‹ Les jeux des enfants (volume 2)Chapitre 8 sur 14 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le concours de jouets. — Diverses sortes de jouets. — Jeux de hasard. — Jouets moralisateurs. — Jouets historiques.

— Leurs dangers. — Jouets scientifiques et instructifs ; — utilité et inconvénients. — Le système de M. Thomas Gradgrind. — Les automates; — leur peu d'intérêt pour l'enfant. — Que les jouets les plus amusants sont les jouets les plus simples. — Pas trop de jouets à la fois. — Raisons qu'il y a de proscrire : i° les jouets difformes ; — 20 les jouets luxueux. — Instruire l'enfant à fabriquer ses jouets;

— Exemple-: joujoux en bouchons. — Nécessité de respecter dans les jeux la spontanéité des enfants. — Utilité du jeu pour discerner les aptitudes et le caractère des enfants. — En quels cas l'intervention des adultes est requise. — Paresse des enfants à jouer. — Comment y remédier.

En vue de lutter contre l'invasion des jouets étrangers et de réveiller le zèle de l'industrie du jouet à bon marché, qui semblait depuis quelques années sommeiller chez nous, M. Lépine, préfet de police, a eu en 1901 l'idée d'instituer un concours entre les ouvriers inventeurs de petits jouets à bas prix. A ce concours, 35o concurrents environ se sont présentés avec plus de 700 modèles différents qui ont été expo-

ses dans le hall du Tribunal de commerce. La Chambre syndicale des fabricants de jouets s'était jointe à cette manifestation et avait aussi envoyé à l'exposition toute une série de jouets.

Pour nous rendre compte de la nature des joujoux par lesquels on se propose aujourd'hui de distraire l'enfance, il ne sera pas inutile de faire une mention rapide des principaux d'entre eux. Laissant de côté les parures en fausse écaille, les manchons et les boas en fausse martre, les chaînes-sautoirs, les bracelets, les montres, et toute la banale « quincaillerie » du jour de lan, nous ne nous occuperons que des jouets proprement dits.

Et d'abord, du côté réservé à la Chambre syndicale, à côté des mobiliers en faux acajou et des ballons de cuir, d'une Épicerie et d'une Maison en bois démontable, d'un jeu de patience instructif, la Terre en morceaux, et de Y Aiglon, on remarquait surtout la curieuse exposition rétrospective des automates de M. Fernand Martin : le Bateau-hélice (1877), le Moulin (1878'], la Balançoire mécanique avec un singe en peluche (1880), les Forgerons infatigables (i883), la Locomotive routière (1884), les Courageux scieurs de long (i885), le Fauteuil roulant (1889/, et quelques sujets plus récents : les Sentinelles franco-russes, les Boers, le Chinois, le Sergent de ville, la Marchande d'oranges, le Vieux marcheur.

Du côté réservé au petit ouvrier indépendant, on constatait une recherche plus grande de la nouveauté.

Signalons un Wagon Decauville, la Modiste parisienne, un Avertisseur d'incendie, un Sanlos-Dumont, un petit Sous-marin ; des Régates^ propres à remplacer la roulette et les petits chevaux ; un petit Ramoneur ; une Cheminée à tirage renversé ; un Bateau à volant ; des Bateaux à réaction ; de minuscules Moteurs à vapeur et Moteurs électriques, actionnant, par des transmissions et des engrenages, d'autres mécanismes, tels que des manèges, des chevaux de bois, un rémouleur ; une Escopelte à confettis ; un Canon surprise ; une Souris articulée ; Monsieur Chopinard ; V Alcoolique entre la famille et la société (i).

Le succès de ce premier concours de jouets ayant engagé les petits fabricants et inventeurs français à se constituer en une société, celle-ci a organisé en 1902 une exposition trèscomplète aux Champs Élysées dans les locaux et dépendances du Jardin de Paris. Si Ton y retrouvait toujours les automates, les tirs, les chemins de fer, les tramways, les ballons dirigeables, on rencontrait aussi un certain nombre de modèles nouveaux, notamment un petit Tricycle léger, un petit Pianiste et un Clown (deux automates

(x) Voyez pour la description des jouets présentés à ce concours de 1901, Au pays des jouets,-par Marcelle Tinayre, dans la Bévue de Paris, livraison du 1" janvier 1902. — Cf. sur le même concours et sur les deux suivants La Nature, numéros du 7 décembre 1901, du ier novembre 1902 et du 3 octobre 1903, où l'on trouvera en même temps la reproduction d'un certain nombre des jouets exposés.

à bon marché), un Cerceau démontable, une Machine à confettis, le Clown au chapeau, un Moulin à vent (qui marche sans vent), la Boule merveilleuse, une Mitrailleuse, la Magicienne, un Billard avec canon (jeu d'adresse), le joyeux Buveur, le Jeu des Sylphides (application de l'électricité statique) ; une petite Voiture sableuse.

