‹ Les jeunes industrielsChapitre 3 sur 26 · II. i · texte numérisé non relu

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tières de faïence de Wedgewood étaient supérieurement inventées pour tenir les légumes chauds, et il s'étonna de la parfaite ressemblance qu'avait l'une d'elles avec une véritable croûte de pâté.

M. Frankland , qui avait été fort lie avec feu M. Wedgewood , dit qu'il était présent le premier jour, où une de ces imitations parut a la table même de l'inventeur. Les enfans ne s'y méprirent point , et reconnurent d'abord que ce n'était pas un pâté. M. Wedgewood en fit faire de nouvelles a plusieurs reprises , jusqu'à ce qu'enfin il y en eût une si bien imitée, qu'a une très-petite distance, on ne pouvait pas la distinguer d'une croûte en pâtisserie, a Quand j'olai le couvercle, » continua M. Frankland, « l'enfant qui était assis près de moi fut agréablement surpris de l'entendre résonner sur mon assiette. »

— <( Outre cela, » dit le vieux monsieur, « Wedgewood a inventé un grand nombre d'ustensiles de ménage fort commodes, et d'un usage journalier; cet autre plat, par exemple, où il y a un réservoir pour le jus. Dans mon jeune temps , les maîtres de maison , chargés de découper et de servir, étaient obligés d'aller chercher le JU ; sous une énorme pièce de viande , ou de soulever le plat, et de le pen-

cher , au risque de renverser le rôti sur la table , et d'inonder les spectateurs : le couteau, la fourchette et la cuiller glissant, un à un, dans la sauce pendant toute cette operation ! sans compter qu'il y avait toujours dix a parier contre un qu'on n'aurait pas de jus après toute cette peine, mais seulement un peu dégraisse figée. A présent, sans tant de remuement, de dangers et de fatigues, celui qui sert, affranchi de tous ces ennuis, n'a qu'a plonger sa cuiller dans un réservoir rempli de véritable jus. Grâce à l'invention d'un seul homme , tous, grands et petits, peuvent se servir du jus sans pçncher le plat , et sans s'exposer à faire des maladresses. Ainsi, Messieurs et Mesdames, je vous propose de boire ala mémoire de feu M. Wedgewood, et au succès de ses bonnes inventions. » Après qu'il eut bu, le vieux monsieur continua son discours.

ce Je me rappelle que M. Coxe , le Voyageur, éprouva un vif plaisir et un sentiment d'orgueil national , envoyant, en Russie , un beau service de faïence de Wedgewood : je parierais qu'on en trouverait maintenait jusqu'en Sibérie. L'année dernière, pendant que j'étais en Hollande-, j'appris que la ville de Delft, qui, depuis plusieurs années, fournissait de la poterie a toute FEurope , tirait mainte-

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riant une quantité considérable de vaisselle du comté de Sfcafford. n

La conversation tourna ensuite sur la Chine , et sur les ouvriers chinois;

— « Ils sont très-exacts, r> tlit M. Frank- .land , f( et imitent assez Lieu ce qu'on leur montre. Mais quelquefois ils poussent cela à un excès de précision qui en devient stupide et impatientant. » Il en cita un exemple. Une dame voulant compléter un très-beau service de porcelaine de Chine qui avait été donné a son mari par la Compagnie des Indes orientales , envoya une assiette pour modèle en Chine, et en commanda quelques douzaines exactement semblables. Elles arrivèrent juste a l'époque désignée. On ouvrit la caisse avec grand empressement ; mais quelle fut la surprise et la mortification de la dame, lorsqu'elle découvrit que chacune des assiettes neuves paraissait fêlée au milieu ! En examinant celle qu'elle avait envoyée pour modèle , elle y trouva une fente en travers , qui avait été soigneusement imilée par les ouvriers chinois.

Henri lui-même, quoiqu'il aimât l'exactitude , jugea que c'était la pousser trop loin.

