‹ Les jetons de l'échevinage parisien;Chapitre 7 sur 231 · XXIV INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS

rrcompte. Fait au Conseil du Roy tenu à Paris, le 27 septembre i^Cfli.

''Signe FAYET-Ti

M. Perraut, président à la Chambre des comptes, mort en 1681, fonda, par un testament, en me'moire de Henri II, prince de Conde', un service solennel qui devait être suivi d'une oraison funèbre. Il flt en même temps les fonds ne'cessaires à la fourniture annuelle de quatre bourses de jetons, de quatre-vingts livres chacune, qui seraient données, trois aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu assistant au service, et la quatrième au prédicateur ayant |)rononcé l'oraison funèbre'*'. Des jetons spéciaux ont été frappés pour cette fondation.

En 17/17, M. Le Normand de Tournehem, directeur général des bâtiments, chargea les membres de lAcadémie de peinture s'occupant d'histoire de faire chacun, pour le roi, un tableau dont le sujet leur fut laissé. A cette occasion, il envoya six médailles dor et six bourses de jetons destinées aux artistes qui auraient été jugés avoir le mieux réussi. Les académiciens ne voulurent pas faire de choix et se partagèrent cet envoi '^'.

Nicolas de la Pinte de Livry, chanoine prémontré, évêque in partibus de Callinique, coadjuteur de Màcon, avait fait de nombreux dons à la bibliothèque de la Ville de Paris; il avait, en outre, laissé au bibliothécaire une somme de six cents livres destinée à lacquisition d'ouvrages sur l'histoire naturelle. Le Bureau de la Ville, désireux de reconnaître ces libéralités, décida . par délibération du i'^'" février 1787, qu'il serait écrit à l'évèque et qu'il lui serait fait hommage d'une bourse de jetons. Le prélat, ainsi qu'il résulte de sa lettre du 9 1 mars suivant, considéra ce présent comme très-flatteur'^'.

On remplaçait quelquefois par des jetons certaines distributions auparavant faites en nature. Ainsi les conseillers de ville, à Paris, jouissaient, dès avant 1637, du droit d'hypocras, épices, torches, cierges et bougies. A une époque qui n'est pas précisée, entre 1 58 1 et 1 583 , suivant toute apparence,

''' Mercure, avril 1681, p. 364. — ■'' Mercure, octobre 1747, [)• 122. — '' Inlroduclioii à l'histoire générale de Paris, p. 19a.

INTRODUCTIO\ À L'ÉTUDE DES JETONS. xxv

il lui (k'ci(l('' (|iu,' le droit d'iiypocras et d'e'pices seulement serait ieni|tlacé par un demi-cenl do jetons d"arj;ent, du |)oids de dix onces, cpii, le premier jour de lannee, serait délivré aux conseillers, avec une bourse de velours vert'*'. L'hvpocras, qui était du vin préparé avec du miel et des aromates'^*, se distribuait aux Prévôt des Marchands, Echevins et autres membres du linreau , ainsi qu'aux conseillers de ville et quarteniers, six fois par année, aux é|)oques suivantes : Toussaint, Saint-Martin, Noël, Rois, Cdutndeleur et Carême-prenant''^'.

Par une conséquence naturelle de cet ordre d'idées, le Bureau delà Ville décida, le ai août lôyq, qu'il serait alloué vingt-cinq jetons à chacun des quarteniers qui réclamaient la jouissance de certains droits''''.

Dans quelques circonstances, comme on va le voir, la remise de jetons semble devoir être considérée comme une sorte dhommage prenant sa source dans les anciens usages féodaux.

Chaque année, les secrétaires du roi donnaient au chancelier une bourse de jetons, le jour de la Saint-Jean-Porte-Latine (6 mai). Cette bourse fut présentée à Louis XV, pendant tout le temps qu'il tint les sceaux lui-même'^'.

L'ordre de Saint-Louis olfrait une bourse au roi lorsque cet ordre rendait ses comptes; en 1762, cet hommage fut également fait au dauphin''''.

La Société royale de médecine de Paris présentait au roi les volumes de ses Mémoires, aussitôt qu'ils paraissaient; elle lui remettait en même temps, comme protecteur et fondateur de l'établisement, un jeton d'or'^'.

La délivrance de jetons constituait parfois un véritable droit de bienvenue, ainsi que l'établissent les exemples suivants :

A Paris, dans le siècle dernier, le quartenier entrant était tenu de remettre

' Du Breul, Le Tlicc'itre des antiquité: de Paris, '' Le Fîoux de Lincy, op. cit. i" partie, p. 167.

loc. cit. '* Mercure, juin 17.57, 11° volume, p. 189.

- Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie privée "' Mercure, a\vi\ 175a, p. 188.

des Français , Vark , 1 8i5, t. Ill, p. 66. '' Ponceiin de la Roche-Tilhac , Mémorial de

<'' Sauvai, 0]). cit. t. 111, p. 633. l'Europe, 178.5.

,,vi INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS,

cent cinquante jetons au doyen, et cent seulement à chacun de ses autres confrères; en outre, le jour de la Saint-Laurent (lo août), il devait faire une seconde distribution de jetons, s'élevant, pour le doyen , à soixante et douze, et, pour les autres, à soixante. Il faut signaler ici une habitude singulière qui s'était introduite dans la compagnie : celui qui se mariait devait, comme droit de chevet, une bourse de vingt jetons à chacun de ses collègues. Ces bourses remplaçaient un repas qui avait e'té supprime' '^'.

