‹ Les jetons de l'échevinage parisien;Chapitre 170 sur 231 · EXTRAITS DU MERCURE · texte numérisé non relu

EXTRAITS DU MERCURE

1G8II ( jaiiviur). JETONS '2).

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. '' Le /l/firî/re date de 1G72. Il [lariil d'abord avec ré[)itbète de galanl, soit parce que le goût du temps était à la galanterie, soit parce que l'éditeur de ce périodique feignait d'adresser à une dame les nouvelles qu'il recueillait pour le public. H conserva cette qualilicntion jusqu'en 171^-171 5.

La mort do Louis \I\ et les désastres dont elle l'ut précédée semblent avoir rappelé à des idées plus graves les écrivains qui participaient à la rédaction de ce recueil. On voit bien paraître encore. en 1715-1716, un Nouveau Mercure galant ; mais en 1717 ce n'est plus que le Nouveau Mercure, sans aucune galanterie , puis le Mercure tout court, le Mercure de France et le Mercure français.

Les premiers rédacteurs du recueil ont élé Donneau de Vizé et Cliarles Rivière du Fresny; les derniers furent La Harpe, Marnioiitol, Frainery et Mallet du Pan.

Parmi les nouvelles que répandait le Mercure, figurent, avec des détails fort intéressants, l'annonce et la description des jetons qu'on frappait à Paris dans les premiers mois de cbaque année. Le sujet de ces petits monuments métalliques, face et revers, les représentations emblématiques qu'on y plaçait, l'invention ou l'adaptation des devises, les allusions à chei'cber, les événements contemporains à rappeler symboliquement, les noms des graveurs et des auteurs de légendes à faire connaître au public, tout devenait, à cette époque paisible et lettrée, matière à curiosité intelligente. Les jetons étaient la grande nouveauté de l'année; ils partageaient la

vogue des étrennes, des pièces nouvelles, et ils leur ont survécu.

Dans les extraits que nous donnons, on remarquera que les jetons municipaux occupent une des dernières places. Nous aurions pu négliger les autres; mais c'eût été réduire nos citations à trèspeu de cbose et enlever aux descriptions du Mercure une grande partie de leur intérêt. Il nous a semblé préférable de reproduire l'ensemble des informations publiées par les rédacteurs de ce recueil.

Les autres périodiques du temps, quoique fort au courant des choses littéraires et artistiques , disent tiès-peu de choses des jetons; la Gazette de Hollande n'en parle pas; le Journal de Verdun, rédigé par Bonamy, historiographe et bibliothécaire delà Ville, les mentionne î» peine ; les Mémoires de l'Académie des inscriptions ne s'en occupent qu'au point de vue du texte des devises et légendes. Notre seconde série de pièces justificatives comprend donc presque exclusivement des extraits faits au Mercure, entre les années 1680 et 1768. A partir de cette dernière époque, il n'en est plus question dans le recueil; des préoccupations d'un autre ordre s'imposent au public et relèguent les jetons au second plan.

Le lecteur voudra bien remarquer que les collections complètes du Mercure sont devenues extrêmement rares, et que les reproductions de ce genre sont presque de l'inédit. — i..m. t.

'*' A ce numéro du Mercure est jointe une planche gravée , portant ce litre : Jeltons de l'année 1 680 , arec la médaille de la paix.

fait graver. Elle est assez curieuse pour me donner lieu de croire que vous en verrez toutes ies devises avec plaisir.

La me'daille fpii est au milieu, avec son revers, a esté faite pour Sa Majesté à l'occasion de la Paix. Tout ce (|ui environne cette médaille mar(jue ies jetions de Tannée 1680, où nous commençons d'entrer. \ous sçavez. Madame, qu'on en fait de nouveaux d'or et d'argent tous les ans et qu'il s'en distribue beaucoup de bourses aux principaux officiers des maisons royales. Celuy qui a la direction de la Monnoye y fait travailler. C'est un employ qui ne se donne jamais qu'à un liabile homme. Vous jugez bien qu'il doit estre particulièrement consommé dans la connoissance des médailles. Les sujets de ces jettons sont tous inventez par des personnes choisies, et, comme on ne peut trop bien exécuter ces sortes d'ouvrages, on y employé les plus excellens graveurs. Le nombre en est grand en France depuis qu'on prend soin d'y cultiver les beaux arts. Je n'ay mis icy que les revers des jettons dont le portrait du Roy fait la face droite, non seulement à cause que je l'ay déjà fait graver en d'autres planches, mais parce que vous l'allez trouver très-ressemblant dans la grande médaille de la paix qui est au milieu de celle-cy. En voicy l'explication dans l'ordre des chifres:

Face droite de la médaille de la paix faite à la gloire du Roy. On y voit le portrait de Sa Majesté.

