UNIVERSITY OF ILLINOIS L1BRARY
de la chambre pour causer ensemble.
— «A présent tu sais pourquoi je disais qu'il est très-heureux que tes cheveux se débouclent si facilement à l'humidité, )) dit Henri. « Tu as remarqué toi même que tu pouvais toujours savoir par tes cheveux , quand il doit pleuvoir ou non; si l'air est humide ou non. »
— « Ainsi donc, mes cheveux sont un hygromètre, » dit Lucie: « je suis sûre que s'ils pouvaient parler grec, ils diraient, hygromètre; ou , en bon français, je mesure l'humidité. »
— « 11 est très-vrai que c'est ce qu'ils font, )) reprit Henri ; « mais, par exemple, tu ne sais pas encore exactement a quel degré le temps doit être humide ou pluvieux; le sais -tu? »
— a Oui; dans les jours très, très-humides mes cheveux .sont tout-à-fait débouclés , comme tu les vois maintenant, et tombent tout-a-fait droits; mais ils ne font que se défriser un peu , les jours où il n'y a qu'une petite brume , où il brouillasse. »
*-— «Une petite brume, ou il brouillasse, )) répéta Henri , « c'est très-bien. pour causer; mais cela ne dit pas exacte ment combien il fait humide. Je ne sai « pas non gl# quel degré d'humidité,, tu entends 7 quand tu dis qu'il brouillasse. »
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— « Bast î i) dit à demi -voix Lucie. Henri ne voulut pas sourire.
— u Tune m'as pas encore explique , » reprit-il gravement, « comment l'hygromètre peut indiquer la mesure de l'humidité exactement. »
— « C'est que je ne le sais pas exactement, mon frère. Mais supposons, par exemple , que tu connaisses la longueur d'un de mes cheveux , quand il est tout-àfait sec ; hé Lien , dans le temps humide où il est mouillé et droit, tu pourrais le mesurer pour savoir de combien il s'est allongé par l'humidité. »
— « Je pourrais le mesurer ; oui, mais comment? )>
— « Tu pourrais voir si mes cheveux descendent jusqu'à mes sourcils, ou seulement jusqu'ici, ou bien ici, » dit Lucie en touchant différent points de son front. « Si j'avais un miroir, je le mesurerais toute seule. »
— « Cela se pourrait a la rigueur; mais en tout cas ça ne servirait qu'à toi ; et encore ne serait-ce pas trop commode , puisque', pour marquer tes degrés, il faudrait que tu eusses toujours de vilaines taches sur le front. »
— « Je n'aimerais pas cela, » dit Lucie, « ni maman non plus , j'en suis sure. »
— « D'ailleurs, o continua Henri, * il
serait fort ennuyeux pour moi de courir toujours après toi, avec un compas et ma règle , pour mesurer tes cheveux et l'éche 1.1e qui serait sur ton front. Ce serait un hygromètre passablement incommode. »
— (( Oui, j'en conviens , » dit Lucie ; « puis, a ce que je suppose, tu m'arracherais tous les cheveux en les mesurant comme cela un a un; et j'aurais une peur horrible que tu me crèves les yeux avec les pointes de ton compas quand tu viendrais pour mesurer les degrés sur mon front. Je ne me soucierais pas du tout d'être ton hygromètre. )>
— * J'aimerais bien mieux en avoir un qui restât toujours tranquille et que je pusse suspendre dans ma chambre, » reprit Henri; « ou bien, encore plutôt, un que je pourrais porter dans ma poche. Tâche de trouver cela pour moi ; imagine un peu comment tu t'y prendrais. Moi j'ai bien trouvé le moyen d'en faire un. »
— « En vérité, mon frère? et crois-tu que je puisse le trouver aussi? »
— • « Oui, si tu y penses bien et si tu continues Ion g- temps a y penser. »
— (( Hé bien donc je vais chercher.
