‹ Les jeunes Français de toutes les époquesChapitre 13 sur 55 · I-Jii l I S il i NES I KAN( US · texte numérisé non relu

I-Jii l I S il i NES I KAN( US

aurais m vivement désiré te faire une vie de joie et de bonheur ! Je in* i .• i \ ai-, adopté au temps de ma prospérité que pour te servir d'appui; el c'est loi, dans un Age si tendre encore, qui protèges ma \ ieillesse... Oh' ! si Dieu exauce mes prières (on dit qu'il exauce

SOUVent celles de- pères . Dieu te bénira! a Des larmes d'atten-

drissement, tombant îles yeux éteints du vieillard, mouillaient sa barbe vénérable.

« Oui. mon père, reprit après un instant de silence le jeune homme, non moins ému, oui. mon père, Dieu nous bénira, je l'espère! il vous rendra la santé el la joie.

Il plaça sous la main de Leidrade tout ce qui pouvait lui être utile pendant son absence, et, après l'avoir embrassé encore une

fois pieusement, il le quitta. Dans une des salles voisines étaient prépares dés la veille les objets dont il devait se servir. Il ceignit d'abord une forte ceinture de cuir dans laquelle il passa un long couteau, il y assujettit ensuite une daghe solide, et partit, marchant, comme la veille, d'un pas rapide et discret, rasant les baies, se cachant dans les hautes herbes, jusqu'à ce qu'il se perdit dans l'épaisseur de la forêt, où nous le retrouverons tout à l'heure.

4 cette heure même, tout se préparait dans le burgh pour la chasse projetée. On n'entendait que les cris des faucons, les glapissements des veltres gaulois se mêlant aux aboiements sonores des dogues franks, les hennissements des chevaux, le son des trompes gauloises et des clairons franks, les interpellations des serfs de pied, qui s'appellent joyeusement l'un l'autre. Les chefs du burgh sont déjà rangés en ordre : le serviteur se tient à la suite de son maître, et les jeunes gens portent des vougues garnies d'un fer pointu, ou les rets fabriqués avec une quadruple toile de lin. On n'attend plus que le comte. 11 parait enfin, montant un cheval fougueux couvert d'or et de métaux précieux. Lui-même est revêtu du costume byzantin, qu'avaient mis à la mode les lils de Karl le Grand. Une robe de drap de soie brodée d'or, et entourée de menu vair. lui descend jusqu'à la naissance du mollet; il est

'fi^jfs ^tfy.z

Le dépari pour la chasse

ehaussé de bottines de cuir rouge, ornées d'éperons d'or: un bandeau d'or pur aussi, enrichi de pierres précieuses, retient ses longs cheveux. A ses côtés s'avancent son fils Hartrad, ceint du riche baudrier qu'il a reçu la veille, et sa fille Meltrude; l'un sur un cheval ardent qu'il contient avec grâce, l'autre sur une haquenée. Les cheveux de Meltrude sont retenus par des bandelettes de pourpre qui ceignent ses tempes; des fils d'or attachent sa chlamyde; sa robe est teinte dans la mauve; ses manches sont couvertes de brillants-, son voile orné d'éclatants filets de pourpre; un manteau de soie pend de ses épaules, et des fourrures rares et précieuses entourent son cou, resplendissant de la couleur rosée dont elle l'a teint, ainsi que ses mains et son visage-, un élégant bvrille retient les longues tresses de ses cheveux, et ses pieds délicats sont chaussés de cothurnes. Partout, sur son passage, c'est un murmure d'admiration; son père et son frère la contemplent, avec orgueil: ils semblent fiers de sa beauté et des richesses qui la font valoir. Mais le peuple, qui la voit passer, s'en indigne; seul, il se rappelle combien de larmes et de sang, combien de crimes tout ce luxe a coûtés.

Voilà donc le splendide cortège courant la forêt. Les serfs de pied ont découvert les traces d'un énorme sanglier : c'est, entre les jeunes gens, une lutte à qui le suivra de plus près, car le monstre fuit d'abord, épouvanté par le nombre des chasseurs et par les aboiements des meutes furieuses. A leur tète se maintient Hartrad; il presse son coursier nerveux de la voix et de l'éperon, il dépasse tous les chasseurs, et, tout fier de ce succès : « Plus vite! encore ! toujours plus vite ! » crie-t-il à son cheval . qui bondit sous lui en efforts désespérés, et dévore l'espace.

Bientôt on l'a perdu de vue ; le voilà seul, égaré dans les profondeurs silencieuses des bois; à peine si. maintenant, le vent lui apporte par bouffées le bruit mourant de la chasse. Mais, loin de ralentir son ardeur, cette pensée l'excite encore : il aura seul l'honneur de la journée, car il est toujours sur la trace du san-

I»j I l.s H.l \|.s | |;\\< US

irlier. Déjà il saisil une (lèche el brade son arc-, le projectile pari ,.,, siiii.nii el va frapper l'animal dans le cuii; celui-ci. rendu furieui par m blessufle, se retourne, et, creusant le terre de ni redoutables boutoirs, l'œil sanglant, le poil hérissé, il attend le chasseur : effrayé à oette vue, le cheval d'Hartrad s'arrête courl

en se cal. ran! violen ni: démonté par celle rude secousse* le

jeune cavalier perd l'équilibre ''i roule sur la pou§sière. Le sanglierse précipite sur lui . c'en est fail de sa Nid Mais, a ce moment, un jeune homme s'élance '.ont a coup d'un taillis voisin : prompl comme l'éclair, il saute à cheval sur le monstre : celui-ci s'arrête, étonne de celle brusque attaque : profitant de ce temps d'arrêt, le nouvel assaillant se penche sur le cou du sanglier, et, d'une main ferme et Bûre, le frappant au défaul de l'épaule, il lui plonge un couteau dans le cœur. Le sanglier pousse un sourd grognement et roule expirant sur la poussière.

