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LES FACTEURS ET LES FORMES DU CARACTÈRE

à des principes pratiques déterminés qu'il s'est invariablement poses par sa propre raison. » Et le philosophe allemand ajoute : « Bien que ces principes puissent parfois être faux et vicieux, cependant la disposition de la volonté en général à agir suivant des principes fixes (et non à sauter tantôt ci, tantôt là, comme les mouches) est quelque chose d'estimable qui mérite d'autant plus d'admiration que c'est plus rare^ »

Dans un sens moins restreint, on dit qu'un homme i un caractère, ou bien est un caractère lorsque sa personnalité s'accuse nettement par des tendances puissantes, par des habitudes profondément gravées, par cette constance dans les goûts, les idées et les actes, qui donne à la conduite une unité manifeste. C'est du caractère défini de la sorte que M. Ribot a pu justement écrire : < Pour constituer un caractère, deux conditions sont nécessaires et suffisantes : Tunité, la stabilité. L'unité consiste dans une manière d'agir et de réagir toujours constante avec ellemême. Dans l'individualité vraie, les tendances sont convergentes ou du moins il y en a une qui s'asservit les autres. Si l'on considère l'homme comme un ensemble d'instincts, besoins et désirs, ils forment ici un faisceau bien lié qui agit dans une direction unique. — La stabilité n'est que l'unité continuée

fl) Anthropologie, 2» partie, § 3

QiEYfiAT. — Les roiactères. 2

dans le temps. Si elle ne dure pas, cette cohésion de désirs est de nulle valeur pour de'terrainer un caractère. Il faut qu'elle se maintienne ou se répète toujours la même dans des circonstances identiques ou analogues. La marque propre d'un vrai caractère, c'est d'apparaître dès l'enfance et de durer toute la vie. On sait d'avance ce qu'il fera ou ne fera pas dans les circonstances décisives. Tout cela équivaut à dire qu'un véritable caractère est inné *. » Mais cette nouvelle conception du caractère nous semble trop étroite encore, « car, — M. Ribot s'empresse de le déclarer, — il est clair que parmi les innombrables individus humains, il y en a, et c'est le plus grand nombre, qui n'ont ni unité, ni stabilité », au sens rigoureux qui vient d'être exprimé. Est-ce à dire qu'ils n'ont point de caractère propre? « Un caractère bien fade, a dit La Bruyère ', est celui de n'en avoir aucun. » D'accord ; mais n'est-ce pas un caractère et même le plus répandu '?

Aussi nous reste-t-il à distinguer un troisième sens du mot caractère, sens assurément moins expressif, mais plus large que les précédents, et dans lequel il signifie Vempreinte typique des penchants naturels, des sentiments, du mode spécial d'activité, des habi-

(1) Les diverses formes du caractère. (Revue philosophique, nov. 1892.)

(2) Les caractères, ch. v.

(3) Voir plus loin, p. 72-73.

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