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vain, le pauure Père estoit bien loin de là. Pour les deux soldats qu'on attendoit, le Huron ayant dit le lieu où ils estoient, furent bien-tost trouuez et amenez au fort. Tout ce iour se passa à courir deçà et delà, à crier et à chercher sans rien trouuer.
Knfm le deuxième iour de Feurier, vn soldat assez adroit, prend deux Hurons de cjuatre qui se trouuoient pour lors en ceste habitation, il s'en va chercher le giste où la Père et ses compagnons auoient passé leur première nuict, l'ayant trouué, ces Hurons bien versez à demesler les pistes cachées sous la neige, suiuent les traces du pauure Père, remarquant les tours et les destours qu'il auoit faits, trouuent le lieu où il auoit passé la seconde nuict depuis son départ ; c'estoit vn trou dedans la neige, au fonds duquel il auoit mis quelques branches de sapin sur lesquelles il auoit pris son repos, sans feu, sans maison, sans couuerture, n'ayant qu'vne simple sotanne et vne vieille camisole. Comme ce lieu n'est pas bien fréquenté des François, le Père ne s'y peut recognoistre ; de là il trauerse la riuiere deuant l'habitation de Richelieu, qu'il n'apperceut point, soit qu'il neigeast fort, ou que le trauail et les neiges luy eussent affoibly la veuë.
Ce soldat, suiuant tousiours les pistes que les Hurons descouuroient, vid au Cap nommé de Massacre ^, à vne lieuë plus haut que Richelieu, vn endroit où ce bon Père s'estoit reposé, et trois lieues plus haut, vis à vis de l'Isle plate - et la terre ferme, entre deux petits ruisseaux ils trouuerent son corps à genoux tout roide et engelé sur la terre qu'il avait descouuerte, en ayant vuidé la neige en rond ou en cercle ; son chapeau et ses raquettes estoient auprès de luy ^ ; il estoit penché
* En ir.lO. acrompa^u»^ de (niatre Tiaiivais et d'un rortain iiomliro de SauvaKe« Algomimim, Clianiplain attaMua cent Irociuois, retranclu^a daiiH un fort, pies de ce cap. Ceux-ci furent tous massacres, à l'exception de quinze, qu'on réserva pour le supplice.
• A quatre lieiies de Sorel. on voit en effet une lie qui n'est Kn^re connue aujourd'hui quesous le nonnVîlede M. dv St. Oaix, paneipi'elle est la limite de cotte seiKueurie sur le tleuve ; mais sa forme justifie sutliuauiment son ancienne dt-nomination.
' Il auoit encore dans sa pochette le peu de pain qu il auoit pria l>our sou viatique. {Manmcrity lt>52.)
sur If Ixjrd de l.i neige relcudc : il est < royahlc qu'ayant expire :\ genoux, le poids de son corps l'auoit fait ixrncher sur cestc nuiraille de neige ; il auoit les yeux ouuerts, regardant vers le Ciel, le lieu de sa demeure, et les bras en croix sur la poitrine.
Le soldat, le voyant en ceste posture, touché d'vn sainct respect, se iette à genoux, fait sa prière à Dieu, honore ce sacré dei)0st, entaille vne croix sur l'arbre le plus proche, enueloppc ce corps tout roide et tout glacé dans vne couuerturc (ju'il auoit apportée, le met sur vne traisne et le conduit à Richelieu, et de là aux Trois Rivières : il croit qu'il rendit l'ame le iour de la Purification de la Vierge, à laquelle il auoit vne deVotion très-particulière. Il ieusnait tous les Samedis en son honneur, recitoit tous les iours vn petit office pour honorer son Immaculée Conception, il ne parloit d'elle qu'auec un langage tout de cœur : il est croyable que ceste grande et tres-fidelle Maistresse luy a obtenu ceste mort si purifiante, si saincte et si éloignée de tous les secours de la terre, pour le receuoir plus hautement au Ciel.
Les soldats de Richelieu et les habitans des Trois Rivières, ne sçauoient à qui donner leur cœur, ou à l'admiration d'vne si heureuse mort, ou à la tristesse, se voyant privez d'vn homme qui estoit tout aux autres et rien à soy.
11 fut enterré avec le concours de tous les François et de tous les Sauuages qui estoient aux Trois Rivières ^. Quelques âmes vlcerées ne purent cacher plus long-temps leurs playes à la veuë de ces sainctes dépouilles ; ils se vinrent confesser au plus tost, disans qu'il leur sembloit que ce bon Père les en pressoit ; d'autres ne pouuoient prier pour luy, mais bien se recommander à ses prières.