Tout ceci s'était passé en moins de temps que nous n'en mettons à le raconter.

« Tu es un vaillant chasseur, lui dit Hartradj tu m'as sauvé la vie. Que veux-tu pour ta récompense?

— Ce sanglier et deux deniers d'argent.

— Ta demande est bizarre -, il n'importe : voici, non deux deniers d'argent, mais dix deniers d'or.

— Je n'en veux pas : deux deniers d'argent me suffisent.

— Qu'en veux-tu faire ?

— Les donner aux hommes du fisc de votre père pour payer votre luxe et vos plaisirs. »

Hartrad comprit la leçon et rougit légèrement; il reprit pourtant avec hauteur :

« Tes paroles sont insolentes; tu abuses déjà du service que tu m'as rendu.

— Non ; j'en use seulement pour vous dire la vérité que chacun vous cache : le pays est épuisé...

— Tu es un hardi compagnon... la franchise de tes paroles me

I>E TOUTBS LES ÉPOQUES. 128

plaît. Voici tes deux deniers... Et ce sanglier, qu'en veux-tu faire? quelque argent ne te serait-il pas plus profitable?

— Non assurément... Vous m'ayez engagé à vous faire une demande; je l'ai faite; rétractez-vous vos paroles.'

— Tu m'offenses! Ce sanglier est à toi, tu peux donner à mes serfs l'ordre de le porter où tu voudras...

— Merci : j'en profiterai.

— Mais que faisais-tu dans la forêt ?

— Je désobéissais aux ordres de votre père : je chassais.

— Malheureux! tu risquais de te faire pendre...

— Mourir par la corde ou mourir par la faim, lequel est préférable?

— Ni l'un ni l'autre, reprit Hartrad en riant. Voici mon père ! Tais-toi seulement. . . c'est, à mon tour, la demande que je t'adresse. »

Le comte Roricon arrivait en effet de toute la vitesse de son cheval; on avait vu repasser, emporté par une course effrénée, le cheval de Hartrad, et l'on craignait pour les jours du jeune homme.

En le revoyant, le père pâlit de joie; puis, en jetant un regard sur le sanglier, il pâlit une seconde fois, mais de frayeur.

« Hartrad, dit-il à son fils, imprudent enfant! quelles frayeurs tu m'as causées, et quels dangers tu as courus!

— Voici mon libérateur, mon père, se bâta de dire le jeune homme en désignant Folbert, que vous avez sans doute déjà reconnu.

— Que puis-je faire pour toi, jeune homme? reprit le comte.

— Rien, répondit Folbert avec dédain.

— Il se trompe, mon père, interrompit Hartrad; vous pouvez lui permettre de demeurer près de moi...

— En qualité de serviteur? s'écria Folbert.

— Non, en qualité d'ami, reprit Hartrad en lui tendant amicalement la main.

— Je serai libre alors?

— Libre comme moi-même. »

IJI LES M i NES FRANÇAIS DE KM rES LES EP0Q1 Ks.

Folbert parut réfléchir un instant, au grand ébahissemenl des hommes du burgh, étonnés qu'on pûl hésiter a accepter une telle proposition.

Relevant enfin les yeux : « J'accepte, dit Folbert; demain je me rendrai au burgh.

— Pourquoi pas aujourd'hui? demanda impérieusement le romte.

— Ne m'avez-vous pas dit que je serais libre-'

— Tu as raison : nous t'accueillerons en ami quand tu viendras au burgh, el quand lu t'en absenteras, nous t'attendrons sans impatience, ajouta I lait îad. Puis se tournant vers ses serfs de pied : — Que quatre de vous demeurent ici pour porter ce sanglier où vous le dira notre nouvel ami. dit-il; et il s'éloigna avec toute la chasse, reprenant le chemin du burgh.

— Où porterons-nous cette pièce? dirent les serfs à folbert.

— Au comte d'Eperna\ .

— Dirons-nous de la part de qui?

— De la part de Folbert qui s'acquitte avec lui. » Et le jeune garçon reprit allègrement le chemin de la manse ; mais cette fois il ne rasait plus les haies et ne se cachait plus dans les hautes herbes : il était heureux, car il allait dire à son père adoptif : « Vous aviez raison, le ciel écoute les prières des pères. Réjouissezvous, votre vieillesse va s'écouler dans la paix, et dans l'ahondance : ainsi que vous le lui aviez demandé, le ciel a béni votre fils. »

Page 1