PÈRE FRANÇOIS-JOSEPH BRESSANI
Le Père Bressani était Italien, et natif de Rome. Quoiqu'il ne soit pas mort entre les mains de ses bourreaux, et qu’il n'ait même pas achevé sa carrière sur le théâtre de ses travaux apostoliques et de ses douleurs, sa grandeur d'âme dans les positions les plus difficiles, et sa patience héroïque dans les cruels tourments que les Iroquois lui firent souffrir, lui ont mérité un rang honorable parmi les apôtres du Canada.
Entré à l’âge de quinze ans dans la Compagnie de Jésus, il passa, selon l'usage, par toutes les épreuves des études et de l’enseignement. Il occupa, tour à tour et avec succès, des chaires de Littérature, de Philosophie et de Mathématiques ; mais son zèle et la voix intérieure du ciel le portaient à faire quelque chose de plus pour Dieu. Il sollicita longtemps la faveur de consacrer le reste de ses jours dans les Missions les plus pénibles de l'Amérique. Ses supérieurs répondirent enfin à ses désirs, en l’envoyant dans la Nouvelle-France.
Le P. Bressani arriva au Canada en 1642, et fut chargé d'abord des Français de la ville de Québec. L'année suivante, il fut envoyé aux Trois-Rivières pour travailler auprès des Algonquins. Enfin, le 27 avril 1644, il partit pour aller évangéliser les Hurons.
Depuis trois ans cette Mission était dans la plus grande détresse, et surtout depuis la prise du P. Jogues, en 1642, toute communication avec Québec était interrompue.
On voulut tenter un nouvel effort ; le P. Bressani fut chargé
de l’entreprise. Il partit avec un jeune Français engagé aw service des missionnaires et six chrétiens hurons, qui depuis un an vivaient dans le Séminaire huron, que les Jésuites avaient commencé à Notre-Dame-des-Anges, près de Québec.
Cependant les Iroquois n'étaient pas restés inactifs. Divisés. en dix bandes de guerriers, ils avaient enveloppé toute la colonie comme dans un immense réseau, et blottis dans leurs positions retranchées, attendaient que l'ennemi se montrât.
Aux Trois-Rivières, où s'étaient réunis le P. Bressani et ses compagnons, on ne connaissait encore rien des dangers que nos voyageurs allaient courir. Le fleuve venait à peine d’être délivré de ses glaces, et l’on ne pouvait pas soupçonner les Iroquois d’avoir, si tôt dans l’année, quitté leur pays et entrepris une expédition lointaine.
Néanmoins comme ces voyages n'étaient pas sans d’autres grands dangers, le P. Bressani et ses compagnons se préparèrent, comme s'ils avaient dû trouver la mort en chemin. Un cœur en grâce avec Dieu ne craint rien, ni des hommes ni des accidents de la vie, et il est bien mieux aguerri contre tous les hasards.
Le P. Bressani nous a fait lui-méme avec une touchante simplicité et une admirable candeur le récit détaillé de ce voyage ; dans sa narration il nous révèle, à son insu, toute la noblesse de ses sentiments et l’héroïsme de sa vertu. Sans se nommer, il l’a insérée dans le corps de cet ouvrage (2° Partie, chapitre 2€) ; nous y renvoyons le lecteur.
Il fut pris ; puis, après avoir enduré toutes les tortures imaginables, et n'avoir échappé à la mort que d’une manière tout à fait inattendue, il fut racheté par les Hollandais et renvoyé par eux en France. Il débarqua à la Rochelle, le 15 novembre 1644. Mais son séjour en Europe ne fut pas long : la Mission où il semblait n’avoir mis le pied que pour larroser de son sang, était toujours l’objet de ses plus ardents désirs. Il obtint sans peine de ses supérieurs la permission d'y retourner, et nous le voyons en effet reparaître au Canada, dès le mois de juillet de l’année suivante.
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C'était l'époque célèbre de la première paix solennelle faite avec les Iroquois. Le 17 juillet 1645, il assista, aux Trois- Rivières, à la grande assemblée où furent introduits les ambassadeurs iroquois. Il embrassa, comme amis et comme frères, ceux qui avaient été ses bourreaux.
Le P. Bressani, peu de temps après, fut envoyé dans la Mission des Hurons ; la réputation de ses souffrances l'y avait précédé, et il fut reçu par les néophytes comme un héros et un martyr.