Au dessert , Lucie admira la beauté de la porcelaine: il y avait sur son assiette un convolvulus qui semblait y être tombé

par hasard , ou y avoir été pose : il avait l'air si frais et si naturel, qu'on aurait été tenté de le prendre. Sur celle de sa mère, était une pensée, sur une autre un géranium, et sur celle de Henri un chèvrefeuille , dont elle se serait volontiers imaginé sentir le parfum. Tout en mangeant ses cerises, elle faisait de fréquentes pauses pour examiner les fleurs. C'était, a son avis , la plus jolie porcelaine qu'elle eût jamais vue. Lorsqu'après le dîner, on passa au salon, elle aperçut sur la cheminée des vases du Lieu le plus délicat , sur lequel se détachaient en relief des figures blanches d'un dessin délicieux, et d'une sculpture charmante. Les draperies étaient si légères , qu'elles semblaient déroulées par le vent , et si transparentes, qu'on pouvait voir le fond bleu au travers.

Madame Frankland s'approcha de Lucie, comme elle examinait ces vases, et lui ditqu'ilîwétaient encore de la fabrique et de l'invention de M. Wedgewood, ainsi que les assiettes qui lui avaient tant plu au dessert.

(( De la faïence de Wedgewood ! » reprit Lucie, a je croyais qu'elle était toujours noire ou couleur de crème, comme la vaisselle jaunâtre qu'on voit partout. *

Madame Frankland l'assura qu'il y avait une grande variété dans la faïence de

VVcdgewood. Elle la mena dans un cabinet, au bout du salon, où elle lui montra plusieurs vases, imites des va es antiques trouves dans les ruines d'Etru rie en Italie, et nommes, en conséquence , vases étrusques. Lesuns étaient de couleurrouge, avec des figures noires ; les autres avaient des ligures rouges sur un fond noir. Quelquesuns qu'on croyait de jaspe *, étaient fort estimés. Après que Lucie les eut tous regardés et admirés, madame Fraukland lui dit qu'elle voulait lui en montrer un plus précieux à lui seul que tous les autres ensemble. L'original , d'après lequel il avait été parfaitement imité, avait coûté au possesseur actuel quatre mille guinées**. Elle ouvrit le coffre qui renfermait le vase , et le tira soigneusement de son enveloppe de soie.

u Je le connais! maman, je l'ai déjà vu , » s'écria Lucie.

— <( Tu l'as déjà, vu , Lucie? où donc? » demanda sa mère.

* Sorte Je pierre qui doit la varirlé de ses couleurs a des substances métalliques. On en trouve en Sibérie , <ii Angloh rre, en France dans les Pyrénées-, la plus belle vient des Iodes. On en fait des statues, des vases, des tables et des bijoux.

"* Environ cent mille francs, en monnaie de France.

— (( Dans un livre, un jour crue je vous lisais haut, maman. »

— « Tu veux dire que tu en as vu une

gravure. »

— (( Oui, maman, vous vous rappelez Lien les trois vues prises du Jardin Botanique. Il y avait un vase pareil a celuici, de couleur sombre avec des figures Hanches dessus. Je ne me souviens pas bien de son nom , mais je sais qu'on l'avait déterré dans des ruines... »

Sa mère lui dit qu'on l'appelait le Barberini, ou vase de Portland. Barberitn, du nom de la famille italienne a laquelle il avait appartenu ; et Portland , parce que c'était la duchesse de Portland qui l'avait acheté et apporté en Angleterre.

Lucie , dont la mémoire était éveillée sur ce sujet , se rappela les beaux vers du docteur Darwin adressés a M. Wedgewood : « O toi , l'ami des arts! » Mais elle s'abstint de les répéter : discrétion dont Henri lui sut gré.

M. Frankland qui entra alors dans l'appartement , lui dit que les Etrusques ou vases grecs se fabriquaient par un procédé différent de celui de M. Wedgewood. Ils paraissent avoir été faits en couvrant les parties représentant les figures et les ornemens , après que les contours extérieurs en avaient été tracés : on trempait

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ensuite cette terre rouge dans une composition qui teignait en noir tons les endroits découverts j pub on dessinait avec soin et netteté les lignes des draperies , etc. Dans les vases antiques , la couleur ronge faisait corps avec le vase , et reparaissait partout où il se brisait. Dansles imitations de Wedecwood, le rouge et le noir sont également peints sur la porcelaine, ou plutôt sur le biscuit ; nom cpie l'on donne à cette sorte de faïence , une fois qu'elle a passe a la fournaise. Y\ edgewood fut le premier inventeur de ce qu'on a nommé les couleurs sèches, ou émail, sans lustre et sans brillant.

11 semblait a Henri que le grain uni et le poli de ces vases, était beaucoup plus beau qu'aucun vernis.

