‹ Les jeunes industriels (volume 2)Chapitre 12 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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J uau.

Le déjeuner fini ,. Henri alla dans la bibliothèque chercher le livre , et Lucie le suivit, impatiente de voir le dessin de ce qu'elle avait essaye d'inventer. Il lui montra, dansl' Encyclopédie de Rees , deux gravures de dilFérens hygromètres.

— « Celui-ci, » dit-il, en en désignant un , « a été inventé par un grand ingénieur anglais nommé Smeaton; et cet autre par M. de Saussure , le fameux voyageur suisse. Le tien , ma chère Lucie, n'est exactement pareil ni à l'un, ni a l'autre \ il se rapproche davantage du premier, mais, au lieud'un cheveu, Smeaton emploie une corde à. laquelle est attaché un poids; on dit , cependant , qu'un cheveu vaut mieux qu'une corde pour ce genre d'expérience. ))

— ce Et comment l'autre savant, M. de Saussure , a-t-il employé le cheveu ? » demanda Lucie.

Henri lui montra sur la gravure qu'un des bouts du cheveu était fixé , comme elle en avait eu l'idée, a l'axe de l'aiguille, et le cheveu roulé autour de l'axe; mais l'autre bout, au lieu de soutenir un poids, était tendu et attaché ferme au-dessous à un cadre de bois, « Alors, » continua Henri , t< quand le cheveu se raccourcit ou s'allonge , selon la sécheresse, ou l'humidité, il tourne l'axe de l'aiguille un peu ou beaucoup, selon qu'il se tend ou se détend. »

— ft Tourne l'axe de l'aiguille ! » répéta Lucie. « Je vois qu'il doit tourner quand le cheveu s'accourcit parce qu'il tire dessus et le fait marcher : mais je ne vois pas comment , quand le cheveu s'allonge , il peut faire retourner dans l'autre sens , l'axe et l'aiguille ; je crois que le cheveu ne ferait que se relâcher autour de l'axe. «

— « Très-juste, Lucie, et très-bien observé, » s'écria Henri les yeux pétillans de plaisir; « mais, regarde encore cette gravure: vois, il y a un poids suspendu à cette petite corde, qui est tournée autour de l'axe, en sens contraire du cheveu. Le poids est juste assez lourd pour tenir le cheveu continuellement tendu, de manière a l'empêcher de se relâcher autour de Faxe| comme tu as

remarqué avec raison que cela arriverait , quand le cheveu s'allonge par l'humidité , s'il n'y avait pas quelque chose pour l'en empêcher. Alors, comme il est toujours tenu ferme, il tourne l'axe et l'aiguille. »

— (( Oui, maintenant je ne vois plus de difficulté, » dit Lucie : « je comprends a merveille, et je suis Lien aise de l'avoir dit ce qui m'embarrassait, car tu me l'as expliqué. Je déteste de sentir que je n'ai qu'à demi compris, et je n'aime pas a laisser les choses dans le doute. Mais, He.iri, voila un grand nombre d'autres hygromètres gravés ici? ))

— « Oui, ils sont faits de différentes substances , » dit Henri ; ce tu sais, qu'outre les cheveux, il y a beaucoup de choses qui peuvent servir à montrer les changemens du sec à l'humide, et cela très-facilement. Nous en avons souvent remarqué ensemble quelques-unes. »

— a Oh oui ! )) reprit Lucie ; « le sel et le sucre, par exemple; et quelques espèces de bois qui se déjètent par les changemens de temps; je me rappelle que le bois de cette fenêtre était si gonflé pendant la pluie de la semaine dernière, que nous ne pouvions pas l'ouvrir. »

— (( Elle est, je crois, de bois blanc , c'est-à-dire de sapin ; comme tu sais , »

dit Henri : « et cette sorte de bois se retire, ou se dilate promptement , selon la sécheresse ou l'humidité. »