C'est dans les sous-sols du Petit Palais, aux Champs Elvsées, qu'a eu lieu en 190.3 l'exposition des jouets(i), Les constructeurs ont, cette année, employé l'air comprimé pour beaucoup de leurs inventions, un assez grand nombre de mouvements étant obtenus par la pression sur une poire en caoutchouc. Notons parmi les plus ingénieuses de ces applications, un Tramway, un petit Canon, un Ballon dirigeable, un Lanceur de billes, un Marteau pilon, des Danseurs de cake-walk. L'ancien moteur mécanique avec ressort a fourni de nouveaux automates : le petit Marin, YEmpereur du Sahara, danseurs, les Duellistes, et autres sujets comiques. L'électricité a trouvé aussi son emploi dans une Voiturette automobile. Signalons enfin une Cible filet, un Cheval mécanique coureur, des bicyclettes en bois, les Perles savantes (application de l'électricité statique), des Boudeurs

(1) Et aussi l'Exposition de 1904, qui ne s'est guère distinguée des précédentes : les mêmes inventeurs y ont figuré avec des inventions à peu près semblables. L'actualité avait inspiré une Question russo-japonaise, des Manœuvres de ïar~ tillerie russe, le Torpillage de cuirassés.

de boucle, plus ou moins compliqués et de diverses dimensions.

Si nous joignons à cette énumération des plus intéressants parmi les jouets exposés, la mention de quelques-uns de ceux qui sont portés sur les catalogues des grands magasins, tels que lanternes électriques de poche, petits appareils de photographie, boîtes de physique et de chimie, petites imprimeries, cubes historiques, gramophones, cinématographes, nous aurons une idée suffisante des articles nouveaux présentés au choix des parents.

Jouets d'actualité, jouets historiques, jouets moralisateurs, jeux de hasard, jouets d'adresse, jouets scientifiques et instructifs, jouets automatiques, il y en a, comme on voit, pour tous les goûts. Mais certains d'entre eux ne laissent pas d'avoir des inconvénients.

L'inclination des hommes pour \QSJeux de hasard apparaît de fort bonne heure. On voit les bambins, avant même que ne soit achevée leur cinquième année, se passionner pour le loto (il a été créé à leur intention des lotos en images) ou pour le jeu de l'oie. Dès l'âge de six ans parfois, ils se livrent entre camarades à des jeux où, à défaut d'argent, ils misent des billes, des plumes, des épingles. Un tel penchant doit être combattu plutôt qu'encouragé, et les premiers jouets à proscrire sont les petites loteries, les jeux de course ou petits chevaux et tous jeux similaires.

Il ne faudrait pas tomber néanmoins dans l'excès opposé, et avoir recours pour l'éducation des enfants à des jouets moralisateurs. Ces derniers, outre le défaut d'être ridicules, risquent fort de produire un effet contraire à celui que l'on attend. L'enfant, qui cherche à s'amuser, agacé de rencontrer une leçon, de retrouver la morale partout, serait capable de mal faire, rien que pour changer d'air.

A leur tour, les jouets historiques peuvent être une source d'idées fausses, de préjugés tenaces, et ils risquent d'exercer une fâcheuse influence sur l'esprit de nos enfants. « La guerre et la mort, écrit Mme Marcelle Tinayre à propos des jouets inspirés par la guerre du Transvaal, la guerre et la mort sont choses graves, qui ne prêtent point à rire ou à « faire joujou ». Les libres penseurs, qui ont sans cesse à la bouche les mots d'Humanité et de Fraternité, les chrétiens qui admirent la parole de Jésus : « Celui qui frappe avec l'épée périra par l'épée », devraient interdire à leurs enfants ces jouets et ces jeux de petits sauvages... Ruskin (1) souhaitait que, dans la cité future, les philanthropes fussent vêtus d'or et de pourpre et les soldats de noir, « comme le bourreau » : les gamins, cédant au prestige éternel de l'uniforme, ne voudraient plus jouer « au général », ils joueraient « au philanthrope ». Mais l'enfant est volontiers destructeur ; il aime la bataille et la conquête. Le jouet

(1) Le grand esthéticien anglais du dix-neuvième siècle (1819-1900;.

militaire a pour lui plus de prestige que le jouet « moralisateur » ; qu'il ne soit pas, du moins, démoralisateur à sa manière, qu'il ne calomnie jamais, nulle part, le courage — surtout le courage malheureux (1). »

On ne saurait faire aux jouets instructifs le même reproche qu'aux jouets historiques. Nombre d'entre eux sont d'intéressantes applications de la mécanique et de la physique, et l'idée est bonne assurément de vouloir par le jeu initier les enfants aux découvertes les plus récentes de la science. On peut alléguer, non sans raison, qu'on leur donne ainsi, sous prétexte de plaisir, des connaissances multiples qui les préparent pour l'avenir ; qu'il y a là un excellent moyen de prévoir plus tôt la carrière qu'ils suivront, et même \ que ces premières curiosités satisfaites décident parfois d une vocation. Tout cela est vrai, mais à la ! condition de rester dans une juste mesure, de prendre garde que le jouet instructif est une leçon pour l'enfant, et non un vrai joujou, puisqu'il ne se prête en ~ rien à la création et à l'illusion, par suite, de ne pas sacrifier l'agréable à l'utile, de ne pas supprimer toutes les fantaisies imaginatives pour les remplacer par une simple réduction de la réalité sérieuse. Mme Marcelle Tinayre dit tenir de M. Henri Conli, qui a été le professeur de littérature de la tzarine Alexandra, que la grande-duchesse de Hesse proscrivait de la nursery et de la salle de récréation tous

d) Loc. cit., p. 21S.

les « colifichets » et jusqu'à l'innocente poupée. Mais si l'impératrice de Russie n'a jamais bercé une poupée dans ses bras, les « jouets instructifs », petits télégraphes, petits téléphones, jeux géographiques, arithmétiques, mnémotechniques, ont réjoui son enfance.

