‹ Les jetons de l'échevinage parisien; documents pour servir à une histoire métallique du bureau de la ville et de diverses institutions parisiennes, recueillis par feu A. d'Affry de la Monnoye, avec une table analytique et deux séries de pièces justificatives réunies, coordonnées et annotées par le Service historique de la ville de ParisChapitre 149 sur 208 · EXTRAITS DU MERCURE · texte numérisé non relu

EXTRAITS DU MERCURE

1680 (janvior).

JETONS"-'

. . Je ne puis mV'loigiu'r de cette matière sans vous faire part d'une pianrli(> que j'ay

''' Le Mercure dale de tCya. Il parut d'abord avec l'épitliète de gahiil, soit parce que le goût du temps était €i la galanterie, soit parce que l'éditeur de ce périodique feignait d'adresser à une dame les nouvelles qu'il recueillait pour le public. Il conserva cette qualification jusqu'en 1714-1715.

La mort de Louis \1V et les désastres dont elle l'ut précédée semblent avoir rappelé à des idées plus graves les écrivains qui participaient à la rédaction de ce recueil. On voit bien paraître encore, en 1716-1716, un Nouveau Mercure galant ; mais en 1717 ce n'est plus que le Nouveau Mercure, sans aucune galanterie , puis le Mercure tout court, le Mercure de France ol le Mercure français.

Les premiers rédacteurs du recueil ont été Donneau de Vizé et Charles Rivière du Fiesny; les derniers furent La Harpe, Marniontel, Franiery et Mallet du Pan.

Parmi les nouvelles que répandait le Mercure, ligurent, avec des détails fort intéressants, l'annonce et la description des jetons qu'on frappait à Paris dans les premiers mois de cliaque année. Le sujet de ces petits monuments métalliques, face et revers, les représentations emblématiques qu'on y plaçait, l'invention ou l'adaptation des devises, les allusions à chercher, les événements contemporains à rappeler symboliquement, les noms des graveurs et des auteurs de légendes à faire connaître au public, tout devenait, à cette époque paisible et lettrée, matière à curiosité intelligente. Les jetons étaient la grande nouveauté de l'année; ils partageaient la

vogue des étrennes, des pièces nouvelles, et ils leui ont survécu.

Dans les extraits que nous donnons, on remarquera que les jetons municipaux occupent une des dernières places. Nous aurions pu négliger les autres; mais c'eût été réduire nos citations à trèspeu de chose et enlever aux descriptions du Mercure une grande partie de leur intérêt. Il nous a semblé préférable de reproduire l'ensemble des informations publiées par les rédacteurs de ce recueil.

Les autres périodiques du temps , quoique fort au courant des choses littéraires et artistiques , disent très-peu de choses des jetons; la Gazette de Hollande n'en parle pas; le Journal de Verdun, rédigé par Bonamy, historiographe et bibliothécaire delà Ville, les mentiomie à peine; les Mémoires de l'Académie des inscriptions ne s'en occupent qu'au point de vue du texte des devises et légendes. Notre seconde série de pièces justificatives comprend donc presque exclusivement des extraits faits au Mercure, entre les années 1680 et 1758. A partir de cette dernière époque, il n'en est plus question dans le recueil; des préoccupations tl'un autre ordre s'imposent au public et relèguent les jetons au second plan.

Le lecteur voudra bien remarquer que les collections complètes du Mercure sont devenues extrêmement rai-es, et que les reproductions de ce genre sont presque de l'inédit. — l.m. t.

'^' A ce numéro du Mercure est jointe une planche gravée, portant ce titre: Jettons de l'année 1680, avec la médaille de la iiaix.

i)92 LES JETONS DE L'ECHEVINAGE PAUISIEN.

fait graver. Elle est assez curieuse pour uie donner lieu de croire que vous en verrez toutes les

devises avec plaisir.

La me'daille qui est au milieu, avec son revers, a esté faite pour Sa Majesté à l'occasion de la Paix. Tout ce qui environne cette médaille marque les jetions de l'année 1680, oîi nous commençons d'entrer. \ous sçavez. Madame, qu'on en fait de nouveaux d'or et d'argent tous les ans et qu'il s'en distribue beaucoup de bourses aux principaux officiers des maisons royales. Celuv qui a la direction de la Monnoye y fait travailler. C'est un empioy qui ne se donne jamais qu'à un habile homme Vous jugez bien qu'il doit estre particulièrement consommé dans la connoissance des médailles. Les sujets de ces jetions sont tous inventez par des personnes choisies, et, comme on ne peut trop bien e\('cuter ces sortes d'ouvrages, on y employé les plus excellens graveurs. Le nombre eu est grand en France depuis qu'on jirend soin d'y cultiver les beaux arts. Je n'ay mis icy que les revers des jettons dont le porliail du Roy fait la face droite, non seulement à cause que je l'av déjà fait graver en d'autres planches, mais parce que vous l'allez trouver très-ressendjlant dans la grande médaille de la ]iai\ (pii est au milieu de ceile-cy. En voicv l'explication dans l'ordre des cliifres :

Face droite de la méilaille de la jjaix faite à la gloire du Pioy. On y voit le portrait de Sa Majesté.