Mais dis-moi exactement a quoi il faut que je pense et ce qu'il faut faire. »
Henri s'arracha un cheveu, et le posa
sur une feuille de papier Liane devant Lucie. <( La, » dit-il, en l'étendant, k tu vois sa longueur ; nous supposerons que ce cheveu est aussi sec que possible. Je vais le tremper dans cette cuvette d'eau. A présent qu'il a été mouillé, il est plus long qu'avant. »
— u Oui; mais nous voulons savoir de combien il est plus long , » reprit Lucie ; « eh bien, il n'y a qu'a le poser sur cette feuille de papier, et a mesurer, aussi exactement que nous pourrons, de combien il est plus long quand il est mouillé , que lorsqu'il est tout-a-fait sec. »
— « Fort bien ! et je puis te dire que tu le trouveras allongé de la quarantième partie de sa longueur totale. Tu auras alors la mesure parfaite de l'extrême humidité a l'extrême sécheresse. »
— (f Et, » interrompit Lucie, « je puis diviser la distance qu'il y a sur le papier entre les deux points noirs , qui servent a marquer sa première longueur, quand il était sec, et la seconde, quand il était mouillé ; et si elle est divisée avec exactitude , ce sera ce que tu appelles une échelle : et on pourra mesurer de combien le cheveu s'allonge ou s'accourcit, selon les différens degrés de la température. )>
— a Très-bien , en vérité ! » s'écria Henri. « Et cette échelle sur le papier
vaudra mieux , comme tu vois , que celle que tu voulais faire sur ton front. Voila un point de fixe. »
— « C'est autant de gagné, » reprit Lucie. « A présent que reste-t-il encore à faire? »
— « A pre'sent, il faut trouver comment, sans se donner continuellement la peine d'arracher mes cheveux ou les tiens, de les mouiller , de les sécher, de les mesurer , nous pourrons savoir tous les jours, a toute heure, quelque temps qu'il fasse , jusqu'à quel point l'air est humide , ou combien d'humidité il contient. »
— « Si je pouvais faire en sorte que le cheveu se mesurât tout seul, et trouver un moyen de marquer, ou de montrer, jusqu'où il se retire , ou s'allonge sut ce papier, selon le temps. »
— <c Oui , si tu le pouvais, » dit Henri : a c'est-la la question. »
t- « Supposons que j'aie un très , très, très-petit poids; si petit que ce cheveu pourrait le soutenir sans se casser ; alors je l'attacherais a un des bouts, et je suspendrais le cheveu a l'autre bout par quelque chose, comme par un fil d'archal enfoncé dans le mur; et je mettrais ce papier sur leauel est notre échelle contre le mur, juste au-dessous du poids, et en y regardant bien, on verrait de combien le
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cheveu s'est retiré ou allongé, quelque temps qu'il fasse, sec ou pluvieux. »
— « Papa! papa! » s'écria Henri, « voila Lucie qui en est venue au même point que moi, la première fois que j'essayai de faire un hygromètre. »
Lucie prit un air très-satisfait d'ellemême , et toute joyeuse de l'approbation de son frère , elle s'écria :
— « Est-ce que j'ai réellement inventé un hygromètre , Henri ? «
— « Oui , mais il n'est pas encore parfait, ma chère Lucie; il reste beaucoup d'autres choses a faire. »
— (c Quoi donc? » reprit Lucie.
— « D'abord, de venir déjeûner, » dit son père.
Lucie ne demandait pas mieux, car elle était un peu fatiguée ; mais dès qu'elle se fut reposée , et qu'elle fut a moitié de son déjeuner, elle revint a sa question.
— « Qu'y a-t-il donc encore a faire pour l'hygromètre , Henri? »
— « A le rendre plus commode. De la manière dont tu l'as inventé , il faudrait qu'il fut toujours attaché et fixé contre un mur ; et d'ailleurs tes divisions sontsi,sipetites,qu'onpourraitapeinevoir de combien le cheveu allonge ou diminue. »
— « Il n'y aurait qu'a prendre un verre grossissant, » dit Lucie.