Cette méthode d'éducation fait songer au système de M. Thomas Gradgrind. M. Gradgrind, « l'homme des faits, l'homme des réalités et des calculs », était l'ennemi personnel de l'imagination. Il y avait cinq jeunes Gradgrind et pas un qui ne fût un modèle. Leur père les avait nourris dans le respect du fait, a Nul petit Gradgrind n'avait jamais vu un visage dans la lune. Chaque petit Gradgrind avait, dès l'âge de cinq ans, disséqué la grande Ourse, comme un professeur de l'Observatoire. Nul petit Gradgrind n'avait jamais songé à établir aucun rapport entre les vraies vaches des prairies et la fameuse vache aux cornes ratatinées qui fit sauterie chien qui tourmentait le chat qui tuait les rats qui mangeaient l'ogre, ou cette autre vache encore plus fameuse qui avala Tom Pouce. Toutes les vaches qu'on leur avait présentées n'étaient que des quadrupèdes herbivores, ruminants, à plusieurs estomacs. »

Les petits Gradgrind n'avaient ni poupées, ni pantins,ni ménageries en bois. « Ils possédaient une petite collection conchyliogique, une petite collection métallurgique et une petite collection minéralogique. Tous les spécimens en étaient rangés, par ordre de

famille et étiquetés. Et leur salle d'étude, malgré ces collections et les bibliothèques, et les instruments de physique, et les tableaux de statistiques, avait plutôt l'air d'un salon de coiffeur pour la coupe des cheveux (1). »

Le résultatde cette éducation des Gradgrind, de parti pris destructrice de toute imagination et de tout sentiment, fut, comme on sait, déplorable. Mais, encore qu'ils soient disposés à se garder d'une semblable exagération, que les parents trop pratiques sachent, bien que les jouets instructifs ne procurent pas à l'intelligence de leurs enfants tous les avantages espérés.

« Je ne veux pas, remarque excellemment Mme Marcelle Tinayre, nier le mérite des petits phonographes, téléphones, stéréoscopes, etc. Les jeux d'aimants, la « Terre en morceaux », les alphabets et même la « Carte de Paris avec les distances », attestent l'ingéniosité et la patience des inventeurs. Mais les ignorants et les enfants ne s'étonnent de rien. Les miracles de l'électricité ne leur semblent point extraordinaires, et pas très intéressants, puisqu'ils sont incompréhensibles... Essayez donc d'expliquer à un bonhomme de cinq ans les merveilles de la photographie, de l'aimantation. Essayez de répondre à ses « pourquoi »... Après quatre ou cinq expériences, quand le « jouet instructif » sera faussé ou brisé, le mioche avouera que le moindre poupard eût mieux fait son affaire. »

(1) Dickens, Les Temps difficiles, chap. III el IV.

Pour ce qui est des automates, quelque ingénieux qu'en soit le mécanisme, ils peuvent amuser un moment lenfant qu'ils étonnent, mais ils ne sauraient non plus lui servir vraiment de jouets, parce que plus ils sont perfectionnés, plus ils approchent de la nature, et plus ils font obstacle à son pouvoir d'imaginer, de créer. « L'enfant, dit Ruskin, ne se prend pas de passion pour une souris mécanique qui court sur le plancher; il s'éprend d'une chose qui ne bouge pas, fût-elle même laide, bien plus, fût-elle absolument insignifiante. » « On a imaginé, dit de son côté H. Rigault, un mécanisme intérieur qui permet aux poupées de parler. Je n'attache pas grand prix à ce tour de force. L'enfant se charge de faire parler la poupée mieux que tous les mécanismes possibles. L'éducation n'a pas besoin des automates de Vaucanson. »

Il n'est pas douteux, d'ailleurs, comme chacun de nous a pu l'observer, que la poupée, trop bien articulée, qui disait même papa, maman, est, une fois le mécanisme dérangé, plus intéressante pour l'enfant parce qu'alors il s'en sert à sa guise. Ne perdons jamais de vue ce principe que le grand attrait du jeu c'est la joie d'être cause, la joie de la puissance et du succès. L'enfant, proclame justement Michelet, veut être et agir. « J'ai sous les yeux un nourrisson qui a à peine dix-huit mois, et qui, dès qu'il a pu dresser deux petits morceaux de bois, saisi de bonheur, joint les mains, admire, visiblement se dit en créateur :

« Cela est bien. » Un autre, de deux ans et demi, plus fort dans cette architecture, appelle sa sœur à témoigner de son talent ; il dit : « C'est petit qui l'a fait (1). »

