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CHAPITRE III

Les Jésuites en Suisse. Les Jésuites en Portugal. Les Jésuites en Espagne et dans les Pays-Bas. Les Jésuites en France.

En Suisse, on rencontrait les plus grossières superstitions, rignorance la plus crasse et Timmoralité la plus grande chez le clergé, aussi bien que chez le peuple. On y appela les Jésuites pour empêcher les défections au profit du protestantisme, pour réveiller le sentiment religieux près de s'éteindre, pour donner un exemple édifiant au clergé, pour ramener les protestants au giron de T Eglise. Ils s'arrêtèrent tout d'abord à Ponte, en i559 ; mais les confédérés les a vant bannis à plusieurs reprises, ils n'y revinrent et ne purent s'y fixer qu'en 1620. Ils s'établirent en 1(3 3 1 à Bormio.

Lucerne se distinguait tout particulièrement par les mœurs dissolues du clergé et des laïques ; l'instruction et l'éducation étaient en souffrance plus que

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partout ailleurs. L'archevêque de Milan, Charles Borromée, recommanda de recourir aux Jésuites. On les appela, on leur donna un collège avec des revenus et une église, et ils ouvrirent leurs écoles en 1578. A Fribourg également, l'ignorance et la corruption du clergé avaient aliéné les cœurs à TEglise romaine. Le nonce du pape, Bonomi, insista pour qu'on appelât les Jésuites. Ils inaugurèrent leur enseignenient en i58o, et le Conseil leur donna un collège et une église. L'évêque Blarer de Baie imita ces exemples-, il fonda, pour la conversion des protestants, un établissement de Jésuites à Porrentruy. Les membres de TOrdre ne s'établirent à Soleure qu'en 1646; dès l'année i6o5, le nonce Veralli avait obtenu leur admission dans le canton de Vaud. En 1606, trois Jésuites de Porrentruy vinrent visiter Sion , mais les citoyens de Sion refusèrent longtemps de les admettre au milieu d'eux; ils ne purent y fonder un établissement avant l'an 1625. Deux ans après, on les bannissait de nouveau du canton de Vaud tout entier. Ils y retournèrent en 1662, et conquirent peu à peu la faveur de la population.

Partout où les Jésuites parvenaient à prendre pied,

— i89 — ils séduisaient grands et petits, jeunes et vieux. Les autorités commençaient bientôt à ies consulter dans des affaires graves; puis arrivaient des donations en grand nombre, et il ne se passait pas un long temps qu'ils n'eussent occupé toutes les écoles, les chaires de presque toutes les églises, le confessionnal de tous les personnages influents et hautplacés. Confesseurs chargés de F éducation de toutes les classes de la société, conseillers et amis intimes des membres du conseil, leur influence s'accrut tous les jours, et ils ne tardèrent pas à la faire prévaloir dans les affaires publiques. Lucerne et Fribourg étaient leurs centres d'opération ; ils dirigeaient la politique extérieure de la plupart des cantons catholiques. L'ancienne influence de la France sur ces cantons ne put se maintenir qu'autant que la politique de ce pays ne fut point contraire aux intérêts de l'Ordre, du pape ou du roi d'Espagne. Lorsque Henri III se rapprocha du roi de Navarre, l'alliance de Philippe II avec Fribourg fut tout aussitôt conclue. A l'instigation des Jésuites, les localités catholiques de la Suisse soutinrent la Ligue en France, et lorsque Paul V leur demanda en 1 606 six mille hommes pour la guerre contre Ve-

— igo — nise, elles les lui accordèrent, quoique Venise défendît contre le saint-siége les droits que ces localités tenaient à conserver elles-mêmes.

En Suisse, comme ailleurs, le but principal des Jésuites était le maintien de la domination du pape, l'extirpation du protestantisme. La persuasion manquait-elle son effet, on avait recours à la force. Les Jésuites parvinrent rapidement à étouffer la Réformation dans les bailliages de Laufen et de Zwingen, qui faisaient partie du diocèse de Baie, ainsi que dans le canton de Vaud. Tout plan forgé par Rome ou par d'autres puissances étrangères contre le protestantisme en Suisse, trouvait chez les Jésuites un appui assuré. Cest avec leur secours que le nonce Santorio fit conclure aux cantons catholiques de Lucerne, d'Uri, de Schwitz, d' Unterwaiden, de Zug, de Fribourg, Talliance d'or contre les hérétiques; Santorio amena ces mêmes cantons à conclure avec Philippe II une alliance dirigée principalement contre les cantons protestants ; ils s'engageaient à se prêter secours mutuellement, au cas où ils seraient entraînés dans une guerre pour la cause du catholicisme. L'intention des Jésuites était de séparer complète-

