‹ Les jeunes croyancesChapitre 24 sur 35 · A LAMARTINE · texte numérisé non relu

A LAMARTINE

Le temps heureux n'est plus où rayonnait la Grèce, Où Périclès vivait, étoile du plein jour ! Où les peuples, ardents de force et de jeunesse, Voyant un Dieu partout, sentaient partout Tamour !

Le temps, le temps est mort des couronnes civiques, Où Ton n'oubliait plus le poète vainqueur !

Il est bien mort, ce temps des vieilles républiques Qui payaient largement les cœurs avec le cœur !

A Lamartine, io5

L'orgie en ses festins n'a même plus de roses ! Les âmes sont de cire, et les fleurs de métal ; Des dieux et de Tamour il nous reste deux choses : La pâle indifférence et le désir brutal \

Les jeunes d'aujourd'hui vaudraient-ils ceux d'Athènes? Eux qu'on voit, dédaigneux du juste en cheveux blancs, Récolter ces moissons hâtives de leurs graines : Des nouveau-nés déjà blêmes et tout tremblants !

D'autres l'ont dit : plus rien ne bat dans les poitrines ! Et s'il est quelque part, triste, sur les sommets. Un héros de jadis, meurtri de nos ruines, Et tel que notre temps n'en verra plus jamais !

S'il reste un grand poète et s'il reste un grand homme, O miracle! si grand qu'en un dernier effort, La foule, par hasard, s'en souvienne et le nomme, Un dormeur, réveillé, l'insulte, et se rendort !

io6 Les Jeunes Croyances.

Âh ! comme il faut vouloir, pour garder l'espérance!... Père, des bruits confus sont venus jusqu'à moi ; On a cru t'émouvoir et troubler ton silence, Mais, te sachant trop haut, j'ai répondu pour toi.

Paris, 35 avril 1867.

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