Les joujoux qui amusent le plus l'enfant sont ceux où il a le plus à inventer. Étant un imaginatif, « il ne voit dans le jouet que le prétexte et l'accessoire de la comédie qu'il se donne à lui-même. Une vieille charrette est tour à tour locomotive, automobile et chariot. La poupée change de sexe, d'âge, de caractère et de costume, au gré de la petite maman. Du sable, des cailloux, des débris de bois, sont de précieux trésors. L'univers tient dans un carré de jardin, l'océan dans une rigole, la forêtdans un rameau. Le jouet toujours nouveau, toujours divers, que l'enfant peut manier, transformer, perfectionner à sa guise, le jouet le moins coûteux, le plus simple, est presque toujours le plus aimé (2) ».

Les copies trop exactes des choses réelles, écrivait en ce sens Mme Necker de Saussure, subissent le sort de ces choses mêmes qui lassent bientôt. L'enfant les admire, s'en enchante ; « mais son imagination est arrêtée par la forme trop précise de l'objet ; celui-ci ne représente qu'un seul modèle ; et comment se contenter d'un seul amusement? Un petit soldat, bien équipé, n'est qu'un soldat ; il n'est jamais le père de l'enfant ou tout autre personnage.

(1) Nos fils, p. 5g.

(2) Marcelle Tinayre, toc. cit., p. 220.

Oleyrat. — Les Jeux des Enfants. 10

On dirait que le jeune esprit se sent plus d'originalité alors que, inspiré par le moment, il met toutes choses à contribution pour réaliser ses espérances et voit dans tout ce qui l'entoure des instruments de ses plaisirs. Un tabouret renversé est un bateau, un cabriolet ; placé sur ses pieds, c'est un cheval ou une table ; un carton est une maison, une armoire, un chariot, enfin tout ce qu'on veut. Vous devez entrer dans ses vues et, même avant l'âge des joujoux utiles, donner à l'enfant des moyens d'opérer, plutôt que des œuvres tout achevées. Ainsi quelques planches épaisses, en forme de livres, et susceptibles d'être posées les unes sur les autres en différents sens, seront pour lui d'excellents matériaux de construction qui le dispenseront d'en chercher d'autres ; et si ces planches étaient trouées, si l'enfant pouvait les assembler de diverses manières avec des rubans, il se livrerait à son génie. Très jeune encore, on le rend parfaitement heureux en lui donnant à manier du son ou du sable, objets qui sont tour à tour pour lui de l'eau, de la terre, un dîner à préparer, etc. C'est dans ce qui se prête à la fantaisie du moment qu'est la source des plaisirs inépuisables (1). »

(1) Ouv. cité, liv. III, chap. V. — Cf. Egger, ouv. cité, p. 42 : « n est très vrai qu'au jouet trop déterminé dans sa forme l'enfant préfère parfois quelque chose de grossier, dont son imagination peut faire ce qu'il lui plaît. » Et Espinas {Obs. sur un nouveau-né) : « La bonne exécution des jouets représentant des animaux importe peu et gène même l'imagination des enfants, dont elle restreint l'essor. Pendant

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Puisqu'il en est ainsi, donner à l'enfant des jouets trop proches de la réalité, c'est faire preuve de négligence, sinon d'indifférence, à l'égard de ses amusements. Celui qui a vraiment souci de divertir ses enfants leur fournira moins des jouets que l'occasion déjouer. Ne voyons-nous pas, dans les villes surtout, des bambins avoir des jouets nombreux et chers sans pouvoir seulement les utiliser? Confinés dans une chambre, s'ils font trop de bruit, s'ils abîment leurs joujoux, ils sont aussitôt grondés. Procurezleur donc plutôt, quand la saison le permettra, l'espace où ils pourront se livrer à des jeux de leur invention.

Nous n'entendons pas cependant proscrire toute espèce de jouets. Certains ont, en effet, des avantages incontestables. M. Gompayré estime même que 1 infériorité intellectuelle des enfants delà campagne tient en partie à ce qu'ils n'ont pas de jouets comme les enfants de la ville. Il faut, du reste, tenir compte

deux hivers, un enfant laissé, chaque matin, seul dans une chambre, a tiré des chaises un parli merveilleux pour s'amuser. Il les rangeait en diverses dispositions et elles figuraient pour lui, soit un train de bateaux, soit un train dr wagons, soit une voiture attelée. 11 fallait voir avec quel sérieux il enfonçait du haut de l'une des chaises sa perche (figurée par une canne) dans l'eau profonde, ou mimait la locomotive, ou fouettait ses chevaux fictifs, son grand fauteuil figurant le siège du cocher et deux chaises plus basait les chevaux. Chaque matin, il passait des heures à cet exercice. Une voiture réelle, attelée d'un beau cheval en carton, l'eût certainement beaucoup moins amusé que ce jeu de chaises, dont son imagination faisait tous les frai-...

