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missionnaires acquicsccrtni avec joic a leur dciiiandc de les y suivre.
Le 14 juin 1649, le I*. lircssani s'embarqua avec ses confrères sur un radeau qu'ils avaient construit eux-mêmes, et quel<|ucs jours après, ils abordèrent heureusement au rivage désiré. Kn peu de temps, trente familles furent recueillies sur cette terre hospitalière, où la religion les entoura de ses consolations et de ses sollicitudes.
Les missionnaires choisirent aussitôt un lieu favorable, sur la côte méridionale de l'île, par ou pouvait s'opdrer l'invasion ennemie, et ils y tracèrent un fort régulier flanqué de quatre bastions. Son mur en pierre, haut de douze pieds, ses nombreuses meurtrières, son fossé profond, le rendaient facile à défendre. Quelques redoutes détachées, jetées sur les principaux points environnants, servirent à couvrir et à mettre à l'abri d'un coup de main le village huron, qui n'avait pu être renfermé dans l'enceinte.
Toutes ces mesures prises contre l'ennemi du dehors ne pouvaient malheureusement rien contre un fléau plus terrible encore. La famine commençait à faire au milieu d'eux d'horribles ravages. Le P. Bressani nous en a décrit lui-même les hideux effets. (3^' Partie, Chapitre S*^.)
Cependant au milieu de cette profonde affliction, on vit se renouveler les scènes les plus attendrissantes, et des actes d'héroïsme et de résignation chrétienne, dignes des jdIus beaux jours de l'Église.
La foi et la piété des Hurons grandissaient sur ce théâtre de douleur, en proportion des épreuves et des pertes qu'ils subissaient. Au moment de voir périr leurs familles, leur patrie, leur nationalité, toutes leurs pensées et toutes leurs espérances se tournèrent vers la religion. La chapelle qui servait au service divin était trop petite pour contenir la foule des priants. Dix ou douze fois le matin, et autant de fois dans la soirée, elle se remplissait et se vidait pour laisser à tous le bonheur d'assister aux saints mystères ou d'entendre la parole de Dieu.
Cependant les nouvelles les plus affligeantes venaient successivement accroître la consternation de cette foule désolée.
Deux Hurons, échappés à une bande de trois cents Troquois, qui les tenaient prisonniers, vinrent annoncer à leurs infortunés compatriotes les succès croissants et les projets sinistres de leurs ennemis.
Peu de jours après, la nouvelle de la destruction du village Saint-Jean et le massacre du P. Garnier apprirent aux Hurons qu'ils pouvaient s'attendre à tout de la part de leurs implacables ennemis.
L'horizon s'assombrissait chaque jour davantage et la mort semblait les assaillir en même temps de tous côtés. Leur j)0sition devenait si critique, que le Supérieur de la Mission crut nécessaire d'envoyer à Québec un de ses missionnaires, pour ]a faire connaître parfaitement.
Ce fut encore sur le P. Bressani, regardé avec raison comme aguerri à ces sortes d'épreuves, qu'on jeta les yeux. Celui-ci ne recula prs devant un voyage, que l'état général du pays rendait néanmoins plus périlleux que jamais. Il descendit au mois de septembre 1649, ^vec quelques Français qui avaient été dans ces contrées pour le commerce, et il arriva heureusement à Québec.
Mais ce fut en vain qu'il mit sous les yeux du Gouverneur et de ses compatriotes le triste état où était réduite cette Mission. La colonie était dans l'impuissance de la secourir. Il le comprit et six jours après il reprit le chemin de sa Mission. Un soldat courageux ambitionne de se trouver sur le champ de bataille, au milieu de ses frères d'armes, h l'heure la plus critique du danger. Si le P. Bressani ne pouvait pas leur apporter des secours, il voulait du moins partager leur sort, et mourir, s'il le fallait, avec eux. Il y a dans cette détermination héroïque un acte sublime de charité et un dévouement digne d'une grande âme.
