AU NOM DE LA LOI
Rendons à l’activité, à l'intelligence des travailleurs les immeubles illégalement acquis et possédés par des mainmortables, par des moines plongés dans les extases maladives de la vie dite contemplative, ou occupés d'intrigues ourdies contre la France et contre la liberté,
Qu'on ne se fasse pas illusion ! Le parti jésuitique relève la tête dans tous les pays catholiques. Le jésuitisme a eu une large part aux désastres de l’île de la Réunion, et au moment où nous écrivons ces lignes, on nous annonce la mort du gouverneur de Burgos; assassiné dans une église. Ce crime a produit une impression douloureuse dans toute l'Espagne où la Compagnie de Jésus est depuis longtemps abhorrée:
Chez nous, les révérends pères n’assassinent plus. Les attentats contre Henri IV et surtout contre Louis XV les ont rendus plus prudents à l’endroit du poignard vengeur ; mais ils ont accaparé l’enseignement de la jeunesse, et leur influence s’étend jusque dans les familles... Ils s’enrichissent au dépens de la crédulité de leurs adeptes; ils tendent à rivaliser avec l’État et
ils deviendront pour la France une cause multiple de nouveaux malheurs, si on les tolère plus longtemps, si on laisse dans l'oubli les lois qui les frappent d’une incapacité radicale.
Ils sont hors la loi...
Qu'il y soient mis réellement par décision du Sénat, du Corps législatif, et par nos procureurs généraux.
Leur œuvre est mauvaise, exécrable à certains points de vue.
Au nom de la loi,
Magistrats français, mettez le jésuitisme dans l’impuissance de nuire désormais au progrès social, à la liberté religieuse.
Nous savons que le triomphe de la libre pensée est certain; mais la Compagnie de Jésus le retarde, elle finirait même par le compromettre.
Voilà pourquoi nous attaquons l'ennemi en face, loyalement, sans détours, et en lui disant :
— « Vous êtes des hommes de haine et de discorde; la France abhorre vos doctrines. On demande votre expulsion, et c’est un tort, car vous êtes virtuellement bannis, proserits. — Vous êtes hors la loi.
Eh bien, nous ne demandons qu’une seule chose :
La loi pour tous.
La loi même pour les Jésuites.
Si les révérends pères se trouvent chez nous en rupture de ban, qu’ils subissent les condamnations qui les frappent. À
Ah! si le départ définitif des Jésuites coïncidait avec l'inauguration prochaine de la statue de Voltaire, ce
serait une belle et grande journée, non-seulement pour la France, mais encore pour l’Europe libérale!
Quant aux révérends pères, les ultramontains et les congréganistes n'auraient pas à se préoccuper de leur sort, Pie IX les recevrait dans ses bras paternels ; janissaires du pape-roi, leur place n’est-elle pas à Rome ? qu'ils laissent donc la France et Paris à Voltaire :
Chacun chez soi.