‹ Les Jésuites-martyrs du Canada [microforme]Chapitre 19 sur 73 · RE · texte numérisé non relu

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tous, mais surtout les femmes ont des ornements particuliers pour les fêtes publiques, pour leurs jeux, leurs danses et leurs festins, qui n’ont guère de commun avec ceux d'Europe, que le nom.

Leurs habitudes diffèrent des nôtres en temps de paix comme en temps de guerre, en public comme en particulier. Ils ne se découvrent pas pour saluer, et même jusqu’à l’arrivée des Français, ils allaient toujours tête nue.

La jeunesse prouve son respect pour les vieillards par son silence et son obéissance. Pour salut ordinaire, on se contente d’un &onjour, exprimé dans leur langue par le mot goué.

Les femmes disposent leurs cheveux en tresse qui leur pend sur le dos. Les hommes donnent différentes formes à leur chevelure. Les uns se rasent le milieu de la tête, les autres la tête toute entière, ne laissant que quelques touffes de cheveux ça et là Ceux-ci, et c’est le très-grand nombre, gardent leurs cheveux très-longs, tandis que ceux-là n’en ont qu’au milieu de la tête ou sur le front, et les tiennent roides comme des crins ; aussi les premiers Français donnèrent-ils à nos Sauvages le nom de Æwrons à cause de leurs cheveux droits comme les soies du sanglier, sur le milieu de la tête, ce qu’on appelle en français une #ure.

Leurs cheveux sont généralement noirs. Ils ont une grende horreur pour les cheveux frisés, qui sont tout-à-fait rares parmi eux.

Selon les circonstances, ils :: peignent la figure, ou même le corps entier de différentes manières, les uns seulement à la surface et pour un temps, les autres d’une manière ineffaçable.

Les premiers se servent de noir, de rouge et d’autres couleurs. Quelques-uns paraissent avoir une barbe artificielle, d’autres semblent porter des lunettes ; ceux-ci se couvrent la figure entière de raies de différentes couleurs ; ceux-là seulement la moitié ; mais sont tous luisants, à cause de l’huile dans laquelle ils détrempent leurs couleurs. Ils prennent ordinairement le noir sous leur marmite. Les autres couleurs sont formées de différentes terres comme la laque, ou de certaines

racines qui donnent un très-beau rouge. Ils mettent tant d’art dans leurs peintures, que l’on a parfois cru à première vue, que plusieurs de ces Sauvages avaient des vêtements véritables, quoiqu'ils fussent entièrement nus, et sans autre ornement que de simples couleurs.

Pour se peindre d’une manière ineffaçable, il faut qu'ils souffrent une très-vive douleur. Ils se servent pour cette opération d’aiguilles, d’alènes affilées ou d’épines aiguës. Avec ces instruments ils se percent la peau, ou se la font percer en traçant sur leur visage, leur cou, leur poitrine ou les autres parties du corps, un animal ou un monstre, par exemple un aigle, un serpent, un dragon ou toute autre figure qui leur plaît davantage. Ensuite sur les piqûres fraîches et sanglantes qui forment le dessin, on jette de la poussière de charbon ou une autre couleur noire, qui se mêle avec le sang, et pénètre dans la plaie. La figure est alors imprimée sur la peau en traits indélébiles.

Cette coutume est si générale dans certaines peuplades, que je ne crois pas qu’on puisse trouver dans la nation du Pefun, ou dans celle que l’on appelait sewfre, parce qu’elle vivait en paix avec les Hurons et les Iroquois, un seul individu qui ne fût ainsi peint sur quelque partie du corps.

Lorsque cette opération se fait sur le corps presque entier, elle est dangereuse, surtout dans les temps froids. Elle a donné la mort à plusieurs, soit à cause d’une espèce de spasme qu’elle produit, soit pour d’autres raisons. Ces malheureux sont ainsi les martyrs de la vanité et d’un caprice bizarre. Ils ne donnent ordinairement aucun signe de douleur pendant l’opération, quoiqu’ils en ressentent une très-aiguë.