“ Il put même,” raconte le P. Ragueneau, ‘se mettre aussitôt ‘ à l’œuvre et avec fruit. Ses mains mutilées, ses doigts cou- ‘“ pés, son corps couvert de cicatrices, l'ont rendu dès son “ arrivée, meilleur prédicateur que nous ne sommes, et ont “ servi plus que nos instructions, à faire comprendre à nos “ Hurons les vérités de la foi. ” | eLe fervent missionnaire, après avoir passé trois ans chez les
Hurons, fut chargé, en 1648, d'accompagner un grand convoi qui se préparait à descendre aux Trois-Rivières. Deux cent cinquante hommes, parmi lesquels on comptait cent vingt chrétiens et deux Français, formaient cette importante expédition. Les Hurons voulaient, à tout prix, et malgré tous les dangers de ce long voyage, tenter de renouer les communications avec les Français des Trois-Rivières et de Québec.
Le voyage fut heureux ; l'ennemi ne s'était montré nulle part et déjà les Hurons arrivaient sans encombre au terme de leur expédition, et approchaient des Trois-Rivières, rs qu'une bande d’Iroquois embusqués près de là les attaqüa à l’improviste.
Mettre pied à terre, s’élancer sur l’ennemi et le mettre en déroute fut pour les Hurons l'affaire d’un instant. Les Iroquois se défendirent en désespérés ; maïs ils ne purent soutenir le choc, et prirent la fuite.
Les Hurons les poursuivirent quelque temps dans les bois ; ils en tuèrent un grand nombre et firent plusieurs prisonniers, qu'ils ramenèrent au campement, emportant avec eux les chevelures de ceux qu’ils avaient tués.
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| | Le P. Bressani ne s'était pas éloigné du théâtre de cette
sanglante action ; pendant tout le temps de la mêlée il encou-
| rageait les uns, excitait les autres, consolait et pansait les blessés et donnait aux moribonds les secours religieux.
Cependant l'agitation et l'inquiétude étaient grandes aux
| Trois-Rivières. Toute la population était sur pied. Le tocsin
d'alarme avait sonné aussitôt qu’on avait vu les Iroquois sortir (ll de leur embuscade, et poursuivre les Iurons. Les Français VIA | avaient à l'instant volé au secours des Hurons, mais craignant une embuscade, et n’osant à cause de leur petit nombre s’aventurer dans les bois, ils étaient revenus à leur poste selon l’ordre qu'ils avaient reçu.
Quand ces soldats rentrèrent aux Trois-Rivières, la consternation était générale ; tout à coup on aperçoit sur le fleuve un canot huron, suivi de deux canots iroquois ; le P. Bressani montait le premier ; l’étendard sacré de notre rédemption s'élevait sur sa tête comme un signe de salut et de triomphe ; quelques Hurons le suivaient dans les canots de leurs ennemis. Le missionnaire avait voulu prendre les devants, pour dissiper j. les inquiétudes dans lesquelles il pensait bien que ses compa- : (| triotes devaient être plongés. 4 || Nos voyageurs furent reçus au milieu des signes de la plus Ù | vive allégresse, et tous allèrent avec le missionnaire rendre grâce à Dieu de cette insigne victoire. à 1 Puis, laissant ses compagnons se livrer à leurs transports de joié dans des fêtes et des réjouissances publiques, le P. Bressani 4 il partit et se rendit à Québec pour y traiter des graves et pres- | sants besoins de cette Mission lointaine. Son cri de détresse fut compris, et le zélé missionnaire eut la consolation de voir ses efforts couronnés de succès. Il obtint un renfort considérable d'ouvriers évangéliques. |
Le P. Bressani servit encore d'ange conducteur à ses fidèles &. | néophytes et à leurs nouveaux apôtres, pour retourner dans 4 la Mission huronne.
Le 6 août 1648, ils quittaient tous ensemble les Trois- Rivières dans soixante canots. Le voyage fut heureux et sans
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aucune mauvaise rencontre; mais au moment où, pleins de joie et d'espérance, ils abordaient à ce rivage désiré, ils trouvèrent cette infortunée nation sous les coups des plus rudes épreuves, et comme au milieu des dernières convulsions, tristes pronostics d’une fin prochaine.
Les Iroquois venaient de faire une irruption formidable dans les cantons hurons.
Dès le 7 juillet, le P. Antoine Daniel avait péri avec presque tout son troupeau fidèle, enseveli sous les ruines fumantes de la bourgade Saint-Joseph. Mais ce n’était encore là qu'un prélude à de plus grands désastres, que le P. Bressani devait contempler l’année suivante.
