‹ Les jeunes croyancesChapitre 14 sur 35 · A NOTRE CRI-GRI MORT · texte numérisé non relu

A NOTRE CRI-GRI MORT

Vraie image du vrai poëte, Tous les soirsy mon petit grillon, Tu nous chantais ta chansonnette Parmi les fleurs de ce balcon.

Tu voulais, pour parler, cette heure Où rhomme se tait, où Dieu luit, Car toute voix douce est meilleure Quand on l'écoute dans la nuit.

J'emprisonnais ta fantaisie Dans une cage, loin des champs ; Il te restait la Poésie :

Ton bonheur était dans tes chants.

Mais un jour on brisa tes ailes, Tes ailes où vibrait ta voix Et pétillaient en étincelles Tes vives gaîtés d'autrefois!...

Quand il n'a plus de tâche à faire, Le poète, vaincu du sort, Pour l'infini quitte la terre!... .

Pauvre Cri-cri! te voilà mort !

Toulon, 20 juin 1866.

sje

De tout temps mes amours furent des songes vagues *, Je n'ai causé tout bas qu'aux nj'mphes, dans les bois, Et, sur le bord des mers, ces sirèqes, les vagues, Me font seules vibrer aux accords de leur vois.

Mon âme est fiancée à l'humble solitude :

Son chaste baiser plaît à mon front sérieus; Je connais de profonds ombrages où l'étude A des charmes plus doux pour l'esprit et les yeux.

Je suis Tamant rêveur des récifs et des grèves, L'insatiable amant du grand ciel inconnu ; Je ne retrouverai la vierge de mes rêves Qu'en rimmortel pays d*où mon cœur est venu.

La vertu de Tamour, Thomme en a fait un crime ! Je ne veux pas aimer comme on aime ici-bas, Et ce cœur, façonné pour un élan sublime, Tant qu'il pourra monter ne se posera pas !

J*ai pourtant vu passer dans le vol de mes stances

De blanches visions, filles de mon désir,

Mais je n'aime d'amour que mes jeunes croyances :

Espoir dans le printemps, et foi dans l'avenir l

J'ai dit aux bons vents Qui heurtent ma porte ; " Bien loin des vivants Qu'un souffle m'emporte! "

J'ai dit au soleil :

o Idéale flamme, Astre du réveil, Aspire mon âme! "

6B Les Jeunes Croyances,

Tout m'a fait défaut, Vent et feu célestes...

Pour monter là-haut, Amour, tu me restes I

Page 1