‹ Les jeunes ombresChapitre 7 sur 7 · I'AUL DE M OLE M!. S W · texte numérisé non relu

I'AUL DE M OLE M!. S W

aux mêmes splendeurs, mais il ne va plus demander aux choses humaines ce qu'elles ne peuvent lui offrir, il n'est plus égaré par les fausses lueurs qu'il prend pour la lumière du soleil : il a rencontré la voie, la vérité et la vie.

Étranges prédestinations des œuvres de l'homme ! Il semble que dans ce dernier livre, le Bonheur des Maige, qui devait précéder de si peu sa mort, l'imagination de Paul de Molènes fût déjà flottante entre terre et ciel, et qu'il y eût dans cet esprit qu'un accident fatal devait nous ravir si vite, le pressentiment des choses de l'autre monde. 11 faut, pour lire cette œuvre, s'isoler du tumulte humain, faire en soi-même un grand silence et se recueillir dans la contemplation. Alors seulement l'âme peut respirer le parfum secrel qui s'échappe de ces pages, et se trouver en communication avec leur mysticisme pénétrant. On dirait qu'au moment de quitter la terre, Paul de Molènes avait

été saisi de mélancolie en songeant à toutes les vertus que le monde ignore, à tous les êtres vaillants et passionnés qui passent parmi nous sans avoir laissé soupçonner même qu'ils aient aimé et qu'ils aient souffert. Eh bien! le Bonheur des Maige vous parle de ces méditations vagues et suaves, il vous fait vivre parmi ces inconnus : leur bonheur à ceux-là est fait de ce qui ne tente guère la foule avide ; il a des rayonnements intérieurs que les aveugles ne sauraient comprendre ; ils sont heureux, comme les élus du sermon sur la montagne, lorsqu'ils pleurent et lorsqu'ils succombent à la peine dans leurs chastes amours, dans leur austère héroïsme, dans leurs épreuves multipliées. Ils ne demandent pas à la vie les joies grossières qu'elle donne à d'autres ; ils acceptent toutes les douleurs avec un sourire céleste, songeurs ineffables que l'idéal et l'éternel tentent, et qui, déçus dans leur espoir, n'ont rien conservé en leur cœur de som-

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bre ni d'amer. Le trésor de leurs désirs est placé ailleurs qu'en cette terre où la réalité nous brise, où tout détruit nos illusions les mieux aimées, où tantôt ce que nous cherchons nous échappe, tantôt ce que nous saisissons nous trompe. Paul de Mole nés nous raconte avec une tendresse infinie ces existences chères à Dieu et que les heureux oublient ; en décrivant ces soldats humbles et dévoués à leur épée comme un prêtre à son autel, ces femmes solitaires et prosternées devant Jésus, il nous en redit les passions naïves, les langueurs, les accablements, les sacrifices et les joies; il a dessiné toutes ces physionomies avec une conviction profonde. Ainsi dans les siècles de foi et de persécution, des poètes pieux auraient retracé la vie et la mort des jeunes filles et des confesseurs martyrs. H y a dans ce livre plusieurs figures qui rappellent la mâle beauté de ces légionnaires romains, invincibles catéchumènes qui marchaient au supplice en sortant du prétoire, sans

honorer d'un regard les vains plaisirs du monde; il y a quelques têtes de femmes dont l'expression est digne de l'art chrétien du moyen âge. Leur sourire est pareil à celui des vierges vêtues de lin qui passaient de la terre au ciel sans avoir connu la terre, et dont on voyait parfois flotter sur le cours du Tibre le corps diaphane couronné d'un nimbe lumineux et les cheveux d'ange mollement caressés par les eaux.

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Hf^^ô) e fut comme le chant du cygne, i II. .~'-jj et en effet la pensée de Paul de W§^1$*à Molènes était arrivée à son terme. Le voyage spirituel dont chacune de ses œuvres marque une étape qui commence à Valpéri pour aboutir au Bonheur des Maige était évidemment terminé. Partir du matérialisme pour arriver au mysticisme, telle fut sa singulière destinée. Mais il ne faut pas en être surpris si l'on songe que dans ce matérialisme même vivait l'amour des nobles actes, le sentiment de l'abnégation et de l'infini. Ces conseillers austères et sacrés ont transformé lentement la pensée où ils avaient apparu et l'ont enfin dominée tout entière.