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ment les cantons catholiques de la confédération. En 1602, lorsque le duc de Savoie tenta de surprendre la nuit la ville de Genève pour la réduire sous son pouvoir et sous celui du pape, les Jésuites étaient initiés à son plan. En 1620, ils parvinrent à soulever la population catholique du Veltlin contre les protestants et à en faire massacrer six cents. Le pape donna Tindulgence à tous ceux qui avaient trempé dans ces horreurs. — En i656 ils allumèrent la guerre ci^•ile entre les membres des diverses confessions. Les réformés subirent une défaite sanglante à Vilmergen. Plus tard, nouvelle guerre de religion, allumée par les Jésuites. En 1712, on discutait la paix à Aarau, Lucerne et Uri venaient de l'accepter lorsque les Jésuites, sur un ordre venu de Rome, mirent tout en œuvre pour la remettre en question. Ils refusèrent Fabsolution à tous ceux qui hésiteraient à courir aux armes. Ils proclamèrent bien haut dans les chaires que Ton n'était pas tenu au respect de la parole donnée aux hérétiques ^ ils mirent en suspicion les conseillers modérés, cherchèrent à les éloigner des affaires, et provoquèrent à Lucerne un soulèvement si menaçant du peuple contre le gouver-

nement, que Pautorité suprême se résigna à rompre la paix. Les cantons catholiques sortirent vaincus de la lutte et signèrent une paix onéreuse.

Depuis celte époque, Tinfluence de TOrdre en Suisse alla en diminuant.

Jean III de Portugal avait accueilli à bras ouverts les deux envoyés de Loyola, François-Xavier et Simon Rodriguez. Xavier se rendit, en 1641, à Goa pour répandre l'Evangile parmi les païens. Rodriguez resta en Portugal et chercha à y trouver des recrues pour la Société. Il réussit à gagner des Jeunes gens capables parmi les membres des autres associations religieuses et parmi la haute noblesse du pays. Par sa vie exemplaire, par des prédications saisissantes, par des œuvres pies et charitables, il conquit les sympathies de toutes les classes, et surtout celles de la famille royale. La munificence du roi ne connut bientôt plus de bornes ; il fonda le raagnifique collège de Coimbre, qui réunit en peu de temps deux cents Jésuites. Les attaques ne tardèrent pas à venir de divers côtés ; TOrdre n'en devint pas moins florissant et acquit rapidement une grande

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puissance et une influence considérable. Il cliercha, comme partout ailleurs, à s'emparer de la direction du haut enseignement. Dès l'année i543, Rodriguez fut appelé à faire Uéducation de Théritier du trône; il domina dès lors sans scrupules, avec des prétentions croissantes, la famille royale, la cour, le pays tout entier. Il poussa tous les membres de la famille du roi à prendre des Jésuites pour confesseurs. Quant au roi Sébastien, il fut réduit au rôle d'un pantin entre les mains des Jésuites. Ils le firent agir à leur guise en toutes choses, et pour la ruine du Portugal. Ils le fortifièrent dans le sentiment de répulsion que lui inspirait le mariage ; ils l'amenèrent à faire cette malheureuse guerre contre les Maures d' Afrique où il perdit la vie. Ils continuèrent à dominer la cour, à se mêler des affaires politiques du royaume et à les diriger en vue de l'intérêt de l'Ordre. La réunion du Portugal et de l'Espagne, sous Philippe II, est due principalement à leurs intrigues. Lorsque l'Espagne perdit la grande position qu'elle avait occupée dans le monde, et que Louis XIV envahit le royaume, les Jésuites agirent en Portugal

dans l'intérêt du roi de France.

Ils contribuèrent, paraît-il, à la chute d'Alphonse VI et à l'élévation au trône de Pierre IL Du moins, les intrigues ourdies par la reine contre son époux et pour son mariage avec Pierre II, furent approuvées et appuyées par son confesseur jésuite, le père de Villes, Les membres de l'Ordre exercèrent une influence incontestée sur Pierre 11^ ils furent nonseulement ses directeurs de conscience, mais encore ses guides en politique. Ils tachèrent surtout de faire conclure de nombreuses alliances de famille avec la France, pour unir plus étroitement les deux ro3^aumes. Le père Vieira, qui déployait une grande activité en qualité de savant et d'écrivain , de prédicateur et de missionnaire, de confesseur et de conseiller des grands du royaume, et enfin en qualité de diplomate habile, exerça une influence prépondérante sur les affaires publiques. C'était lui qui avait prédit à Pierre son élévation au trône. L'étendue de son pouvoir inspira des défiances à l'Inquisition \ elle lui intenta un procès pour ses prophéties, le fit révoquer de ses fonctions de prédicateur et condamner à être enfermé -dans une maison de l'Ordre. Vieira se rendit à Rome, y prépara sa vengeance contre le tribu-

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