En vn mot ceste belle mort est le terme d'vne saincte vie ; ce bon Père estoit fils dVn honneste Gentil-homme, Seigneur de Villers en Prière, ou pour mieux dire, en Prairie, qui est vn Chasteau et vn village ou vn bourg distant de six ou sept lieues
^ Il fut enterré dans le cimetière public, On mit en secret an morceau do plomb dans sa bitre pour le reconnaître un jour et il y eut à ses obsèques, dit une chronique contemporaine, uh petit bout d'oraison funèbre.
de la ville de Rheims en Champagne. En sa ieunesse il fut fait Page, et se trouuant en la Cour, il fut sollicité par des courtisanes pour sa beauté, mais sa bonne Maistresse le conserua vierge trente ans dans le monde, et trente-trois en Religion ; il estoit rude et seuere en son endroit, tout de cœur pour les autres ; les choses les plus basses et les plus viles luy estoient grandes et releuées, et tout ce i^ui est dans l'éclat luy sembloit remply de ténèbres.
Il a travaillé seize ans en la Mission de la Nouuelle France, tousiours auec courage, tousiours avec ferueur et tousioursdans vne profonde humilité. Comme il vid que sa mémoire ne luy permcttroit pas d'apprendre les langues, il se donna et dédia tout entier au seruice des pauures Sauuages et de ceux qui les instruisoient, s'abaissant auec vne ardeur non pareille aux offices les plus rudes et les plus raualez. Nos François et nos Pères s'estans rencontrez certain temps dans vne grande nécessité de viures, il alloit chercher des racines par les bois. Il apprit si bien à j)escher iju'il soulageoit toute vne maison par son trauail, autant innocent que charitable.
Il estoit extrêmement délicat en l'obeïssance, quelque empressement qu'il eût dans les affaires occurrentes, quelque diftticulté qui se presentast à ses yeux, il estoit jjrest de tout quitter et de tout embrasser à la voix de son Supérieur, sans examiner son pouuoir ou son industrie, désirant que la seule volonté de Dieu donnast le branle à ses actions, rebutant ie ne S(;ay quelle prudence, qu'à force d'ouurir les yeux aux raisons trop humaines, les ferme à la beauté de l'obéissance ; que s'il choquait tant soit peu ceste vertu, on luy voyoit à l'aage de soixante ans, des larmes et des tendresses d'vn ieune enfant (jui auroit desagreé en quelque chose à son père.
()uel(|u'vn le voyant entrer dans la caducité, luy proposa de retourner en France pour y passer plus doucement sa vieillesse : ** Je sçay bien," repartit-il, " que la Mission est chargée, et que '• ie liens la place d'vn bon ouurier, ie suis prest de la soulager '* et d'obéir en tout ; mais ie serois bien aise de mourir dans ** le champ de bataille. Ce n'est pas que ie n'approuue la cha-
" Tité de ceux qui se voyans infirmes ou trop aagcz pour ap- " prendre à parler sauuage, font place à quelque l>on ouurier " Iùiangcli(iue ; mais pour moy ie sens ceste inclination d'em- " ployer icy ma vie au seruice des pauures Sauuages et de ceux *' qui les conuertissent, et au secours que ie peux rendre aux " François ^."
Ceste bénédiction luy a esté accordée, le désir de souffrir a fait de son corps vne victime, l'obéissance l'a égorgé, et la charité en a fait vn holocauste qu'elle a bruslé et consommé en l'honneur de son Dieu, qui seul auec les Anges fut spectateur de ce grand sacrifice. A tant du Père de Noue.
Pour le Père Ennemond Masse, il estoit natif de la ville de Lion ; il entra en nostre Compagnie à l'aage de vingt ans, il y a trauaillé cinquante-deux, en suite desquels il est mort le douziesme de May de ceste présente année (1646), en la résidence de S. loseph, aagé de 72 ans.
Il s'est trouué dans vne grande variété de temps et d'occupations bien différentes ; mais rien n'a paru dans le cours de sa vie, que l'ardeur qu'il auoit de souffrir dans les Missions estrangeres ; c'est ce désir qui le fit entrer en nostre Compagnie ; ayant receu les Ordres sacrez, on le donna pour compagnon au R. P. Pierre Coton, Confesseur pour lors et Prédicateur du Roy Henry le Grand. Le zèle de conuucrtir les Sauuages lui faisoit préférer leurs grandes forests à l'air de la Cour ; il pressa auec tant d'amour qu'enfin il fut enuoyé en l'Acadie ^ avec le P. Pierre Biard.