Une armée de plus de mille Iroquois avait hiverné au milieu même du pays des Hurons, sans que ceux-ci s’en doutassent. Elle se tenait prête à reprendre, au commencement du printemps, son œuvre de destruction.
Le 6 mars 1649, la bourgade Saint-Ignace fut envahie avant le jour par l’armée iroquoise, et tout y fut mis à feu et à sang. Trois hommes seulement s’échappèrent pour porter l'alarme à la bourgade Saint-Louis, à une lieue de là.
Cette dernière fut envahie à son tour et les Pères Jean de Brébeuf et Gabriel Lalemant y reçurent la palme du martyre au milieu des plus horribles tortures.
Aussitôt quinze grands villages qui se trouvaient trop exposés, se dispersèrent d'eux-mêmes, et tous leurs habitants coururent ça et là pour chercher un asile ; on les vit accourir en grand nombre à la Mission Sainte-Marie, où était l'habitation principale des missionnaires et des Français et le centre de leurs opérations.
On avait mis en état de défense le fort Sainte-Marie, et l’on se tenait prêt à tout événement ; mais bientôt le poste ne parut plus tenable. Les villages hurons, qui formaient à l’entour
une barrière puissante, n’étaient plus là pour le protéger, et la famine commençait à se faire sentir; il fallut donc chercher une retraite qui offrit plus de ressources.
Le choix des Hurons se fixa sur l’île Saint-Joseph, et les
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missionnaires acquiescèrent avec joie à leur demande de les y suivre.
Le 14 juin 1649, le P. Bressani s'embarqua avec ses confrères sur un radeau qu'ils avaient construit eux-mêmes, et quelques jours après, ils abordèrent heureusement au rivage désiré. En peu de temps, trente familles furent recueillies sur cette terre hospitalière, où la religion les entoura de ses consolations et de ses sollicitudes.
‘ Les missionnaires choisirent aussitôt un lieu favorable, sur la côte méridionale de l’île, par où pouvait s’opérer l'invasion ennemie, et ils y tracèrent un fort régulier flanqué de quatre bastions. Son mur »" pierre, haut de douze pieds, ses nombreuses meurtrières, son fossé profond, le rendaient facile à défendre. Quelques redoutes détachées, jetées sur les principaux points environnants, servirent À couvrir et à mettre à l'abri d’un coup de main le village huron, qui n’avait pu être renfermé dans l'enceinte.
Toutes ces mesures prises contre l'ennemi du dehors ne pouvaient malheureusement rien contre un fléau plus terrible encore. La famine commençait à faire au milieu d’eux d’horribles ravages. Le P. Bressani nous en a décrit lui-même les hideux effets. (3° Partie, Chapitre 8e.)
Cependant au milieu de cette profonde affliction, on vit se renouveler les scènes les plus attendrissantes, et des actes d’héroïsme et de résignation chrétienne, dignes des plus beaux jours de l’Église.
La foi et la piété des Hurons grandissaient sur ce théâtre de douleur, en proportion des épreuves et des pertes qu’ils subissaient. Au moment de voir périr leurs familles, leur patrie, leur nationalité, toutes leurs pensées et toutes leurs espérances se tournèrent vers la religion. La chapelle qui servait au service divin était trop petite pour contenir la foule des priants. Dix ou douze fois le matin, et autant de fois dans la soirée, elle se remplissait et se vidait pour laisser à tous le bonheur d'assister aux saints mystères ou d'entendre la parole de Dieu.
Cependant les nouvelles les plus affligeantes venaient successivement accroître la consternation de cette foule désolée.
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Deux Hurons, échappés à une bande de trois cents Iroquois, qui les tenaient prisonniers, vinrent annoncer à leurs infortunés compatriotes les succès croissants et les projets sinistres de leurs ennemis.
Peu de jours après, la nouvelle de la destruction du village Saint-Jean et le massacre du P. Garnier apprirent aux Hurons qu’ils pouvaient s'attendre à tout de la part de leurs implacables ennemis.
L'horizon s'assombrissait chaque jour davantage et la mort semblait les assaillir en même temps de tous côtés. Leur position devenait si critique, que le Supérieur de la Mission crut nécessaire d'envoyer à Québec un de ses missionnaires, pour la faire connaître parfaitement.
Ce fut encore sur le P, Bressani, regardé avec raison comme aguerri à ces sortes d'épreuves, qu’on jeta les yeux. Celui-ci ne recula pes devant un voyage, que l’état général du pays rendait néanmoins plus périlleux que jama's. Il descendit au mois de septembre 1649, avec quelques Français qui avaient été dans ces contrées pour le commerce, et il arriva heureusement à Québec.
