Faiblesse, excès de douceur, timidité, de « mitis
pour être autorisé à nier les conséquences. Les arguments « in Dario », « in baroco », « in barbaro », si fort à la mode en ces siècles phraseurs, n'ont pas de secrets pour lui et lui servent à démontrer que les dieux ne sont pas des dieux, qu'il n'y a pas plusieurs dieux, qu'ils n'existent point et n'ont jamais existé. Catlion s'ellraie de cette jeune audace dont son école ne fut jamais le théâtre, et, ne sachant comment riposter, ordonne à Quentin de se taire :
Tu l'enquiers trop avnnt des choses.
Je n'ay les textes ne les gloses Pour ton subtil entendement.
Et, comme Quentin le presse avec plus d'ardeur encore, le maître d'école se refuse à plus de « disputation », et de guerre lasse congédie bientôt ses élèves, auxquels il recommande d'aller « par paire et pas à pas », se divertir sagement. Le hasard, disons mieux : la Providence, qui veut se servir d'eux comme de leviers pour renverser le paganisme, les a conduits aux environs de l'église où les chrétiens se rassemblent pour prier. La curiosité s'empare du jeune Victorin qui de loin montre l'église à ses amis :
Vecy le temple en une grange Des cresliens qui sont nouveaux ; Ils ne tuent vaches ne veaulx Pour sacrifier à leurs dieux.
Reile. Regardons quel chose on y brasse.
Les jeunes gens s'approchent donc de l'église et écoutent. Pierre l'exorciste raconte au pape Marcellin, à Marcel, évoque de Rome, et au clergé réuni, ce (|ui vient de se passer en « Frige ^ » où tout a été brûlé par les persécuteurs,
Sans y laissier (leur ne semence.
Les prêtres et les fidèles se désolent entre eux. Le pape Marcellin essaie de leur rendre courage. 11 prêche. C'est aussi do misère et de pauvreté qu'il parle; mais, à rencontre du stoïcien Cathon qui enseignait à ses disciples le mépris des richesses et des jouissances, seulement parce qu'elles ne se peuvent emporter par le corps humain pour lequel tout est dit et fini quand l'existence s'en va, le pape glorifie la pauvreté, parce qu'elle ouvre au chrétien qui meurt une vie nouvelle, meilleure et éternelle.
Quentin, que Dieu a marcjué pour ses desseins et qui tout h l'heure répugnait déjà d'instinct aux folles et absurdes croyances du paganisme, Quentin s'étonne des nouN elles idées que l'exhortation du vieillard suscite en lui. « Avez-vous entendu ce que cil a sermonné »? demandc-t-il à ses amis.
\. La Phrygie, dont Dar.lanie était lacapiiaie.
Il nous montre tout le contraire De la lechon qu'on nousdonnoit.
Ils écoutent avec plus d'attention. Le pape continue son exhortation. Chacune de ses austères paroles est une révélation ; chacun de ses enseignements porte coup et est recueilli par ces jeunes gens dont l'esprit s'ouvre à la lumière. Quentin protestait tout à l'heure contre les faux dieux ; c'est lui qu'ils chargent,
Il est subtil, plein d'éloquence,
de se présenter au pape, de lui dire tout ce qu'ils ont vu et entendu, tout ce ([uMls désirent savoir de plus et se faire expliquer. Ils ont pénétré dans l'église. (Juentin parle au nom de tous; ils désirent :
De cognoistre ce Dieu sanctissimo , Tout son estât, tout son régime Et tous ses fais luuilx et entiers.
Le pape interroge ces vocations si brusques. Quand il ne peut plus douter de leur sincérité, il explique aux jeunes gens la doctrine des chrétiens.
Dieu, premier ', créa ciel et terre,
Adam fourma pour gloire acquerra
Et Eve d'une sienne coste ;
Se furent mis tout nudz sans cote
Ail beau paradis de délices.
Le diable plain de tous malices,
Expulsé du céleste trosne,
Tcmpla la première matrosne
De mengier du fruyt de science.