en ce cas de la différence des milieux. Mais encore une fois, ce que nous rejetons, ce sont les jouets trop finis, trop précis, qui ne laissent pas suffisamment à faire à l'enfant, qui l'empêchent d'inventer ou le gênent pour imiter, qui restreignent, en un mot, la possibilité de ses jeux. Plus donc le jouet sera simple, mieux il vaudra, par la raison qu'il se prêtera davantage aux fantaisies de l'enfant, tout en les suggérant, puisque celui-ci pourra y puiser des idées pour ses jeux. Poupées et bonshommes, ménageries et bergeries, petites boutiques et ménages, navires, chemins de fer et tramways, boîtes de construction, armoires à linge et berceaux de poupées, brouettes, chevaux mécaniques ou non, Santos-Dumont, etc., qu'on multiplie, tant qu'on voudra, les jouets de cette nature : l'essentiel est que l'enfant ne soit pas réduit à la passivité. Quant aux jeux d'adresse et aux jeux propres à exercer le corps, ils sont de toute utilité : à ce but répondent bien les tirs, les massacres, les passe-boules, les jeux de tonneau, le volant, les courriers, les quilles, le cerceau, etc. N'oublions pas non plus que le jeu doit contribuer au développement intellectuel de l'enfant ; qu'il doit lui fournir des moyens d'expérimenter et par là de s'instruire ; qu'il faut en conséquence éviter ce qui contribue au changemeut trop fréquent des impressions et distrait l'attention. L'habitude que l'on a de donner à la fois aux enfants une trop grande quantité de jouets et d'encombrer ainsi leurs chambres, d'en faire de

vrais magasins de bimbeloterie, est pour cette raison a ssez nuisible. Une richesse démesurée d'impressions diverses fait que l'esprit ne sait où se prendre.

L'idéal du jeu, ce serait un divertissement qui associerait à la fois l'activité physique, intellectuelle et morale des enfants. Du moins faut-il éviter tout ce qui peut nuire au développement de l'une ou de l'autre de leurs facultés. « On croit avoir tout fait, disait H. Rigault (i), quand on a inventé des jouets qui les amusent sans blesser leurs mains délicates. Ce n'est pas assez. Les babys eux-mêmes sont des personnages plus avancés qu'on ne croit. Ils ont de l'esprit avant de parler ; leurs yeux perçoivent déjà les formes diverses des objets, même quand ils errent sans paraître capables de se fixer ; leurs oreilles sont déjà sensibles à la différence des sons, même quand ils ont l'air de ne pas reconnaître la voix maternelle. Quel est le premier jouet qu'on met entre leurs mains? Un hochet. J'en ai vu de charmants en ivoire, en argent, en vermeil, ciselés avec un art exquis ; mais, l'avouerai-je? Le plus beau hochet me révolte. Je ne me plains pas, comme Addison, qu'en donnant à l'enfant l'habitude du mouvement et de l'agitation, le hochet développe en lui les facultés actives au préjudice des facultés contemplatives. L'homme est né pour agir ; il n'y a pas de mal qu'il s'y accoutume de bonne heure. Mais pourquoi de ce bonhomme en métal, le premier ami de l'enfant, fait-on presque

(1) Ouv. cilé, pp. 2-3.

toujours un être difforme, bossu par devant et par derrière, avec une bouche qui se fend, un nez qui se recourbe et qui va rejoindre le menton ? La première imitation de la nature qui frappe les yeux de l'enfant, c'est la figure d'un monstre. Il fait connaissance avec l'art par l'entremise du laid. — Ce n'est pas tout. Dans le corps de ce bonhomme cagneux et bossu, on pratique un siftlet aigu dont le son déchire rouie naissante de l'enfant. C'est, dit-on, pour le divertir. Voilà la première idée qu'on lui donne de la musique ! Il débute dans la vie par une fausse note ! Je suis persuadé que, chaque année, l'éducation de l'enfant par un hochet détruit en germe dans notre pays une foule de peintres et de musiciens. »

Un autre inconvénient des jouets monstrueux, inconvénient que nous avons signalé plus haut, est qu'ils peuvent, à un âge où l'on est si impressionnable, provoquer des sentiments de crainte, sinon de terreur, propres à entraîner de funestes conséquences, aussi bien au moral qu'au physique. On avait fait présent à George Sand, âgée d'environ quatre ans, d'un superbe polichinelle, tout brillant d'or et d'écarlate : « J'en eus peur d'abord, dit-elle (ouv. cité, 2e partie, XI), surtout à cause de ma poupée, que je chérissais tendrement et que je me figurais en grand danger auprès de ce petit monstre. Je la serrais précieusement dans l'armoire, et je consentis à jouer avec polichinelle ;ses yeux d'émail qui, tournaient dans leurs orbites au moyen d'un ressort,