— — « Je me souviens, » interrompit Lucie, « d'avoir lu quelque chose sur un hygromètre de Lois rampant , dans les notes du Jardin botanique. Oh ! mon cher, je me le rappelle parfaitement parce que c'était très-amusant. Figure-toi qu'il y avait un automate de Lois, une machine qui remuait toute seule. »

« Une machine semblable est impossible , » reprit Henri ; « si elle remuait , c'est qu'elle était mise en mouvement par quelque cause. »

— • a Hé bien, je suppose que l'humidité était cette cause. A présent, laissemoi te conter, Henri. C'étaitun automate en bois , avec un long dos , et quatre pieds ferrés de petites pointes de fer , qui avançaient petit a petit, de sorte qu'il marchait ou rampait a travers toute la longueur de la chambre de son maître, en un mois de temps, et cela par le changement de l'humide au sec. Je ne sais pas trop comment, mais c'était si divertissant î Et cela m'amuserait encore bien davantage si tu pouvais me montrer comment il faudrait s'y prendre pour l'inventer. Je me rappelle qu'il y avait quelque chose sur la manière de coller les morceaux de bois

qui composaient le dos : je ne sais pas au juste ce que c'était , mais je crois qu'il fallait les tailler en travers. »

— « Je suppose que tu veux dire a contre-sens du bois , » reprit Henri.

<( Nous chercherons cela tout-a-1'heure , et j'essaierai de le comprendre et de te l'expliquer. Mais continue a deviner de quelle autre substance on peut faire des hygromètres. »

— a Je ne me souviens d'aucune ; aidemoi un peu. >)

Henri lui montra la harpe de sa mère,

— « Je vois la harpe de maman, » dit Lucie ; « mais cela ne me rappelle que le dernier air qu'elle a joué. )>

— « Ne te souviens-tu pas qu'une corde s'est cassée hier? »

— « Oui, certes, et comme c'était désagréable ! je me souviens aussi que madame Chose... )>

■ — « Attends, ne vas pas chercher madame Chose , mais pense a la cause qui a fait casser cette corde. >;

— (c Maman a dit que c'était le changement de temps. »

— (( Quel changement ? )>

— u Du chaud a la pluie, je crois, » dit Lucie. « Oh maintenant je comprends ; je sais ce que tu vas me dire. Quand il fait du brouillard ou de la pluie, l'humidité

de Pair entre dans les cordes , et les gonfle et les accourcit , de sorte que si elles sont bien tendues par chaque bout, elles craquent. Ces cordes sont faites de boyau de chat ; ainsi , il faut que ce soit bon pour faire un hygromètre. »

— « Oui, » reprit Henri; « mais à présent je veux te parler d'une autre chose dont on se sert pour les hygromètres, et que tu ne pourrais jamais deviner : c'est... de l'ivoire. »

— a De l'ivoire! oh, par exemple, je n'aurais jamais pensé a cela. Je ne savais pas que l'ivoire s'allonge et se raccourcit dans le temps sec ou humide. »

— (( C'est pourtant bien vrai, » dit Henri ; « il y a beaucoup de pores dans l'ivoire : nous ne pouvons les découvrir qu'avec un verre grossissant ; mais l'humidité y entre et les gonfle. Maintenant , Lucie , il y a une autre chose ordinaire qui est sous tes yeux tous les jours , et que tu peux facilement deviner. Quand tu la trempes dans l'eau , tu n'as pas besoin de verre grossissant pourvoir ses grands pores s'emplir; puis, quand tu en fais sortir l'eau en la pressant , et qu'elle est sèche , elle se rappetisse tant, que tu peux la tenir dans ta main fermée , tandis que , pleine d'eau ; elle était grosse comme ma tête. »

— (( C'est une éponge ! c'est une éponge! » s'écria Lucie. « Mais si ou laissait une éponge toute seule clans une chambre, sucerait-elle l'eau qui est dans l'air? »