La divine Providence se contenta de cette admirable disposition de son cœur et ne lui permit pas de réaliser son projet. En effet, étant parti des Trois-Rivières le 3 octobre avec quelques Hurons dans quatre canots, ceux-ci le forcèrent de rebrousser chemin à la Rivière des Prairies. Ils ne se trou-
valent sans doute jjas en nombre suffisant, pour se hasarder à cette époque de l'année dans une route si i>crilleuse.
Le P. lircssani ne trouva jilus cette annce-là d'occasion pour remonter chez les H urons ; les mauvais temps de l'automne lui fermèrent d'ailleurs les chemins ; mais cet ouvrier infatigal)le ne resta pas dans l'oisiveté au milieu de la colonie.
Un manuscrit contemporain nous apprend qu'il prêcha l'Avcnt à (Québec cette année-là, et que le Carême suivant, il fut encore chargé de la prédication les dimanches, les mercredis et les vendredis de chaque semaine dans l'église paroissiale.
Les nouvelles sinistres qui arrivaient de temps en temps de la Mission huronne, causaient à Québec de vives inquiétudes, et affligeaient tous les cœurs. Le P. Bressani eut sans doute alors l'initiative dans le projet si généreux que formèrent les missionnaires, d'appeler au centre de la colonie les plus fervents de ces néophytes malheureux, afin de les soustraire à la destruction générale.
Nous voyons en effet par le journal du R. P. Jérôme Lalemant, Supérieur du Canada, qu'il prit part à la consulte importante, tenue par les Jésuites de Québec à ce sujet, dans le mois d'avril 1650. Ils mirent en question s'ils devaient loger les Hurons, et leur donner place sur leurs terres de Beauport. Tous les Pères approuvèrent ce projet, et consentirent généreusement à une dépense annuelle de 500 écus pour son exécution, jusqu'à ce que les Sauvages pussent se soutenir par eux-mêmes.
Cette décision combla de joie le P. Bressani, et il voulut en porter lui-même la nouvelle à ses néophytes. Il remonta dans le mois de juin avec les Hurons qui avaient hiverné à Québec, et une trentaine de Français destinés à protéger cette expédition. Ils formaient une petite flotte de \'ingt-trois canots, qui quitta ATontréal le 15 juin.
Arrivés sans mauvaise rencontre à 20 lieues en\'iron audessus de Montréal, ils mirent pied à terre sur le bord de la Rivière des Outaouais qu'ils remontaient, et se préparèrent à y
passer la nuit. Leur première occupation fut, selon leur coutume, d'allumer les feux pour cuire le mais, et ])our chasser par la fumée les maringouins qui viendraient troubler leur repos.
Près de là étaient embusqués dix Iroquois qui, avec une constance digne d'une meilleure cause, avaient eu le courage de passer l'hiver au milieu de ces solitudes glacées, dans l'espérance de surprendre les premiers voyageurs, (\u'\ essaieraient au printemps de remonter la rivière. Ils découvrirent les feux des Hurons ; c'était toujours, dans ces contrées, le premier indice certain de la présence de quelques êtres humains, amis ou ennemis. Ils s'approchent avec toutes les précautions possibles, et bientôt ils ont reconnu l'ennemi, et acquis la certitude de la supériorité de ses forces. Leur plan est aussitôt formé ; la ruse et l'audace vont suppléer à leur nombre.
Dans le silence de la nuit, ils s'avancent vers le campement huron. Quand ils ont acquis la certitude que les voyageurs fatigués sont tous plongés dans un profond sommeil, ils pénètrent jusqu'à eux, à la lueur des feux à demi-éteints, et ils choisissent leurs victimes. Au signal donné, ils frappent tous en même temps, et sept Hurons périssent sous leurs coups.
Le P. lîressani s'éveilla au premier bruit, et comprit de suite la grandeur du danger. Son cri aux armes ! mit en un instant tout le camp sur pied. Le missionnaire fut sans doute reconnu alors, car les ennemis décochèrent sur lui trois flèches, qui l'atteignirent à la tête. Ses blessures le couvrirent de sang ; mais heureusement elles n'étaient pas mortelles, et ne l'empêchèrent pas de secourir ses compagnons, ou de les diriger.