Mais ce fut en vain qu’il mit sous les yeux du Gouverneur et de ses compatriotes le triste état où était réduite cette Mission. La colonie était dans l’impuissance de ia secourir. Ille comprit et six jours après il reprit le chemin de sa Mission. Un soldat courageux ambitionne de se trouver sur le champ de bataille, au milieu de ses frères d'armes, à l'heure la plus critique du danger. Si le P. Bressani ne pouvait pas leur apporter des secours, il voulait du moins partager leur sort, et mourir, s’il le fallait, avec eux. Il y a dans cette détermination héroïque un acte sublime de charité et un dévouement digne d’une grande âme.
La divine Providence se contenta de cette admirable disposition de son cœur et ne lui permit pas de réaliser son projet. En effet, étant parti des Trois-Rivières le 3 octobre avec quelques Hurons dans quatre canots, ceux-ci le forcèrent de
rebrousser chemin à la Rivière des Prairies. Ils ne se trr
vaient sans doute ras en nombre suffisant, pour se hasarder à cette époque de l’année dans une route si perilleuse.
Le P. Bressani ne trouva plus cette année-là d’occasion pour remonter chez les Hurons ; les mauvais temps de l’automne lui fermèrent d’ailleurs les chemins ; mais cet ouvrier infatigable ne resta pas dans l’oisiveté au milieu de la colonie.
Un manuscrit contemporain nous apprend qu'il prêcha l'Avent à Québec cette année-là, et que le Carême suivant, il fut encore chargé de la prédication les dimanches, les mercredis et les vendredis de chaque semaine dans l’église paroissiale,
Les nouvelles sinistres qui arrivaient de temps en temps de la Mission huronne, causaient à Québec de vives inquiétudes, et affligeaient tous les cœurs. Le P. Bressani eut sans doute alors l'initiative dans le projet si généreux que formèrent les missionnaires, d'appeler au centre de la colonie les plus fervents de ces néophytes malheureux, afin de les soustraire à la destruction générale.
Nous voyons en effet par le journal du R. P. Jérôme Lalemant, Supérieur du Canada, qu’il prit part à la consulte importante, tenue pur les Jésuites de Québec à ce sujet, dans le mois d'avril 1650. Ils mirent en question s'ils devaient loger les Hurons, et leur donner place sur leurs terres de Beauport. Tous les Pères approuvèrent ce projet, et consentirent généreusement à une dépense annuelle de 500 écus pour son exécution, jusqu’à ce que les Sruvages pussent se soutenir par eux-mêmes.
Cette décision combla de joie le P. Bressani, et il voulut en porter lui-même la nouvelle à ses néophytes. Il remonta dans le mois de juin avec les Hurons qui avaient hiverné à Québec, et une trentaine de Français destinés à protéger cette expédition. Ils formaient une petite flotte de vingt-trois canots, qui quitta Montréal le 15 juin.
Arrivés sans mauvaise rencontre à 20 lieues environ audessus de Montréal, ils mirent pied à terre sur le bord de la Rivière des Outaouais qu’ils remontaient, et se préparèrent à y
passer la nuit. Leur première occupation fut, selon leur coutume, d'allumer les feux pour cuire le maïs, et pour chasser par la fumée les maringouins qui viendraient troubler leur repos. ;
Près de là étaient embusqués dix Iroquois qui, avec une constance digne d’une meilleure cause, avaient eu le courage de passer l’hiver au milieu de ces solitudes glacées, dans l'espérance de surprendre les premiers voyageurs, qui essaieraient au printemps de remonter la rivière. Ils découvrirent les feux des Hurons ; c'était toujonrs, dans ces contrées, le premier indice certain Le la présence de quelques êtres humains, amis ou ennemis. Ils s’approchent avec toutes les précautions possibles, et bientôt ils ont reconnu l’ennemi, et acquis la certitude de la supériorité de ses forces. Leur plan est aussitôt formé ; la ruse et l'audace vont suppléer à leur nombre.
Dans le silence de la nuit, ils s’avancent vers le campement huron. Quand ils ont acquis la certitude que les voyageurs fatigués sont tous plongés dans un profond sommeil, ils pénètrent jusqu’à eux, à la lueur des feux à demi-éteints, et ils choisissent leurs victimes. Au signal donné, ils frappent tous en même temps, et sept Hurons périssent sous leurs coups.
