XIV AVERTISSEMENT
sentimens qui défie le sort et les hommes , et qui fait préférer de bonne foi celte position si douloureuse , mais si féconde en forces et en vertus.
Chacun des Contes populaires deMissEdgeworth est une bonne action, et cet éloge pourrait s'étendre à tous ses ouvrages, car je n'en connais pas un qu'on puisse lire sans avoir envie de devenir meilleur. On lui a quelquefois reproché de marcher trop droità son but, de ne pas s'écarter assez de la morale de son livre, et, à mon avis, une des plus estimables qualités de son talent, est celte préoccupation du bien qui ne permet pas qu'on le perde de vue , qui fait qu'on se reproche un épisode , une digression, comme un écart ou un mouvement de vanité. Celte droiture d'intention si rare chez les écrivains me semble placer Miss Edgeworlh au premier rang parmi les moralistes. Elle s'oublie elle-même de si bonne foi ; elle sacrifie si bien tout ce qui séduit le vulgaire, pour ne s'occuper qu'à remplir les conditions qu'elle juge indispensables à son but. C'est ainsi que dans ses écrits pour les enfans, elle veut être comprise et non point admirée. Son langage est clair, simple, positif. Elle n'évite point les répétitions : elle les multiplie quand il le faut, au risque de perdre de l'élégance du style. On sent qu'elle n'a jamais hésité entre le petit amourpropre de briller, etle noble désir d'être utile. Aussi a-t-clle acquis en Angleterre , et en France, parmi tous ceux qui voient plus avant que la surface, une de ces rcpulations qui placent si haut, parce qu'elles sont le résultat d'une vie toute d'honneur et de conscience. Je n'avais jamais vu Miss Edgeworth , quand je traduisis deux volumes du recueil de ses Contespour les enfans , intitulés , Parents' assistant ; mais en essayant de rendre en français la grâce naïve et ingénue
DU TRADUCTEUR. xv
de simple Susan,* j'appris à révérer et à aimer 1 auteur : et quand plus tard je fus assez heureuse pour lui Oîre présentée , mon cœur battit de respect et de joie, et mes yeux se remplirent de larmes. A peine pouvais-jc repondre à ses témoignages d'intérêt et de bonté : elle attribua sans doute mon émoi ion à une autre cause qu'à la véritable , car je n'avais pas de paroles pour la lui dire ; et je suis sûre qu'elle se fût étonnée qu'une chose si naturelle put exciter de l'enthousiasme.
Miss Edgeworth commença avec son père, à la suite de son admirable Essaisur V éducation pratique, une espèce de cours qui en était l'application immédiate. Les deux premiers volumes destinés aux enfans de quatre à cinq ans renferment les observations et les idées qui se développent à cet âge , rattachées à des faits présentés avec l'adresse ingénieuse qui lient l'intérêt en haleine, et puisées dans une expérience journalière. Deux autres volumes sur le même plan succédèrent aux premiers ; il en parut encore cinq; et le livre dont j'offre ici la traduction au public est en quelque sorte le complément de ces premiers ouvrages, tous détachés entr'eux, et pourtant formant une suite d'enseignemens familiers qui commencent à 4 ou 5 ans, et se continuent jusqu'à quatorze ou quinze. Quelques parties de ce cours ont été traduites en français, mais mutilées. On s'est permis d en retrancher, d'y ajouter: enfin ce n'est plus l'œuvre de MissEdgewoilh, telle qu'elle l'avait conçue. Si, comme je l'espère, les Jeunes Industriels sont bien accueillis en France , j'entreprendrai de donner
Suzelte ou la Peine du Mai , publiée chez Eymery avee quelques autres Contes de Miss Edgewurlli sous le titre de Petits Contes Moraux, à l'usage des En/ans , i vol. in.iS.
xvi AVERTISSEMENT
la traduction exacte et complète des neuf petits volumes qui les ont précédés, et qui motivent le titre si simple que Miss Edgeworth a donné à ce dernier écrit : Conclusion de Henri et Lucie , ou dernière partie des Premières Leçons, par Maria Edgeworth. Titre que je me suis vue forcée de changer à regret , car il est aussi un trait de caraclère , mais 1! n'aurait pas été compris. La prc'face de l'auteur expliquera mieux que je ne pourrais le faire son but et ses intentions. J'ajouterai seulement ce que sa modestie lui a fait taire : c'est que sous des formes d'une extrême simplicité , elle a caché une instruction profonde et variée. On ne trouvera point dans les conversations de Henri et de Lucie, ces à-peu-près qui , en France, remplissent la plupart des livres destinés à la jeunesse , ces notions imparfaites puisées par des ignorans dans des dictionnaires vieillis qui fourmillent d'erreurs; tout ce qui est peint a été vu par un esprit observateur: tout a été soumis à un jugement sain. Il y a une absence complète de pédanterie. Ce sont les enfans eux-mêmes qui, passant de conséquence en conséquence, d'induction en induction, selon la marche de la pensée, arrivent à trouver et presque à inventer ce qui s'est fait de plus merveilleux dans les arts industriels. Ils parcourent quelques Comtés de l'Angleterre , et on fait ainsi avec eux la' revue des progrès de l'industrie dans ce
royaume.