La lutte ne resta pas longtemps indécise. Les Iroquois cernés de toute part, n'avaient aucun moyen de retraite. Ils se défendirent en furieux. Six d'entre eux périrent dans le combat, deux furent faits prisonniers, et les deux autres s'échappèrent, au milieu de la confusion. Parmi les Hurons qui reçurent la mort les premiers, se trouvait le brave et fer\ent Atironta, Longtemps avant son baptême, il avait protégé les missionnaires dans sa patrie, et leur avait donné asile dans sa
cabane. Il dtait neveu du fameux Atironta, qui rendit tant de services aux premiers missionnaires chez les Hurons.
Cette victoire donna un nouveau courage aux voyageurs, et ils poursuivirent leur route, mais en marchant avec plus de précaution ])nur éviter toute sur|)rise.
Au milieu de leur voyage, ils eurent encore un moment de bien vives alarmes. T /avant-garde aperçut au loin une bande de guerriers, fiu'elle prit pour des Iroquois. Elle se replia précipitamment sur le gros de la colonne, et chacun se disposa au coml)at. 'l'ous s'avançaient en bon ordre, prêts à tenir tête à l'ennemi. Du côté opj)osé, on avait eu la même alerte, et l'on marchait avec la même inquiétude. Mais bientôt les deux troupes se reconnurent. C'était le P. Ragueneau et ses néophytes que le P. Bressani rencontrait en chemin. Cette troupe de chrétiens hurons, composée de près de trois cents personnes de tout âge et de tout sexe, venait se jeter entre les bras des Français, pour demander asile et protection. Tous ensemble ils se mirent à bénir Dieu de l'heureuse rencontre.
Cependant le P. Ragueneau, jugeant le voyage du P. Bressani inutile, puisque la Mission huronne était détruite, le ramena avec ses compagnons dans la colonie.
Ils arrivèrent à Québec, le 28 juillet 1650. Tous les missionnaires du pays des Hurons, revenus successivement, se trouvèrent bientôt réunis dans cette ville ; mais le triste état des ressources de la colonie mit le Supérieur de ces Missions dans la nécessité d'en renvoyer plusieurs en Europe. Le P. Bressani fut de ce nombre. Sa santé d'ailleurs avait tant souffert de ses dernières fatigues, qu'on le crut incapable dorénavant de mener la vie pénible des Missions du Canada. L'air natal pouvait seul rétablir un peu ses forces épuisées.
Ce ne fut pas un petit sacrifice pour ce cœur apostolique d'abandonner cette patrie adoptive, arrosée de ses sueurs et de son sang, et de dire adieu, sans doute pour toujours, à ses chers néophytes. Mais une vie d'obéissance ne choisit pas son offrande, et le saint missionnaire obéit généreusement à la volonté de son Dieu.
Le P. Bressani s'embarqua le i*^'" novembre, et retourna en Italie. Sa santé se remit peu à peu, et le Seigneur lui donna «ncore assez de forces, pour travailler comme missionnaire pendant de longues années. Il prêcha avec un très-grand fruit <jans les principales villes d'Italie, et ses succès étaient bien moins dûs à son éloquence, dit un auteur contemporain, qu'à sa qualité de confesseur de la foi au milieu des barbares, et aux glorieuses cicatrices dont il était couvert. Il pouvait dire en toute vérité, comme l'Apôtre : Je porte graves sur mon £ûrps Us stigmates de Jésus-Christ ^.
Pendant ses dernières années, il se retira à Florence dans la maison du Noviciat, où il mourut plein de jours et de me'rites, le 9 septembre 1672.
Pour faire connaître en Italie les Missions du Canada, le P. Bressani s'était emjjressé, aussitôt après son retour, de publier rhistoire abrégée des Missions des Hurons, que nous reproduisons dans ce volume.
Il était aussi bon mathématicien que zélé missionnaire. Il a eu les honneurs de l'Académie des Sciences à Paris, et cette Société savante a inséré dans ses Mémoires les observations faites à Québec par le P. Bressani sur une éclipse de lune.
* Gai. VI, 17.
ÉPITRIZ DHDICATOIRE