« Et beaucoup plus solide et plus durable , )) reprit M. Frankland. h Ces couleurs ne s'altèrent ni à l'humidité , ni au feu, ni a l'air; aucun acide ne les change. Elles «lurent autant que lasubslance même. Vous avez peut-êt»e remarqué que le vi mis de la faïence commune éclate de tOUSi , et forme mille petites raies. »

— a Oui , » dit Lucie , « je l'ai trèssoin eut remarqué : et toutes ces petites raies couvrent l'as iette en tous sens \ comme un réseau , et lui donnent l'air sale et usé. »

i — (c Mais ce qui est encore pis, »

reprit - il , « c'est que dans plusieurs sortes de vernis , on emploie le plomb , qui , lorsqu'il est dissous par certains acides, est un poison assez actif. »

Lucie fit l'observation que le vernis ressemblait un peu au verre. Et d'après le rapprochement des deux mots , elle conclut que l'un pourrait bien être dérivé de l'autre.

« Il se peut que vous ayez raison , » dit M. Frankland • « il y a , comme vous l'avez observé , de la ressemblance entre l'extérieur de certaine porcelaine et du verre. La différence est que la porcelaine n'est que serai- vitrifiée , c'est-àdire , a demi changée en verre. L'art de diriger et de tempérer la chaleur , de manière a arrêter la vitrification a temps , ou a empêcher la porcelaine de devenir du verre , juste a propos , est l'un des points les plus importans de cette fabrication. » Lucie en revint a s'extasier encore sur la beauté de la faïence de Wedgewood , répétant qu'elle la trouvait beaucoup plus jolie que la porcelaine de Chine.

ce Outre la beauté de la forme, de la couleur et du grain , » continua M. Frankland, (( l'utilité qu'il faut toujours mettre en première ligne dans tout ce qui concerne l'industrie . en est fort grande.

Non-seulement , clic convient parfaitement a tout le service de la cuisine et du ménage, mais elle est encore très- nécessaire pour plusieurs expériences chimiques , pendant lesquelles les vases doivent être exposes a une grande chaleur. »

M. Frankiand leur montra a l'appui de sa remarque un creuset et une retorte * faits en faïence de YYcdgewood, et madame Frankiand leur fit voir un pilon blanc et un mortier qui avaient l'air de marbre, et qui étaient encore de la même fabrique. On s'en servait pour piler et mélanger des drogues.

Qcnri demanda si le lieu ou se labnquaient toutes ces choses , était voisin de la maison de campagne de M. Frankiand .

Oui , » lui répondit ce dernier.

A quelques milles d'ici , est le village auquel M. Wedgewood a donné le nom d'Elrurie , et où il a établi, une manufacture dont les produits sont probablement plus connus, et plus généralement utiles , que ne le furent jamais ceux de l'ancienne Elrurie. *

¥ Vaisseau de terre ou de verre , qui a un bec recourbe pour se joindre au récipient. On l'emploie continuellement pour les expériences de chimie.

M. Frankland ajouta que le lendemain il y conduirait ILuri et Lucie , et comme le premier semblait désirer en savoir davantage sur ce sujet , il lui dit tout ce qu'il crut propre a l'intéresser sur l'historique des poteries du comté de Stafford.

(( La terre glaise de cette partie de l'Angleterre étant propre a faire toute espèce de faïence , il y a toujours eu des poteries , ou des traces de ce genre de fabrication , dans le comté de Stafford , depuis l'époque où les Romains habitaient la Grande-Bretagne ; mais cette industrie était restée pendant des siècles brute , grossière , et tout-a-fait clans l'enfance. Aucune personne instruite et éclairée ne s'était occupée de la perfectionner, jusqu'à il y a environ cent vingt ans , où deux frères nommés Elers vinrent de Hollande , s'établirent ici ? et y fabriquèrent une porcelaine rouge sans vernis. Ils firent ensuite une espèce de faïence brune et vernissée , dont la pâte était en pierre broyée ; mais elle était pesante et commune, et le vernissage, tout imparfait qu'il était, ne pouvait se faire sans de graves incorivéniens. Ils se servaient de muriate de soude qu'ils jetaient dans le four, lorsque la cuisson des vases était arrivée à un certain point. Les odeurs et les fumées que ce