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le plaçaient pour moi dans une sorte de milieu entre le carton et la vie. Au moment de me coucher, on voulut le serrer dans l'armoire auprès de la poupée, mais je ne voulus jamais y consentir, et on céda à ma fantaisie, qui était de le laisser dormir sur le poêle... étendu sur le dos et regardant le plafond avec ses yeux vitreux et son méchant rire. Je ne le voyais plus, mais, dans mon imagination, je le voyais encore, et je m'endormis très préoccupée du genre d'existence de ce vilain être qui riait toujours et qui pouvait me suivre des yeux dans tous les coins de la chambre. La nuit, je fis un rêve épouvantable : polichinelle s'était levé, sa bosse de devant, revêtue d'un gilet de paillon rouge, avait pris feu sur le poêle, et il couraitpartout, poursuivanttantôtmoi,tantôtma poupée qui fuyait éperdue, tandis qu'il nous atteignait par de longs jets de flamme. Je réveillai ma mère par mes cris. Ma sœur, qui dormait près de moi, s'avisa de ce qui me tourmentait et porta le polichinelle dans la cuisine, en disant que c'était une vilaine poupée pour une enfant de mon âge. Je ne le revis plus. Mais l'impression imaginaire que j'avais reçue de la brûlure me resta pendant quelque temps, et, au lieu de jouer avec le feu comme jusque-là j'en avais eu la passion, la seule vue du feu me laissa une grande terreur. » Éprouvant de nouveau, après une soirée passée en la joyeuse compagnie de bambins réunis autour d'un Arbre de Noël, toutes les sensations de sa propre enfance, Dickens revoit et décrit avec ravis-

sèment les joujoux qui garnissaient alorsles rameaux de l'arbre magique, notamment une poupée de carton, en jupe de soie bleue, qu'il qualifie de jolie et gracieuse dame. « Mais, ajoute-t-il, je n'en saurais dire autant du grand pantin qui se pendait contre la muraille et qu'on mettait en mouvement avec une ficelle... Il avait une expression sinistre, un nez atroce, et, quand il relevait les jambes jusqu'à son cou, il était difficile de rester seul avec lui sans avoir peur. » Un masque aussi avait été placé parmi les feuilles lustrées et les baies rouges du houx. « Quand donc me regarda-t-il pour la première fois, ce masque terrible ? Qui le mit sur son visage et pourquoi m'effraya-t-il à ce point que cette impression est une date dans ma vie?... Je ne pouvais m'y accoutumer. Rien ne put, de longtemps, me distraire de mon émotion... Il ne servit guère de me montrer que le masque était de carton et puis de l'enfermer pour que je ne le visse plus sur aucun visage. Le souvenir seul de cette figure, l'idée qu'elle existait quelque part, cela suffisait pour me réveiller la nuit tout en sueur et criant : « Oh ! mon Dieu ! il vient. . . oh ! le masque ! »

L'imagination et le goût ne sont pas, du reste, seuls intéressés à ce qu'il soit fait un choix judicieux des jouets ; certains peuvent exercer une influence fâcheuse sur l'éducation morale : tels les jouets de grand prix, propres à exciter chez l'enfant la vanité et la morgue. Aussi, dénonçant comme un danger

public le luxe des poupées, H. Rigault écrivait-il encore : « Passez la revue de ces princesses : ce n'est que velours, satin et soie, bijoux, dentelles et rubans. En les voyant, on s'écrie comme dans la Tour de Nesle : « Ce sont de grandes dames ! » Elles sont toutes à la mode..., péronnelles qui se guindent dans leurs habits de soie, et qui ont l'air de dire à L'univers : Regardez-moi ! fi de leur impertinence et de leur vanité ! Croyez-vous, dites-moi, que nos petites filles aient absolument besoin que, dès l'âge le plus tendre, leur poupée leur enseigne à poser devant le genre humain? Croyez-vous que ces lèvres pincées, ces yeux en coulisse, toutes ces mines de mijaurées, en grand uniforme, enseignent aux enfants le naturel et la simplicité ? Croyez-vous que ces Célimènes au petit pied, qui ne connaissent pas le négligé, qui ont toujours l'air d'aller en visite ou de partir pour le bal, inspireront, madame, à votre petite fille, le goût de la vie intérieure et des soins du ménage ? »

Et le spirituel écrivain réclamait plaisamment une loisomptuaire qui frapperait, avec les toilettes de semblables poupées, leurs appartements, leur vaisselle et leurs meubles par trop fastueux également. « Que j'aime bien mieux, s'écriait-il, la chambre à vingt-cinq sous, avec de petits meubles de noyer mal joints, mal rembourrés, couverts d'une indienne qui joue la perse, avec des lits sans couvre-pieds, des rideaux de calicot blanc et une cheminée de carton... Combien je préfère aussi ces fermes où du papier vert simule

agréablement des prairies pleines de chiens, de moutons, de chevaux et de vaches microscopiques ! Les ménages de fer battu, de métal anglais ou tout au plus de plaqué, voilà ce qui convient aux enfants mieux que l'argent et le vermeil ! C'est solide, c'est élégant et à bon marché, et le bon marché des joujoux, c'est l'économie, c'est l'aumône enseignée de bonne heure aux enfants. Faites-leur donner aux pauvres la moitié du prix dont ils payeraient le matin le jouet qu'ils briseront le soir, le jouet sera moins beau, mais le pauvre aura du pain, et l'enfant ne s'amusera pas moins (1). »

