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nal et sut gagner Pierre à ses visées. Le roi fut amené à accorder un pardon général aux néo-chrétiens, aux Juifs convertis, contre de fortes sommes d'argent, avec lesquelles on pourrait reconquérir rinde; l'Inquisition reçut Tordre de s'abstenir à l'avenir de les Jeter en prison ou de les exécuter. Vieira conduisit à Rome ces négociations, dont le but dernier était de remettre l'inquisition en Portugal entre les mains des Jésuites. Clément X, par un bref du 8 octobre 1674, interdit au saint tribunal toute espèce de fonctions, jusqu'à ce que Ton eût pris à Rome une décision relativement aux plaintes des néo-chrétiens-, ce n'est qu'en 1681 que Clément XI autorisa l'Inquisition à reprendre ses fonctions. Le Jésuite Georgel a fait l'aveu suivant, concernant Tinfluence de l'Ordre en Portugal : « Il n'y a eu en Europe, ou plutôt dans les deux mondes , aucun pays où la Société de Jésus ait été plus honorée, plus puissante, plus fortement assise que dans les royaumes soumis à la domination portugaise. Depuis le moment où le thaumaturge François-Xavier a répandu et fortifié le pouvoir et le commerce du Portugal en Chine, dans l'Inde et dans le Japon -, depuis le mo-
ment où les côtes d'Afrique, les immenses savanes du Brésil ont été fécondées par les travaux, la sueur et le sang des Jésuites au profit de la couronne, la cour de Lisbonne n'a jamais cessé de combler la Société de Jésus de ces faveurs qui marquent la confiance la plus illimitée et Tinfluence la plus profonde. Ils dirigeaient la conscience et la vie des princes et des princesses de la famille royale -, le roi et ses ministres les consultaient dans les affaires les plus importantes. Pas de place dans l'Etat ou dans l'Eglise dont on disposât sans leur assentiment. Le haut clergé, les grands du royaume et le peuple rivalisaient d'ardeur à briguer leur faveur (i). »
En Espagne, Charles-Quint montra aux Jésuites une froideur étonnante. Philippe II ne se sentit aucune prédilection pour eux. Il aurait dit que l'Ordre de Jésus était la seule institution ecclésiastique qu'il fût incapable de comprendre. En 1 588, lorsqu'il insista pour que Sixte-Quint réformât les Ordres monacaux, il visait surtout la Société de Jé-
(i) Mémoire pour sci-vir à l'histoire des événements de la fin du dix-huitième siècle. Paris, 1817, I, 16.
sus. Ce sont probablement les Dominicains qui ont inspiré cette aversion à Philippe ; ils craignaient de voir r Ordre rival empiéter sur leurs droits. Le célèbre théologien dominicain Michel Canus se laissa emporter par cette jalousie aux invectives les plus amères contre les disciples de Loyola : il les appela les précurseurs de TAntéchrist. Mais tous les obstacles qu'on lui opposa n'empêchèrent pas la Compagnie de devenir florissante, d'acquérir des maisons, des collèges, de s'emparer de l'éducation de la jeunesse.
En 1548, François Borgia, duc de Gandia et vice-roi de la Catalogne, déclara qu'il allait s'affilier à l'Ordre ;, il remit entre les mains des Jésuites l'université de Gandia qu'il avait fondée, il mit tout en œuvre pour accroître leur pouvoir en Espagne.