^ Ce sentiment l'avait déjà porté à traverser plnsieurs fois l'Océan, car il était du nombre de ces première Missionnaires, que les Anglais avaient ramenés en Europe. Ses demandes pressantes et sa constance lui méritèrent d'être choisi parmi les premiers, qui revinrent au Canada, et lui firent obtenir la grâce, qu'il avait tantdésirée, de finir ces joui"8 dans ce pays, comme nous venons de le voir. {Bre^sani.)
* L'Acadie, contrée de la youveUe-Franc€, située sur les bords de la mer, à la hauteur du 45' degré. Ce pays confine à celui qu'occupent les Anglais et qu'ils nomment Xouvelle-Aîbion ou Nouvelle- Angleterre ; ou l'appelle aujourd'hui Nouvelle-Ecosse.
Ils s'embarquèrent à Dieppe l'an 1611 et furent les deux premiers de tous les Ordres Religieux qu'entrèrent dans ceste partie de l'Amérique, qui porte le nom de Nouuelle France. Il n'est pas croyable combien ces deux pauures Pères souffrirent en ce nouueau monde ; le gland fut quelques mois leur nourriture, ceux (lui les deuoient protéger, les couuroient d'iniures ; ils furent emprisonnez et calomniez par ceux-là mesmcs auxquels ils rendoient tous les deuoirs d'amour et de charité ; l'vn des principaux d'entre ceux c^ui les ont maltraitez, mourant peu après sans le secours d'aucun Ecclésiastique, disoit auec regret et auec douleur, qu'il payoit bien rudement les tourmens qu'il auoit fait souffrir à ces pauures Pères.
S'estans écartez de ceste habitation, vn pirate Anglois ^ les prit, et les ayant pillez, les amena dans son vaisseau ; ce nauire estant contraint d'entrer dans vn port Catholique, fut pris pour vn escumeur de mer : les officiers de la marine y entrent, le visitent ; vne seule parole de ces deux prisonniers eust fait prendre le vaisseau et pendre tous les nautonniers ; mais nonseulement ils ne parlèrent point, mais se cachèrent si bien qu'ils ne furent iamais aperceus ; quand les visiteurs estoient d'vn costé, les Pères se glissoient de l'autre. Les Hérétiques voyant ceste action, s'écrièrent tout haut qu'ils auroient fait vn grand crime de tuer ces deux Innocens, comme ils l'auoient pensé faire, quand la tempeste les ietta dans ce port habité par des Catholiques.
Au sortir de là, ces pirates se retirent en Angleterre, où ils furent accusez de quelques vols ; mais eux ayant esprouué la bonté de leurs prisonniers, ils les produisirent pour tesmoins ;
* L'antenr fait ici allusion à l'exp<^dition d'Arjral, qni vint do la Virginie attacinor la petite colonie (le Pentagoet, fondt'^e par la niar-
aniso de Guercheville, à IVntn^e de la ^ivi^^ede PonobHcot. Il la ruina o fond en comble, et on tit tous Ion habitants piiHonniers. En ramenant les missionnaires en Europe, les Anglais furent forc^^'s par la tempf'te, do relâcher dans la rade de l'Ile de Faval, aux Av<>r«'s, et la crainte uT'tre maltraités par les autorités catholiques de ce port, leur inspira la pensée de mettre h mort leurs prisonni(?rs. Ils ne se iaiss*"^rent heureusement pas aller }\ un pareil acte de barbarie, et ils s'en trouvt'^rent bien, car le témoignage des nrisonniers eux-m^Mpes leur devint nécessaire ou Angleterre, pour se laver de l'accusation do vol et de désertion.
les Pcrcs asscurclU qu'ils n'auoicnt point veu commettre l'action dont on les blasmoit.
Knfm ils repassèrent en France en l'équipage de deux pauures gueux tout délabrez. Ixî P. Enemond Masse ayant veu le pais (le la ('roix et les pauures Sauuages sans secours, ne pouuoit viure ; son corps estoit en l'ancienne France, et son cœur en la nouuclle ; voyant que les portes luy estoient fermées du costé de la terre, il prend le chemin du Ciel, comme le plus seur en toutes bonnes entreprises. Il appelle les Croix et les soufrances de cenouueau monde saRachel, et dit que pour larauoir il s'en va seruir Dieu aussi fidèlement et au.ssi longtemps que lacob seruit Laban, et pour mieux affermir ses resolutions, il les escrivit dans vn papier qu'on a veu et leu à son deceu.