Ce n'est pas assez dire ; l'enfant s'amusera même bien davantage. Ou'arrive-t-il,eneffet,lorsquelejouet a quelque prix ou est une œuvre d'art ? Les parents veulent le conserver et le mettent de côté. C'est toujours l'histoire que conte Mme d'Épinay, rappelant ses souvenirs de jeunesse : « Mon oncle et ma tante nous ont. fait descendre un peu avant le dîner. Ils ont donné bien des joujoux à ma cousine et une petite cave d'argent pour ses étrennes, à condition que demain elle rende tout cela à ma tante, qui les serrera jusqu'à ce que ma cousine soit grande. »

« Voilà, remarque M. Léo Claretie, le sort des joujoux trop beaux, des poupées trop luxueuses. Tandis que la poupée prolétaire ou bourgeoise connaît les joies et les infortunes de la vie, les torgnioles et les caresses, la belle poupée de luxe paye chère- (i Ouv. cité, pp. 7-10.

ment son aristocratie par une réclusion prolongée dans les ais d'une armoire. Pour la ménager, pour lui épargner la détérioration inséparable des jeux de l'enfance, la maman la confisque et la range (1). »

Une excellente pratique est celle qui consiste à instruire l'enfant à fabriquer lui-même ses jouets. Le liège, par exemple, qui est d'un travail plus facile que le bois et qui n'exige pas d'outils spéciaux, peut être la première substance utilisée pour la confection de ces joujoux improvisés (a). A défaut de liège naturel, on emploie de vieux bouchons. Quant au matériel, il est très simple : un couteau de table, une planchette, sur laquelle on découpe les bouchons en

(1) L'Exposilion des jouets anciens (Revue politique et littéraire, 2e semestre 1900, p. 346). Dans cet intéressant article, M. Léo Claretie, secrétaire de la classe des jouets à la dernière exposition universelle, fait voir que telle est la raison pour lacpielle les objets exposés à la Rétrospective de la classe 100 étaient tous des objets d'un grand prix. Le joujou à bon marché d'autrefois a été détruit parce qu'il a servi. Nous ne le connaissons plus qu'en peinture. Les seuls jouets qui aient été conservés, sont les jouets coûteux. — Veut-on avoir une idée de la magnificence des poupées données comme étrennes, sous Louis XIV, aux fillettes de la cour? Tallemant des Réaux (Historiettes, édit. P. Paris, t. I, p. 170) raconte que Mlle de Bourbon reçut du cardinal de la Valette « une poupée qui, avec la chambre, le lit, tout le meuble, le déshabillé, la toilette et bien des habits à changer, avait coûté 2.000 écus. »

(2) On peut aussi se servir de papier, de carton, de paille, etc. Consulter l'agréable petit livre de.MUeKœnig: Travaux récréât ifs pour les enfants de 4 à 10 ans.

les faisant rouler sous le couteau, une petite lime, des épingles, des bouts d'allumette et de corde. On arrive avec ce léger matériel à créer les modèles les plus variés. Lors d'un récent concours enfantin de joujoux en bouchons, il y a eu une profusion invraisemblable d'envois. Un garçon de huit ans et demi avait notamment, en compagnie de toute une arche de Noé, confectionné une chèvre, un rhinocéros, un loup, une vache et un phoque, d'une agréable exécution. Au même concours avaient été présentés une autruche, une poule, un ibis, un canard, un paysan chevauchant son baudet, fort bien réussis (1). En se livrant à cette industrie des joujoux en bouchons, les enfants auront l'occasion d'exercer leur adresse manuelle ; ils y trouveront donc à la fois plaisir et profit.

Quoi qu'il en soit, comme ce qui importe par-dessus tout, c'est de développer l'initiative de l'enfant, il ne faut pas intervenirquand il est occupé à un jeu. Après lui avoir donné quelques jouets, on doit le laisser à lui-même, lui permettre d'agir en toute liberté et toute indépendance. S'il paraît hésiter, tâtonner, gardez-vous de l'aider : non seulement vous le priveriez de la jouissance que lui procurera le ré-

(1) Voy. dans La Xature, numéro du 2 janvier 1904, un article de M. Arthur Good, Joujoux en bouchons, qui est acccompagné de la reproduction des divers animaux ci-dessus énumérés et qui indique les procédés employés pour les exécuter.

sultat qu'il veul atteindre, mais vous entraveriez l'exercice de son intelligence et de sa volonté; pour lui prêter assistance, vous le gêneriez dans son travail créateur. Songeons que le jeu est pour lui un divertissement et une étude tout à la fois, et qu'en développant son intelligence, il le forme aussi à l'habitude du travail. « L'expérience prouve, dit Sikorski, [loc. cit., p. 546), que si on laisse l'enfant sur le plancher, seul avec ses joujoux, il reste souvent longtemps silencieux, absorbé dans ses divertissements et montrant tous les signes d'un travail intellectuel intense. L'abstention, la non-intervention de l'adulte, qui doit jouer un rôle passif et occuper le second plan, constitue, comme j'ai pu m'en convaincre par l'observation, une condition indispensable du développement de l'attention et contribue à ce développement. La passion et l'entraînement, avec lesquels l'enfant se livre au jeu, dans de pareilles conditions, sont quelquefois frappants. »