Les Jésuites furent le meilleur soutien de Philippe II dans son projet de fonder une monarchie autocratique universelle, dans laquelle l'Eglise romaine seule serait tolérée. Ils l'aidèrent à s'emparer de la couronne du Portugal, en lui faisant épouser l'infante du ro3'aume; ils servirent aussi les desseins qu'il nourrissait à l'égard de la France, pendant les
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guerres de la Ligue-, ils Tappuyèrent dans sa lutte contre l'Angleterre et cherchèrent à maintenir son empire, en même temps que le catholicisme, dans les Pays-Bas. En i556, ils obtinrent de Philippe Tautorisation de s'établir dans ces dernières provinces, sous condition toutefois qu'ils ne pourraient acquérir des im^meubles qu'avec l'agrément des Etats. Les Etats de Flandre protestèrent-, mais, protégés par Tvlarguerite d'Autriche, les Jésuites fondèrent des collèges à Louvain et à Anvers. A Louvain, il arriva que des dames de qualité se firent flageller une fois par semaine par leurs confesseurs jésuites. Ce fut un scandale public. Chassés à plusieurs reprises, ils ne purent fonder d'établissement durable que sous Alexandre Farnèse. Leur action au profit de Rome et de l'Espagne ne tarda pas à se faire sentir. Ils trempèrent dans le meurtre de Guillaume d'Orange. Six attentats avaient été tentés en vain sur Guillaume, lorsque enfin Balthasar Gérard réussit à accomplir ce crime odieux. Chez le premier meurtrier, Juan Juareguy, on avait trouvé à côté d'un agmis Dei et d'un crucifix, un catéchisme de Jésuite ; Balthasar Gérard avoua qu'il avait fait part de son
intention au recteur du collège de Jésuites de Trêves/ le recteur les avait approuvées, lui avait donné la bé: nédiction et l'assurance que s'il perdait la vie en exécutant Tattentat, il serait compté au nombre des martyrs. — En iSgS Pierre Panne fut arrêté à Leyde au moment où il se disposait à assassiner le fils de Guillaume, le comte Maurice de Nassau : il accusa les Jésuites de l'avoir séduit et corrompu. — ' L'Ordre de Jésus ramena au catholicisme les provinces du sud, dont une moitié s'était convertie au protestantisme; en 1592 il étendit son action aux provinces du nord : trente ans après, on y comptait 345,000 catholiques.
Les Jésuites eurent à soutenir une lutte continuelle pour le pouvoir, avec les Dominicains d'Espagne; les confesseurs des rois appartenaient presque tous à ce dernier Ordre, et les Jésuites cherchèrent en vain à le supplanter. A la mort du roi, Marie-Anne d'Autriche, la femme de Philippe IV, confia le poste de premier ministre et la dignité de grand inquisiteur à son confesseur, le Jésuite allemand Nitard. Cette nomination rencontra une vive résistance. Un grand d'Espagne ayant reproché son arrogance
au Jésuite, celui-ci répondit : « Savez-vous bien que vous me devez vos respects? Chaque jour, Dieu est entre mes mains et votre reine à mes pieds. » Nitard n'en fut pas moins forcé de quitter le pays, et la reine confia sa conscience au père Moja. Moja écrivit, sous le nom d'Amédée Guiménius, un résumé de casuistique contenant des détails tellement obscènes que la Sorbonne, qui soumit le livre à la censure, n'osa pas même citer les passages les plus graveleux. Avec le duc d^ Anjou, Philippe V, les Jésuites s'emparèrent de la conscience d'un roi d'Espagne. Louis XIV lui donna pour confesseur le Père Daubenton, avec ordre de lui envoyer des rapports secrets sur tout ce qui se passerait à la cour d'Espagne. Mais l'esprit d'intrigue du Jésuite nécessita son éloignement; Louis XIV y consentit, mais à la condition que Daubenton serait remplacé par un autre Jésuite. La conscience de Philippe V et celle de son fils furent donc maintenues en tutelle. Charles III sut s'en affranchir.