Le seul reproche qu'on puisse adresser à l'ouvrage, et qui n'en est certes pas un pour l'auteur, est peutêtre d'exciter à l'anglomanie, et de placer la Grande- Bretagne trop au-dessus des autres nations. On ne pouvait attendre moins du patriotisme de Miss Edgeworlh, mais son respect pour la justice l'a préservée
BU TRADUCTEUR. xvi;
des exagérations dans lesquelles tombent quelquesuns de ses compatriotes , et surtout des insultes qu"ils prodiguent aux étrangers, comme s'ils ne pouvaient s'élever qu'en abaissant les autres peuples. Les louanges données à l'industrie doivent toujours être prises en général, et doivent éveiller l'c'mulation et non l'envie. D'ailleurs notre patrie n'a-l-elle pas aussi ses supériorite's: son sol fertile, son beau climat, ses arts, ses hommes de génie, qui, trop souvent ont transporté sur une terre étrangère leurs conceptions hardies et neuves, faute d'appuis et de capitaux ? Maintenant une autre époque commence pour nous : des noms chers à la France , des hommes forts de volonté' , de talens et de persévérance, consacrent leurs fortunes et leurs veilles à des entreprises gigantesques , et ils les accomplissent. Ils ne se traînent pas sur les traces de l'Angleterre, ils marchent de niveau avec elle; peut-être un jourils la devanceront. C'estdanscrtteespe'rance que j'ai conçu le projet de faire suivre le tableau de la Grande- Bretagne industriel le qu'a trace' Miss Edgeworthpourde jeunes Anglais, de celui denotre France, de ses riches-" ses, de ses entreprises , des perfectionnemens survenus dans son industrie. Je resterai sans doute bien loin de mon modèle, mais je m'efforcerai du moins d'être aussi consciencieuse. Déjà pi usieurs savans m'ont offert leurs secours ; plusieurs personnes m'ont encouragée par leurs conseils: et je mettrai à contribution leur bonne volonté et leur expérience, dès que j'aurai entièrement terminé la publication des Jeunes Industriels. Mon seul désir, et la récompense que j'ambitionne le plus, c'est que mon ouvrage soit jugé digne de faire suite à celui deMissEdgevvorth.
Louise Sw. BELLOC
Xviij AVERTISSEMENT
Je n'ai point parlé dans cet avertissement des romans moraux de Miss Edgeworth , de ses Contes, enfin de ses nombreux écrits qui mériteraient chacun une mention particulière. Elle a suivi l'homme dans toutes les phases de la vie , avec une admirable vérité et une surveillance inquiète pour son bonheur : mais une pareille revue m'eût trop éloignée de mon sujet : d'ailleurs, . j'ai l'intention d'en faire l'objet d'un article pour la Revue Encyclopédique dans lequel je me dédommagerai du silence que je me suis vue forcée de garder ici. En attendant , je crois rendre service aux appréciateurs d'un talent si estimable en leur donnant ici la liste complète des ouvrages publiés par Miss Edgcworth et par son père.
Earlj Lessonsfor children. Premières Leçons pour les
enfans. 4 vo'»
Parents' assistant; or stories for children. L'aide des
parens, ou Contes pour les Enfans. 6 v.
Rosamond. Rosamonde, suite des premières Leçons. 2 v. Frank. Frank , idem. 3 v.
Poetry Explained. La poésie expliquée, par M. Edge-
worîh. I v.
Readings on poetrj. Lectures sur la poésie, par le
même. 1 v.
Essajs onpratical Education, Essais sur l'Education
pratique ; par M. et Miss Edgeworlh. 2 v. in-8» Trofessional Education.De l'Education, qui rend propre
à diverses professions, par M. Edgeworth. 1 v.in-8. Leiters for Lùerarj îadies. Lettres adressées aux femmes
de Lettres. I v.
Castle Rackrent, I V»