Revers de cette médaille. Elle a esté dessini'c par M. Le Brun ' , (pii en avoil reçeu l'ordre de M. Colbert et qui l'a remise entre les mains de M. Cheron pour la graver. Le Roy y est peint ayant le manteau roval, et armé dessous. Il est assis sur un cube et tient un baslon de commandement d'une main et de l'autre une couronne d'olivier qu'il pose sur le globe de la terre que la Victoire vient lui ofl'rir, le tout accompagné de ces mots: ORBIS PACATORI. Cet liabillemenl, moitié de guerre et moitié de paix, montre que le Roy esloit disposé à l'une et à l'autre. Le cube qui lui sert de siège mai'que la constance de ses résolutions. Comme il pouvoit conquérir toute la terre, il n'est pas surprenant ([ue la Victoire luy eu vienne ollVir le globe, mais il l'est beaucoup qu'en posant dessus une couronne d'olivier, il fasse connoistre que le repos de rEuro|)e lui est plus cher que tous les avantages qui luy estoient seiirs par la continuation de la guerre.

M. Charpentier -', de l'Académie IVançoise, est l'inventeur de cette médaille. C'est luy (jui a fait la plupart de celles ([ui sont pour le Roy. Je vous en ay déjà envoyé plusieurs de luy; mais, comme je ne scavois |)as qu'il les eusl laites, parce qu'il ne cherche point à estre connu, je ne vous l'ay point nommé. Ce qu'il y a de fâcheux, c'est qu'il s'est glissé des fautes dans quelquesunes et qu'il les en auroit purgées, si j'avois pu en conférer avec luy. Cela ne fait rien contre sa gloire, ses ouvrages répondant et de la justesse de ses pensées et de la solidité de son esprit.

''' Il s'ngit ici du faiiieux peintre Le Brun, né à s'éleva au sujet des anciens et des modernes. Il

Paris en 1619 et niorl en 1690. soutint, contre ceux-là mêmes qu'on aurait pu op-

"' Charpentier (Franrois) était né à Paris en poser aux anciens, la prééminence des uiodeines, el

iGrto: il mourut à l'âge de 8a ans. Il fut nommé publia, pour défendre son o[)inion, des pamphlets

membre de fAcadémie française , en 1 G5 1 , et, lors qui Jui attirèrent les épigrammes de Boileau. Outre

de la fondation de fAcadémie des inscriptions. Col- les nombreuses devises qu'il composa pour les nié-

bert le plara à la tête de celte institution nou\elle. dailles et pour les jetons, il publia une traduction

CharpentiiT piil part à la fameuse querelle qui de. la Ci/ropédic el une Vie de Sacrale.

Toutes les devises que vous allez voir sont eniploye'es dans les jeltons qui ont esté faits cette année.

Pour le trésor royal.

Un soleil qui éclaire la terre de ses rayons, avec ces mots :

DITAT INEXAVSTVS (>■«•).

Le mesme M. Cliéion a gravé cette devise dont l'invention est deue à M. Quinaut'". Le soleil , sans qu'il s'épuise jamais, répand ses rayons sur la terre pour Tenricliir. C'est la ligure du Roy qu'on peut regarder comme une source inépuisable de biens qu'il fait continuellement couler sur ses sujets. C'est aussi une image du trésor royal, qui, sans s'estre jamais épuisé, distribue incessamment de grandes sommes qui se répandent ensuite dans toute la France.

Poin LES BASTIMESS.

Un diamant, avec ces pai'oles :

ARGVIT AVTHOREM SPLENDOR.

Cette devise, gravée par M. Rottier, (pii est ce bon graveur tiré d'Angleterre, est de AI. Tallemanl('-l ie jeune. Le diamant est formé par le soleil dans les entrailles de la terre, et il jette un feu si beau, qu'on connaît bien (jue tant de brillant ne sçauroit venir que de ce bel astre. Le rapport en est fort juste avec les basliuiens que le Roy fait faire. Us sont d'une magnificence qui ne peut partir que d'un prince aussi puissant et aussi somptueux en toutes choses que Louis le (!r\M).

Pour les revenus casuels.

Un cerf avec son bois fort petit, parce qu'il ne commence encore qu'à pousser, ayant à ses pieds le vieux bois qu'il a quitté et ces mots pour àme

H(EC VIRES JACTVRA NOVAT.

Comme le cerf acquiert de nouvelles forces lorsqu'il se défait de son vieux bois pour en reprendre un nouveau, de même l'officier qui paye le droit annuel est assuré de ne point perdre sa cbarge et la renouvelle ainsi tous les ans. La devise est de M. Perraut'^), de rAca(l('niic IVançoise, et elle a esté gravée par AI. Loire.

': Ouinault (Philippe), célèbre poëte français, déon Tallemand des Réaux, né en iGia, mourut naquit en i635 et mourut en 1688. Nous n'avons en 171a. Membre de l'Académie franvaise et de pas à parler ici de ses ouvrages. Reçu à l'Académie l'Académie des inscriptions, dont il fut longtemps française en 1670, il fut choisi par Colbert pour le secrétaire, il composa un grand nombre de défaire partie de l'Académie des inscriptions, lors de vises pour médailles et jetons. On lui doit, entre sa fondation. outres ouvrages, une Histoire de Louin XI], par

''' L'abbé Tallemant (Paul), dit le jeune, pour les médailles, publiée en 1702. le distinguer de ses deux cousins, François et Gé- '' Charles Perrault, né en iGa8, frère du ce-

294 LES JETONS DE LECHEVINAGE PARISIEX.

PoiR LA MARINE.

La ])oussolc, qui isl le corps de la face droite de cette devise, a esté trouve'e par M. Taiiemaiil le jeune avec ces mois qui iuy servent d'àme :

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