procède occasionnait étaient si désagréables, que le voisinage ne put les supporter!, et força les étrangers a abandonner leur entreprise, et a quitter le pays. Peu de temps après, un ouvrier qui avait trouve le secret de leur manière de vernir, car à cette époque cela même était un secret, employa ce moyen dans une poterie qu'il fonda: on le laissa continuer malgré les mauvaises odeurs et la fumée , parce que les habilans trouvèrent que les vases de cette fabrique leur étaient fort utiles pour conserver leur beurre. On les employait principalement à cet usage, et la manufacture en prit le nom de Poterie au Beurre. Les jours où Ton vernissait, les inconvéniens du voisinage étaient terribles ; la fumée s'étendait a une distance de six a sept milles. D'épais nuages s'élevaient des fournaises , couvraient les collines , et remplis, aient les vallées de vapeurs malsaine .

« Le premier grand perfectionnement de nospotci iessc fit dans la substance même de la faïence; on introduisit de la pierre a fusil broyée dans la composition de la pâte, et alors fut inventé ce que Ton appelle encore la terre de railiou ou grès. Elle est employée a plusieurs usages. \ où - pouvez, en avoir vu, car les bouteilles, d'eau de Sclu sont de ceile terre. )>

— - « Je sais ce que vous voulez dire, s'écria Lucie.

— « C'était la meilleure et la plus solide poterie que nous eussions , » continua M. Frankland , u avant le temps de M. Wedgewood. On dit que la première idée d'employer la pierre à fusil en poudre fut suggérée a un pauvre potier du Staflfordsliire par le hasard. »

— h Parle hasard, » re'pcta Lucie. d'en suis Lien contente ■ j'aime tant a entendre raconter les découvertes faites par hasard , surtout quand elles sont dues a de pauvres gens. »

— « Un potier du Stafïbrdshire , dont le nom est oublié, ou plutôt dont j'ai oublié le nom, s'arrêta, en allant a Londres, a Dunstable , dans le Bedforshire , où le sol est craieux et caillouteux. Il consulta le valet d'écurie de l'auberge , sur un mal qui était survenu a l'œil de son cheval : le palefrenier lui conseilla de faire entrer dans cet œil de la poudre de caillou brisé ; et pour cela il jeta dans le feu un caillou, afin de le calciner, c'est-à-dire, de le briller , pour qu'il pût être plus aisément pulvérisé. Le potier qui le regardait , fit attention à la grande blancheur du caillou calciné ; et cet homme n'étant pas moins ingénieux que bon observateur, imagina aussitôt de profiter de

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cette circonstance pour l'amélioration de

sa poterie. Il essaya, pour première expérience , de mêler de la poussière de cailloux bien broyée avec de la terre de pipe ; cela lui réussit àsouliait, et il lit une poterie blanchâtre qui discrédita toutes les terres brunes et colorées. Quelque laide que vous la trouviez , Lucie , elle était très-perfectionnée pour ce temps-la. Mais Wedgcwood vint, et nous donna quelque chose de mieux. Cette terre couleur de crème qu'on appelle poterie de la reine , parce que la reine Charlotte la préférait a toute autre, était alors, et il n'y a pas si long-temps, estimée dans les palais. Maintenant elle est employée dans toutes les chaumières, et connue partout où Ton se sert d'assiettes et de plats. Apres cette poterie de la reine , YVedgewood inventa toutes les varie tés que vous avez vues , et beaucoup d'autres encore. »

Madame Frankland sonna , et ordonna au domestique d'apporter une assiette de faïence de Wcdgewood , couleur de crème, une autre en terre de caillou blanc , un pot de terre noire vernissée , et un pot a fleur commun en terre rougcàtrc. Elle les plaça dans l'ordre où ils avaient été inventés, à roté des beaux vases de Wedgcwood, pour en faire voir la diflèrencc,

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et alla qu'Henri et Lucie pussent juger du contraste.

tu Et toutes ces améliorations , ou du moins le plus grand nombre, furent l'ouvrage d'un seul homme, » pensa Henri.

« 11 en fit plus pendant sa vie, qu'on n'en avait fait dans les centaines d'années qui s'étaient écoulées auparavant. »

Lucie demanda s'il était arrivé à M.

Wedgewood quelque heureux accident qui lui eût donné la première idée de ses inventions. Elle témoigna un vif désir d'en connaître l'histoire , si M. Frankland voulait la lui conter.