— a Oui , soit qu'on la laissât toute seule ou non, » dit Henri, « elle absorberait (ne dis donc pas sucer) l'humidité de l'air. Elle devient plus pesante a mesure qu'elle se remplit d'eau, et plus légère à mesure qu'elle sèche. L'hygromètre fait avec une éponge, est mesuré, ou se mesure, par son poids, non en s'allongeant ou se raccourcissant, s'étendant ou se contractant... Tu n'as pas l'air de bien comprendre cela, Lucie? »

— « Oh si, mais c'est que je suis fatiguée ; je crois que nous avons assez parlé des hygromètres. »

— « Non, non, tu ne peux pas être fatiguée sitôt; devine encore une fois, »

reprit Henri; « c'est bien facile, c'est encore une chose dont tu te sers dans ton habillement. »

Lucie dit qu'elle avait observé que ses gands devenaient souvent humides quand le temps était pluvieux. Elle devina donc de la peau. Ce n'était pas ce qu'Henri voulait lui désigner. Cependant il dit qu'il croyait que la peau pourrait servir aussi ; et qu'il ne savait pas pourquoi on ne

l'avait pas employée ; a peut-être parce qu'elle prend l'humidité si aisément qu'elle ne s'étend ou ne se retire pas d'une manière égale, n

Encouragée par l'approbation qu'Henri avait donné a ses efforts, Lucie voulut essayer de deviner de nouveau : a mais aide-moi donc mon frère , » lui disaitelle. Henri lui apprit alors que la chose dont il voulait parler, était dure et roide, et cependant pas assez roide pour ne pouvoir se courber. « Elle est souple et élastique. »

Elle passa en revue plusieurs choses qui pouvaient se courber , mais elle ne put rencontrer juste : bâillant alors et s'étendantsur sa chaise, elle répéta qu'elle était fatiguée, et qu'elle ne pouvait pas deviner davantage ; qu'il fallait qu'Henri lui dise.

— « Je le veux bien... c'est de la baleine , ma chère. Allons finis donc de bail* 1er, » continua Henri; « je ne te donnerai plus rien a deviner. A. présent, je vais te faire voir quelque chose de bien amusant : un joli petit hygromètre, fait avec la barbe d'un épi de sarrazin , ou ble noir. »

— « Montre-le-moi, » dit Lucie, tout au beau milieu d'un grand bâillement.

— « Le voici gravé, » dit HenrL

— (( Àli ce n'est qu'une gravure î je croyais que tu avais la véritable barbe d'épi! »

— (( Je parierais que tu pourrais faire un hygromètre toi-même , avec la barbe d'un épi de blé ordinaire. »

— uOh j'aimerais bien cela, » ditLucie. (( Tu avais raison après tout, Henri, quand tu disais qu'il était heureux que mes cheveux se défrisent si facilement. Que c'est drôle, Henri, que j'aie porté toute ma vie sur ma tête, sans jamais y penser que ce matin , un des meilleurs hygromètres! J'étais comme l'homme qui avait fait de la prose toute sa vie sans le savoir. »

— » Je ne sais pas de quel homme tu veux parler, » dit Henri. « Allons, regarde donc cet hygromètre de blé , Lucie , c'est celui du grand docteur Hook. »

— (( Je ne me soucie pas du grand docteur Hook, » dit Lucie • « mais laisse-moi te conter comment cet homme faisait dt la prose sans le savoir. C'était dans une pièce, oh une pièce très-amusante! que papa Usait l'autre soir, pendant que tu n'écoutais pas. Il y a un vieux maître qui enseigne a sa servante les lettres de l'alphabet, et qui luidemande ce qu'elle fait quand ellcdit u. Àprésenttuserasle vrieux; et moi je serai la servante , et tu m'enseigneras : Disu. *

— « Bêtise, ma chère ! ;> dit Henri.