En voicy les principaux articles :
" Si lacob a seruy quatorze ans pour Rachel, à combien " plus forte raison dois-ie seruir mon cher Maistre deux fois *' sept ans pour la nouvelle France, mon cher Canada, embelly " d'vne grande variété de Croix tres-aymables et tres-adora- " blés ? Vn si grand bien, vn si grand employ, vne vocation si " sublime, en vn mot le Canada et ses délices qui sont la Croix " ne se peuuent obtenir que par des dispositions conformes à " la Croix, c'est pourquoy il se faut résoudre à garder inuiola- *' blement ce qui suit :
" I. Jamais ne coucher que sur la dure, c'est à dire sans " draps, sans mattelas, sans paillasse ; il en faut neantmoins " auoir en sa chambre pour n'estre veu que des yeux, auxquels " on ne peut rien cacher.
" 2. Ne porter point de linge, sinon au col.
" 3. Ne dire iamais la saincte Messe sans estre reuestu d'vne *• haire : ces armes te feront souuenir de la Passion de ton " Maistre, dont ce Sacrifice est le grand mémorial.
" 4. Prendre tous es iours la discipline.
" 5. Toutes les fois que tu disneras sans auoir fait au prea- ** lable ton examen de conscience, quelque empeschement " d'affaires que tu ayes, tu ne mangeras qu'vn dessert comme *' on peut faire à la collation es iours de ieusnes.
" 6. Tu ne donneras iamais à ton goust ce qu'il appcteroll " par délices.
" 7. Tu ieusneras trois fois la semaine sans que personne ** s'en aperçoiue, sinon celuy qui en doit auoir cognoissance ; " comme tu ne prends ordinairement ton repas qu'à la seconde *' table, tu peux facilement cacher ces petites mortifications.
" 8. Si tu laisses sortir de ta bouche quelque parole (jui " choque tant soit peu la charité, tu ramasseras secrettemeni " auec ta langue les crachas et les flegmes sortis de la bouche " d'autruy."
Voila les brebis que gardait ce lacob pour espouser la belle Rachel, voila la monnoye auec laquelle il a achepte' les Croix de la Nouuelle France ; Dieu ne put résister à tant de désir, ny éconduire vne si fidelle perseuerance : il fut renuoyé en Canada, l'an 1625 ; il y trouua sa Rachel, c'est à dire les Croix en abondance. Les vaisseaux manquans de venir, la famine accueillit les François qui estoient en ce pays cy : c'est en ce temps là que le Père Ennemond Masse et le Père Anne de Noue son compagnon cherchoient des racines pour conseruer leur vie, et qu'ils se firent l'un lardinier et laboureur, et l'autre Pescheur et Bûcheron, pour pouuoir subsister en ce bout du monde, où les asmes ont cousté aussi cher à lesus- Christ, ([ue les âmes des Princes et des Monarques.
La fin de ceste Croix fut le commencement d'vne autre. Vn François Anglisé, ayant pris Kebec, fit repasser ce pauure Père en France ; que fera-il ? tous ces rebuts seront-ils pas capables de luy oster la pensée et l'amour d'vne Rachel qui luy auoit paru si belle et qui estoit si laide, si difforme et si affreuse ? Les yeux et les esprits des hommes sont bien différents : ce que l'vn appelle grandeur, l'autre l'appelle bassesse ; ces rigueurs estoient la douceur et la beauté de sa Rachel. Le poltron fuit sentant les coups, et le bon soldat s'anime à la veuë de son sang.
Ce pauure Père, se tenant comme un banny dans son pays natal, fait vne promesse et vn voeu à Dieu tout solemnel de faire tous ses efforts pour mourir en la Croix de la Nouuelle France.
Dieu est le plus grand guerrier du monde, l'amour neantmoins et la perseuerance le desarment : le Père emporta ce qu'il demandoit, il rentre dans son pays de bénédiction l'an 1633 ; il y meurt l'an 1646 tout chargea d'ans et de mérites au milieu des Sauuagcs, au salut desquels il auoit consacré toute sa vie et tous ses trauaux. Il receut tous les Sacremens de l'Eglise, et donna des preuues à sa mort de la tendresse qu'il auoit pour sa saincte Maistresse ; car ne pouvant pour son extresme débilité ny parler, ny ouurir les yeux, ny se mouuoir qu'auec de grandes peines, si tost qu'on luy parloit de la Saincte Vierge ou de son cher Epoux S. Joseph, il donnoit des indices que cela luy agreoit extresmement, priant qu'on luy donnast souuent ceste douce nourriture et ce restaurant qui le faisoit viure ^.