M. Frankland n'avait entendu parler de rien de semblable ; et lui fit observer que , quoiqu'il pût arriver un ou deux accidens heureux a une même personne , il n'était pas possible que des améliorations aussi progressives que celles que M. Wedgewood avait faites , eussent pu être suggérées par le hasard , ou accomplies par quelqu'un qui n'aurait pas eu une véritable instruction.

H Ce que je voudrais bien savoir , »

dit Henri, c< c'est ce qu'il fit d'abord; ce qu'il fit ensuite , et comment il passa toujours ainsi d'une expérience à une autre. »

—a Je ne puis prétendre a vous en donner un récit bien exact, » répondit M. Frank-

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laud , c< car je ne suis pas moi-Thème certain d'être au fait de tous ses proccde's. Tout ce que je puis vous dire, c'est qu'il perfectionna les poteries pat l'introduction de substances , qui n'avaient jamais encore cte employées dans leur composition. On avait découvert que certain granit de Cornouailies est aussi bon pour Faire une porcelaine d'un genre particulier, que la terre dont les Chinois se servent : M. Wcdgewood mit le premier en usage les terres glaises du Dorsètshire et du comte de Cornouailies. »

— « Peut-être pourriez-vous m'expliquer, monsieur, » reprit Lucie, « comment on parvient a faire le Lieu délicat du fond de ce vase a fleurs? a

— c Ou l'obtient d'une substance appelée Cobalt. Mais comme vous n'en avez probablement jamais vu, ce mot vous apprend peu de chose. »

«— « Je voudrais bien savoir aussi comment se font les belles couleurs des fleurs des assictles de dessert , et comment on produit le beau pourpre et le joli rose qui sont sur cette tasse. »

— (( C'est le précipite d'or dissous dans de l'acide nilro-muriatiq le qui donne les belles couleurs pourpre et rose. Les o\ides de fer produisent aus-i plusieurs

.-. couleurs que vous admirez. Mais

comme vous ne connaissez aucun des oxicles , non plus que l'acide nitrique ou rauriatique , et le précipite d'or, ma réponse ne vous apprend qu'un certain nombre de noms que vous aurez oublies dans une heure, et qui, a moins que vous ne connaissiez les propriétés qu'ils désignent, ne pourraient vous être d'aucune utilité' , même quand ils vous resteraient dans la tête toute votre vie. »

— ce Mais sans nous dire ces grands noms savans, monsieur, ne pourriez-vous pas nous donner une idée géne'rale de la manière dont M. Wedgcwood-fit tout cela? »

M. Frankland répondit, en souriant, qu'il ne savait pas exactement ce qu'elle entendait par une idée générale. Tout ce qu'il pouvait lui dire, c'est que M. Wedgewood avait commencé par étudier lespropriétés des différentes terres , et des minéraux , et l'effet du feu sur ces derniers. « Bref, il s'appliqua a l'étude de la chimie et de la minéralogie , pour connaître a fond toutes lès expériences qui avaient été faites par d'autres; puis il en essaya de nouvelles par lui-même : mais s'il n'avait pas lu , et s'il n'eût pas acquis d'abord tout ce savoir , il aurait pu perdre son temps et son talent d'invention à faire ce que d'autres avaient fait avant lui. Outre

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le génie d'inventer clos choses nouvelles et élégantes , il eut le boa sens d'observer ce qui manquait tous les jours au plus grand nombre de gens; de sorte qu'il produisit, non seulement ce qui plaît aux personnes de goût, mais ce qui est utile a toutes les classes de la société. 11 pensait continuellement aux moyens d'améliorer, de perfectionner ce qu'avaient fait les sa- Vans qui l'avaient précédé , et ce qu'il avait fait lui-même. Ce fut par cette attention aux petites choses , aussi bien qu'aux giaudes , et en poursuivant avec constance la même suite d'expériences , qu'il réussit a accomplir tout ce qu'il avait commencé : et ce n'est pas un mince éloge pour un homme qui entreprit tant de choses. Les résultats de ses succès nous sont connus, » continua M. Frankland, en se tournant vers M. VVilson , « et nous nous eu réjouissons tous sincèrement.