Les motifs qu’ils ont de se peindre ainsi, surtout quand ce n’est que d’une manière passagère, ne sentent certainement pas le Sauvage. En hiver, ces peintures servent de protection contre le froid ét la gelée ; en guerre, elles empêchent que la Ù pâleur du visage ne trahisse la crainte de l’âme. Ils paraissent plus terribles à leurs ennemis, en cachant ainsi ou leur jeunesse ou leur décrépitude, qui sans cela, doubleraient le courage de

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leurs adversaires. Dans les fêtes publiques et les assemblées cette peinture leur sert d'ornement.

Ils peignent aussi les prisonniers destinés aux flammes, comme des victimes offertes au dieu de la guerre, et il les ornent, ainsi que le faisaient les peuples anciens. Ils ont coutume de traiter de la même manière leurs morts, et pour les mêmes raisons qui nous font honorer les nôtres.

Se peindre est le privilége des hommes. C’est à eux aussi, et non aux femmes, qu'appartient le droit de porter même en temps de guerre de petits miroirs suspendus au cou, ou dans le petit sac qui contient leur tabac ; car ils fument sans cesse, dans leurs assemblées, comme partout ailleurs.

Ils font usage de bains de vapeur, mais à la Sauvage. Ils mettent de grosses pierres rougies au feu, dans une toute petite cabane, où ils viennent se placer quinze ou vingt à la fois, serrés les uns contre les autres, et assis à la manière des singes. Ils restent là des heures entières, et provoquent ainsi une sueur abondante, faisant entendre en même temps des chants à tuetête. Au sortir de ce bain, ils se précipitent, même au commencement de l’hiver, dans un lac ou dans une rivière, quelquefois déjà à moitié gelée. Je ne comprends pas comment ils en sortent sans contracter de maladie. Ce bain de vapeur ils le prennent ou par superstition, ou pour raison de propreté, de santé ou de plaisir. Il leur sert, dans les longs voyages, à se rafraîchir et à raviver leurs forces, et à leur retour, il les remet de leur fatigue.

Pendant leurs festins, où ils se trouvent quelquefois réunis par centaines, tous les mets sont annoncés un à un, et à haute voix. A chacun on répond par ce cri de remercîment fort et élevé: Ok! Oh! en prononçant l’* d’une manière que les Italiens imiteraient bien difficilement. Avant de manger, ils chantent pendant des heures entières. Un des convives commence, et, à la pause, tous les autres répondent d’une voix forte et tirée de la poitrine : ©4/ Ok/ Puis un autre reprend le chant, et ils se suc:èdent ainsi les uns aux autres.

Celui qui a tué l'animal qu’on a servi, ou celui qui donne le

festin, n’y prend aucune part, mais il chante ou pérore pendant que les autres font bonne chère.

Avant d’être en rapport avec les Européens, ils n’avaient pas de chaudières pour faire cuire leur nourriture ; ils se contentaient, surtout en voyage, de creuser un trou en terre, et de le remplir d’eau qu’ils faisaient bouillir, en y plongeant quelques pierres rougies au feu.

Leurs danses sont moins variées, mais plus graves que les nôtres, dont ils louent la légèreté, mais qu'ils blâment comme trop peu graves pour des hommes. Ces sauvages sont en effet d’un caractère sérieux, et les jeunes gens même s’accoutument à une maturité qui pourrait passer pour excessive.

Leurs mariages ont des traits de ressemblance avec ceux des anciens Juifs. Le frère épouse ordinairement la veuve de son frère. Ils respectent les liens de consanguinité, même dans un degré éloigné ; mais ils préfèrent à tout autre parti ceux qui leur sont unis par l’affinité. L'homme dote la femme, et c’est sur elle que pèse toute la sollicitude du ménage. Elle cultive les

. champs, elle coupe et transporte le bois de chauffage, elle fait la cuisine, et dans les voyages, elle est obligée de porter les vivres, etc., pour son mari.

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