CHARITÉ
Si vous croyez que j'ai Tâme assez abaissée Pour porter vos dédains sans me lever un jour Si vous croyez en moi tuer toute pensée, Et sous la haine froide engloutir mon amour,
Détrompez-vous ! Sans fin je m*élève, je monte !
Pour vous voir par-dessus Tépaule, humiliés,
Moi, je n'ai pas besoin, comme vous, dans la honte,
De me hisser, furtif, sur la pointe des pieds.
5o Les Jeunes Croyances.
Je vais à Tldéal, dans un élan suprême !
Mais vous êtes si bas, je vous en avertis,
Qu'on ne peut parmi vous rester, bien qu'on vous aime,
Ni, lorsqu'on se fait grand, vous faire moins petits.
Toulon.
Il pleut, nous pleurons,... Vive le soleil I Nous sommes le ciel, essayons de luire ; Nous sommes enfants, essayons de rire; Le rire est toujours d*or... ou de vermeil!
D*or ou de vermeil ! on se tient les hanches ; On rit bien fort, mais — on a sa douleur I Hélas! oui, toujours, ma petite sœur, On rit jaune, même avec des dents blanches !
10 août 1866,
Nous sommes deux enfants et nous sommes deux âmes ; Nos cœurs sont enlacés ; nous enlaçons nos mains, Toi, femme aux pleurs bénis, forte parmi les femmes, Moi, sérieux, déjà penché sur les humains.
Nous vivons; nous chantons ; nous faisons notre aumône. Et nous ne demandons qu'à nous aimer, ma sœur. Et dans la route où nulle étoile ne rayonne Nous foulons sous nos pieds les débris du bonheur !
Nous sommes deux enfants, 33
Quoil si jeunes? si tôt? Oui^ les méchants, ma fille, Ont toujours sur les bons versé leur acre fiel:.. Mais moi qui suis tout seul, seul même en ma famille, Je croyais avoir droit aux clémences du ciel I
Je croyais avoir droit aux clémences des hommes, Puisqu'ils ont ici-bas leur libre volonté; Je pensais que plusieurs, sachant ce que nous sommes, Nous donneraient un peu d'amour^ par charité.
Eh bien, non, tous ont vu notre dure souffrance, Ils nous ont entendu sangloter et gémir :
Ils ont passé, riant dans leur indifférence.
Ou de notre douleur se faisant un plaisir I
Ta porte s'çst fermée, et pour moi s'est rouverte ! Sans cela, pèlerin privé de tout secours, On m'eût retrouvé mort dans ma route déserte. Car mon fardeau me pèse, et je marche toujours.
Toi, tu repris la main loyale de ton frère ,
Tu vins rendre une joie au pauvre paria;
En échange il t'offrit sa saignante misère,
Et Tespoir sur nos fronts pour un moment brilla.
Aujourd'hui, tout s'éteint. — La noire multitude Nous insulte et s'en va! Nous, pleins d'un vaste amour, Nous traversons la nuit, sinistre solitude.
Tristes, mais grands et fiers, et meilleurs chaque jour!
2 septembre 1866.