Wedgewood amassa une immense fortune pour lui et pour ses ciifaus , et il acquit une célébrité et une réputation bien audessus de sa fortune. Il augmenta d'une manière prodigieuse l'industrie , les richesses et les jouissances de tous les pauvres de son voisinage. Il multiplia les commodités , l'élégance et le luxe de la vie pour les riches ; agrandit en

Angleterre , et a l'étranger, la renommée des arts et des manufactures de sa patrie, dont il étendit le commerce. Les produits de son génie ont porté son nom jusqu'aux régions les plus éloignées du monde civilisé. »

M. Frankland se tut , et il se fit un grand silence. Chacun regardait avec admiration les ouvrages de YYedgewood, et ceux qui l'avaient connu intimement soupiraient du regret d'avoir perdu un si excellent homme et un si bon ami!

Le jour suivant , M. Frankland emmena Henri et Lucie avec lui pour aller voir les travaux de la moderne Etrurie. Nous ne les suivrons pas a travers tous les différens procédés chimiques dont ils furent témoins- nous ne parlerons que de ce qu'ils se rappelèrent, et racontèrent a leur mère à leur retour.

« La première chose dont je me souvienne, » dit Henri, a c'est du perfectionnement dans la manière de broyer les cailloux. )>

— « Mais il faut que vous sachiez d'abord , maman , » interrompit Lucie , « que dans les premiers temps , c'était un ouvrage fort malsain , tant il y avait de cette poussière de caillou pulvérisé qui s'échappait de tous côtés ,* et à mesure que les ouvriers respiraient, elle entrait dans

leur Louche , dans leur nez, leur donnait mal à la poitrine et a L'estomac, et souvent elle leur causait des inflammations d'yeux fort dangereuses. »

— <( On a remédie à cela , » continua Henri, « en faisant moudre le caillou dans l'eau , ce qui empêche la poussière de s'échapper. Le nom de l'homme qui fit ce perfectionnement , et qui construisit le premier moulin pour cet usage, est Brindley , et sou moulin est fort ingénieux. »

— d Mais tu n'as que faire de l'arrêter a le décrire , » dit Lucie* u car maman ne se soucie peut-être pas de le connaître aussi Lien que toi. Maintenant , Henri, laisse-moi un peu raconter. Ainsi donc , maman , le caillou est broyé dans le grand chaudron. »

— « Moulin, » reprit Henri.

— (( Mêle avec de l'eau , » continua Lucie, (( cela resscmLle à un mélange de chaux etd'eâu; puis Onl'épaissit en y mettant de la terre glaise, et en le remuant, le Lattant, et le passant par dc^ tamis, de sorte que cela devient comme une espèce de bouillie très-épaisse • ensuite c'est aussi compact qu'une pale , et une fois dans cet e'iat , on le porte a la roue du potier. Vous connaissez cette roue , maman. Je me rappelle que j'en ai vu la gravure pour la première fois dans notre livre de* Arts et

Métiers. Mais il y a un perfectionnement dans celle-ci. La plus commune , que l'on m'a montrée une fois, il y a long-temps, était seulement une planche arrondie comme une roue , et qui tournait sur un bâton perpendiculaire. »

— « Un axe , » dit Henri.

— « Un petit garçon la mettait en mouvement, pendant que l'homme... vous savez, maman, le potier, moulait l'argile, et lui donnait la forme d'un Loi; et il disait au petit garçon de faire aller la roue plus vite ou plus lentement. Mais a la roue que nous avons vue aujourd'hui, il n'y a besoin de personne pour faire aller la planche , car elle est tournée par une espèce de timon : on nomme cela un arbre. »

— « Et cet arbre est mu par une machine à vapeur, » reprit Henri. « Remarquez, maman, que voila la machine a vapeur encore a l'ouvrage. »

— « Oui , vraiment , » dit Lucie , « papa l'appelle le grand ouvrier de toutes les fabriques. )>

— « Mais il y a un perfectionnement dans cette roue de potier dont tu n'as pas encore parlé, Lucie. »

— « Nob, non ; mais j'y suis -} laissemoi donc le conter. »

m « Si tu le comprends ; » murmura

Henri d'un ton bienveillant, et avec la

crainte qu'elle ne s'en tirât pas a son honneur, plutôt que par le désir de montrer ce qu'il savait.

