qui mettaient en défaut les plus habiles agents du Comité de salut public. Le fanatisme religieux, clandestinement entretenu par les anciens moines et les prêtres qui avaient refusé le serment civique, se manifesta par une multitude de sectes dont le but était de conspirer contre la Révolution.
« Telle fut, dit M. Portalis dans son rapport au conseil d'État, 3 messidor an xnu, telle fut l’origine de diverses associations connues sous les noms de Société du Cœur de Jésus, de Société des Victimes de l'amour de Dieu, de Société des Pères de la Foi.»
L'existence de la première de ces sociétés remontait à 1791 ; elle eut pour fondateur un prêtre nommé Corivière, de l’ancien diocèse de Saint-Malo; parmi les règles très-dangereuses que Portalis signala dans cette occasion, figure le secret le plus absolu; rien n’était
de
lp
communiqué qu'aux sociétaires dont on avait mis à l'épreuve la prudence et surtout la discrétion; en d’autres termes, on procédait conformément aux institutions d’'Ignace.
En 1792 et 1793, Corivière vint à Paris et organisa plusieurs affiliations principalement composées de femmes et d'anciens domestiques de grandes maisons. Le secret fut si bien gardé que la police du Comité de salut public ne se douta même pas de l'existence de ces réunions qui étaient pourtant très-nombreuses et très-fréquentées.
« La Société des Victimes de l'amour de Dieu, dit M. Portalis, n’est qu'une association clandestine formée dans les caves et dans les oratoires particuliers pendant la tempête révolutionnaire ; elle n’est fondée que sur une doctrine fausse et dangereuse; elle n'existe que par le fanatisme.
« L'origine de la Société du Cœur de Jésus n’est pas plus rassurante, ajoute M. Portalis; dans cette société on ne professe aucune erreur connue : mais On ignore les règles d’après lesquelles ses membres se proposent de vivre. Ils admettent des secrets : ils ont annoncé le désir de se lier par des vœux perpétuels, ce qui est inconciliable avec nos lois.
« Quant à la Société des Pères de la Foi qui s'appellent aussi les Adorateurs de Jésus ouMPaccanaristes, elle tend à des plans plus vastes que les deux autres corporations ; elle suit l'institut des Jésuites. Les Pères de la Foi ne sont que des Jésuites déguisés; ils professent les mêmes maximes ; leur existence est done incompatible avec le droit publie de la nation. On ne peut faire revivre une corporation dissoute dans toute
la chrétienté par les ordonnances des souverains catholiques et par une bulle du chef de l'Église. »
M. Portalis plaçait ainsi les Jésuites hors la loi. et il avait cent fois raison. Il aurait pu dire que les hommes noirs, implacables ennemis de la France, avaient armé en Italie les assassins du brave général Duphot. Ils donnèrent de fortes sommes au fameux bandit Fra Diavolo qui ne cessa de combattre contre les Français dans le royaume de Naples.
Rétablis par une bulle de Pie VIE, les hommes noirs revinrent en France peu de temps après le concordat ; mais ils se gardèrent bien de prendre leur ancien nom maudit et exécré dans la patrie de Voltaire. Ils se cachèrent sous l’appellation de Pères de la, Foi.
« Au commencement de 1806, dit le comte de Montlosier.M. Émery, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, forma, sans aucune opposition de la police, certaines assemblées religieuses, dont l’objet était de se former dans la piété; elles avaient par là même de l’analogie avec les anciennes congrégations. »
En effet, Saunt-Sulpice depuis longtemps le foyer de l'ultramontisme, devint, dans les premières années de ce siècle, le quartier général des Jésuites et de toutes les conspirations religieuses ou plutôt politiques qui avaient pour but le rétablissement de l'ancien régime. 4
Napoléon EF devenu empereur, eut la faiblesse et commit la faute de favoriser les ordres religieux, et les Pères de la Foi jouirent, pendant quelques années, d’une ample liberté d'action. Mais ils en abusèrent, ils se trouvèrent impliqués dans: les conspirations royalistes : on les accusa même de livrer les secrets
nn
d’État à la Prusse et à la Russie. De plus, l'opinion pu-
blique s’irritait de revoir les anciennes jongleriés de la fausse dévotion. Portalis, directeur des affaires ecclésiastiques, fut chargé de rédiger un mémoire sur les congré-. gations, principalement sur les Pères de la Foi. Ce mémoire, qui figure dans l'histoire des lois françaises, fut Suivi d’un décret du 3 messidor an xrr (22 juin 4804), prescrivant la dissolution des congrégations d'hommes et de femmes, et dirigé principalement contre les Jésuites.
Voici le décret, qui fut immédiatement inséré au Bulletin des Lois :
€ ART. 1%. — À compter du jour de la publication du présent décret, l'agrégation ou association connue sous le nom de Pères de la Foi, d'Adorateurs de Jésus ou Paccanaristes, actuellement établie à Belley, à Amiens et dans quelques villes de l'empire est dissoute.
« Sont également dissoutes toutes les autres AgrÉgations ou associations formées sous prétexte de religion, et non autorisées.
«2 — Les ecclésiastiques composant lesdites agrégations ou associations se retireront, sous le plus bref délai, dans leurs diocèses, pour y vivre conformément aux lois, ef sous la juridiction de l'ordinaire.
€ 3. — Les lois qui s'opposent à l'admission de tout ordre religieux dans lequel on se lie par des vœux perpétuels, continueront d'être exécutées dans leur forme et teneur, etc., etc. »
Le décret du 3 messidor maintint seulement les sœurs de Charité, Hospitalières, de Saint-Thomas, de Saint-Charles.….
Les Pères de la Foi, c’est-à-dire les Jésuites, se trouvaient ainsi de nouveau frappés par un arrêt qui anéantissait leur Congrégation ; mais après avoir bravé larrêt du Parlement de Paris, l'ordonnance de Louis XV, la bulle de Glément XIV ; après avoir résisté aux parlements, à l’autorité royale, à Pinfaillibilité du pape, ils n'avaient aucune intention de se soumettre au décret du 3 messidor. Le conseil d'État ne devait pas plus obtenir d'eux en 1804, que les magistrats de Louis XIV et de Louis XV, que Clément XIV avec sa Souveraineté pontificale.
Cinq ans plus tard, ils avaient recouvré toute leur influence. Comment avaient-ils opéré ce prodige ? Par les femmes qui de tout temps se sont montrées faciles en faveur du jésuitisme. C’est un point de comparaison que nous aurons à établir entre le premier et le second empire.