— « Pas du tout , ce ne sont pas des bêtises, » dit Lucie • « tu n'as qu'a aller demander a papa. #

— « Hé bien, je n'ai pas le temps de l'apprendre a présent. »

— « Et il enseigne aussi a la servante a faire des armes, » continua Lucie : « si j'avais une petite baguette, je te montrerais comment. »

— a Allons , voila que ta tête est toute remplie de cette pièce; je ne pourrai plus rien tirer de toi, » dit Henri d'un air triste et boudeur. « Yoici mon oncle, a ajouta-t-il comme ce dernier entrait dans ia chambre. <c Mon oncle, voulez-vous bien regarder cet hygromètre avec moi? »

— « Três-volontiers, Henri, avec plaisir, » dit son obligeant parent.

— (( Et moi aussi, Henri , » dit Lucie , « je t'assure que je ne pense plus du tout à la pièce à présent. »

Pendant environ trois minutes elle fut attentive; et elle comprit et admira, au parfait contentement de Henri, l'hygromètre fait avec la barbe d'un épi deblésarrazin.

—— u A présent, Lucie, je vais t'en montrer un beaucoup meilleur, » s'écria Henri; « un qui est fait avec une espèce d'herbe de l'Inde , une herbe qui est extrêmement sensible. »

— « Une herbe extrêmement sensible, »

interrompit Lucie en riant; « mon oncle, je n'avais jamais entendu parler d'une herbe extrêmement sensible jusqu'à aujourd'hui! et vous? »

— « Il me semble que tu ne te montres pas extrêmement raisonnable, ma petite nièce, » lui dit son oncle , « en commençant a plaisanter , au lieu défaire attention à ce que ton frère t'explique. Assurément tu sais que dans ce cas, sensible veut dire sensitif ; c'est-à dire avoir un pouvoir trèsvif de sensation. Tu sais que ce mot s'applique aux plantes , car tu as entendu parler de la sensitive.

— a Oh ! oui certainement , mon oncle ; ce n'était que pour rire. Je connais les deux sens du mot aussi bien que personne ; et j'ai non-seulement entendu parler de la sensitive, mais j'en ai vu chez ma tante Pierrepoint ; et non-seulement j'ai vu ses feuilles se fermer et se retirer au moindre toucher, mais de plus, mon oncle, j'ai appris par cœur les vers dn* docteur Darwin, sur la sensitive, la Mimosa. *

Elle les récita, et son oncle dit que c'était de jolis vers, et qu'elle les récitait fort bien.

— a Et ne feraient-ils pas une excellente épigraphe pour mettre au-dessus

ou au - dessous d'un hygromètre , mor oncle ? »

— k Oui , )) répondit ce dernier.

— « A présent, » reprit Henri, « laissemoi te montrer cet autre hygromètre. »

— ■ « J'ai aussi pensé à une épigraphe pour le baromètre , mon cher oncle , » continua Lucie , sans réfléchir qu'elle mettait la patience de son frère à une terrible épreuve. Elle se mit a réciter, tout en tenant son oncle par le pan de son habit.

« Boyle et Torricel , des sylphes favoris , De leurs savans travaux ont recueilli le prix. »

— « Torricel ! » s'écria Henri , « je suppose que tu veux dire Torriceili. h

— — a INon ! c'est Torricel , dans les vers , je t'assure. »

— « Mais, hors des vers, c'est Torricelli , je t'assure. Il n'y a jamais eu un savant nommé Torricel, n'est-ce pas , mon oncle? »

L'oncle souilla tout bas a Lucie que son frère avait raison. ^P

. — « Eh bien ! qu'est-ce que ça fait ? il faut bien que ce soit Torricel , pour que le vers soit juste , » dit Lucie , «autrement , il serait trop long. Laisse-moi donc continuer à te dire ce que les sylphes apprenaient aces gens. »

Elle continua a déclamer.

— « Ce sont de beaux vers, » dit son oncle : « mais je suis sur que tu ne peux pas les comprendre, parce que tu ne connais pas encore la pompe à air. »

— Mais Henri la connaît, et il me l'expliquera ; n'est-ce pas , Henri ? »

Henri prit un ah- sérieux, soupira, et ne répondit rien.