En France, l'Ordre de Jésus rencontra les sympathies et reçut l'appui de la cour, mais le Parlement,
la Sorbonne et Parchevêque Bella}', de Paris, opposèrent une vive résistance à son établissement dans le royaume. Ils y voyaient une menace pour TEtat. pour leurs propres droits, pour leur activité. Le verdict célèbre que la Sorbonne prononça en i554 contre les Jésuites, se terminait par ces mots : « Cette Société paraît dangereuse dans les choses de la foi, menaçante pour la paix de P Eglise, pour Pinstitution monacale, et en général mieux faite pour la destruction que pour Pédification. » Les Jésuites furent admis en 1 56 1 , par décret de Passemblée de Poissy, mais à des conditions qui annulaient en grande partie leurs privilèges exorbitants; on allait même jusqu'à exiger la suppression du nom de Société de Jésus, que la Sorbonne déclarait être Pefl'et d'une prétention inouïe. Les Jésuites acceptèrent ces conditions, mais en se gardant bien de s'y soumettre. Lorsqu'ils voulurent ouvrir à Paris le collège de Clermont, l'université fit les derniers efforts pour les empêcher. A ce moment déjà, Etienne Pasquier, le représentant de l'université, leur reprochait de capter les héritages. Le Parlement autorisa l'ouverture de ce collège destiné uniquement à l'enseignement. En
revanche, TOrdre échoua en lôyy, dans ses efforts pour obtenir Taccès de Tuniversité ; il était appuyé de la protection puissante du cardinal de Bourbon, qui s'en référait à des ordres du pape et du roi. — Les Jésuites comptant dans leur nombre des professeurs habiles et instruits, obtinrent de rapides succès. Le protestant Hubert Languet écrivait en iSyi à Camérarius : » Les Jésuites arrivent peu à peu à jeter la déconsidération sur la Sorbonne. » Il constatait que le collège de Clermont était le plus florissant de tous à Paris, et que la notoriété de ses maîtres dépassait celle des autres professeurs de la capitale.
Dans un discours prononcé à Poissy, Lainez avait invité Catherine de Médicis et les grands du royaume à procéder énergiquement à la répression de Fhérésie. Dans un mémoire qu'il présenta bientôt après à la reine, il s'éleva avec plus de force encore contre les concessions de temples que Ton faisait aux hérétiques. Il terminait par cette menace : « Pour contenter la plus petite partie de la population, et la plus méprisable, la reine s'attirerait les haines de la classe la plus nombreuse et la plus saine. Les catholiques seraient capa-
bles de tout si on les réduisait au désespoir et s'ils venaient à penser à un changement de gouvernement. » On ne saurait méconnaître l'influence de Lainez dans redit de Saint-Germain, de Tan i562 ; cet édit interdisait aux protestants la possession d'églises et ne leur permettait de faire des réunions religieuses qu'en dehors des villes. Avec l'activité des Jésuites commence en France un revirement en faveur du catholicisme. Ont-ils une part de responsabilité dans les guerres de religion, depuis le massacre de Vassy jusqu'à la nuit de la Saint-Barthélémy? On ne saurait le prouver. Mais l'extirpation sanglante de l'hérésie était conforme à leurs désirs-, cela ressort non-seulement de l'esprit et des pratiques de l'Ordre, mais surtout de l'approbation que le père Guignard donna à ces procédés, et d'un passage d'un écrit du Jésuite Eudémon-Joannès. Cet auteur, venant à parler de la Saint-Barthélémy, déclare que Charles IX, un grand ami de l'Ordre, est au plus haut degré digne de l'immortalité. — Les Jésuites déployèrent une grande activité dans les guerres de la Ligue. Crétineau-Joly lui-même
(i) Confutatio Anticottoni, Mog. löii, p. 83.
avoue qu'ils ont approuvé et dirigé le soulèvement. Ils entraînèrent dans la grande conspiration toutes les villes où ils avaient pris pied. Ce furent eux qui assistèrent de leurs conseils Talliance des Seize où Ton trama des complots contre la liberté et la vie de Henri III, où Ton parla de livrer la France à Philippe II. Ce fut dans leurs collèges et leurs églises que les légats du pape et les agents du roi d'Espagne tinrent leurs conciliabules secrets; ce furent des membres de TOrdre, notamment Henri Sammler et Claude Mathieu, qui soutinrent auprès des cours étrangères la cause de la Ligue. Claude Mathieu adressa au duc de Nevers un rapport sur les négociations qu'il avait entamées à ce sujet avec Sixte-Quint, en i585 -, ce rapport prouve que le pape donnait son entière approbation aux plans des Guises -, il était déterminé à les soutenir par tous les moyens. Il désapprouvait un attentat à la vie du roi, mais il admettait que Ton s'emparât de sa personne, pour le guider et diriger les affaires du pa3-s conformément aux intentions des Guises.