Puis un livre immortel, Y Imitation de

Jésus-Christ, était le compagnon fidèle de ce jeune homme sur tous les chemins de sa vie; il le lisait sous la tente de l'Arabe comme auprès des tranchées deSébastopol.

Il occupait ses derniers jours à recueillir ses réflexions sur le texte inspiré. J'en ai remarqué une surtout, dans ce travail qui n'est point publié encore, dans ces pages si chères aux pieuses tristesses d'une âme qui entoure de son culte, au delà du tombeau, la mémoire d'un époux aimé; ces lignes font bien connaître, il me semble, toute la pensée militaire et chrétienne do Paul de Molènes et la manière admirable dont il comprenait le dévouement. Sous ce verset de X Imitation : a Si vous voulez apprendre et savoir quelque chose d'utile, aimez à être inconnu et à n'être compté pour rien, » il avait écrit ces touchantes paroles : u C'est là un de ces principes qui conviennent à la vie militaire encore mieux qu'à la vie monacale. Aimez le poste où

l'on ne vous voit point, le coup de fusil dans le fossé. Pratiquez l'héroïsme de la nuit. Soyez heureux, quand, perdu dans les rangs, suivant le drapeau et les tambours, vous sentez qu'on ne vous compte pour rien. Vous marchez alors dans la seule gloire qui éclaire l'âme sans la brûler. » Il avait depuis longtemps pensé ainsi, et quelles qu'aient été les erreurs transitoires de son imagination ardente , il a toujours revendiqué le nom de chrétien et de catholique. Dans les Soirées du Bordj, où il place sur les lèvres d'un capitaine ses propres doctrines , il avait dit, entre deux nouvelles médiocrement édifiantes et avec une inconséquence qui était la noblesse de son esprit : « Quoique je ne sois pas aussi ennemi de la matière que je devrais l'être pour mon salut, j'ai toujours aimé l'idéal. Je l'ai cherché longtemps dans les rêves des poètes et dans mes propres songeries, je le poursuis encore à travers les enchantements

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de la nature; jamais il ne m'est apparu comme à travers les pages de l'Evangile. C'est dans ce livre sacré que j'ai vu le divin fantôme. » N'est-ce pas là toute son histoire? Sa vie agitée est dans ces quelques lignes : il avait déjà le pressentiment de la lumière complète qui devait l'éclairer un jour et lui révéler tant de choses. Qui pourrait en être surpris? Paul de Molènes a montré une fois de plus tout ce qu'il peut naître de puissant et de saint dans une âme illuminée sans cesse par la pensée de la mort, par le dévouement au drapeau et par les paroles de l'Evangile.

CONCLUSION

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CONCLUSION

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MK^jpga tretiens se sont terminés. Plus wi§5réï*à d'une mort prématurée sollicitait encore notre affectueuse étude, mais nous ne voulions parler que des écrivains ou des artistes dont l'œuvre précoce ou incomplète laissera une trace dans l'avenir. Aussi avons-nous dû nous borner à un petit nombre de récits dont j'ai faiblement rendu l'accent et l'attrait. La plupart des

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jeunes gens qui ébauchaient tour à tour les figures louchantes de ces êtres d'élite brusquement surpris par la mort, comprenaient et exprimaient avec éloquence la passion des grandes choses et l'enthousiasme devant les belles œuvres; cette conviction animait leur langage d'une chaleur et d'un éclat que je n'ai pas su conserver. Du moins leur sentiment subsiste , et ce livre sera comme un suprême témoignage de sympathie ou d'admiration donné par la jeunesse du siècle déjà vieux à ces jeunes ombres inégalement illustres, mais qui toutes ont poursuivi les cuoses de l'art en dehors et au-dessus des grandeurs mondaines. Au moment où les années qui se succèdent, vont de plus en plus nous éloigner de l'âge où l'on est exclusivement préoccupé des questions littéraires et de la poésie, où la vie appelle à d'autres luttes et à d'autres émotions, nous avons voulu nous arrêter devant ces tombes pour y affirmer solennellement nos croyances; nous avons voulu

CONCLUSION

consacrer un livre à de chères mémoires, et laisser une œuvre qui fui le témoignage d'un sentiment trop ferme en nous pour que le temps puisse jamais l'affaiblir.

Février 1 865 .

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