— (( Pourquoi soupires-tu, Henri? »

— u Parce que, » dit son oncle , « ii a peur de ne pouvoir jamais te faire coniprendre ce que c'est que la pompe à air, ou toute autre machine , puisque tu n'es pas plus attentive que cela. »

— a Je te demande bien pardon , Henri , » reprit Lucie ; « mais tu sais que j'ai été très-attentive au commencement. »

— a Et tu vas l'être aussi a la lin, j'espère, » dit son oncle ; ce allons , nous serons, tous deux, bien sérieux, » ajouta-t-il, en s'asseyant devant la table : et tirant, doucement Lucie a lui, il la fit asseoir sur la moitié de sa chaise , passa nn bras autour d'elle, appuya son coude sur un livre, et prit l'attitude d'une profonde attention, k Maintenant , Henri , explique-nous ton hygromètre, et épargne les restes de cette pauvre plume que tu mords depuis un quart d'heure. »

— u Mais Lucie a l'air fatigué , » dit

Henri : « as-tu envie de voir l'hygromètre , ou non ? )>

— ft J'en ai un peu envie ; c'est-a-dire , j'ai grande envie de te faire plaisir, mon frère : seulement nous ne les regarderons pas tous , » dit-elle, comme il approchait les gravures.

— « Non ; ne t'effraie pas, je ne vais pas te les montrer tous ; je vais te faire voir le meilleur , et pas plus. »

— - « Attends , » dit son oncle , en mettant la main sur la planche qu'Henri venait de designer , « pas celle-là ; explique-lui-en une autre , elle ne doit pas encore voir celle-ci. »

— « Pourquoi donc ? je voudrais bien savoir pourquoi! » reprit Lucie.

— a J'ai mes raisons , » dit son oncle , « mais ne t'inquiète pas; ne pense pas a celle que j'ai sous la main , ma chère ; écoute ce que ton frère va te dire. »

— (c Lequel lui montrerai-je , mon oncle ? l'hygromètre en ivoire de Luc , ou celui de baleine? »

— a Le dernier, car c'est le plus simple , je crois. »

Henri ayant devant lui le livre ouvert à l'article hygromètre, commença.

— a Regarde ici, Lucie, tu vois ce petit a et ce petit b. Eh bien ! ceci représente un petit morceau mince de baleine coupé

en travers du fil ; tu sais ce que j'entends

par le fil , c'est le sens clans lequel montent les fibres de la baleine. Mais vois-tu bien le petit a et le petit 6 ? »

Noti ; Lucie , au lieu de regarder les lettres , jetait un coup-d'œil furtif sur le revers de la page; et lisait la description d'un petit homme et d'une petite femme qui faisaient hygromètre.

— « Oh ! voici quelque chose de bien amusant, mon frère, » s'écria-t-elle $ « il faut que je te le lise :

(f Dans les joujoux d'Allemagne, appelés indicateurs du temps, un bout de l'index ou aiguille, supporte une petite figure d'homme , et l'autre bout, une figure de femme. La première paraît ou sort dans le mauvais temps , l'autre dans le beau temps, n « Je me rappelle , » ajouta Lucie , « qu'une fois, dans la ferme de la veuve Green , j'ai vu un de ces indicateurs du temps ; mais je n'étais pas alors assez raisonnable pour savoir que cela s'appelait un hygromètre. »

— « 11 n'y a pas grande raison a savoir ce nom , » dit son oncle.

— (( Je voudrais bien que tu pusses me montrer comment il faut s'y prendre pour en faire un pareil , mon frère , » dit Lucie ; « cela en vaudrait vraiment la peine. »

r6 LES JEUNES

— - « Volontiers , » répondit Henri , « mais un autre jour, Lucie ; je ne puis te montrer qu'une chose a la fois. A présent, je t'en prie , fais attention à ce que je t'explique , parce que j'ai autre chose a faire. »

— a Oui , Lucie , réfléchis que tu abuses de la complaisance de ton frère ; il faut qu'il aille a ses études ; fais donc attention, je t'en prie. »

— a Oui , oui , en vérité , mon oncle. Tu seras content de moi , Henri, n s'écria Lucie.