Cette sorte de neutralité à garder, si avantageuse aux enfants, fournira du même coup aux parents l'occasion de se rendre compte de leurs aptitudes et de leur caractère. A la rapidité et à l'exactitude plus ou moins grandes avec lesquelles un bambin imite les hommes, les animaux ou les objets, on reconnaît s'il est doué du talent d'observation; à l'originalité de ses inventions, on peut juger de son imagination et apprécier, à la variété de ses jeux, son degré d'intelligence. Les différences de naturel se manifestent

également dans le jeu : certains y font preuve d'ardeur, d'énergie, d'audace ; d'autres, au contraire, s'y montrent apathiques, mous, craintifs. Ainsi avertis, les parents pourront donc, de très bonne heure, et cela avec grandes chances de succès, essayer de développer ou de corriger, de modifier dansunsensou dans un autre, les qualités et les défauts de leurs enfants.

Il est d'ailleurs des cas, principalement dans les jeux entre camarades, où l'intervention des parents, et, à leur défaut, celle des maîtres, est parfaitement justifiée. On doit d'abord empêcher que le jeu se prolonge jusqu'à complet épuisement des forces. Outre l'évidente utilité qu'elle présente au point de vue hygiénique, cette restriction aura sur l'enfant une heureuse influence morale, puisque, par elle, il fera connaissance pour la première fois avec ce sage précepte des anciens : rien de trop, pas d'excès. En contenant le jeu dans de justes limites, en empêchant qu'il devienne trop passionnant et trop violent, on apprendra encore à l'enfant à se maîtriser. Une autre précaution importante consiste à écarter tout divertissement qui pourrait mettre la vie en danger ou compromettre la santé ; quoiqu'il ne faille pas cependant s'inquiéter trop aisément à ce sujet, comme il arrive quand il s'agit de ceux qui nous sont chers, car le courage, dont la valeur morale est si grande, ne peut être exercé que dans les cas où l'enfant qui grandit apprend à braver de sang-froid et avec

confiance en soi des risques même sérieux (1). Il est nécessaire également d'intervenir quand on voit le penchant à la lutte se manifester d'une manière brutale ou méchante ; qu'on prenne garde ici aux simples taquineries : l'abus qui en est fait peut causer les dommages moraux les plus graves aussi bien à ceux qui s'y livrent qu'à ceux qui en sont victimes, engendrant, chez les uns, un esprit de domination, de contradiction, de querelle, chez les autres la timidité ou l'animosité.

Enfin, il faudra veiller à ce que les jeux ne soient pas d'un genre spécial et exclusif, parce qu'ils ne répondraient plus à leur but, qui est de contribuer au développement de la personnalité tout entière ; surtout faire en sorte qu'ils ne tournent pas à l'uniformité, à la routine, qu'ils ne perdentpas leur caractère instructif pour devenir un passe-temps dénué de sens. Dès la troisième année, en effet, l'enfant commence parfois à se montrer paresseux, ce qui se reconnaît à l'absence chez lui de curiosité, de vivacité et aussi de goût pour la recherche d'amusements nouveaux. Les causes de cette inertie proviennent d'ordinaire, tantôt d'un état physique peu satisfaisant, d'une insuffisance de nourriture ou de repos, tantôt d'un isolement trop continu de l'enfant ou d'une absence de stimulation. Il y a, dans ces cas, véritable incurie de la part des parents. Ne nous reposons pas sur la puissance et l'infaillibilité de l'instinct du jeu, mais fai-

11) Voy. Groos, Die Spiele cler Menschen, p. 525.

sons appel à l'activité et à l'initiative de nos enfants ; aidons-les, quand il en sera besoin, à organiser leurs divertissements ; encourageons-les à les varier, à les perfectionner même. Ainsi lutterons-nous contre la tendance qu'ils pourraient avoir à la paresse. Plus tôt nous entreprendrons cette tâche et plus elle sera aisée.

Préface I

INTRODUCTION

l'imagination créatrice chez l'enfant

Variétés de l'imagination enfantine. — Elles proviennent : 1° de l'originalité plus ou moins grande ; — 2° de la diversité des matériaux ; — 3° du caractère. — Quatre stades principaux de son développement. — Premier stade : Perception illusoire des choses: — degrés divers :i° rôle de l'imagination dans la perception normale; — 2° jeux de l'imagination dans la perception indistincte; — 3° illusions des sens ; — 4° hallucinations. — Exemples. — Illusion spéciale : amplification des choses ; — exemples divers. — Deuxième stade : Animation de toutes choses : — degrés divers : i " croyance à l'existence partout répandue d'êtres dans la nature; — 2° animation proprement dite des choses;

— 3° réification et personnification d'abstractions. — Exemples. — Troisième stade : le Jeu. — Quatrième stade : l'Invention romanesque : — degrés divers : 1° projection dans le monde réel des images évoquées parles récits et les lectures; — 2° réalisation mentale des mêmes images; — 3° invention proprement dite :

— ses degrés propres. — Exemples divers. — Puissance de l'imagination enfantine 1

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