Les Jésuites applaudirent ouvertement à l'assassinat du roi par le dominicain Clément. Mariana,
dans son livre : De rege et régis institutione^ approuvé par l'Ordre en iSqS, donna les plus grands éloges à l'assassin. Sixte-Quint lui-même approuva le crime. — Du haut de toutes leurs chaires, les Jésuites lancèrent les invectives les plus virulentes contre Henri IV, même après qu'il eut abjuré l'hérésie. Le père Commolet, qui avait présidé naguère le conseil des Seize, choisit pour thème d'un sermon de Noël, prononcé à l'église Saint-Bartholomé de Paris, le troisième chapitre du livre des Juges. On 3^ raconte comment Aod tua le roi Moab. Après avoir mis Clément au rang des saints, le prédicateur s'écria : «Il nous faut un Aod! qu'il soit moine ou soldat, pâtre ou goujat, il n'importe ; il nous faut un Aod. Il nous faut un coup semblable, pour arriver au but désiré. » Les attentats de Barrière en lôgS, et de Jean Chastelen 1694 suivirent coup sur coup. Commolet fut soupçonné d'avoir été le complice de Barrière; ce misérable avoua que le Père jésuite Barade r avait fortifié dans sa résolution et lui avait donné sa bénédiction pour l'attentat. Quant à Jean Chastel, il avait fait ses études sous la direction des Jésuites \ ce sont les membres de TOrdre qui lui avaient in-
fusé la doctrine de la moralité de l'assassinat commis sur la personne des tyrans. A la suite des déclarations de Chastel, les autorités firent des perquisitions dans les maisons de Jésuites de Paris. On trouva dans les papiers du Père Guignard des déclarations glorifiant comme un acte héroïque le crime de Clément et recommandant de commettre le même attentat sur la personne de Henri IV. Guignard fut condamné à être pendu-, un décret du Parlement, du 29 décembre 1594, expulsa les Jésuites de Paris et de la France. En dépit des vives protestations du Parlement, Henri IV les autorisa en i6o3 à rentrer en France-, il alla jusqu'à choisir dans leur Ordre son confesseur, le Père Cotton, qui exerça un grand empire sur lui. Sully nous l'explique dans ses mémoires : « Le roi pensait que s'il faisait bon accueil aux Jésuites, ils renonceraient à intriguer au profit de l'Espagne. » Henri prétendait que le Père Majus lui avait assuré, sous le sceau du secret et au nom de la Compagnie tout entière, qu'elle oublierait l'Espagne -, la promesse avait été faite sous serment. Le roi croyait en outre assurer sa sécurité personnelle en se conciliant les sympathies des Jésuitos. Ils avaient,
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en dépit de leur bannissement, nombre de moyens d'atter.îer à sa vie. Il était en proie à des craintes continuelles, il voulait en éloigner la cause. « Il vaut mieux, disait-il, tomber soudain dans un guet-apens que d'avoir constamment le souci de l'éviter. »
Du vivant du roi, les Jésuites inventèrent et publièrent un discours où Henri IV les défendait et faisait leur éloge.
