SAUTS PÉRILLEUX
A PAuteur des Misérables.
C'était un saltimbanque leste !
Sa vie était un carnaval ; Son costume d*un bleu céleste Scintillait d'astres en métal.
Il avait le poing sur la hanche.
Sa Colombine, verte et blanche, L'admirait d'un air orgueilleux; Mais sa paupière était baissée.
gS Les Jeunes Croyances.
Et Ton eût dit qu'une pensée Germait en larmes dans ses yeux 1
Jamais, dans les plus grandes fêtes, Boufifon ne s'éleva si haut ; Il faisait se dresser les têtes Vers le ciel, à son moindre saut !
Sur sa joue amaigrie et blême.
Sous son rire blafard qu'on aime.
Sauvage, perçait la douleur ; Il contenait dans sa poitrine Toute une tristesse divine :
Il souffrait, lui, le bateleur l
Allons 1 le spectateur trépigne 1 Allons I gai pantin, en avant!
Et si tu veux manger, sois digne De ton voisin le chien savant!
Sauts périlleux. 99
Âh I si Ton connaissait les causes !
Si Ton pouvait de toutes choses Voir le fond à travers la nuit !
Savons-nous où plane ton âme?
Sur ces tremplins où Ton t'acclame, Savons-nous ce qui t'a conduit ?
Bah 1 qu'importe à la multitude?
Fais-la rire, même en pleurant ; Dans une grotesque attitude, C'est drôle un visage navrant !
Il vient, il bondit, il s'enUve !
Sa douleur, à lui, n'est qu'un rêve !
Plus que jamais leste et hardi, Du haut de sa corde tendue Feignant une chute éperdue, Le saltimbanque est applaudi !
loo Les Jeunes Croyances.
Comme il roule à travers l'espace !
Comme il est gracieux et fort!...
Mais tout à coup la corde casse, Et Ton relève un homme mort.
Toulon, 8 juillet 1866.
Que voulez-vous que je vous dise ?
Cela vous coûterait bien peu, De délaisser enfin l'Église Et de vous rapprocher de Dieu.
Vous écrasez les grandes choses Sous un niveau matériel, Sans baisser les yeux vers les roses, Sans les élever jusqu'au ciel !
Vous inventez des saintes vierges, Tout en marchant dans l'impudeur ; Vous portez à la main des cierges, Et la nuit noire au fond du cœur.
Si vous le vouliez bien, mes frères, Ancrés dans la félicité, Vous abdiqueriez vos colères Pour la simple fraternité !
L'Humanité, blanche et nouvelle.
Dresserait un front triomphant...
Sous Tazur, clémence éternelle, Nul ne gronderait un enfant !
Les enfants auraient tous des mères ; Ils pourraient se chérir entre eux.
Sans se mêler à des misères, Sans ternir le ciel de leurs yeux !
Que voulez-vous que je vous dise? io3
Les enfants feraient leur murmure Comme les oiseaux et les vents ; La mystérieuse Nature Serait comprise des vivants.
Je vous le dis ; moi, je vous aime, Frères, je voudrais vous voir tous Debout dans un amour suprême, Jamais humbles, mais bons et doux !
Non ! rhomme rampe dans la fange, Lui qui pourrait, juste et béni, Entr'ouvrir ses deux ailes d'ange, Et s'élancer dans Tinfîni!
Toulon, 5 mai 1866.
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