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SECONDE DIFFICULTÉ.—LES DANGERS DU VOYAGE

Outre les dangers ordinaires, il y en a un qui est imminent, celui de tomber entre les mains d’autres Sauvages, leurs ennemis, brigands cruels, capables d’effrayer les plus courageux. Ce danger n’est pas purement spéculatif, il est si réel que plusieurs de nos missionnaires en ont été victimes.

Avant de passer aux autres difficultés de cette Mission, j'ai voulu insérer ici quelques lettres de l’un de nos Pères, qui est tombé entre leurs mains, en faisant ce voyage. Je réserve pour une autre place, le récit de la saptivité d’un autre missionnaire, qui est même mort parmi ces Sauvages.

Voici ces lettres, adressées à notre T. KR. P. Général, et à quelques amis d'Europe :

‘6 Très-Révérend Père en Fésus-Christ ‘ Pax. Christi

“ Je ne sais si votre Paternité reconnaîtra l'écriture d'un “ pauvre estropié, autrefois bien sain de corps et bien cotinu “ d'elle. La lettre est mal écrite et assez sale, parce que ‘ entre autres infirmités, celui qui l'écrit n’a plus qu’un doigt ‘ entier à la main droite, et il re peut empécher le sang qui ‘“ découle de ses plaies encore ouvertes, de salir son papier. ‘“ Son encre est formée de poudre à fusil délayée, et la terre lui ‘“ sert de table. Il vous écrit du pays des Iroquois, où il est ‘ aujourd’hui prisonnier, et il désire vous raconter brièvement “la conduite de la divine Providence à son égard, dans ces ‘“ derniers temps.

‘“ Je partis des Trois-Rivières par ordre des Supérieurs, le “ 27 avril dernier, en compagnie de six Sauvages chrétiens,

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“et d'un jeune Français, qui remontaient dans trois canots ‘“ pour se rendre jusqu’au pays des Hurons. Le soir du pre- ‘“ mier jour, le Huron qui guidait notre canot, nous fit chavirer “ sur le lac Saint-Pierre, en tirant sur.un aigle. Je ne savais ‘“ pas nager, mais deux Hurons me saisirent et me traînèrent “ jusqu’au rivage, où nous passâmes la nuit avec nos vêtements ‘“ tout mouillés.

“ Les Hurons prirent cet accident pour un mauvais augure, ‘“ et me conseillèrent de retourner aux Trois-Rivières qui n'était ‘“ qu’à huit ou dix milles de là: ‘car certainement,’ disaient- ‘ils, ‘le voyage ne sera pas heureux.’

‘“ Comme je craignais qu’il n’y eût dans cette résolution “ quelque pensée superstitieuse, j’aimai mieux passer outre, ‘“ jusqu’à un fort ! des Français, 30 milles plus haut, où nous ‘ pourrions nous remettre un peu. Ils m’obéirent, et nous ‘“ nous mîmes en route le lendemain matin d’assez bonne “ heure ; mais la neige et le mauvais temps retardèrent beaucoup “ notre course, et nous forcèrent de nous arrêter au milieu du ‘ jour. |

‘ Le troisième jour, à 22 ou 24 milles des Trois-Rivières et

à 7 ou 8 du fort Richelieu, nous tombâmes dans une embus-

‘ cade de 27 Iroquois, qui tuèrent un de nos Sauvages, et firent “les autres prisonniers ainsi que moi. Nous aurions pu fuir ‘ ou tuer quelques Iroquois, mais, quand je vis mes compa- “ gnons pris, je crus qu’il valait mieux ne pas les abandonner. “ Te regardai comme un signe de la volonté de Dieu, les dis- “ positions de mes Sauvages, qui étaient d’avis et qui avaient “ la résolution de se rendre, plutôt que de chercher leur salut ‘ par la fuite.

‘“ Dès que nous fâûmes pris, les Iroquois poussèrent des cris “horribles, comme des vainqueure qui se voient maîtres de leur “€ proie ( sicut exultant victores, capta preda,) ? et ils rendirent ‘ des actions de grâce au Soleil de ieur avoir livré entre autres “une Æoûe noîre, (c'est le nom qu’ils donnent aux Jésuites.) * Le fort Richelieu, aujourd’hui Sorel, :

* Isai. 1X, 8.

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