Lorsque Henri IV tomba sous le couteau de Ravaillac, on soupçonna les Jésuites de n'avoir pas été tout à fait étrangers au crime. Il était évident que le bras du meurtrier avait été armé par le fanatisme religieux; Ravaillac avoua qu'immédiatement avant l'attentat, il avait eu pour confesseur le Jésuite Daubigny. Toutefois, il n est pas prouvé que l'Ordre de Jésus ait été impliqué dans le comiplot. Voltaire lui-même l'a défendu contre ce soupçon
Le Parlement et la Sorbonne prirent texte du meurtre du roipours'éiever contre les Jésuites et condamner leur doctrine relative à l'assassinat commis sur la personne des t3Tans. Ils les forcèrent de déclarer qu'ils avaient à cœur de maintenir la doctrine de la sainteté de la vie et du pouvoir du roi, ainsi que les libertés gai-
licanes. Mais les Jésuites avaient la protection de la reine et du cardinal de Richelieu -, les attaques de leurs adversaires échouèrent, ils commencèrent à s'élever au plus haut degré de leur puissance en France. Gotton repoussa les accu-sations dirigées contre la complicité de rOrdre dans les attentats commis sur les têtes couronnées; il resta confesseur de Louis XIII. Il eut pour successeur dans ces fonctions un Jésuite, le père Arnoux, qui poussa le roi à introduire de force la religion catholique dans la province réformée du Béarn. Quant à Richer, qui avait obtenu de la Sorbonne la condamnation des Jésuites, il fut mis en suspicion par la régente Marie de Médicis et eut à subir de dures persécutions. En 1625, lorsque fut publié Touvrage d'Antoine Santarelli sur le pouvoir du pape, le Parlement somma les Jésuites de déclarer ce qu'ils pensaient de ce livre; ils furent contraints de signer un document condamnant les doctrines de leur frère et approuvant les principes de l'Eglise gallicane et de la Sorbonne. Ils s'y résignèrent, mais en faisant leurs réserves mentales.
En i6o3, les Jésuites obtinrent l'autorisation de rentrer en France, à condition de déléguer auprès
du roi un membre français de leur Ordre, chargé de répondre, dans toutes les occurrences, de la conduite de ses frères. La Société sut tourner cette condition humiliante à son avantage. Le Père Cotton amena Henri IV à faire de ce poste un poste d'honneur et à substituer au titre de « répondant » celui de père confesseur. Les rois de France furent les premiers qui prirent des confesseurs dans la Société de Jésus. Depuis Henri IV jusqu'à Louis XIV, les Jésuites restèrent presque sans interruption les directeurs de conscience des rois de France et exercèrent en cette qualité une grande influence. L'empire que La Chaise et Le Tellier prirent sur Tesprit de Louis XIV fut désastreux pour la France. Madame de Maintenon critiqua constamment les principes relâchés de La Chaise, et Madame de Montespan l'appelait avec autant de malice que de justesse « une chaise de commodité. » Lorsque Bossuet eut déterminé Louis XIV à se séparer de Madame de Montespan, on ourdit des intrigues à la cour dans le but de rétablir ces relations, sous prétexte qu'il s'agissait de rapports de pure amitié. Bossuet, instruit du complot, rendit le roi attentif au danger I. 14
d'enfreindre de nouveau toutes les lois de T Eglise, Mais le Père La Chaise défendit le parti et F opinion contraires, et de cette belle amitié il naquit encore deux enfants adultérins. Nous examinerons plus tard les intrigues ©urdies par La Chaise et Le Tellier contre Port-Royal et le gallicanisme. Il nous suffit de rappeler ici que le premier joignit son action à celle de Madame de Maintenon et de Louvois, pour déterminer le roi à révoquer Tédit de Nantes et à extirper le protestantisme. Madame de Maintenon écrit en 1684 : « Cette entreprise couvrira le roi de gloire devant Dieu et devant les hommes; il ramènera tous ses sujets dans le giron de l'Eglise, il détruira Thérésie que ses prédécesseurs n'ont pas su vaincre. »
Elisabeth-Charlotte, l'épouse de Philippe î" d'Orléans, écrit en 17 19 : « La vieille coquette (Maintenon) et le père La Chaise ont persuadé le roi que tous les péchés qu'il a commis avec la Montespan seraient pardonnes, s'il torturait et chassait les réformés : c'était là le chemin du ciel. Le pauvre roi y a cru, car de sa vie il n'a lu un mot dans la Bible, fit c'est ainsi qu'est née la persécution. » — En
i685, lorsque La Chaise reçut de la main du Foi l'ordre de révocation de l'édit de Nantes et de persécution des protestants, il s'écria : « Maintenant, Seigneur, laisse ton serviteur s'en aller en paix! )) Saint-Simon nous rapporte un autre trait également édifiant. Le roi, à l'aspect de la misère affreuse qui régnait dans le pays, se sentit pris de remords. Le Tellier lui remit un avis motivé, que des membres de la Sorbonne corrompus par lui avaient rédigé. Il y était dit que les biens de tous ses sujets appartenaient au roi^ s'il s'en emparait, il ne prenait que sa propriété. Ce principe, Louis XIV eut soin de le consigner dans ses instructions au dauphin. — L'étiquette de cour exigeait que les princes et les princesses de la famille royale n'eussent que des confesseurs jésuites. Le chevalier d'Harcourt disait : « Les Jésuites occupent la conscience des princes, comme les Suisses les portes de la cour. » Le Tellier eut surtout à cœur de pousser le roi à persécuter les Jansénistes et à introduire la bulle Unigenitus de Tan 171 3. Cette dernière mesure porta un coup mortel au gallicanisme, qui avait défendu jusqu'ici les prérogatives royales et i antique constitution de l'Eglise
contre les prétentions et les empiétements du saintsiége; elle anéantit la science théologique jusqu'alors si florissante en France.