Le P. Bressani s’éveilla au premier bruit, et comprit de suite la grandeur du danger. Son cri aux armes / mit en un instant tout le camp sur pied. Le missionnaire fut sans doute reconnu alors, car les ennemis décochèrent sur lui trois flèches, qui l’atteignnænt à la tête. Ses blessures le couvrirent de sang ; mais heureusement elles n'étaient pas mortelles, et ne l’empêéchèrent pas de secourir ses compagnons, ou de les diriger.
La lutte ne resta pas longtemps indécise. Les Iroquois cernés de toute part, n'avaient aucun moyen de retraite. lis se défendirent en furieux. Six d’entre eux périrent dans le combat, deux furent faits prisonniers, et les deux autres s'échappèrent, au milieu de la confusion. Parmi les Hurons qui reçurent la mort les premiers, se trouvait le brave et fervent Atironta. Longtemps avant son baptême, il avait protégé les missionnaires dans sa patrie, et leur avait donné asile dans sa
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cabane. Il était neveu du fameux Atironta, qui rendit tant de services aux premiers missionnaires chez les Hurons.
Cette victoire donna un nouveau courage aux voyageurs, et ils poursuivirent leur route, mais en marchant avec plus de précaution pour éviter toute surprise.
Au milieu de leur voyage, ils eurent encore un moment de bien vives alarmes. L’avant-garde aperçut au loin une bande de guerriers, qu’elle prit pour des Iroquois. Elle se replia précipitamment sur le gros de la colonne, et chacun se disposa au combat. Tous s’avançaient en bon ordre, prêts à tenir tête à l'ennemi Du côté opposé, on avait eu la même alerte, et l'on marchait avec la même inquiétude. Mais bientôt les deux troupes se reconnurent. C'était le P. Ragueneau et ses néophytes que le P. Bressani rencontrait en chemin. Cette troupe de chrétiens hurons, composée de près de trois cents personnes de tout âge et de tout sexe, venait se jeter entre les bras des Français, pour demander asile et protection. Tous ensemble ils se mirent à bénir Dieu de l’heureuse rencontre.
Cependant le P. Ragueneau, jugeant le voyage du P. Bressani inutile, puisque la Mission huronne était détruite, le ramena avec ses compagnons dans la colonie.
Ils arrivèrent à Québec, le 28 juillet 1650. Tous les missionnaires du pays des Hurons, revenus successivement, se trouvèrent bientôt réunis dans cette ville ; mais le triste état des ressources de la colonie mit le Supérieur de ces Missions dans la nécessité d'en renvoyer plusieurs en Europg Le P. Bressani fut de ce nombre. Sa santé d’ailleurs avait tant souffert de ses dernières fatigues, qu’on le crut incapable dorénavant de mener la vie pénible des Missions du Canada. L'air natal pouvait seul rétablir un peu ses forces épuisées.
Ce ne fut pas un petit sacrifice pour ce cœur apostolique d'abandonner cette patrie adoptive, arrosée de ses sueurs et de son sang, et de dire adieu, sans doute ponr toujours, à ses chers néophytes. Mais une vie d’obéissance ne choisit pas son offrande, et le saint missionnaire obéit généreusement à la volonté de son Dieu.
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Le P. Bressani s’embarqua le rer novembre, et retourna en Italie. Sa santé se remit peu à peu, et le Seigneur lui donna encore assez de forces, pour travailler comme missionnaire pendant de longues années. Il prêcha avec un très-grand fruit dans les principales villes d'Italie, et ses succès étaient bien moins dûs à son éloquence, dit un auteur contemporain, qu’à sa qualité de confesseur de la foi au milieu des barbares, et aux glorieuses cicatrices dont il était couvert. Il pouvait dire en toute vérité, comme l’Apôtre: %e porte gravés sur mon corps des stigmates de Fésus-Christ À.
Pendant ses dernières années, il se retira à Florence dans la maison du Noviciat, où il mourut plein de jours et de mérites, le 9 septembre 1672.
Pour faire connaître en Italie les Missions du Canada, le P. Bressani s'était empressé, aussitôt après son retour, de publier l'histoire abrégée des Missions des Æurons, que nous reproduisons dans ce volume. ;
Il était aussi bon mathématicien que zélé missionnaire. Il a eu les honneurs de l’Académie des Sciences à Paris, et cette Soc: té savante a inséré dans ses Mémoires les observations faites à Québec par le P. Bressani sur une éclipse de lune.
2 Gal. vi, 17.