‹ Les Jésuites martyrs du CanadaChapitre 35 sur 39 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

MORT DU PfcKK JACQUES BUTEUX.

Extrait (Tune ht ti'c du Père Sttjtn-ieur de la Mission on IL /'. Provincial K

Mon Reuereud Père.

l'ftx Christ i.

La présente lettre sera pour informer vostre Reuerence de la gl«>riense mort du Père laeqnes Buteux, massacré par les infidèles Hiroqnois, le dixn'^me ionr de May, de la présente ann<^e ICCri.

Le Père Ia<Miues lintejix estoit d'Abbeuille en Pieardie, n<^ dans le mois d'Anril de l'ann(^e U'iOO. Il entra dans la Compagnie h Rofien, le <lenxiénie i«)nr d'Octobre 10*30, Il fut ennoy<^ en ces Missions de la Nonnelle France l'année V'^U après anoir aclieué ses estudes de Théologie.

Il a employé l'espace de dix-huit années en la conuersion des peuples Montagnetz et Algonquins. Dieu luy auoit donné vne grâce t«uto particulière de toucher les cœurs de ces panures gens et de leur instiller les sentimens de pieté ; de sorte qu'on reconnoissoit entre nos Néophytes, ceux qui estoient sortis de sa main, par vne tendresse de deuotion, et vu esprit de foy solide, et tout iV fait extraordinaire.

Cestoit vn homme d'oraison, et d'vne mortiticatiiui si constante. que sa vie a esté vn ieune quasi continuel, il couchoit tousiours sur la dure, et retranchoit de son sonmieil vne grande partie de la nuict ; et quoy qu'il (M d'vne coniplexion fort délicate, et tcuisionrs dans les soutfrances de quelque maladie, il y adioustoit des mortitications voh)ntaires au dessus de ses forces, ne pouuant rassasier les grands désirs qu'il auoit de soutlVir.

Entendant quelques personnes, qui souhaitoient plustost la mort.

' EeUitions, ICVl

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(|iu> (li; toiiilur vifM ciitrtr 1<-n iiiaIiih (U-h lliioqiioiH : " i'otir moy." «luioît- " il ii ceux i\ «|tii hou cuMir di'iioit N'oiiiirir, in mVNtimrroiN trop Ufurnux, " ni I)i<*ii niloit pcitiiis «{ik* ic tofiilatHm* vu IciirM iiiftiriH, Ifiir cntaiiU' e«it " ^l'atidc, rt <li) iiKMuir ii petit ft'ii, c'i'ht vu t<junnfiit horriWle; iiiaiH " la KHU'o Hiinnonto tout, ut vn acte (rumoiir do Dieu eut pluN pur " an iiiilirii des tIaiiiinoH, «iiut im* 1r «ont toiitcH iiom dciiotionH M'par^eM " drs HoiidruiiccH." l'^t vu vAW'A, il a vhW' plim do mille foin duim len lieux ofi riliroqiiois CHtoit à crniiidre, Hana ianiaiM y avoir paMiy, et HîUiH que jaiiiaiH la veuf d aucun dauber l'otiMt arrent^ de faire un pa* lors «ju'il y auoit eKperanre d'y faire quelque cIiom^ pour la gloire do Dieu.

Sa mort a e.st6 lo Hceau de sa vie. Il auoit contierty à la Koy quantit<^ du natiouH SauuageH, pour IcHquelleH il auoit den teiidrcHHfH de l'ero, et qui auoient tontes pour Iny den amours de véritable» enfan.s. Mais sur tout la Nation do8 Attikaniegues, <iue n.ou» nommon» le» Poissons blancs, qui estoieut les enfans de son cœur, et dans l'ame desquels il auoit imprinn'? des sentiniens de «leuotion si puiiSHans et si etïicaces pour leur salut, qu'il sembloit que ces bonnes gens ne fuiisent ii<^8 que pour lo Ciel, que l'inuocence fust leur partage et que le pech6 fust banny de tout leur païs, depuis que la Croix du Sauneur du monde y est plantée, et que d'un peuple tout liarbare. la charité de ce bon Père en auoit fait vn peuple tout Cbrestien, Il y auoit fait vn voyage, il y a vn an, auec des peines et des fatigues inconceuable«, dont nous auons fait le récit en nostre dernière Relation.

Cette année, après auoir pa.ssë l'hyver aux Trois Riuieres auec quantité de Saunages, qui s'y estoient assemblez pour j' receuoir se» instructions, quelques familles de Poissons blancs l'inaiterent à le» suiure dans leur pais, où se deuoient trouver quantité d'autres peuples plus esloignez en tirant vers le Nord, qui auoient donné leur parole de se rendre Cbrestiens. Y eust-il mille vies à perdre et mille HLro- (luois en chemin, le zèle de ce bon Père l'engagea dans tous ces périls. Ils partirent le quatriesme iour d'Auril : voicy ce qu'il m'escriuit la veille de son départ.

