‹ Les jeunes Français de toutes les époquesChapitre 10 sur 55 · ÉP1L0G1 I · texte numérisé non relu

ÉP1L0G1 I

LK TESTAMEN1 l»l VIEUX MENDIANT.

Sommaire.

Cérémonies de l'affranchissement dos esclaves. — Le comte de Ghâlons. — Le hajule «les lits du roi. — Une couronne d'or dans une besace. — Histoire du jeune Hilde-Bert et de son frère. — l'n comédien connue on en voit peu. — Les prévisions du vieux mendiant sunt démenties. — Minorité de Blod-Wig III. De Hilde-Bert II, de Daghe-Bert 11, de Thiod-Rik 11. — De Hilde-Bik III. — Chute définitive des Mer-Wings. — Élévation de la puissance des Karlings.

Sighe-Brand ne mit que deux jouis à franchir lu distance de Rothomagus à Saint-Denis. Thiod-Rik s'évada du couvent la nuit même, appelant autour de lui les hommes de son parti. Bientôt il put tenir la campagne, et, se réunissant à Eber-Win, il battit l'armée des grands à Bacio. et réduisit en captivité le maire Leudésius, qu'ils lui voulaient imposer. La Neustrie et la Bourgogne reçurent avec empressement le nouveau roi. dont la renommée répandait au loin l'éloge.

Thiod-Rik, suivi de son antrustion. plus nombreuse cette l'ois, plus dévouée surtout, rentra triomphant dans ce palais dont il était sorti en fugitif trois ans auparavant.

Chacun admirait sa contenance calme et digne, la gravité de sa parole, la noblesse de ses manières, la sagesse de ses volontés. Ce

n'était plus le môme personnage, tant L'éducation avait modifié profondément sa nature. Chacun augurait favorablement du nouveau règne, et le vieux mendiant se félicitait plus que tout autre de son succès.

Le premier soin de Thiod-Rik fut de rendre à chacun la justice qui lui était due; peut-être montra - t-il trop- d'inflexibilité aux grands qui lui avait été opposés; mais, en compensation, ses amis lurent comblés de présents et de bienfaits.

I n soir, en présence de son antrustion, il appela Crescentius; lui mettant un denier dans la main, il le jeta pendant quelques moments de côté et d'autre; puis, donnant enfin cet argent à son trésorier, il déclara Crescentius manumis, c'est-à-dire affranchi. Quant à Sighe-Brand, dont la servitude n'était que conditionnelle et temporaire, il lui rendit la liberté en payant pour lui le montant du freyd auquel le jeune homme avait été condamné.

Quelque temps après, le roi s'étant marié, Crescentius, entré dans les ordres sacrés,, fut déclaré d'avance bajule des fils que le ciel pourrait envoyer au chef Mer-Wing.

Sighe-Brand reçut le titre et les attributions de comte de Çhàlons avec toutes les prérogatives qui y étaient attachées. Thiod-Rik compléta sa munificence en lui donnant pour épouse la pieuse Claudia, la sœur de Crescentius, élevée au couvent de Poitiers. Les plus sages des rois de la première race favorisaient ces sortes d'unions; ils pensaient, avec raison, que des femmes élevées dans la piété, instruites avec soin, en un mot, vertueuses autant qu'éclairées, devaient nécessairement adoucir les mœurs encore barbares des guerriers francks; on se rappelait l'influence heureuse que sainte Radégonde avait exercée sur son époux lllod lier 11.

« Et toi, noble vieillard, dit un jour Thiod-Rik au vieux mendiant, que puis-je pour toi?

— Continue à régner sagement et par toi-même, o'esl Le plus beau présent que tu puisses m'octroyer.

lu; LES JËI NES I RANI US

— Homme étrange! n'auras-tu j »a -> assez de confiance «m moi pour me révéler au moins ton nom ?

— Tu le sauras après ma morl . qui ne peut larder longtemps : je le sens à ma Faiblesse, croissanl de jour en jour. J'ai vécu le nombre d'années que Dieu m'avail accordées; je mourrai heureux, au moins, de n'avoir pas entièrement failli .1 ma destinée...

— Que veux-tu dire '

Ne m'interroge pas... Quand j'aurai pour toujours fer les

yeux, aie soin seulemenl il<' lire ce parchemin que je te confie en ce moment, è! fais-toi apporter ma besace. *

Le vieillard avait dit vrai: un mois ne s'était pas écoulé depuis ce dernier entretien , qu'il avait cessé de vivre. Fidèle à sa promesse, Thiod-Rik ouvrit seulement alors le parchemin qui lui avait été confié. Nous n'extrairons de cequ'il contenait que les parties susceptibles d'éclaircir les endroits de noire récil demeurés obscurs.