Revers de celle médaille. Elle a esté dessinée par M. Le Brun''', qui en avoil reçeu l'ordre de M. Colberl et qui l'a remise entre les mains de M. Cheron pour la graver. Le Roy y est peint avant le manteau royal, et armé dessous. Il est assis sur un cube et tient un baslon de commandement d'une main et de l'autre une couronne d'olivier qu'il pose sur le globe de la terre que la Victoire vient lui offrir, le tout accompagné de ces mots: ORBIS PACATORI. Cet habillement, moitié de guerre et moitié de paix, montre que le Roy estoit disposé à l'une et à l'autre. Le cube qui lui sert de siège marque la constance de ses résolutions. Comme il pouvoit conquérir toute la (erre, il n'est pas surprenant que la Victoire luy en vienne offrir le globe, mais il l'est beaucoup qu'en |)osant dessus une couronne d'olivier, il fasse connoistre que le repos de l'Europe lui (>st plus cher que tous les avantages qui luy estoient seùrs par la cunlinuation de la guerre.

M. Charpentier '-\ de rAcadémie l'rançoise, est l'inventeur de cette médaille. C'est luy (]ui a fait la plupart de celles qui sont pour le Roy. Je vous en ay déjà envoyé plusieurs de luy; mais, cnmme je ne sçavois pas (pi'il ies eust faites, parce qu'il ne clierche point à estre connu, je ne vous l'ay point nommé. Ce (ju'il y a de lacheux, c'est qu'il s'est glissé des fautes dans quelquesunes et qu'il les en auroit purgées, si j'avois pu eu conférer avec luy. Cela ne fait rien contre sa gloire, ses ouvrages répondant et de la justesse de ses pensées et de la solidité de son esprit.

'"' Il s'agit ici du fameux peintic Le Brun, né à s'éleva au sujet des anciens et des modernes. Il

Paris en 1619 et mort en 1690. soutint, contre ceux-là mêmes qu'on aurait pu op-

'"' Charpentier (François) était né à Paris en poser aux anciens, la prééminence des modernes, et

iGao; il mourut n l'âge de 8-! ans. Il fut nonnné publia, pour défendre son opinion, des pamphlets

membre de fAcadémie française, eu iG5i, et, lors qui lui attirèrent les épigrammes de Boileau. Outre

de la fondation de fAcadémie des inscriptions, Col- ies nombreuses devises qu'il composa pour les mé-

heii le plaça à la tète de cette institution nouvelle. dailles et pour les jetons, il publia une traduction

Charpentier [irit part à la fameuse querelle (pii de \a Cyropédie ei une Vie de Sacrale.

Tdiilcs les devises (jiie vous allez voir sont employées dans les jetions (jui ont esté faits cette année.

Pour le trésor royal.

l'n soleil (jui ('claire la terre de ses ravons, avec ces mots :

Dl l'AT INEXAVSTVS (sic).

Le inesnie M. Cliéion a [;i'avé cette devise dont l'invention esldeue à M. Quinaiil'''. Le soleil, sans qu'il s'épuise jamais, répand ses rayons sur la terre pour l'enricliir. C'est la figure du Roy qu'on peut regarder comme une source inépuisable de biens qu'il l'ail conlinuellenienl couler sur ses sujets. C'est aussi une image du trésor royal, qui, sans s'esire jamais épuisé, distrijjue incessamment de grandes sommes qui se répandent ensuite dans toute la France.

Pour les bastimens.

Un diamant, avec ces paroles:

AKGViT AVTHOREM SPLENDOK.

Celte devise, gravée par M. Rottier, qui est ce bon graveur tiré d'Angleterre, est de M. Tallemant(2) le jeune. Le diamant est formé par le soleil dans les entrailles de la terre, et il jette un feu si beau, qu'on connaît bien que tant de brillant ne sçauroit venir que de ce bel astre. Le rapport en est fort juste avec les bastimens que le Roy fait faire. Ils sont d'une magnificence qui ne peut partir que d'un prince aussi puissant et aussi somptueux en toutes choses que Lotis le

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