Avec l'expulsion des protestants, avec la persécution des Jansénistes et du gallicanisme, TOrdre de Jésus avait accompli sa mission au profit de la papauté; nul ennemi ne semblait plus le menacer ni dans le sein de l'Eglise ni en dehors de l'Eglise; le pays tout entier paraissait livré entre ses mains. Ce fut dans l'ivresse de ce triomphe que mûrit au milieu des membres de l'Ordre le projet de réintroduire l'Inquisition en France. Le père Constantin, en s'embarquant à Port-Louis pour aller en mission en Chine, s'écria : « Dans peu de temps l'on verra l'Inquisition accueillie et établie dans le pays, ou les Jésuites expulsés de la France entière. » Ce propos fit grand bruit et parvint jusqu'à Paris.
Dans la mesure, cependant, où les Jésuites approuvèrent l'immoralité de la royauté absolue, accommodèrent leur morale à la corruption de la société, étouffèrent l'esprit scientifique qui régnait dans l'Eglise de France et se corrompirent eux-mêmes, ils minèrent le sol sous leurs pas. Les excès horribles
des maîtres de la France, qui n'observaient même plus les convenances extérieures, la démoralisation, l'appauvrissement du peuple, sa colère croissante contre les princes du royaume et de l'Eglise, un scepticisme qui minait non-seulement la doctrine ecclésiastique et le christianisme, mais toute conception morale du monde et de la société : toute cette semence de malheur porta ses fruits, les fruits sanglants de la Révolution.
Louis XIV jouit de la faveur toute particulière des Jésuites. Dans ses querelles avec le pape Innocent XI, ils se rangèrent de son côté; ils soutinrent également ses intérêts dans la guerre de succession. C'est grâce à leurs artifices que Charles II institua le Bourbon Philippe d'Anjou son successeur au tronc ; ils ne négligèrent rien pour soulever l'Espagne contre Charles d'Autriche. Le prince Eugène les accuse, dans une lettre du 20 janvier 1709, d'avoir trempé les mains dans la guerre de succession et dans toutes les alliances, en faveur de Louis XIV. « Le général des Jésuites s'étant déclaré ouvertement pour la France, à quoi servirait la résistance du pape? son collège est tout entier gouverné par les Jésuites, d
La Société de Jésus, qui craignait le coup d'œil pénétrant du prince et son influence sur la cour de Vienne, tenta de le faire tomber, de l'éloigner du commandement suprême. Telle était la mauvaise opinion que le prince avait conçue des pieux' Pères, qu'il les soupçonnait d'être capables d'attenter à sa vie. Dans une lettre du 14 octobre, adressée au prince de Lichtenstein, il parle d'une tentative faite au moyen d'une lettre empoisonnée, et il ajoute : « Ce n'est pas le premier essai de ce genre tenté par mes éminents adversaires; s'il leur est permis, conformément aux règles d'un christianisme raffiné, de disposer de la vie d'un régent en empoisonnant une selle ou des habits, un vieux général peut bien s'attendre, lui aussi, à être désarçonné au moyen d'une bonne dose en isme. «