L'ANGE ET L'ENFANT
A M. Franz Grillparzer.
Il lui disait : « Je suis ton frère ; Ne te souvient-il plus des deux?
Leur doux reflet brille en tes yeux :
Tu n'es pas l'enfant de la terre ! »
Et Fange souriait et lui tendait les bras; L'enfant semblait dormir et ne répondait pas.
Les Jeunes Croyant
* Déjà les portes éternelles, Enfant, sont ouvertes pour toi; Viens ; je te donnerai des ailes ; Tu t'envoleras avec moi !
K Bien souvent tu vois dans ton rê' Des rubis, des perles, des fleurs; Pour ne te laisser que des pleurs, Ce vain songe trop tôt s'achève, n
Et l'ange souriait et lui tendait les bras; L'enfant semblait dormir et ne répondait pas.
H Je ne veux pas que tu t"éveilles ; Blond chérubin, remonte aus cieux; Tu retrouveras ces merveilles Dont le songe éblouit tes yeux.
L'Ange et l'Enfant. Sg
<c Viens; tu courras dans les allées, Sur le sable d'un grand jardin; Je te conduirai par la main Jusques aux voûtes étoilées. »
Et range souriait et lui tendait les bras ; L'enfant semblait dormir et ne répondait pas.
<c N'entends-tu pas l'appel des anges?
Va jouer dans le firmament; Sors de la vie et de ses langes Dans les plis de mon vêtement !
« Tu verras des fleurs immortelles, Des diamants dans les ruisseaux , Des fruits d'or, et de blancs oiseaux Qui laissent caresser leurs ailes ! »
Et l'ange souriait et lui tendait les bras ; L'enfant semblait dormir et ne répondait pas.
tt Oh ! que veux-tu que je te donne, Frère, si tu viens avec moi ?
Prends les rayons de ma couronne :
Ces fleurons divins sont à toi.
tt Tu ne sais pas que la souffrance Ici-bas pourrait t'accabler !
Viens, suis-moi : je vais m'envoler...
Pauvre ami, je suis l'Espérance!»
Et l'ange souriait et lui tendait les bras ; L'enfant semblait dormir et ne répondait pas.
« Quoi? tu veux rester sur la terre, Tout seul, jouet de la douleur?
LAnge et V Enfant, 41
Et le ciel t'offrait le bonheur!...
Enfant, dans le ciel est ta mère ! »
Et deux anges fuyaient, heureux, loin d'ici-bas; Et Penfant endormi ne se réveilla pas !
Ntmes, mars 1863.