AU CARDINAL DE LUGO
Éminentissime et Rcvcrendisiivie Si'i);ncur et très-vénérable Protecteur.
L'intérêt que Votre Éminence a manifesté en écoutant le récit des heureux succès de ces Missions ; la douleur qu'elle a ressentie à la nouvelle de leurs désastres, et le désir ardent qu'elle a exprimé de les voir rétablies au plus tôt, indépendamment de ce que vous doit la Compagnie et moi en particulier, ainsi que beaucoup d'autres membres de cette Mission, que vous ave/, nourris du lait de la sainte Théologie, m'ont porté à lui dédier la présente Relation, qui est en grande partie due à sa suggestion. Sans doute la personne de l'écrivain et la simplicité de son style ne méritent pas de fixer les yeux de Votre Éminence, mais le sujet par lui-même est intéressant et pourra, je l'espère, porter son fruit. Les hommes haut placés doivent, comme fait \'otre Éminence à la grande édification de l'Eglise, imiter les perfections de Dieu, qui ne dédaigne pas de fixer ses regards sur les choses les plus humbles, surtout quand elles contribuent à sa gloire.
Avec une espérance si bien fondée, je prends la liberté de présenter'mon travail à Votre Éminence. en baisant très-humblement ses vêtement sacrés.
J'ai l'honneur d'être
de Votre Éminence Révérendissime
le très-dévoué et très-reconnaissant serviteur en J. C,
François-Joseph Bressani.
A Macérata, le 19 juillet 1653.
PROTHSTAIIOX DI' LALTEUR
Notre Très-Saint Pcre le Pape Urbain VIII, le 13 mai» 1625, a porté dans la Sacrée Congrégation de l'Inquisition, un décret qu'il a confirmé le 5 juin 1634, et par lequel il défend d'imprimer aucun livre traitant des actions, des miracles, des révélations de personnes célèbres par leur sainteté ou par la réputation de leur martjTe, ou parlant de quelque faveur comme obtenue de Dieu par leur intercession. Le même Souverain Pontife, expliquant ce décret, le 5 juin 1631, étendit cette défense à tout éloge d'un Saint ou d'un Bienheureux entendu dans un sens absolu, et qui aurait pour objet la personne : mais il permet de parler de ses vertus, et de la haute opinion qu'on en a, pourvu qu'on proteste en commençant qu'aucun de ces récits ne s'appuie sur l'autorité de l'Église Romaine, mais qu'ils ne reposent tous que sur le témoignage de l'auteur. Voulant avoir pour ce décret, sa confirmation et son explication, tout le respect et toute l'obéissance qu'ils méritent, je déclare que tout ce que je raconte dans ce li>Te est regardé par moi, et doit être regardé par tous, comme appuyé sur le seul témoignage des hommes, et non sur l'autorité divine de l'Église Catholique Romaine ou du Saint Siège Apostolique. Il n'y a d'exception qu'en faveur de ceux que le Saint Siège a placés au rang des Saints, des Bienheureux ou des Martyrs.