Ceux qui l'ont connu plus particulièrement, ont remarqué en luy deux ou trois choses fort notables : il auoit vn naturel vif, prompt et ardent ; ce luy fut vn exercice de vertu tout le cours de sa vie ; ceste ardeur donnoit vn feu et vne promptitude admirable à son obéissance et à sa charité, et les cheutes qu'il faisoit par fragilité, engendroient dans son ame vne profonde humilité et vn si grand mépris de soy-mesme, qu'il se reputoit moins qu'vn chien, quand la nature luy faisoit faire quelque saillie. Il naquit auec l'amour de la mortification : car dès sa petite ieunesse il faisoit du mal à son corps, notamment quand quelque petit bouillon de cholere vouloit échauffer son cœur.
Ayant oûy parler des trauaux du grand sainct François Xauier dans les Indes, il eut quelque pensée de répandre son sang, ou du moins d'employer sa vie pour le salut des âmes. Cette pensée se change en désir, ce désir en resolution ; ceste resolution croissant auec l'aage, luy fit demander l'entrée en nostre Compagnie, en laquelle il fut admis ; mais comme il auoit la veuë extresmement foible, on parla de le renuoyer de la maison de probation : cela Fépouuante, il a recours à sa
* On trouva après sa mort nn écrit, où sont recueillies les grâces signalées, qu'il avait reçues de la sainte Vierge et de son très-saint Fils, surtout au saint sacritice de la Messe. (Bressani.)
sainctc Merc, la coniure auec vne simplicité d'enfant de luy donner vne mar(iue de sa volonté (qu'elle a de sa perseuerance en la Compagnie, il prie auec ardeur, prend vn Liure, l'ouure, lit sans difficulté les plus petits caractères ; cela le console et le surprend, et efface de l'esprit de ses Supérieurs la pensée de le rcnuoyer
Depuis ce temps ce bon Nouice se tint asseure' de sa perseuerance au seruice de son Seigneur et de sa bonne Maistresse, laquelle luy a fait vn présent très-particulier et très-rare de la pureté. Les Pères qui l'ont fréquenté et communiqué plus intimement, asseurent que iamais il n'a ressenty aucune rébellion en la chair. Ceu.x qui combattent et qui domtent cet aiguillon, comme S. Paul, ne sont pas moindres, mais il faut auoiier que c'est vne grande douceur d'estre deliuré de l'importunité de ces mouches d'Enfer.
Si sa pureté fut grande, sa charité ne fut pas moindre : elle le fit scieur d'aix et charpentier de nauire, auec le Père Biard, son compagnon ; ils firent des planches, et bastirent vne chaloupe ou vn batteau pour aller pescher de la moliie, afin de secourir l'habitation où ils estoient pressez d'vne extresme nécessité. Ce bon Père a fait toute sorte de mestiers, mais notamment celuy auec lequel on gagne le Paradis : il a si bien couru qu'il a emporté le prix ou la couronne ; il a nauigiié si heureusement, qu'il est enfin arriué, mal-gré toutes tempestes, au port d'vne glorieuse éternité ^.
* Le Père Ma.«î8e naquit en 1574, entra dans la Compagnie de J<?8ns en lô^H, arriva en Annritine le 22 mai Hill et mourut a Sillery, près de Qu«'l>»'o, le 12 mai 1()4<». On Havait par les IxdatinuH qu'il avait ('t6 en- 8ev«^li au milieu de ses néophyteH (laim laehapelle îSaiut-Michel dont il était alors charné. Ces données et les traditions sur la jM>8ition du pieux sanctuaire ont guidé dans h'urs fouilles des hommes intelligents et dt'vonés, et ils ont eu le bonheur, en \^\\), de voir leurs etlorts couronnés de succès. Ils ont retrouvé les précieux restes du serviteur de Dieu.
Les cœurs «'hrétiens se sont émus, et avec nn zèle et une générosité dignes d'éloges, ils ont voulu donner ;i lillustre missionnaire une honorable sépulture et protiter de l'occasion pojir consacrer par un monumeut la mémoire des faits qui s'étaient passés dans ce lieu. Ce pieux projet reçut bientôt son exécution. Un socle élevé en nieiTesde taille, orné stir ses quatre faces de panneaux en marbre olanc qui portent des inscriptions connnémorativcs, sert de base à une pyramide tromiuée que surmonte une croix en marbre.
viri "l^j^ftrT
Le ;26 juin 1870, ce monument fut inauguré par les bénédictions de 1 Église! au juilieu d un immense concours de tidèles, qui se réjouissaient de voir revivre après tant d'années, de si consolants souvenirs.