Henri recommença.

« Le petit b est un morceau mince de baleine coupé en travers du fil... »

Il allait continuer son explication , et passer auc, au d, a Ye , persuadé que Lucie le suivait , lorsqu'il entendit le son d'un rire mal étouffé ; levant alors la tête , il vit Lucie les deux mains sur sa bouche ,

Î)our empêcher son rire d'éclater tout îaut.

« — « Qu'est-ce qui peut donc te faire rire ainsi , Lucie ? » demanda-t-il.

— (( C'est que je pensais aux drôles de figures du petit vieux et de la petite vieille du joujou que j'ai vu a la ferme , et je n'y puis jamais penser sans rire : la femme avait son bonnet et ses rubans rouges noués tout de travers, et ses yeux de tra-

vers aussi , et son bras sur salianclie , et sa pipe à la Louche , qui relevait son nez et l'applatissait comme cela, tiens , regarde, Henri ; regardez donc, mon oncle ! »

Mais son oncle, au lieu de partager sa gaieté, dit gravement qu'elle avait tort de faire perdre ainsi le temps à son frère , et qu'il craignait qu'elle n'apprît jamais rien en science , puisqu'elle était si peu attentive.

Sa mère entra clans la chambre , tandis que son oncle parlait encore ; et Lucie eut l'air honteux et mortifie. Elle se remua sur sa chaise, comme si elle souffrait, et dit: « j'ai écoule, autant que j'ai pu ; mais il m'a été impossible de faire attention plus long-temps \ je suis horriblement fatiguée, h

— « C'est ma faute, » reprit Henri, « je t'ai tenue trop long-temps a la même chose ; et je t'en ai trop dit a la fois \ mais je ne L'ai fait que parce que tu m'avais assuré que tu voulais avancer , et apprendre ce que j'avais appris, aussi vite que possible. »

— (c C'est vrai , j'avais tort, je 3'avoue. » — - a Puisque nous nous confessons

tous , )) dit sou oncle , « supposons que .'avoue à mon tour, que j'ai mal fait, Lu- < 'i , de te louer quand tu récitais ces •ers. »

— ,« Oui, en vérité, mon cher oncle; je crois que oui , car ça m'a encouragée a en réciter davantage, quoique je susse bien que Henri n'aimait pas cela. »

— - (( J'avais probablement tort de mon côté , a dit Henri , « je veux tâcher d'aimer davantage la poésie. »

— a Et moi je te promets de ne plus en réciter mal a propos, » dit Lucie; « mais Henri , un autre jour tu ne m'en diras pas tant, et tu ne me tiendras plus des heures entières. >j

— (( Non ; je sais que j'ai mal fait \ mais j'étais si heureux et si impatient î et d'ailleurs tu disais que tu voulais aller si vite ! )>

—- « Hé bien , je me contenterai d'aller un peu plus lentement et de n'en pas faire tant tout-a-coup. »

— a Tu as raison, ma chère Lucie, »

reprit son oncle , « la seule manière d'aller vite , a la fin , du moins en science , est de se contenter de marcher lentement d'abord. )>

— - « Tu dois te rappeler, Lucie, »

reprit sa mère, « qu'il en était ainsi pour l'arithmétique ; tu avais coutume de me dire chaque jour : mon dieu , maman, que ça va lentement ! mais maintenant tu t'en tires assez bien et assez vivement. »

- — k Elle calcule beaucoup plus vite et beaucoup mieux que moi, » dit Henri.

— <( Hé bien! Henri, j'irai aussi doucement qu'il te plaira dans les choses de science. »

— « Et moi je ne te fatiguerai plus comme aujourd'hui, » dit Henri, « si je puis m'eti empêcher. »

— (( Je ne me fatiguerai jamais non plus, » répliqua Lucie, « si toutefois je puis m'en empêcher. »

— « Vous laites fort bien d'ajouter tous les deux cette condition , » reprit leur nière; « c'est une précaution qui me paraît très -sage, a

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