Ravisseurs et affamés
Le Pape. De mesme bénédiction
Que Dieu aux apostres donna Au jour de son ascension, Et de celle qu'il ordonna A saint Pierre et que saint Pol a, Soyés bénis pour vous deffendre Contre tous périlz çà et là.
Sans se souvenir de leurs parents, sans regretter l'aisance de leurs demeures,
sans jeter un regard derrière eux, « Ils s'en vont », dit simplement le manuscrit.
Le pédagogue les attend depuis bien des heures déjù, et marmotte des menaces
entre les dents.
Les bons escolliers de céans Ont oublié où je demeure ; Il est la nonne toute meure ', Et si ne vois ne près ne loing.
Je prenrai ma verge en mon poing; Mais si je les treuve en ces rues Beans aux singes ou aux grues, Je parleroy à leur marmouse.
« As-tu veu quelque escoUier? »
demande-t-il au Fou qui lui répond par une méchante raillerie, et Cathon, après avoir longtemps et vainement attendu , porte à Zenon la mauvaise nouvelle de la disparition de son fils. Le sénateur ordonne de chercher Quentin « tout avant Rome ». L'instinct du cœur a déjà averti sa mère qu'on ne le retrouverait plus. Elle se désole :
Hà, mauvais homme,
Avez-vous perdu nostre enffanl, Nostre plus chier bien triumphant, Nostre confort, nostre liesse, Le baston de nostre vieillesse.
Hélas! Palas, ma chière dame.
Quel desplaisir de corps et d'ame.
Quelle perte, quel grief outraige!
Que ferons-nous, que devenray-je ?
Mon enffant, ma doulce portée Tu es perdue et transporté ! *
Pleure, mon cuer, et te defferme.
0 mon œil, avance la lerme
Pour deuil qui me remort.
Mort Bien avant pulente
Lente,
Donne moy desconforl
Fort En cette présente
Sente.
t . Il est la neuvième heure toute mûre, déjà sonnée.
Joye qui s absente Sente
Ton dart et perde son Son,
Hélas, qu'es-tu devenu, Mon enffant que tant j'amoye ?
Hélas, qu'es-tu devenu?
Quanteffois t'ay-je tenu Nu à nu, sans drap de soie.
Trop souvent dru et menu Ton vis, ton menton fourchu
Amour, ma régente
Gente Et estaint son charbon
Bon
Je ciianloie. Je disoie Tu soies Très bien venu.
Je baisoie, Je veoye, Je notoye.
Je pensoye Ta vertu.
Mon enffant que tant j'amoie
Hélas ! qu'es-tu devenu ,
Mon enffant que tant j'amoie V
Mon povre cuer qui se larmoie.
Qui se noie, est pourfendu.
Las ! tu estois la montjoie
De ma joie, vraie appoie
Dans mon bien fut soustenu.
Las! or est-il éperdu?
J'ay perdu quonques ' j'avoie
0 Quentin, où donc es-tu
Combatu, en quelle voie?
Hélas! qu'es-tu devenu?
Zenon aime encore à douter de leur malheur. La pauvre mère n'a plus d'espoir :
Ha! Zenon, Zenon, mon maii.
Le cuer me dit, et si est vray, Que jamais ne le reverray.
Pendant qu'elle pleure toutes ses larmes, les douze apôtres de la Gaule ont déjà mis le pied sur cette terre qu'ils vont cultiver pour le Seigneur et qu'il faut ensemencer pour la moisson céleste.
QtJKisTiN. Moyennant la grâce de Dieu.
En Gaule sommes arrivés Sans quelque dangier maladieu, Ne (fuo nous soions dérivés.
Distes-moy, mes amis privés, Où vousyrez, n'en quel partie,