‹ Les jeunes croyancesChapitre 13 sur 35 · PROMENADE · texte numérisé non relu

PROMENADE

Nous qui croyons souffrir, songeons à la souffrance De ceux qui vivent seuls, sans même une espérance, Et qui mourront tout seuls; Regardons les méchants et ceux de qui la vie N'a d'autre but que d'être à jamais asservie Aux choses dont la mort fait les vers des linceuls !

Vois les hommes des champs ; vois les hommes des villes : Les combats étrangers ou les guerres civiles Déchirer leurs esprits;

Promenade. S7

Jette un profond regard sur Thistoire profonde, Et devant les forfaits entrevus sous cette onde, Dis-moi ce que ressent ton pauvre cœur surpris.

Après avoir sondé toutes ces noires choses, Regarde, là, tout près, les fleurs blanches ou roses

Sourire au grand ciel bleu ; L'arbre étend ses longs bras, lorsque avec toi je passe, Pour nous bénir, et Dieu rayonne dans l'espace. Car l'arbre nous connaît et nous connaissons Dieu !

Amie, et délivrés de la ville lointaine

Dont le bruit nous arrive ainsi qu'un bruit de chaîne,

Essuie enfin tes pleurs !

Vois : la brise s'endort; l'eau paisible s'écoule ; Est-il bonheur plus grand que d'oublier la foule, D'être aimé des oiseaux, et d'être aimé des fleurs?

Toulon, 18-19 janvier 1866.

VTXH.

Pour le Papillon et TAme La Grèce avait un seul nom ; O poëtes ! je proclame Que la Grèce avait raison.

L*Ame et Tinsecte ont des ailes Pour fuir la terre et le mal ; Ces deux Psychés ont en elles Un introuvable idéal.

Tvx:q 59

Leur inconstance suprême , Leur course de fleur en fleur, C'est la constance elle-même Courant après le bonheur.

Toutes deux n'ont qu'une essence...

Dieu, l'ayant fait de sa main, Souffla l'âme et l'existence Au père du genre humain.

Un peu de l'haleine douce, De l'haleine du Seigneur, Toucha, dans l'herbe et la mousse, La corolle d'une fleur.

Or, tout à coup, la corolle S'est émue, et, vers les cieux, Palpitante, elle s'envole.

Blanc papillon radieux ;

6o Les Jeunes Croyances,

Car rÉden parmi les branches Des profonds pommiers tremblants, N'ayant que des âmes blanches, N'eut que des papillons blancs.

Mais, depuis le péché d'Eve, Dans les clartés de Téther Nul papillon ne s'élève Qu'il n'ait rampé comme un ver.

O mystère 1 Eve et sa pomme Rejettent loin du ciel bleu, Dans la chrysalide et l'homme, Yu;<yi, le souffle de Dieu!

6 septembre 1866.

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