" Mon Reuereud Père, cest i\ ce coup qu'il faut espérer que nouâ " partirons. Dieu veuille que les résolutions soient fermes, et qu'enfin " nous partions vne bonne fois, et que le Ciel soit le terme de nostre " voyage. Haec spes reponita est in simi meo '■. Nostre équipage est faible, " la pluspait d'hommes languissans, ou de femmes et d'enfans, le tout " enuiron soixante âmes. Les viuaudiers et les prouisions de cette " petite troupe sont entre les mains de Celuy qui uounit les oyseaux " du Ciel. le parts accompagné de mes misères, i'ay grand besoin de *' prières, ie demande eu toute humilité celles de vostre Reuerence, et " de nos Pères. Le cœur me dit que le temps de mou bonheur approche* " Dominus est, quod honum cmt in ocuïis suis facial *." Ce sont ses dernières paroles.

' Cette espérance reposera toujours dans mon tein. (Job. XLX, 27*.^

^ Il e^t le Seigneur, qu'il/asse ce <2ui est agréable à ses yeux. (1 Reg. m, 18.)

Apres vn moÏK, et plus, «le ])eaucoiip de fatigues, et sur tout do la faim, qui les suiuoit par tout on ce voynp«\ estans souvent pluKieurn iouiH sans <iue leur chasKO leur donnaHt de «luoy viuro, ils se rewolurent do 80 séparer et de prendre diuei-ses routes. Si veiurit Enau ad vnam turmam tt pcmtMftirit vam, iilia turma, quœ nliqtui est, mlnabitiir '. Toutefois leur séparation no fut (piau iour do l'AscenHion, après que le Piusteur eut confess<^ et ri'pt'U tout son Troupeau, et <iuo leurs e<eurs animez d'vno nouuell»'. diMuttion. se l'iirent dispos»*/ au vo\;nr»! do l'éternit^^.

Les autres bandes ayans pris le douant, le IN're resta en compagnie d'vn ieune Franvoi^, accoustumé i\ la vio des Saunages, et d'vn ieuno Chrestien Huron. Les neiges estoient fondiies, et les riuieres deglac«'^e8. Ils s'embarqueront dans vn petit eanot d'escorce, (lu'ils auoient l'ait eux-mesmes, et ils cabanerent où la ntiit li'S obligea «le sarrester. Le lendt^main, «lui estoit le dixi(^nuî iour du mois do May, ils continûment leur route ; et ayans esté oblige/ do so debaniuer par trois fois, en des endroits où la riui«^re va tombant dans des précipices» et où elle n'est plus nauigable; (c'est :\ dire «lu'en ces rencontres, il faut porter sur ses espaules son canot et tout son bagage) ; lors qu'ils faisoiont leur troisi«^me portage, chargez chacun de son fardeau, ils se virent inuesty «l'vno troup«< «rilinuiuois, qui les attendoient au passage. Le Huron, «lui marchoit le premi«'r, fut saisy si subitement qu'il n'eut pas le loisir do faire aucun pas en arrière. Les deux autres, vn peu plus esloignez, furent iettez par terre, les ennemis ayant fait sur eux la di^charge de leui-s fusils. Le Pore tomba bless»^ de deux balles :\ la poitrine, et d'vno autre au bras droit, qui luy fut rompu. Ces barbares se rueront incontinent sur luy, pour lo percer de leurs esp<^es et pour l'assonnner i\ coups de haches, auec son compagnon. Ils n'eurent point tous «Icux «l'autres paroles en bouche, «lue celle do /<■*»/«. Ils furent despoiiill«'z de leurs vestemints, et leurs (•ur])s fumif iettez dans la riuiere.

Deux iours apn'^s, d'autn-s Clirestiens «lui tenoient le nu'snie cIm imn tomberont dans les mesmes embusches, et vn ieune Alg<ui<iuin, «luo les Hiroquois prirent vif, y fut brusld cruellement sur le lieu mesme, n'ayant point d'autro consolation, sinon do Dieu, qu'il inuoqua iusqu'au derni«'rsouspir. Ils reseruoieut le ieune Huron pour le brusler en leur pals; nuiis Dieu luy donna le moyen «le rompre ses liens au bout do quelques iours, et s'estant échappe^ de sa captiuit<^; il arriua heureusement aux Trois-Riuieres, lo huieti«^me iour do luin ; et co fut luy qui nous apporta ces tristes nouuelles, assez heureuses toutefois, puis qu'elles sont glorieuses î\ Dieu dans la mort do ceux qui consomment leur vie pour le salut des âmes.

Du depuis, les Saunages Chrestiens allèrent chercher le corps do lenr bon Pore; mais (luebiue diligence qu'ils ayent apportée, iamais ils ne l'ont pu trouuer, «luoy qu'ils ayent rencontré celuy de sou compagnon, demy mangé des corbeaux et des bestes.

' SiEKOu vient atta-iner un* des troupes. Vautre nui reîttera sera sauvée. (Gen. XXXH, 8.)

Ih-un, vniti'iint ynittiin harrdUaUin titam'.... l'oiutTunt mùtHitmë i rum tuorum, encan roïatilibim oali, rarnen Sanctorum tiutrum bentijn terro! ; ■ifTudrninl Minufiiiiu-m toritm Itimiuam aquam.... et non rral qui êrpeliret.

Mon I{«>ii(>rrii(l W-vt',

Vostro ties-liumblc et tre8-obcÏH»iant «oruit^nr en N. 8.,

Pavl Kagvkvkav.

de la Couipatn^ie de lettim.

De Kebec, ce 4 d'Octobre 1052.

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