« Au nom du Père . du I- ils et du Saint - Esprit . je déclare que « ceci est mon testament.

h JesuisHilde-Bert, l'arrière-petit-tils de Sighe-Bert le Grand. « koning de l'Osterik : mon aïeul était Hilde-Bert, morl à la Heur « de son âge: mon père fut Thiod-Rik, koning de la Nosterik, mort a au printemps de ses jours: j'avais treize ans à peine quand je « commençai de régner sur la Bourgogne; vaincu et mis en fuite « à la bataille de Châlons, que je perdis par la défection de mon « frère Sighe-Bert . je n'échappai à la mort que par la vitesse de « mon cheval; longtemps je me cachai; quelques amis, enfin, se m hasardèrent à m' offrir l'hospitalité. Les leçons de ce maître im- « pitoyable qu'on appelle l'adversité, m'avaient rendu modeste et « sage; je dus à ces deux vertus beaucoup d'amis, principalement « parmi le menu peuple. La vie de mendiant , que j'avais adoptée « de ma propre volonté, m'a permis de voir de pies, d'étudier « avec soin les besoins du peuple, son caractère, ses mœurs, la « manière dont un prince peut aisément s'en faire aimer. Mon

DE TOI TES LES ÉPOQi ES. HW

« costume ne trompait personne-, on savait que sous mes haillons « palpitait le cœur d'un roi. Les sympathies, le respect que je m'é- <( tais acquis dans tout le pays, m'auraient peut-être permis de « ressaisir la puissance; j'en eus un moment la pensée, non pour « moi, mais pour le peuple, dont je me serais efforcé de faire le « bonheur... Un vaste mouvement se préparait dans ce but, quand « je t'ai vu pour la première fois, Thiod-Rik. Ta physionomie intel- « ligente et résolue me frappa-, j'étais vieux, mon règne eût été « court; je résolus d'employer en ta faveur mon influence et les « moyens que j'avais préparés pour moi-même-, mais, avant d'acte complir cette résolution, je voulus te prémunir contre les dan- « gers qui avaient perdu tant de jeunes rois de ta race, tes prédé- « cesseurs. En cela, encore, j'ai réussi. Tout m'annonce que ton « règne sera long et glorieux... Dieu en soit loué!... Maintenant « tu sais tout... Puisse le souvenir du vieux mendiant effacer celui « de Hilde-Bert! Je meurs avec la consolation que tu prononceras « quelquefois mon nom avec respect et reconnaissance.

« Je te lègue ce que contient ma besace ; accepte ce présent, « c'est le complément de ce que j'ai fait pour toi.

« Fait à Paris et revêtu de mon sceau , ce dernier jour des « kalendes de juillet de l'an DCLXXII.

« Moi, Hilde-Bert, koning des Burgundes. »

— Je l'avais pressenti, s'écria Thiod-Rik après cette lecture ; que Dieu bénisse ton sommeil, noble vieillard, comme je bénis ta vie! »

La besace ouverte se trouva contenir une couronne d'or ornée de pierres précieuses; c'était celle, sans doute, que portait Hilde-Bert à la bataille de Chàlons.

Et Vindelicius? Ainsi qu'il l'avait annoncé , il était retourné à Arelate affranchi par Eber-Win, enrichi par lui... Il joua longtemps encore des pantomimes, mais par goût plus que par besoin-, et depuis ce temps, oubliant son origine, il mena un grand train et se prétendit hardimcnt/u//Véa/e.

I<>. LES .ll.i NES I RANÇA1S DE TOI ll> LES BPOQt ES.

Le vieux mendiant se trompa toutefois, dans ses prévisions. Thiod-Rik ouvril sonàmeaux voluptés; il s'amollit et n'eut bientôt plus d'énergie que ce qu'il en fallait pour conserver le trône, tantôt sous Eber-Win, tantôt sous Pippin de Kantien, qui succéda a celui-ci.

La race de Hlod-Wig le Grand allait en s'amoindrissant de jour en jour. Cinq minorités, aussi déplorables que les huit que nous avons esquissées, en précipitèrent ta chute. Hlod-Wig III, Hilde- Bert II. Daghe-Bert II, Thiod-Rik II. Hilde-Rik, montés sur le trône à l'âge de huit, dix ou douze ans. ne furent que d«'s ombres de rois, sous lesquelles les lils de Pippin abritèrent leurs usurpations, préparant ainsi la dynastie des Kartings et le règne laineux de Karl le Grand, qui en fut la gloire.

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