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— « Oui , ça pourrait aider. Mais ne trouverais-tu pas quelque moyen plus simple? »
Lucie réfléchit pendant un petit moment, et continua à manger son déjeuner, puis elle répondit : a Non, mon frère , je ne puis trouver d'autre moyen que de prendre un grand verre grossissant , un verre , enfin , qui grossisse beaucoup , beaucoup. )>
— « Il y a encore une méthode plus facile ; ôte-toi ce verre grossissant de la tête, d
— « Il faut que ce soit quelque chose de bien difficile, au lieu d'être facile, car je ne peux pas du tout le deviner , » reprit Lucie.
— ■ (f Mais je t'assure que tu le trouveras très-facile, quand tu l'auras deviné, » dit Henri. « Allons , je vais t'aider un peu, » continua-t-il , après qu'elle eut réfléchi une seconde fois. * Regarde cette aiguille, » et il montra du doigt le cadran d'une pendule qui était sur la cheminée visa-vis de la table a manger, a Regarde • elle est maintenant sur dix heures. Tu vois la distance qu'il y a de dix a onze. Suppo* sons que l'aiguille doive la parcourir , et s'arrêter a onze heures. »
— « Eh bien ! supposons , » dit Lucie. « Je puis aisément supposer cela. »
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— « Alors, qu'est-ce qui aurait marché plus vite? Qu'est-ce qui aurait parcouru plus d'espace? la poiiilc de l'aiguille qui touche a l'extérieur du cadran , ou la partie de cette même aiguille qui est tout près du centre ? »
— « La pointe de l'aiguille qui touche a la partie extérieure du cercle aurait marché le plus vite ; je veux dire qu'elle aurait parcouru le plus d'espace. La partie tout près du centre aurait si peu remué , que je suppose qu'à peine pourrais-je voir, ou mesurer par mon ceil de combien elle s'est dérangée. »
— « C'est vrai, » dit Henri, « tune le pourrais point ; mais, par exemple, tu pourrais voir et mesurer facilement l'espace de dix a onze ; n'est-ce pas ? »
— u Certainement, » reprit Lucie.
— « Tu pourrais fort Lien juger de la mesure avec tes yeux , sans te servir de compas ou de verre grossissant. »
— - A présent , je vois où tu en veux venir, » dit Lucie ; t< il faut que j'aie une petite, petite aiguille , et un cadran pour mon hygromètre , qui puisse indiquer et mesurer le moindre mouvement du cheveu, en s'accourcissant, ou s'allongeant. »
— « Très-bien, » dit Henri, « tu as deviné juste. »
— « Pïe m'en dis pas davantage, » in-
6o LES JEUNES
terrompit Lucie, « je puis faire tout cela, seule, et en une minute. »
— « Ne sois pas si pressée , ma chère , ou tu n'en viendras jamais a 3)out. »
— <f Pressée ! je ne suis pas pressée du tout, » reprit Lucie, « seulement j'aime a faire les choses vivement. Eh Lien! j'attacherais le bout du cheveu a l'axe , de manière a ce que chaque mouvement , même le plus petit, fasse mouvoir l'aiguille. »
Elle s'arrêta. Ses idées n'étaient pas bien nettes sur les moyens qu'elle prendrait pour en venir Fa.
— « Je t'aiderai, » dit Henri ? « supposons... »
— - « Supposons, )> interrompit sa mère, « que tu laisses Lucie finir son déjeûner. »
— - (( Je le veux bien, et d'autant plus volontiers , qu'elle connaît maintenante principe de l'hygromètre que papa m'a expliqué l'autre jour, et dont je lui montrerai la planche après déjeuner. »
— (( La planche I «dit Lucie ; « apporte-la, nous pourrons déjeûner dessus, tout en causant , n'est-ce pas ? »
— « Je veux parler d'une gravure , »
reprit Henri , « ne sais- tu pas qu'on la nomme aussi planche ? »
— « Oh ! oui , certainement , je le sais , c'était pour rire. »
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