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vanter tous, et nous obliger à abandonner le pays ; ils comptaient arrêter par là la prédication de l'Évangile, qu’ils croyaient nuisible à leurs intérêts.
Les assassins tuèrent leur victime d’un coup de hache, vers le coucher du soleil. Le lendemain matin, les chrétiens des environs, apprenant cette nouvelle, accoururent pour nous avertir que ce coup était une preuve certaine de quelque complot contre nous ; ‘“ mais,” ajoutèrent-ils, “nous voici tous prêts #à mourir pour défendre nos Pères et la religion.”
‘Tout le pays fut en émoi, et les capitaines tinrent un conseil général. Les auteurs de ce forfait se montrèrent ce qu’ils étaient, ennemis de la foi, et ils osèrent soutenir non-seulement qu'il n'était pas nécessaire de tenir compte de ce qui s'était passé, mais qu’il fallait publiquement nous fermer l’entrée de leurs bourgs, et nous chasser du pays. Quelques-uns ajoutèrent que l’on devait bannir tous les chrétiens, pour les empêcher de se multiplier.
Le zèle de nos bons néophytes se montra avec éclat dans cette rencontre. Les uns disaient qu’ils abandonneraient volontiers leur patrie et leurs parents, malgré la tendre affection qu’ils avaient pour eux, plutôt que de causer le plus léger préjudice à leur foi. D'autres déclarèrent que la vie présente n'était plus rien à leurs y:ux, depuis qu’ils avaient connu les avantages de la vie future.
Ceux-ci s’écriaient : “Je ne crains pas le feu des Iroquois, ‘ pourvu que je sois sans péché; je crains bien moins encore “ de mourir pour ma foi et de donner ma vie pour Celui qui me “la rendra immortelle.” Ceux-là faisaient d’artres protestations. Tous, avec un zèle et une liberté vraiment chrétienne, blämaient les auteurs et les complices de ce meurtre, sans toutefois les nommer, quoiqu’ils les connussent, ‘“ Ce sont ces “ gens-là,” ajoutaient-ils, ‘qui veulent la ruine du pays ; ce sont “eux sans doute qui reçoivent des présents de nos ennemis “pour nous trahir, La foi leur déplait parce qu’elle leur “ reproche leurs vices. Qu'ils se montrent, et on le verra.”
Deux jours se passèrent dans ces débats animés, qui ne ser-
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virent qu’à raviver la ferveur de nos néophytes, et à faire paraitre davantage leur amour pour la foi et les missionnaires. Ils obtinrent enfin des chefs de la nation, tout infidèles qu'ils étaient, que l’on donnerait au nom du pays une satisfaction complète pour ce meurtre. Voici leur manière d’agir en pareil cas.
Ce serait tenter l'impossible, et ruiner les causes les mieux prouvées, que de vouloir les terminer chez les Sauvages par les procédés adoptés dans la jurisprudence de presque toutes les nations, c’est-à-dire en condamnant à mort le meurtrier. Que le coupable soit connu ou non, la réparation du crime des particuliers regarde le public, c’est-à-dire qu’on punit le crime et non le criminel; en sorte que ce qui serait regardé ailleurs comme une injustice, est parmi eux le moyen le plus efficace d'empêcher le renouvellement de pareils désordres. J'ai cru satisfaire une curiosité bien légitime, en faisant connaître sur ce point leurs coutumes particulières.
Voici donc ce qui se passa.
Après avoir décidé qu’ils nous donneraient satisfaction, les capitaines nous appelèrent à l'assemblée générale qu’ils avaient convoquée. Un ancien, prenant la parole au nom de tous, s'adfessa en ces termes au Supérieur de la Mission : “ Mon “ frère {c’est le nom qu’ils lui donnent), voici devant toi toutes “les tribus réunies pour te donner satisfaction ; (il les nomma “ l'une après l’autre), nous ne sommes plus qu’une poignée de “ gens ; c’est toi seul qui soutiens ce pauvre pays, et tu le portes “en tes mains. La foudre l’a frappé, et l’a divisé en deux “ parties. Un précipice est maintenant ouvert, et si tu nous “ abandonnes, nous y tomberons infailliblement.
‘ Prends donc pitié de nous qui sommes ici pour pleurer “ notre perte autant que la tienne, plutôt que pour parler. Ce “ pays n’est plus qu’un squelette sans chair, sans veines, sans “ nerfs et sans artères, desséché, comme des os qui ne tiennent “ plus les uns aux autres qu'avec un filet délicat ; le coup quia “ porté sur la tête de ton neveu que nous pleurons, a coupé ce “lien. C’est un démon qui a mis la hache dans la main de “l'assassin. Est-ce toi, Ô soleil, qui las poussé à un crime si
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“fatal? Pourquoi n’as-tu pas refusé ta lumière, afin que lui- ‘“ même eût horreur de son crime. Tu étais peut-être son “complice? Non, certainement ; car il marchait dans les “ ténèbres, et ne savait pas où il portait son coup. Il pensait, “le malheureux, frapper un jeune Français, et il a frappé sa ‘“ patrie d’un même coup et d’une plaie mortelle. La terre ‘s’est entr'ouverte pour recevoir le sang de l'innocent, et a fait ‘un abîme qui doit nous engloutir tous, puisque nous sommes “les coupables. Nos ennemis, les Iroquois, se réjouissent de “cette mort, et la célèbreront comme un triomphe, en voyant “ que nos armes sont employées à nous détruire nous-mêmes, “et qu’elles servent si bien leurs intérêts.”
Il continua longtemps sur ce ton. Puis il ajouta : “ Mon “ frère, aie pitié de ce pays. Toi seul peux lui rendre la vie. ‘# C’est à toi à rassembler ces ossements épars. C’est à toi à “ refermer l’abîme qui veut nous engloutir. Aïe pitié de ton “ pays : nous l’appelons tien, car tu en es le maître, et nous ‘ venons ici comme des criminels pour recevoir notre arrêt de ‘“ condamnation, si tu veux nous traiter sans miséricorde. Aie ‘ pitié de ceux qui se condamnent eux-mêmes, et qui viennent ‘te demander pardon.
# C’est toi qui a affermi le pays en y établissant ta demeure. ‘ Si tu nous quittes, nous serons comme le brin de paille déra- “ ciné qui n’est bon qu’à devenir le jouet des vents. Le pays “ ressemble à une île flottante, prête à être submergée dans la ‘“ première tempête. Consolide-le, et la postérité t’en louera, “sans que jamais la mémoire s’en perde.
‘“ Au premier bruit de cette mort, nous avons tout quitté “et n'avons apporté que des larmes. Nous sommes prêts ‘À recevoir tes ordres et à obéir à ta demande. Parle “donc. Que veuxtu? Nos vies et à plus forte raison nos “biens sont à toi Nous nous en dépouillerons volontiers “ pour te donner satisfaction, et lorsque nous dépouillerons nos “enfants pour t'apporter la satisfaction que tu désires, nous “ leur dirons que ce n’est pas à toi qu’il faut s’en prendre, mais “À celui qui nous a rendus criminels. (C’est contre lui que se