— «J'en comprends quelque chose, mon cher, et c'est cela seulement «nie je dirai* Il y aune espèce de grand rouleau ou cylindre, en forme de cône, maman, qui est vis-a-vis delaroucdu potier, ctuue bande de cuir, ou courroie , qu'on peut glisser ou promener tout le long de ce cône, depuis la partie la plus mince jusqu'à la plus épaisse. Henri a remarque cela dès qu'il l'a vu ; il en a demandé l'usage , et papa lui a dit de tâcher de le trouver lui-même. C'est ce qu'il a fait, maman. C'est pour faire aller la roue plus vite ou plus lentement, à la volonté de l'homme qui modèle la pâte : et c'était fort nécessaire, parce que la machine a vapeur qui tient la roue en mouvement suit toujours la même marche régulière, et ne se dérangerait pas, quand même ou lui dirait vingt fois : « Plus vite ! plus lentement î pins doucement ! plus vite ! n 11 faut par conséquent que le potier ait quelque moyen de ralentir ou de presser la roue, sans que la machine a vapeur s'en mêle. Cela se fait tout simplement par un petit garçon qui change la courroie de place, et la met plus haut ou plus bas , a l'endroit le plus mince ou

le plus épais du cène. Yoila l'utilité Je ce cône et de la courroie, maman, et c'est Henri qui l'a trouvée. »

— « Je suis bien aise que tu te rappelles de cela, ma chère Lucie , » dit sa mère.

Lareconnaissance de Henri brillaitdans ses yeux.

Lucie continua avec une nouvelle ardeur : « Je voudrais bien, maman, que vous eussiez vu l'ouvrier modeler la terre, et toutes les métamorphoses que produit la roue du potier. D'abord, en une minute, le tas d'argile devient un bol : l'instant d'après l'ouvrier presse ce bol mou dans sa main , le présente à la roue , tourne , et tout de suite , c'est une assiette ! Un moment de plus , l'assiette est partie , et à sa place , il y a une tasse devant vous ! »

— « Une tasse sans anse , » ajouta Henri; « car il faut la faire a part, et la coller après. Il n'y a que des choses d'une certaine forme ronde ou plate , qui se puissent tourner a la roue du potier; celles dont les formes ont des rentrées et des sorties , des parties saillantes et renfoncées, se font dans des moules , où l'on presse la pâte encore liquide. Quelquefois les deux parties d'une même chose, comme par exemple , les deux côtés du gouleau d'une théière, sont faits dans des

moules séparés , et ensuite on les joint ensemble : c'est le seul moyen de laisser vide le petit creux ou tuyau par où Ton verse. Mais je suis sûr, maman, que vous savez tout cela mieux que nous, n

— « J'en savais moi-même la plus grande partie avant, » reprit Lucie, a grâce aux planches et aux descriptions de notre cher livre des Métiers, et de quelques autres de nos livres tant grands que petits. Mais j'aime a voir le vrai travail se faire, et à examincrlacliosememe.il y a toujours quelque différence entre la description et la réalité. Il se trouve des choses que j'imaginais plus grandes ou plus petites qu'elles ne sont , quelque circonstance particulière que je ne comprenais pas , jusqu'à ce que j'eusse tout vu par moi-même.

Maman , je ne vous ai pas raconté qu'on nous avait montré les fournaises et les fours pour mettre au feu, ou comme on dit, pour cuire la porcelaine. Ils sont Lien plus grands que je ne pensais. Quand la porcelaine a été cuite une première fois, ou l'appelle biscuit, et c'est alors qu'on peut la peindre. Oh ! maman, je ne vous ai pas dit non plus , combien je me suis amusée dans l'atelier de peinture, a regarder les couleurs qui sont ternes , quand on les pose , et qui deviennent toutes brillantes, tout éclatantes, quand

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elles ont passe au feu. Ce qui doit être de l'or, est d'abord tout-à-fait brun, n

— « Lucie, » demanda Henri, a as-tu observe cet homme qui restait à cote des fournaises , et dont l'emploi semblait être d'en régler la chaleur? Il avait de petits morceaux oie terre dans la main , qui avaient l'air de petits fouloirs. et il les mettait dans le feu , puis il les mesurait; as-tu vu comment ? »

— « Non; j'ai vu l'homme , mais je ne sais pas ce qu'il faisait. 11 n'y a plus qu'une chose que je me rappelle , maman, et ce sera tout. Vous connaissez ces tasses, ces soucoupes et ces assiettes communes avec des dessins bleus sur du blanc , où il y a des moulins et des maisons, et de drôles de figures chinoises, et toutes sortes oie choses. ))