Lors de leur réception, les monnayeurs, ajusteurs et tailleresses de la monnaie de Paris distribuaient des jetons à tous les membres de la compagnie; pour les premiers, cette distribution s'étendait aux directeurs général et particulier, aux juges-gardes et aux greffiers de la Cour'-'.

Comme moyen de stimuler Tesprit d'exactitude, les jetons ont été employés dans les diverses sociétés savantes: Académies française, des sciences, de chirurgie, ainsi que dans plusieurs assemblées. A chaque séance, un exemplaire était remis aux membres présents; quelquefois même les assistants se partageaient les jetons destinés aux absents : aussi Ton avait donné le nom de jelonniers aux académiciens qui se faisaient remarquer par leur assiduité aux réunions. Cet usage s'est continué jusqu'à nos jours, pour la plupart des sociétés savantes. 11 est également suivi par les sociétés industrielles, où souvent le jeton a une valeur fictive assez élevée. Il est aussi prati(jué par les administrations, surtout pour les commissions qui renferment dans leur sein des personnes étrangères au service.

Les jetons des corporations de métiers étaient essentiellement rémunératoires. Les aspirants à la maîtrise, devant justifier de leur capacité, étaient astreints à passer un examen et même à exécuter un travail, qui portail généralement le nom de chef-d'œuvre. 11 parut, dès lors, convenable d'allouer une indemnité aux membres de la corporation chargés de la réception, parce qu'ils devaient nécessairement y consacrer un temps assez long.

L'indemnité se payait en argent, ou en jetons, quelquefois sous les deux formes à la fois.

''' Le Roux de Lincy, op. cit. i" [larlie, p. ao3. — '' Trnilé ilcs moimoies, -2' volume, p. 317.

INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS. xwi.

Parfois aussi dos jetons étaient donne's aux maîtres présents, lors des assemblées qui a\ aient lion dans linlérôt de la communauté.

Nous ne croyons pas devoir passer sous silence une série de pièces qui uo s'expliquent guère à première vue, et qui, sans être des jetons proprement dits, rentrent cependant, jusqu'à un certain point, dans cette catégorie, an moins comme apparence.

Les fruitiers de Paris désignaient les lots de beurre, œufs et fromages, qu'ils achetaient sur les halles d'approvisionnement, au moyen de marques arbitraires, pièces de monnaie, jetons, etc. Il résultait plus d'un inconvénient de cette habitude, car la même marque pouvait être employée par diverses personnes. L'administration pensa, dès lors, que, dans l'intérêt du bon ordre, il convenait de roglomentor ce service. Une ordonnance de police du i t avril 1698*'' disposa, en conséquence, que tous les maîtres fruitiers mettraient, sur chacun des paniers et parts qui leur écherraient, une marque de cuivre égale , où seraient inscrites les deux premières lettres de leur nom ; elle interdit en même temps l'usage de tout autre signe distinctif, sous peine de perle du lotissement et de cent livres d'amende. Plus tard, une note, mise à la suite dune sentence de police du 9 mars 1708, modifia cette mesure : elle prévint ceux qui voudraient acheter, sur le carreau, du beurre et d'autres denrées, de se munir, pour le lotissement, de pièces de cuivre de la largeur d'une pièce de 18 sous, un peu plus épaisse, portant, d'un côté, le nom du maître et, de l'autre, l'année.

Les pièces fabriquées pour satisfaire à ces dispositions sont tantôt frappées , tantôt gravées au burin, tantôt marquées au moyen de poinçons. Leur usage a été reconnu si commode, qu'il est encore en pratique aujourd'hui sur les marchés en gros.

En dehors des données générales qui précèdent, il est un point sur lequel

'' DRlaraare, oj). cil. (. II, p. 989.

xxvm INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS.

nous ne croyons pas inutile de dire quelques mots : il s'agit du mode à suivre

pour la description des jetons.

En décrivant une médaille grecque ou romaine, on dit que la tète dont elle est empreinte est tournée à droite, par exemple, quand elle est tournée vers la droite de la personne qui la regarde.

Cette méthode, qui, naturellement, s'est étendue à tous les monuments métalliques, ne devrait pas, à notre sens, être appliquée à des pièces chargées fréquemment de la représentation d'armoiries. En effet, pour l'héraldiste, l'écu est, en réalité, un personnage animé, dont la droite fait face à la gauche de son vis-à-vis. Cette manière d'envisager la position relative des choses, qui est une des règles fondamentales du blason, nous semble devoir être rigoureusement suivie lorsqu'il s'agit de jetons. N'est-il pas, en effet, quelque peu singulier d'employer le mot droite, ou dextre, dans un sens tout à fait opposé, suivant que l'on décrit la face d'une pièce portant une effigie, ou son revers empreint d'un écusson armorié? Ne peut-il pas résulter de ce système des erreurs, des ambiguïtés toujours fâcheuses? En conséquence, pour la description des jetons, nous proposerons d'employer, exclusivement, dans le sens héraldique les mots droite et gauche. Ce système, que nous avons mis en avant il y a longtemps déjà, a été accueilli par plus d'un collectionneur.

Malgré la longueur qu'on lui reprochera peut-être, ce travail est encore bien incomplet. En effet les diverses questions qu'il soulève sont loin d'être toutes résolues; elles appellent donc l'attention des hommes sérieux et se recommandent d'elles-mêmes aux recherches des érudits.

A. d'AkFIIV 1)1- L\ Mo^'NOVE.

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