— (( Heureusement que je sais ce que tu veux dire , « répondit sa mère , en riant, « autrement je ne suis pas sûre que ta description me le fit comprendre. »

— (( Hé bien, maman, autrefois on lc:> peignait a la main, pièce a pièce. Mais maintenant il y a une manière bien plus prompte ; M. Frankland me l'a expliquée. D'abord les modèles quelconques, comme l'on veut, soit maisons ou églises, oies ou dindes, bergères , éléphans ou moulins ; s'impriment sur du papier. »

— - (( Apres avoir été premièrement gravés sur du cuivre, » dit Henri. « Au lieu d'encre d'imprimerie, ou étend une couleur bleue sur la planche. »

— « Et la couleur bleue Oh laissemoi dire cela, Henri! » s'écria Lucie.

<( La couleur bleue se fait avec du cobalt. »

— - a De Yoxide de cobalt, je crois, » dit Henri, « qui diflëre du cobalt , ace que monsieur Frankland nous a dit , si tu te le rappelles, Lucie, comme la rouille du fer. »

— « Bien. De l'oxide de cobalt, je m'en souviens , » continua Lucie ; « on le mêle avec de la terre, et... r>

— Et de l'huile de lin, » reprit Henri, (( comme celle qu'on emploie pour l'encre d'imprimerie. »

— a Et quand c'est mêlé et aussi épais et aussi onctueux qu'une pâte, on Tétend sur la planche. Tous savez, maman, que vous m'avez montré une fois comment on gravait. Hé bien , cela se fait tout justement comme une gravure ordinaire. On prend sur le papier autant de copies du modèle, que Ton en a besoin... »

— « Tu oublies que le papier doit d'abord être graissé avec du savon mou , » interrompit Henri.

— <( Quand donc on veut se servir de ces modèles, on les découpe, et Ton jette tout

le papier superflu; et la partie imprimée est humectée et appliquée sur la tasse, ou sur n'importe quelle porcelaine. »

— (( Rappelle-toi que la tasse doit être en état de biscuit, » dit Henri.

— a Certainement. Le biscuit suce , ou absorbe sur le champ toute la matière colorée du modèle humide ; puis , on lave le papier, et vous voyez l'impression exacte sur la tasse. Cela n'est-il pas joli et prompt, maman? Alors il faut laisser sécher la tasse , et ensuite on la plonge dans une espèce de vernis brillant, et le cobalt, je veux dire l'oxide de cobalt, devient d'un beau bleu. Et voila la tasse finie et peinte d'une manière facile et expéditive. Je parierais que, pendant le temps qu'une personne peignait une seule tasse avec la vieille méthode, on en pourrait peindre cent mille avec la nouvelle. »

— (( Le nom de l'ingénieux inventeur, comme l'appelle M. Frankland, qui a découvert cette manière de transporter des gravures du papier a l'argile , n'a pas été conservé , et j'en suis fâché , » ajouta Henri.

— « M. Frankland nous a dit, » continua Lucie , « que, depuis cette invention ces porcelaines bleues et blanches se fr ' en telle quantité , et a si bon marché, 'a

maintenant presque tout le monde r > CI

1 * ^eut en

acheter , et qu'on en trouve dans toutes les cabanes. Les pauvres gens peuvent avoir a présent , ce que les grands et les riches possédaient seuls jadis: n'cles-vous pas contente de cela, maman ? »

— <( Oui , ma chère, je le suis , » dit sa mère , « et je suis contente aussi , » ajouta-t-cllc en souriant, « de voir qu'enfin tu prends haleine , et que tu nie donnes le temps de te remercier de tout ce que tu m'as raconté. Il paraît que tu t'es beaucoup amusée a ces poteries, et tu m'as fait plaisir aussi par tes récits. »

— a Maman, r> reprit Lucie, « pensezvous que nous nous soyons souvenus d'assez de choses? Je sais bien que je ne me rappelle pas la moitié de tout ce que j'ai vu ou entendu ; mais je me ressouviens presque de tout ce que j'ai compris clairement. j>

— « Cela est tout-a-fait assez , ma chère petite, » répondit madame Wilson, « je n'ai jamais désiré que tu te rappelasses de ce que tu ne comprenais pas. A quoi cela te servirait-il ? »

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